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Arielle : Roses des sables
 Publié le 07/12/17  -  18 commentaires  -  928 caractères  -  270 lectures    Autres textes du même auteur

"Les vieux ne bougent plus leurs gestes ont trop de rides"
Jacques Brel


Roses des sables



Raides dans leurs douleurs les habillant de pierre
elles sont alignées
côte à côte sanglées au carcan des vitrines
les roses ensablées
que l’attente assassine

Dans leurs yeux délavés on voit passer des songes
des miettes de désirs
des chagrins périmés

Les roses pétrifiées par l’exil qui les ronge
tètent jusqu'à la lie le fiel aseptisé
d’une fiole tendue
qu’on ne peut refuser

Goutte à goutte d’instants gantés de compassion
baignés de néons crus
leur temps compté s’amarre
au sobre savoir-faire
d’anges méticuleux

Mais au bras d’un fauteuil
elles grattent de l’ongle
la croûte d’un espoir chaque jour repoussé

Elles sombrent
rêvant à ce lit familier
où se laisser aller loin des mains étrangères
entre deux plis de sable au creux de leur passé


 
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   Eccar   
27/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour,
Je me suis laissé aller à lire cette évocation d'un bien triste alignement.
Si c'est le quotidien d'une maison de retraite que vous vouliez montrer, c'est une réussite.
Tout est si réaliste, juste peut-être les " anges méticuleux", qui sont bien souvent des anges juste lors de cette représentation en vitrine des résidants (la maltraitance passive ou même active, physique et psychologique, phénomène lié sans doute à l'individualisme maladif de notre époque est de plus en plus le quotidien des personnes en maison de retraite).
Roses des sables, ce titre est magnifique. Ces fleurs pétrifiées dans ce désert de sable, belle idée, belle vision. Le désert de la vieillesse est si immense en ces lieux, plus maisons de retrait que de retraite.
Bravo pour ce poème, original, émouvant, douloureux, aux images si pleines de réalisme.

Eccar

   Provencao   
27/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Roses des sables déposées ici dans ce joli texte où tout un chacun peut saisir son chagrin .

J'ai beaucoup aimé ces douleurs qui touchent ces propres peines, comme si on pouvait toucher les peines de toute l'humanité.

Sans se vau­trer dans la douleur, c'est un éveil, une ouverture des yeux, la naissance d'une véritable compassion....avec ces vers:
"Goutte à goutte d’instants gantés de compassion
baignés de néons crus
leur temps compté s’amarre
au sobre savoir-faire
d’anges méticuleux ".

Nous permettant dans la lecture, même à ces douleurs les plus profondes de nous rappeler la précieuse valeur de chaque moment de la vie et de tous.

"Elles sombrent
rêvant à ce lit familier
où se laisser aller loin des mains étrangères
entre deux plis de sable au creux de leur passé"

Il y a quelque chose en cette fin de texte qui me paraît jamais traumatisé, quelque chose qui est toujours présent et digne de confiance, quelque chose d’indestructible, quelque chose qui survit même aux sensations les plus intenses, qui regarde et libère les trau­matismes ...au creux du passé

Au plaisir de vous lire
Cordialement

   socque   
7/12/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↓
L'image est très belle des vieillardes en roses des sables, minéralisées, et je la salue. Mais, selon moi, le rythme ne convient pas du tout, régulier mais avec un balancement, un "ondoiement" trop vivant à mon goût pour le sujet, qui m'évoque la mer plutôt que le désert. Je pense que tu aurais avantageusment pu adopter des vers tous de même longueur pour traduire l'immobilité minérale. C'est mon goût, bien sûr.

Bon, les yeux délavés et les néons crus, les bras de fauteuil, le lit familier et le creux du passé font cliché à mon sens. J'ai beaucoup aimé en revanche le carcan des vitrines, les chagrins périmés (quelle cruauté dans le constat !), le fiel aseptisé, les anges méticuleux. Je trouve toutefois trop systématique la construction nom-adjectif que je lis tout au long du poème.

Au final, je pense que tu as déjà écrit bien mieux. Ce que je perçois comme des maladresses de forme nuisent selon moi à l'impact des mots.

   Alexandre   
7/12/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Arielle... Le préambule est de Brel et c'est en songeant aux Vieux de ce dernier que j'ai lu ce poème qu'il n'aurait certainement pas renié...

Exception faite de ce tercet, que j'aurais pour ma part évité,

Mais au bras d’un fauteuil
elles grattent de l’ongle
la croûte d’un espoir chaque jour repoussé...

car comme disait si bien Johnny dans un autre contexte c'est vrai, "Noir c'est noir, il n'y a plus d'espoir" si ce n'est un départ en douceur pour ces roses ensablées.

Tu as trouvé les mots justes pour illustrer ces fins de vie et bien que ça ne soit pas très gai comme première lecture matinale, d'autant que dehors le temps est au diapason... Pluie et vent, noir c'est noir, je te félicite pour ce très beau texte !

   Gemini   
7/12/2017
Difficile de ne pas succomber au charme raffiné de ces lignes. Tout y est réussi.
La métaphore (filée) des roses, autrefois belles, et désormais figées (cristallisées ?) en roses de sable; le ton, non dépourvu de caractère, résolu, qui dit son fait avec force et talent ; miettes de désir, goutte à goutte d'instants gantés de compassion, grattent la croute d'espoir...
Ou comment dire avec élegance des choses crues sur ces mouroirs. On peut plus parler d'un style certain que d'un certain style.

Seule réserve, chicaneuse, cette répétition de participes passés et adjectifs dans les premières strophes (de alignées à aseptisé). Juste pour l'oreille.

   LenineBosquet   
7/12/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,
Un thème abordé ici récemment dans un style très différent, le votre à ma préférence et, ce, sans commune mesure, par sa grâce, sa délicatesse, sa poésie oserais-je dire. La métaphore de la rose des sables est une belle trouvaille.
Merci

   silver   
7/12/2017
Bonjour Arielle,

Meme si je trouve votre poeme tres bien écrit, les images dans leur ensemble m'ont parues trop forcées, presque caricaturales, pour me toucher.
Des descriptions trop centrées sur le négatif ce qui, peut-etre paradoxalement, ne me permet pas de les voir simplement, humainement, comme les personnes qu'elles sont encore pourtant, à part entiere.

Merci pour le partage

   PIZZICATO   
7/12/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
" Les roses pétrifiées par l’exil qui les ronge "
" Roses des sables " ; la métaphore est bien trouvée pour définir ces vieilles personnes loin de " ce lit familier " ; qui n'ont plus rien d'autre que leurs souvenirs et " l'attente assassine ", dans ces endroit impersonnels et tristes que sont les maisons de retraite.

Un texte sombre mais retraçant la réalité des choses de la vie.

   Pouet   
7/12/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bjr,

J'ai trouvé ici de magnifiques images, une superbe écriture.

La première strophe, particulièrement réussie, nous plonge avec un délice amer dans ce poème.

Pour ma part je ne relève aucune fausse note, (roserais-je, oserais-je relever la répétition de "roses", non.)

D'une sublime tristesse, la vieillesse esquissée.

Un plaisir de lecture du début jusqu'à la fin.

Bravo.

   leni   
7/12/2017
bonjour Arielle
Les vieilles sont des roses des sables A partir du choix de cette image le poème s'écrit avec le talent que l'on te connait

Les roses pétrifiées par l’exil qui les ronge
tètent jusqu'à la lie le fiel aseptisé
d’une fiole tendue
qu’on ne peut refuser

Ces quatre vers ne touchent pas ma sensibilité Ils sont pourtant nickel
Mais tètent jusqu'à la lie le fiel aseptisé cela me parait très compliqué

ON est loin de la pendule qui dit oui qui dit non qui me donne le frisson

Goutte à goutte d’instants gantés de compassion
baignés de néons crus

désolé me laisse admiratif du style mais ces mots ne me transmettent
aucun ressenti

Je n'ai pas honte de tenir ces propos car je ne suis pas un amputé du coeur et je pense que tu le sais

Merci pour cet écrit superbe dans lequel la forme domine le fond
mes amitiés Leni

   papipoete   
7/12/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
bonsoir Arielle,
Elles sont là, rangées le long des baies vitrées, telles des roses fanées derrière la vitrine d'un fleuriste dépressif .
Les vieilles gens, raides dans leur habit de pierre, regardent dans la même direction et parfois, fermant les yeux voient un ange leur sourire .NB que si poétique est votre écriture ! j'ai déjà écrit sur ce monde de nos vieux, loin de chez eux ; mais mon vocabulaire prosaïque ne saurait trouver une place ici, aux environs de plume telle que la vôtre !
je suis ébloui," goute à goute d'instants gantés de compassion ... "

   Marie-Ange   
7/12/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
De prime à bord, le texte m'a un peu rebuté, alors je tente
une seconde lecture, c'est un tout petit peu mieux.

Cela semble bien écrit, pourtant mon ressenti ne fonctionne pas,
ces "Roses des sables", ne me touchent pas, certaines phrases
me bloquent beaucoup "tètent jusqu'à la lie le fiel aseptisé",
"la croûte d'un espoir chaque jour repoussé" ...

Encore un texte qui parle de la vieillesse, c'est bien, mais peut-être que parler de la jeunesse ce n'est pas mal non plus.

Surtout que tout ces textes sont franchement très déprimants.

   Luz   
7/12/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Arielle,

Très beau poème : du début à la fin, la même homogénéité, la même force évocatrice. Les vers de 6 et 12 pieds apportent un rythme naturel et doux, rendant plus forte encore les images. Et je les vois bien ces images ayant travaillé quelques temps dans cet environnement (construction/rénovation). Le plus difficile est d'imaginer que ces personnes ont été jeunes et débordantes de vie ; parfois c'est presque possible quand les petits enfants sont en visite...
Merci beaucoup.

Luz

   Cristale   
7/12/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Arielle,

"Dans leurs yeux délavés on voit passer des songes
des miettes de désirs
des chagrins périmés"

...et tout est dit dans ce tercet, le plus tendre du poème.

Poésie âpre, crue parfois, presque cruelle dans le regard du narrateur-trice, mais sans doute réaliste.

Belle écriture, comme d'habitude oserai-je dire.

   Mokhtar   
8/12/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Il a été déjà ici copieusement loué la très belle image sur laquelle s'appuie ce poème. Je me contente donc de m'y associer.
Fragilité et dépendance, désir de repos, comme pour un avant goût.
Et l'attente...
Excellent et très évocateur, un brin culpabilisant.

   troupi   
8/12/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Arielle.
Je ne peux pas dire que le sujet m'enchante vraiment même si il mérite d'être traité, ceci dit ton écriture est si belle que je suis conquis par chacune de tes productions.
Et quand je parle du sujet je ne veux pas dire les gens âgés, ( ex: Théodore Monod, jean D'ormesson, et tant d'autres étaient passionnants jusqu'à leurs derniers jours).
Je parle de la misère intellectuelle et physique de certains qui finissent dans ces mouroirs et pour lesquels il semble bien compliqué de trouver une digne solution.
Ceci dit bravo pour ton poème et bonne journée chère Arielle.

   Louis   
8/12/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
La vieillesse n’est pas rose, et pourtant…

Les « roses » ne sont pas fanées, mais pétrifiées. Percluses, habillées « de pierre » et non de lumière, « roses » elles étaient, « roses » elles sont restées. Fleurs symboles de l’éphémère, elles ne trouvent la durée que dans un devenir minéral, dans un passage de l’aisance, de la délicatesse gracile, légère, aérienne, de l’aptitude au mouvement que génère le moindre souffle de vie, à la raideur qui anticipe la rigidité cadavérique, à la solidité lourde et massive du minéralogique.

Mais fleurs elles demeurent, « roses ensablées ».

Dans leur univers, tout s’égrène, leur univers est de sable. « Dans leurs yeux délavés on voit passer des songes / des miettes de désir ». Les désirs s’égrènent, s’émiettent et toute leur vie se morcelle, cette vie qui peu à peu les déserte. S’égrènent aussi les « instants gantés de compassion », en « goutte à goutte ». Leur temps sablier est « compté ». Leur vie ainsi perd toute continuité, toute unité, et se fait discrète, à la fois dans la séparation, le morcellement, et dans « l’exil ». La sénescence est un ensablement.
L’ensablement déborde le présent et se propage jusque dans le passé personnel de ces femmes vieillies en roses. Et c’est là, dans ce passé ensablé, qu’elles recherchent une familiarité, « entre deux plis de sable au creux de leur passé », là qu’elles recherchent un propre qui conserve un peu de leur identité, quand le présent les livre à des « mains étrangères », au « savoir-faire » des anges méticuleux », qui les dépossèdent d’elles-mêmes.

Les temps ont changé depuis Ronsard, les « néons crus » ont remplacé les chandelles, « Quand vous serez bien vieille au soir, sous les néons crus… », mais l’angoisse de la vieillesse est restée.

   jfmoods   
9/12/2017
Les pronoms cataphoriques de l'entame ("leurs douleurs... / elles"), qui créent un effet d'attente, font atterrir le lecteur dans une réalité hélas bien sordide.

L'image la plus marquante de ce poème reste la métaphore "au carcan des vitrines". Revient en mémoire ce passage de "Thérèse Raquin" de Zola où Laurent se rend à la morgue. Là-bas aussi, les vitres deviennent vitrines. Le lieu change de fonction, se muant soudain en musée de l'horreur. Ici, sous la plume de  la poétesse, le vieillissement devient le spectacle d'une sorte de musée de la décrépitude.

Ce qui suinte du poème, c'est l'image obsédante de la gestion des corps, d'une vie ravalée à la pure médicalisation ("alignées", "côte à côte sanglées", "aseptisé", "une fiole tendue", "gantés de compassion", "néons crus", "sobre savoir-faire", "anges méticuleux", "mains étrangères", modalisation : "on ne peut refuser").

Par définition, le mouroir est le lieu où se consume lentement l'usure des corps et des esprits (titre : "Roses des sables", gradation : "les roses ensablées", "les roses pétrifiées", métonymies : "leurs yeux délavés", "des chagrins périmés", métaphore : "des miettes de désirs", "Goutte à goutte d’instants", personnifications : "l'attente assassine", "leurs douleurs les habillant de pierre",  image du combat incessant avec les heures : "le temps compté s'amarre", "chaque jour repoussé", animalisation : "l'exil qui les ronge", marqueur d'intensité : "tètent jusqu'à la lie le fiel").

Par définition, le mouroir est un lieu où l'on renonce à la vie (métaphore : "grattent de l’ongle / la croûte d’un espoir"), où l'on attend la fin en se recroquevillant sur le dernier espace, le dernier bastion de liberté encore à disposition (image du refuge : "ce lit familier où se laisser aller", figuration du souvenir heureux : "entre deux plis de sable au creux de leur passé").

Merci pour ce partage !


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