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Poésie contemporaine
BlaseSaintLuc : Sur le seuil des abîmes
 Publié le 09/08/26  -  10 commentaires  -  731 caractères  -  169 lectures    Autres textes du même auteur

Un cœur vacille dans l’ombre des heures, où la beauté se mêle au vertige et à la chute.


Sur le seuil des abîmes



Les couleurs du destin sont un velours funèbre
Où mon cœur, dévoyé, cherche un souffle brûlant.
Et l’horloge, en versant son poison de ténèbres,
Frappe mes jours flétris d’un glas étincelant.

L’acier clair, engendré par l’heure vénéneuse,
Ouvre en moi les jardins d’une sombre beauté ;
Et mon sang, parfumé d’une rouille fiévreuse,
Distille un miel fatal que nul n’a su dompter.

Dans la poussière d’or où s’effondre ma vie,
Mon râle se confond aux échos de la nuit.
Rien ne peut apaiser la sentence des limbes ;

Et lorsque s’éteindra ma dernière lueur,
Je laisserai flotter, comme un parfum trompeur,
L’ombre d’un ange mort sur le seuil des abîmes.


 
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   Passant75   
25/7/2026
trouve l'écriture
perfectible
et
aime un peu
Que dire sans être désobligeant ? En premier lieu, le non-respect des rimes dans les tercets constitue, à mes yeux, un défaut qui devrait écarter ce sonnet de la catégorie néo-classique. En second lieu, la profusion de formules telles que « velours funèbre », « poison de ténèbres », « glas étincelant », « rouille fiévreuse » ou « miel fatal » produit davantage un effet d'accumulation que de véritable fluidité poétique. On peut chercher à construire des expressions s’inspirant des « Fleurs du Mal », sans devenir Baudelaire pour autant !

Pour ma part, j'y ai surtout vu une succession de motifs plus ou moins attendus autour de la mort et du désespoir. J'ai eu le sentiment de lire un texte qui privilégie les effets de style à l'émotion. Aussi, sans aller jusqu’à dire que tout cela m’a semblé artificiel, je suis resté à distance de ce poème qui ne m'a pas véritablement touché.

   Vincent   
9/8/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Lorsque je lis le sonnet et le premier commentaire

J'ai un désir profond de m'excuser d'être parmi vous

Ce n'est pas demain la veille que j'écrirais et oserai commenter ainsi

Bien sur je n'ai jamais fait de scolarité ceci expliquant cela

Personnellement je ne sais pas si je peux me permettre de dire

Que j'ai été très ému par ce sonnet comme on dit

   Provencao   
9/8/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Bonjour BlaseSaintLuc,

J'ai bien aimé ce choix que vous nous proposez en partant de l'éclat produit " Les couleurs du destin sont un velours funèbre" et non de ce qui le produit.

Ici, ce n’est pas la vérité qu’il s’agit de discerner, mais l'imagé, le sensible... Et ce n’est pas dans un jugement, mais dans une émotion, une impression, en confiant cette spécificité de la poésie.

Au plaisir de vous lire,
Cordialement

   Robot   
9/8/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Mes commentaires se font de plus en plus rares mais quand je lis un poème comme celui-ci je ne peux m'empêcher de dire combien il m'a touché par la profondeur de sa réflexion et l'intensité de ces images. Et quand je lis un contemporain de cette qualité je me dis qu'il vaut mieux un texte excellent dans cette catégorie qu'un mauvais classique.

   Pussicat   
11/8/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Pourquoi ce texte a retenu mon attention ? Par sa construction, c’est du contemporain qui utilise une forme, suit des règles (sonnet), mais comme c’est du contemporain, il peut s’en affranchir, des règles, donc l’audace. Même si je relève quelques clins d’œil racoleurs (un peu lourds ?) dans le choix des métaphores.

"Les couleurs du destin sont un velours funèbre
Où mon cœur, dévoyé, cherche un souffle brûlant."

La quête sur le thème : je sais ce que demain sera, mon présent même - pavé de miroirs aux alouettes, me l’avoue.

"Et l’horloge, en versant son poison de ténèbres,
Frappe mes jours flétris d’un glas étincelant."

Le temps qui passe laisse les traces « d’un glas étincelant », oxymore superflu ou bien ?

"L’acier clair, engendré par l’heure vénéneuse,
Ouvre en moi les jardins d’une sombre beauté ;"

Sans trop en dire, le lecteur semble saisir de quoi il est question ; paradis artificiels, offrez-moi fruits et promesse(s) – et par la voie la plus extrême, s’il vous plaît !

"Et mon sang, parfumé d’une rouille fiévreuse,
Distille un miel fatal que nul n’a su dompter."

Et voilà le miel qui fait son chemin… mais est-il si doux ?

"Dans la poussière d’or où s’effondre ma vie,
Mon râle se confond aux échos de la nuit.
Rien ne peut apaiser la sentence des limbes ;"

Malgré ses attraits, la promesse n’est qu’illusion, et reviennent les ombres, et recommence la tension.

"Et lorsque s’éteindra ma dernière lueur,
Je laisserai flotter, comme un parfum trompeur,
L’ombre d’un ange mort sur le seuil des abîmes."

Cela finit donc toujours ainsi ? Ne peut-on s’arrêter au seuil de l’abîme, faire demi tour ? L'Homme est un ange déchu qui trouvera sur sa route obstacles et miroirs ; comment poursuivre ? Chacun sa recette...

Un texte sombre, sans voies de secours, de recours... la fin est annoncée.

A bientôt de vous lire,

Edition : après relecture, il me semble m'être égarée (j'attendrais les commentaires remerciement de son auteur) sur la nature de cet acier clair (objet de transports artificiels) : "L’acier clair, engendré par l’heure vénéneuse, Ouvre en moi les jardins d’une sombre beauté ;", qui pourrait plus simplement être les aiguilles de l'horloge, du Temps.

   Polza   
9/8/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Il est toujours délicat d’écrire ce genre de poème sur fond de crise existentielle, on peut vite tomber dans la caricature…

Je trouve que vous avez évité cet écueil avec habilité.

« Les couleurs du destin sont un velours funèbre

Où mon cœur, dévoyé, cherche un souffle brûlant. »

J’ai bien aimé l’introduction, je suis tout de suite rentré dans le vif du sujet, la sorte d’oxymore « velours funèbre » me plaît bien…

« Et l’horloge, en versant son poison de ténèbres,

Frappe mes jours flétris d’un glas étincelant. »

C’est judicieux d’avoir choisi l’horloge pour évoquer le temps. Si vous aviez choisi le temps à la place, ça vous aurait donné un plutôt disgracieux « an/an/an » avec « Et le temps, en versant »

« L’acier clair, engendré par l’heure vénéneuse,

Ouvre en moi les jardins d’une sombre beauté ;

Et mon sang, parfumé d’une rouille fiévreuse,

Distille un miel fatal que nul n’a su dompter. »

Je ne suis pas sûr d’avoir complètement saisi la métaphore à propos de « L’acier clair », mais j’ai néanmoins apprécié ce quatrain…

« Et lorsque s’éteindra ma dernière lueur,

Je laisserai flotter, comme un parfum trompeur,

L’ombre d’un ange mort sur le seuil des abîmes. »

J’émets une minuscule réserve sur « s’éteindra ma dernière lueur », je trouve le verbe « s’éteindre » plutôt convenu, j’aurais aimé quelque chose de plus imagé…

« L’ombre d’un ange mort sur le seuil des abîmes. »

Très belle conclusion, le fait de faire « rimer » limbes avec abîmes est astucieux je trouve, si l’on enlève le A d’abîmes et le L de limbes, on a exactement les mêmes lettres qui restent dans le désordre…

C’est le genre de poème qui me plaît, je ressens quelque chose de profond, comme un abîme !

   Myndie   
9/8/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour BSL,
Je suis bien d'accord avec Robot : en contemporain, le poème peut s'affranchir d'un classicisme qu'il n'a pas dans la forme et pour autant s'inscrire dans la droite lignée du romantisme noir de Baudelaire. C'est un poème fort, envoûtant, qui traduit très bien le sentiment de l'agonie et le spleen qui en découle.
Il y a une tension perceptible qui résulte du contraste entre la beauté des choses et le sentiment de déliquescence physique et intellectuelle (je crois qu'on appelle ça un chiasme en langage « figure de style »).
Et surtout, ce qui m'a vraiment séduite, c'est le traitement de la temporalité ; dans ces vers, l'horloge ne fait pas que marquer le temps qui passe, elle distille du poison. Et la vie s'effondre « dans la poussière d'or ». Je trouve que c'est une très belle image pour illustrer sa propre décadence.
Ma seule remarque concerne le vocabulaire, très traditionnel. Par exemple ces termes « ténèbres », « glas », « ange mort » plutôt codés ; il me semble que des métaphores, par exemple, auraient apporté une touche de singularité et d'inattendu et que le poème aurait gagné en intensité.
Mais c'est déjà très bien.

   Cyrill   
10/8/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Salut BSL.
Un poème qui ne faiblit jamais en intensité, (sauf peut-être le second tercet, et encore), tout y est paroxystique, chaque mot investi et saturé de sens. De la fluidité, pour reprendre un terme qui fait fureur en forum ? Non justement, et ce n’est pas une carence. De la viscosité plutôt. Tandis que le liquide s’écoule, cette poisse demeure après lecture. C’est l’état plasmatique de la matière à poésie, un peu comme ce « miel fatal que nul n’a su dompter ».
Il y a de la passion dans le verbe, un élan dans le phrasé, la volonté de magnifier les plus atroces affres de l’existence. Le poète nous donne à voir un effondrement consenti, presque espéré, à « la sentence des limbes ».
Une inspiration très baudelairienne, comme déjà relevé. J’aime jusqu’au défaut de rimes des vers 11 et 14 qui sont un peu ce « parfum trompeur » du poème. Les presque-anagrammes limbes et abîmes entretiennent l’illusion.
Merci pour le partage.

   AMitizix   
10/8/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime bien
J’aime bien ce sonnet !

Il me semble y voir une inspiration baudelairienne très marquée, alors forcément, je m’y suis intéressé (j’adore Baudelaire !). Donc, en tout cas, pour l’ambiance assez chargée, assez sombre comme on la trouve dans certains (de nombreux) poèmes des « Fleurs du Mal », c’est plutôt réussi. Après, fatalement, c’est difficile de tenir la comparaison avec un tel modèle, ce qui n’est évidemment pas vous faire injure. (Rien à voir avec mon commentaire, mais ça me rappelle quelque chose que j’avais lu quelque part, je ne sais plus bien où, peut-être chez Emile Faguet (à prendre avec précautions), du genre : « Delille atteint dans ses meilleurs moments au ton de Lamartine lorsqu’il est le plus médiocre, ce qui n’est pas déshonorant », ça m’avait fait beaucoup rire.) Bref, je ne fais pas l’analogie entre vous et ce pauvre Delille maltraité par la critique ; tout ça pour dire que je suis sensible à cet aspect baudelairien de votre poème. D’ailleurs, la rime funèbre/ténèbres me rappelle le début de « Chant d’automne » (magnifique, n’est-ce pas !) :
Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres,
Adieu vive clarté de nos étés trop courts !
J’entends déjà tomber, avec des chocs funèbres,
Le bois retentissant sur le pavé des courts.

Pour en revenir au texte, l’écriture me semble maîtrisée. C’est en général un bon pastiche, je trouve, et ses excès, car il me semble un peu trop lourd, un peu trop chargé par moments, notamment dans le premier tercet, un peu caricatural ; ses excès, disais-je, sont quelque peu compensés par le ton qui me semble un peu plus intime et touchant, peut-être plus personnel, du second tercet, sans doute mon passage préféré. Le principal défaut du texte, à mes yeux, c’est en effet que malgré la bonne tenue des alexandrins et des images, il manque quelque chose, un peu plus de liant sans doute, et des métaphores plus claires, pour que je sois emporté. Par exemple, c’est le champ lexical qui me permet de comprendre le sens des vers 7 et 8, de les inscrire dans le corps du sonnet ; mais j’ai l’impression que l’image (le sang parfumé de rouille, qui distille un miel fatal indomptable) est assez gratuite. Je ne saisis pas l’allusion. Si je reste sur ma faim, ce n’est pas que ce n’est pas clair, c’est que j’ai l’impression que le sens de la phrase se dissout dans le sens des mots ; que seul celui-ci fait image ; et donc cela reste un peu superficiel.
Sur la forme, comme je le disais à l’instant, le « ton » propre à Baudelaire est bien rendu, et c’est assez réjouissant à lire ; même s’il me semble que le tout ne lui rend pas justice, encore une fois, c’est un résultat plutôt normal face à un tel poète. Je regrette en revanche l’absence de rime « limbes » / « abîmes », qui ne me semble pas justifiée vu l’esthétique du reste du texte : je n’arrive pas à la voir autrement que comme une facilité. La rime « vie » / « nuit » est aussi un peu faiblarde.

Malgré ces remarques, ce n’est pas seulement en tant que pastiche (même imparfait) que j’ai apprécié ce texte : comme je le mentionnais, il y a ce deuxième tercet qui me plaît bien, surtout les deux derniers vers (mais par contre, c’est un peu dommage de nous avoir « spoiler » la chute dans le titre, surtout pour un sonnet je trouve). La rime « vénéneuse » / « fiévreuse » est jolie aussi, je ne sais pas si on la trouve chez Baudelaire ; sinon, le vers 9, l’ « heure vénéneuse » sont des images que je trouve réussies.

En somme, un pastiche sympathique, malgré les réserves que j’ai indiquées : merci pour ce partage !

   Lariviere   
20/9/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Bonjour BSL,

Je ne sais pas si ce poème a été proposé en première intention en catégorie classique.

En tous cas, il est de bonne facture.

J'ai aimé, car sans être d'une grande originalité sur fond et forme, il développe avec une certaine réussite sa thématique, grâce à de belles images, assez forte et évocatrices, d'une assez belle ampleur. Le rythme est bon, la sonorité suffisante. La lecture est agréable.

Un petit bémol peut être sur du quand même court, pour l'emploi à deux reprises du "parfum".

Merci pour cette lecture et bonne continuation !


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