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Poésie néo-classique
Boutet : Le rêveur
 Publié le 25/04/26  -  14 commentaires  -  968 caractères  -  192 lectures    Autres textes du même auteur

Un monde qui n'appartient qu'à lui.


Le rêveur



Quand il ressent l'esprit se désunir du corps,
C'est qu'il est entraîné vers un rivage trouble
Où présent et passé se mêlent sans efforts,
Fantastique et réel vagabondent en double.

Une sphère sans borne et sans somme de temps
Qui l'attire et lui fait revivre son histoire,
Qui l'isole du monde et tous ses habitants
Pour l'exaltation dans sa bulle d'ivoire.

L'entourage le quitte avec agilité,
Les sens avec les bruits portés par la cavale
Dans un galop d'enfer perdent leur faculté :
Elle court la pensée aux songes et s'emballe
Vers un jardin où nul n'a le droit de cueillir
Ses fleurs d'imaginaire ou fruits du souvenir.

Et, dans ce monde éclos, merveilleux, utopique
Qui le charme et le comble ainsi qu'un paradis,
Il revoit sa jeunesse ou l'instant atypique,
Tous les êtres aimés par l'absence grandis
Libérés pour un temps des lois de la physique.


 
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   Luron   
10/4/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime un peu
La forme classique semblerait respectée. Cependant, je ne pense pas que l’on puisse faire rimer "corps" avec "efforts" ni temps" avec "habitants".
Le mot "temps" est répété deux fois au sixième et dernier vers. Bien qu’ils soient séparés par treize vers je ne pense pas que ce soit acceptable en classique.
Cette description du rêve ressemble un peu à celle d’un mourant par les expressions "l’esprit se désunir du corps", "les êtres aimés absents", "libérés...de la physique". Il s’agit en réalité d’une fuite hors du réel et du temps pour rentrer dans celui des souvenirs intimes, dans "un jardin où nul n'a le droit de cueillir / Ses fleurs d'imaginaire ou fruits du souvenir."
Beaucoup de métaphores sont utilisées : "rivage trouble", "sphère sans "borne", "bulle d'ivoire", "paradis".
Le sizain a ma préférence. Si le reste semble un peu confus, cette impression convient peut-être à cet état entre le conscient et le rêve.

   Passant75   
10/4/2026
trouve l'écriture
perfectible
et
aime un peu
Le poème explore l’évasion de l’esprit à travers le rêve, en mêlant souvenirs, imaginaire et rupture avec le réel. L’intention est claire et certains passages rendent bien la confusion entre passé et présent. Cependant, le texte peine à convaincre pleinement. Les images, souvent abstraites, manquent de précision et deviennent parfois difficiles à saisir.

La syntaxe est aussi inégale, avec des formulations lourdes qui nuisent à la fluidité de la lecture. Malgré un vocabulaire soutenu et une volonté d’écriture poétique, l’ensemble reste imparfaitement maîtrisé. Enfin, plusieurs images, comme le jardin ou le paradis, paraissent assez convenues.

Au final, le poème apparaît ainsi comme une tentative sincère mais encore fragile, intéressante dans son idée mais perfectible dans sa réalisation

   LeChevalier   
11/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
On oublie parfois que tout le XVIIIe s. s'exerça à composer des poèmes classiques en strophes de divers formats, épousant les contours de la pensée plutôt que de suivre bêtement la coupe de la première strophe jusqu'à la fin du texte.

Alors voyons si ici les formes des strophes épousent la pensée ?

Premier quatrain : rimes croisées, très rythmique, double contraste entre « présent » / « passé » et « fantastique » / « réel ». Le fond et la forme vont bien ensemble.

Deuxième quatrain : l'idée est davantage développée, on va faire la rêverie, l'isolement du reste du monde et l'exploiration de l'imaginaire propre. Est-ce que les rimes embrassées auraient mieux convenu à cet enveloppement, enfermement en soi ? Il faudrait faire une expérience pour savoir, mais l'hémistiche « dans sa bulle d'ivoire » ne pouvait être placé qu'en fin de strophe.

Sixain : la strophe est plus longue, donc plus développée et cela convient très bien à l'idée d'emballement exprimée au premier vers du deuxième tercet (car ce sixain est composé de 3 + 3 vers).

Quintil : c'est en réalité un quatrain croisé augmenté d'un vers, sans doute le meilleur de tout le poème (vers de lévitation). Ce vers est nécessaire : si on imagine que le poème s'arrêt juste avant lui, on est déçu, ce « grandis » demande une explication. Donc le quintil est très naturel.

Au terme de cet examen long mais nécessaire, je conclus que la forme est bien mise au service du sens, avec une petite réserve pour la deuxième strophe.

Je trouve original le recours à la 3e personne : on n'arrive pas à savoir s'il s'agit de l'auteur qui se voit de l'extérieur ou bien d'une autre personne, voire d'un type de personne.

   BlaseSaintLuc   
15/4/2026
trouve l'écriture
perfectible
et
aime un peu
Je m'y suis repris à plusieurs fois pour capter la musique et le fond du texte.
Le fait est que je n'ai pas bien accroché, il n'y a pas d'évidence, la lecture est forcée.

J'accroche à "double" et "trouble."

"Elle" la cavale ?

Multiple sujet le rêveur, la sphère, l'entourage, la cavale, les êtres aimés.

Le saut entre chaque sujet peut être déroutant.

Un, je ne sais quoi m'empêche de vraiment apprécier pleinement le texte.

   Cristale   
16/4/2026
trouve l'écriture
perfectible
et
aime un peu
Evoquer l'état de conscience d'une personne rêveuse et les images induites est une belle intention.
Je suis revenue plusieurs fois sur ces vers avec la ferme intention de leur trouver les qualités qui m'échappaient en premières lectures, mais pour être sincère, je ressens un manque de fluidité, de coordination qui se confirment en dernière lecture.

Je ne ferai pas une synthèse détaillée point par point, d'autres le feront sans doute et mieux que moi mais je trouve que la mise en strophes déséquilibre l'ensemble : 2 quatrains puis 1 sizain et 1 quintil aux rimes mal positionnées.

Des points positifs, le jeu de rimes varié et des alexandrins de bon alois, la volonté de retranscrire en mots les pensées de ce "il" qui est peut-être le narrateur lui-même.

Mais... il me manque cette petite musique harmonieuse que me ferait rejoindre ce rêveur pour m'évader dans ses contrées oniriques, mais j'aime le sujet évoqué dont je reconnais la difficulté de transmission.

Une plume intéressante qui ne demanderait qu'un peu de travail pour gagner en puissance poétique.

Cristale
en espace lecture

   Ornicar   
18/4/2026
trouve l'écriture
perfectible
et
n'aime pas
Pas de chance mais ce "rêveur" là ne m'a pas fait rêver.
Je n'ai pas réussi à entrer dans ce poème. D'une façon générale, la poésie ne m'a pas semblé flagrante.

Sur le fond, le texte reste essentiellement narratif et explicatif. Il s'attache à décrire l'état de semi conscience du rêveur quand ses sens, comme l'ouïe par exemple, s'assoupissent et finissent par s'alltèrer (voir la strophe 3).
Ensuite, cette lecture m'aura offert peu ou pas d'images poétiques : "rivage trouble", "bulle d'ivoire", "fleurs", "fruits" et c'est à peu près tout. Encore que l'impact des deux dernières soit sérieusement amoindri par leur proximité avec ces concepts que sont "l'imaginaire" et le "souvenir".
Car le texte regorge par ailleurs de formulations abstraites qui le vident de toute substance émotionnelle. Exemples : "présent", "passé", "fantastique", "réel" rien que pour la strophe 1. Mais ça continue encore par la suite. Ce sentiment de "dévitalisation" est encore accentué à mon sens quand l'abstraction s'invite à la rime comme dans la dernière strophe : "utopique", "atypique", "physique". Comme rampe de lancement à destination du rêve, il y a peut-être mieux que ces rimes riches sur le plan de la prosodie mais bien pauvres sur le plan des images.

Sur la forme et sans parler de musicalité, la lecture ne m'a pas semblé d'une fluidité et d'une légèreté à toute épreuve. Certaines tournures gagneraient à être modifiées comme celle des vers 1 et 2 ("Quand... c'est qu'il...). Reste le travail de versification. Mais justement, je me demande s'il ne fait pas partie du problème en brimant toute expressivité.

Ornicar

   papipoete   
25/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
bonjour Boutet
Quand dans ma tête ça fait des bang, que mon coeur tente d'encaisser, je ferme les yeux pour retourner dans mon AVANT où l'idéal, l'insouciance faisaient bon ménage.
Oh, il y avait des orages, des grains qui passaient ou éclataient au large d'un mot de travers, d'une jalousie, mais bien vite les portes de " ce jardin où nul n'a le droit de cueillir " grandes ouvertes, me protégeaient... c'était bien
NB que l'auteur me pardonne si je m'éloigne de son thème d'inspiration, mais j'interprète...
Avant, ce n'était peut être pas le Paradis avec anges et rêverie, mais on y retournait quand l'an 2000 nous effrayait, nous asservissait avec ses smartphones, son IA...
" l'entourage le quitte... " est ma strophe préférée
Ces alexandrins ne me semblent point pâtir de fautes ? ( pour un éventuel classique )

   Robot   
25/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Ce rêveur semble être réfugié dans un éden construit autour de ses souvenirs. Je trouve que le récit exprime bien le fond. Je suis moins emballé par la structure du texte où on trouve des formulations moins agréables poétiquement parmi cependant d'excellents vers et un quintil réussi.

   Lariviere   
25/4/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime un peu
Bonjour Boutet,

Autant j'avais beaucoup aimé votre poème précédent "héritage", autant ici je suis plus reservé.

Le thème est plaisant et il y a tellement à dire sur nos capacité de rêverie que c'est peut être périlleux et plus difficile qu'il n'y parait de faire ressortir quelque chose de fort, incisif, dans le format d'un poème.

Ici, je trouve qu'on esquisse à peine le sujet et que le vocabulaire comme les images ne sont pas à la hauteur de ce que j'attendais en terme de traitement. Ceci est assez personnel je le conçois, mais je vous en fait part toutefois, car j'ai l'impression que ce côté un peu faible du propos est aussi causé par une prosodie qui force le discours et la poésie a ne pas délivrer toute leur puissance évocatrice et ainsi à se livrer à minima. Par extension de cet aspect bridé par la prosodie, sur rime et métrique, que je ressens, je rajouterai qu'il me semble que la syntaxe elle même souffre par moment de ce travail prosodique.

Sur le rendu plus "sensoriel", il en est de même pour la sonorité qui pourrait parfois être plus agréable et aussi pour le rythme. Sans dire que celui-ci heurte pleinement à la lecture, j'ai trouvé qu'il ne procurait à l'ensemble et au déroulé que peu de fluidité.

Désolé donc, de ne pas avoir pu vraiment apprécié pleinement ce poème, qui reste quand même lisible et convenable.

Merci pour cette lecture et bonne continuation !

   Marite   
25/4/2026
trouve l'écriture
perfectible
et
aime un peu
Le titre m'a attirée vers ce poème mais j'avoue avoir été déçue car je m'attendais pouvoir entrer dans le ressenti du rêveur et je n'ai trouvé qu'une sorte de description de cet état particulier qui, pourtant, peut nous entraîner vers des sensations souvent peu rationnelles. Peut-être que la contrainte imposée par l'écriture néo-classique n'ont pas permis à l'auteur d'exprimer toute la sensibilité inhérente à l'état de rêverie que des vers libres auraient sans doute mieux transmis. C'est dommage.

   Polza   
25/4/2026
trouve l'écriture
perfectible
et
aime un peu
J’ai trouvé que ce poème, s’il n’est pas dépourvu d’intérêt, manquait d’images poétiques marquantes et frappantes par rapport au sujet traité…


« Quand il ressent l’esprit se désunir du corps,
C’est qu’il est entraîné vers un rivage trouble »

j’e trouve l’introduction maladroite : « Quand il/C’est qu’il ».

« Dans un galop d’enfer perdent leur faculté :
Elle court la pensée aux songes et s’emballe »


j’ai trouvé la construction étrange en plus que ce passage m’a fait penser à la chanson « Elle court la maladie d’amour… ». Je me suis demandé si les sens et les bruits n’avaient qu’une faculté ou plusieurs, dans quel cas il aurait sûrement fallu écrire « leurs facultés » ; mais ça vous faisait un singulier pluriel. Attendu qu’il y a 6 sens voire plus selon certains scientifiques, je me dis qu’il y a donc plusieurs facultés…

« Et, dans ce monde éclos, merveilleux, utopique
Qui le charme et le comble ainsi qu’un paradis, »

ainsi que est possible, mais je trouve que ça alourdi vraiment le vers alors que « Et, dans ce monde éclos, merveilleux, utopique
Qui le charme et le comble autant qu’un paradis, » l’aurait légèrement allégé, je pense… de plus, l’allitération en Q ne me semble pas nécessaire et alourdit elle aussi ce passage… « éclos/utopique/Qui/comble/qu’un » sans compter « atypique et physique » qui suivent…

« Il revoit sa jeunesse ou l’instant atypique,
Tous les êtres aimés par l’absence grandis
Libérés pour un temps des lois de la physique. »

je n’ai pas saisi le sens et la construction de ces derniers vers, désolé, je me suis demandé s’il fallait bien lire « ou » ou « où » ?…

Pour un poème dont le titre est « Le rêveur », je ne pense pas que personnellement, j’aurais souhaité que le dernier vers dont le lecteur ou la lectrice se souvienne soit « Libérés pour un temps des lois de la physique. »…

Si tout n’est pas à jeter fort heureusement, je pense qu’il faudrait grandement retravailler ce poème pour lui donner la force poétique qu’un tel titre mérite…

Sachant de quoi l’auteur est capable, je pense que cela était possible, vous vous êtes selon moi un peu trop précipité et vous êtes contenté de quelque chose que vous trouviez sûrement bien alors que vous auriez selon moi dû et pu viser l’exceptionnel, c’est ce que j’attends d’une plume comme la vôtre qui en est tout à fait capable à mon avis…

   Cyrill   
29/4/2026
trouve l'écriture
perfectible
et
n'aime pas
Bonjour Boutet,
Je ne peux pas dire que cette lecture m’ait emballé. Trop démonstratif au détriment de la poésie, le poème me parle d’un rêveur que je ressens comme générique. C’est un peu comme si vous vous évertuiez à expliquer à quelqu’un qui ne rêve pas ce que c’est bon sang que cet état auquel il n’a pas accès. Faute peut-être, entre autres choses, d’avoir employé la première personne, qui aurait pu donner corps au propos.
Outre certaines tournures que je trouve assez maladroites (« L'entourage le quitte avec agilité », « vagabondent en double »), le lexique m’a semblé trop attendu et souvent redondant ( Fantastique, merveilleux, utopique).
« Une sphère sans borne et sans somme de temps » : voilà en revanche un vers qui m’a paru prometteur, presque métaphysique, s’il avait été emballé dans un vrai voyage onirique.

   Kirax   
1/5/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Bonjour,

Je ne suis pas du tout d'accord avec la majorité des avis exprimés par les membres d'Oniris.
Moi, je le trouve très bien ce poème.

S'il avait été clair, limpide, très narratif et descriptif : j'aurais aimé.
S'il avait été obscur, hermétique, abscons : je n'aurais pas aimé.
Mais là je pense qu'il trouve sa place dans un fragile équilibre : légèrement flou et vaporeux, mais pas obscur non plus. Cotonneux comme un rêve, mais un rêve limpide. Et cela m'a plu.

Au contraire d'autres commentaires, je trouve que cette proposition a vraiment de belles images poétiques et est très évocateur. Je ressens vraiment un travail de fond.

Quant au choix du thème ; certes, ce n'est pas une escapade onirique. Mais les poèmes sur les rêves ne sont-ils pas légion ? Ici, c'est plus une description du glissement de l'état d'éveil vers un état de semi-conscience, puis vers un état encore plus léthargique. C'est un angle intéressant, pertinent, qui se prête bien à la Poésie, et qui, je trouve a été très bien traité. On est dans quelque chose d'abstrait, certes, mais ce texte conserve une petite lanterne pour nous guider à travers ce basculement de la conscience.

A mon avis, l'auteur avait une idée bien en tête et a rondement menée son affaire. L'effet sur le lecteur qu'il voulait créer est là.

Quant à la versification, je ne dirais pas que c'est le summum de ce que j'ai pu lire sur Oniris, mais elle n'en demeure pas moins très bonne, très plaisante, et elle contribue à la belle musicalité de ce poème.

Mes deux vers préférés sont :

"Vers un jardin où nul n'a le droit de cueillir
Ses fleurs d'imaginaire ou fruits du souvenir."

En deux mots comme en mille : un véritable travail de funambule qui a réussi à trouver son équilibre entre abstraction, clarté et musicalité. (Et une pointe d'originalité)

Merci pour ce moment de lecture.

   Boutet   
5/5/2026


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