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Poésie libre
Castelmore : Souvent
 Publié le 19/09/20  -  13 commentaires  -  720 caractères  -  231 lectures    Autres textes du même auteur


Souvent



Souvent il te regarde
cet enfant qui rêvait.
Les yeux écarquillés,
il attend ta réponse.

Souvent il te regarde
le visage trop sage,
ses grands sourcils levés,
et toujours la question.

Souvent il te regarde
figé comme une image.
Tu n’as pas la réponse...

Son calme n’est qu’apparence ;
à l’intérieur il crie :
qu’as-tu fait de mes rêves ?

Tu n’as pas la réponse,
ou plutôt tu la fuis,
elle est là sur tes lèvres :

Les peurs et les faiblesses,
les doutes, lâchetés,
mais aussi les plaisirs...
qui détournent le chemin.

Oui j’ai trahi mon âme,
ces rêves étaient miens.


 
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   Arsinor   
19/9/2020
Le regard trop pur des enfants peut impressionner l'adulte, le parent surtout, trop conscient, lui, de ne pas être à la hauteur. Il manque peut-être un mobile dans votre poème à ce trouble que ressent le parent ici tutoyé par le poète. J'apprécie beaucoup l'accélération que vous donnez avec le raccourcissement des strophes. En revanche, il aurait mieux valu, à mon sens, écrire "détournant du chemin" que "qui détournent" dans l'avant-dernière strophe, pour faire 6 syllabes, puisque vous en avez mis toujours 6. La dernière strophe clarifie l'identification de l'adulte à l'enfant : c'est l'enfant devenu grand. Cela me fait un peu penser à Hugo : "L'œil était dans la tombe et regardait Caïn".

   papipoete   
19/9/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour Castelmore
" Mais qu'est-ce que tu racontes ? Le Père Noël n'existe pas ? Les cigognes n'apportent pas les bébés...Dis-moi, c'est vrai tout ça ? Je t'écoute...Et tu ne me réponds pas ; tu m'en as déjà beaucoup trop dit ! "
NB un " grand " dirait la même chose, incrédule face à une vérité cachée ( maladie, cocufiage ou autre drame ) mais c'est quand il trouvera la réponse lui-même, qu'il aura fini d'attendre...
la première strophe qui introduit cette désillusion, rappellera bien des souvenirs " véniels " aux enfants, et celui beaucoup plus cruel pour l'homme !
un poème où l'on joue les deux rôles ; celui qui demanda et l'autre qui ne sut que répondre...

   Corto   
19/9/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
L'enfant qui questionne, qui répète son interrogation et attend enfin une réponse claire et sans détour.

Les trois premières strophes posent bien la scène, vécue par combien de parents ou de grand-parents.
La quatrième strophe est une sorte de sommet dans l'exigence d'une réponse. Diable l'adulte est en mauvaise posture !

Ensuite la référence aux "peurs et les faiblesses" rétrécit un peu la situation aux silences coupables (?). Pourtant cette non-réponse intervient aussi lorsqu'il n'y a pas de réponse satisfaisante: en effet que répondre à l'enfant qui demande
'qu'est-ce qu'il y a après la mort ?'.

On peut aussi lire ce poème comme l'introspection de l'enfant devenu adulte et regardant ses rêves d'antan et ses choix de vie pleins de compromis avec la réalité de la vie. Je comprends mal alors pourquoi tant de flagellation dans les six derniers vers.

La découverte du monde par l'enfant, sa complexité et comment tout au long de l'existence on s'arrange pour y vivre, est une longue aventure. Le passage de rêve au réel n'est jamais très simple.

Ce poème a le mérite d'être très intérieur. Il est néanmoins porteur d'une vision à mon avis excessivement pessimiste avec ce "j’ai trahi mon âme" au final. Mais seul l'auteur peut juger s'il a bien ajusté son jugement sur ce vécu.

   Ascendante   
19/9/2020
 a aimé ce texte 
Bien
C'est drôle, j'ai par rapport aux commentaires précédents une autre interprétation... "cet enfant", ne serait-ce pas plutôt l'enfant que nous avons tous été, que nous pouvons encore entr'apercevoir en nous regardant dans le miroir, et qui nous fait se poser "la question" : qu'avons-nous fait de nos rêves de jeunesse...?

Un texte bien construit, concis, limpide et fluide, au rythme accrocheur, agréable à la lecture, qui manque peut-être de "poésie" stricte au sens où la stylistique le voudrait, mais ici le fond du message l'emporte et c'est ce que l'auteur voulait je présume.

Et nous nous laissons emporter aussi. Bravo!

   Gouelan   
19/9/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

L'enfant qui est en nous ?
Notre âme n'est qu'une, la vieillesse et l'enfance y logent.
Dans ce poème j'ai imaginé l'enfant crier à l'intérieur de l'adulte car il a cassé ses jouets : ses rêves.
La peur, les chemins plus faciles, le hasard font que l'avenir ne ressemble plus à ce qu'il rêvait d'être.
L'enfant est sage, il croit ses rêves.
Puis il grandit, se case, ferme la porte.

Merci pour ce poème que j'ai compris à ma façon.

   Davide   
19/9/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Castelmore,

Cet échange avec soi-même - un adulte et son enfant intérieur - est touchant de tendresse.

L'usage du tutoiement, comme une apostrophe, devient invitation au lecteur, et ramène ce dialogue intime à hauteur d'enfant. Le poème devient alors un lieu de confidence et de confrontation avec soi-même, une sorte de huis clos douloureux et exigeant.
"Souvent il te regarde" en litanie, mais toi, mais nous, où courons-nous si vite que nos yeux ne le rencontrent jamais, "cet enfant" ?

Il faut du courage pour entrer dans son chez-soi, prendre l'enfant par la main et le laisser nous guider vers ses rêves, vers nos rêves, les yeux écarquillés sur un paysage inconnu, plein de nos promesses oubliées, plein de réponses à nos "faiblesses", plein de nous-mêmes en devenir.

J'ai trouvé très beau le dernier distique dans ce qu'il porte de douleurs, salto mortale, retour à la réalité, offense des désillusions : le narrateur parle en son nom, il parle de lui, de sa peine infrangible : "j'ai trahi mes rêves", "ces rêves étaient miens".

Mais pourtant, ni l'enfant, ni les rêves ne sont encore morts, n'est-ce pas ? Je suis sûr qu'ils sauront pardonner une telle trahison : celle de les avoir oubliés le temps de quelques petites années, hautes comme trois paumes de main, aussi nombreuses fussent-elles.

   Bellini   
19/9/2020
Dans les deux derniers vers, le passage du TU au JE perturbe la focale. Si les rêves du dernier vers se rapportent à ceux évoqués dans le deuxième tercet, alors il n’y a qu’un seul locuteur, qui ne peut être que l’adulte s’auto-infligeant tous les ratés du dernier quatrain (les peurs, les faiblesses, les doutes, les lâchetés, les plaisirs un peu mystérieux avec leurs points de suspension…, drogue, sexe, enfin tout ce qu’on peut imaginer) qui ont trompé les rêves de l’enfant qu’il était.

Ce « souvent » anaphorique des trois premières strophes marque tout de même une certaine désespérance de l’adulte qui prend tout sur lui. Nos vies ratées, pourrait être le titre de la chanson.

Pas grand-chose à dire sur le choix stylistique. Pour moi c’est presque une narration prosaïque qui reste au premier niveau rédactionnel. Je ne suis pas sûr que c’est ce que je recherche en poésie.
Mais surtout, je n’aime pas cette distance que vous instaurez entre le locuteur et lui-même. Je n’aime pas le parti-pris généraliste du poème dans un tel déroulement introspectif. Plutôt que « souvent il te regarde », j’aurais préféré « souvent il me regarde ». N’éprouvant pas cet état de malaise, je ne me sens pas concerné par ce TU.

S’il y a plusieurs locuteurs, genre père/fils, alors c’est que je n’ai rien compris au poème, et donc, je me sens encore moins concerné.
J’ai décidé de ne plus noter en-dessous de Bien.
Cordialement
Bellini

   oiselle   
19/9/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Pas facile de faire face à son enfant intérieur, pour lui expliquer ce que sont devenus ses rêves et ainsi prendre conscience de ce qu'est devenue sa vie d'adulte...Les phrases simples, courtes, comme un refrain lancinant de l'incompréhension perpétuelle de l'enfant. Phrases simples, comme l'interrogation innocente et sans jugement de cet enfant oublié. La chute, violente, "trahir" est un mot si fort, l'adulte ne se pardonne pas et pourtant...se réapproprier ses rêves est encore possible ! Lapidaire et efficace ! merci pour le partage

   placebo   
19/9/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Entre l'enfant extérieur et intérieur, je penche plutôt pour ce dernier. C'est une question qui peut être douloureuse, mais comme les bonnes questions, elle peut être salutaire. Si elle est posée souvent, c'est que la fuite n'est pas la bonne réponse…

J'ai bien aimé les fins de stophe qui se répondent - réponse/question/réponse, rêves/lèvres, chemin/miens sans que ce soit trop flagrant.

   Vincente   
19/9/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Il faut parvenir à la dernière phrase pour se sentir devoir réajuster notre regard, remettant ainsi en interrogation notre premier passage ; le lecteur constate donc une sorte de fausse route induite par sa première lecture. Je ne suis pas sûr que l'option narrative soit pertinente ; je parle du fait de laisser le lecteur voir en temps réel un tout jeune enfant regardant et interrogeant implicitement un référent adulte, alors que l'on découvre par le final que ces deux entités sont identiques mais à des époques différentes. Et cela est encore plus imbriqué, passé les trois premières strophes, parce que l'on en découvre une troisième, celle de l'adulte resté enfant par ses sensations fragiles d'appartenir au monde des "responsables" ; entendons ceux qui "savent" et peuvent dire comment faire, comment accepter les composantes du "chemin", comment vivre et se projeter…

J'ai donc vu trois personnes en une ou plutôt une en trois déclinaisons d'elle-même. Dans le principe la complexité de ce regard multiple sur soi-même, ses imbrications à la fois pleines d'angles de vue et pleines de leurs vulnérabilités, à la fois "puissant" et d'une humble considération, est une belle posture. Mais le déroulé des apparitions doit trouver des cohérences difficiles à conjuguer ; ainsi, qui parle à tel moment, qui entre en jeu et complète le regard précédent, comment le personnage final, je dirais le personnage "total" vient-il parachever ce tout ? Vu la complexité de la problématique, le texte me semble court, et d'autant plus délicat à argumenter à la suite de ces récurrences envahissantes (mises en évidence par ces "souvent" anaphoriques) que l'expression à orientation poétique agrège des interrogations chez le lecteur ; il peut avoir une impression de perdre des bouts de chacune des entités en route, ou plutôt, qu'il aura des problèmes à recoller les morceaux au final ; peut-être l'auteur a-t-il voulu cela pour accentuer l'éparpillement psychologique du narrateur, une façon de compenser comme ré-avouer la culpabilité qui le ronge "d'avoir trahi son âme" d'enfant.

J'ai trouvé formellement l'écriture "propre", bien dosée dans la distribution graphique (entre autres par le final en contenu en un distique dense et très révélateur), d'une lecture facile.

L'intention sur le plan de l'idée originelle est originale, très intéressante à aborder, mettre en scène et de fait présenter, mais sur celui du développement, j'avoue n'avoir pu ni me saisir du propos sans devoir me confronter à ce que je signale ci-dessus, ni même pouvoir me contenter de ce qui m'est apparu un peu confus.
Mais j'ai beaucoup apprécié la "confession" pleine d'une intégrité attendrissante que "l'éclatement" du personnage principal, malgré ses multiples états ne vient pas endommager.

   apierre   
20/9/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un beau texte simple et fort qui nous renvoie à nos dialogues intérieurs.Que reste t-il de nos rêves ?Nos âges s' empilent tout au long de notre existence ,certains prennent le dessus au gré des circonstances.Merci pour la lecture !

   emilia   
22/9/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Quelle est donc cette question que « l’enfant qui te regarde » (et te juge) pose avec insistance (trois fois l’anaphore « souvent »), et qui n’a « pas de réponse » après sa révélation dans la quatrième strophe : « Qu’as-tu fait de mes rêves ? », à l’heure où s’éveille la conscience, où l’on désire faire le bilan de sa vie par introspection et que l’enfant que l’on a été nous demande des comptes… Le narrateur examine les raisons de sa fuite : « peurs, faiblesses, doutes, lâchetés, plaisirs… » qui détournent du chemin quand le rêve suppose une trajectoire, une destination à atteindre… Une interrogation douloureuse pour qui a conscience d’avoir « trahi son âme », ce dont il est le seul juge s’il constate l’échec de son accomplissement, une question aussi d’état d’esprit, car faut-il vraiment réaliser tous ses rêves et obtenir satisfaction ? Une mise en scène parlante qui peut inciter le lecteur à se poser les mêmes questions par rapport à son cheminement, un équilibre peut-être à trouver pour ne pas rester prisonnier de ses rêves et sombrer sur un versant négatif …

   Louis   
23/9/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Les trois premières strophes traduisent l’état interrogatif d’un enfant « rêveur ».
Ce qui est en question pour lui n’est pas révélé, pas encore.
Le début du poème s’attarde donc, et insiste, sur sa posture interrogative.
« Pour connaître les réponses, il faut vivre les questions » : écrivait Rainer-Maria Rilke, dans Lettres à un jeune poète, et l’on peut bien dire que le début de ce poème fait vivre à l’enfant rêveur son questionnement.

L’enfant questionne, et il s’étonne.
Une question, en effet, naît à partir d’un étonnement, d’une émotion qui appelle la parole : comment peut-il en être ainsi ? Pourquoi c’est comme ça et pas autrement ?
Elle trouve son origine dans l’absence de résignation à un état de chose : ‘’c’est ainsi’’, et dans la rupture avec un ‘’cela va de soi’’, celle d’une évidence.
Elle prend source dans la reconnaissance d’une ignorance : ‘’ je ne sais pas. Dis-moi pourquoi’’

L’interrogation de l’enfant dans le poème se manifeste dans un regard : « Souvent il te regarde », elle n’advient pas dans les mots, mais reste implicite dans le regard plein d’étonnement : « les yeux écarquillés », dans ce regard stupéfait, sidéré, comme sous l’influence d’une étoile, ce qui est le sens étymologique d’une «sidération », mot forgé à partir du latin ‘’sidus’’ : étoile ; comme sous l’effet d’un coup de tonnerre, ce qui cette fois se trouve en parenté avec l’étymologie latine du mot ‘’étonnement’’.
Une stupeur s’exprime donc dans ce regard interrogatif porté sur celle ou celui qui peut être en mesure de lui répondre, porté sur un «tu ».
On ne sait pas encore qui est désigné par ce « tu », mais on sait qu’il est un familier du locuteur et de l’enfant, qu’en lui se trouve la réponse au questionnement.
Il « te » regarde l’enfant, ce qui s’entend encore : cela « te » concerne, intimement ; tout cela te regarde, cette interrogation a son importance, « tu » ne peux y être indifférent.
Le regard te parle, tu ne peux te dérober ; tu dois te montrer à ce regard, dans l’éclaircie d’une réponse ; tu dois mettre la réponse en évidence, pour qu’elle ‘’saute aux yeux’’.

Non seulement, le regard de l’enfant est questionnant sur fond d’une stupéfaction et d’un étonnement, mais son visage lui-même apparaît sous forme du signe de la ponctuation d’une parole muette, par l’arrondi d’un grand point d’interrogation, avec « ses grands sourcils levés ».

Dans sa posture interrogative, l’enfant est dans l’attente de la réponse appelée par le questionnement.
Son attente ne semble pas impatiente.
Le terme : « souvent » réitéré en une forme anaphorique indique une préoccupation constante de l’enfant, une interrogation reprise à de multiples reprises, et qui n’a toujours pas trouvé de satisfaction et d'apaisement.
En apparence, l’enfant attend calmement que vienne la réponse, dans une maturation de l’esprit chez l’être questionné.
Par son « Visage trop sage », l’enfant ne manifeste pas de colère. Pas de ressentiment non plus. Juste, il veut juste comprendre, dans une exigence d’explication. Non, ne pas crier, ne pas hurler : juste comprendre.
Sans trouble et sans agitation, « figé », sage comme une « image », il est la question même représentée ; il est la représentation fixe, insistante, obstinée d’un questionnement.
Pas de révolte manifestée, non plus, pas d’acrimonie ou d’amertume, mais une interpellation, une demande, juste un questionnement et l’attente patiente d’une réponse.

Cette partie du poème se termine par une focale portée, non plus sur la posture de l’enfant, mais sur ce « tu » en vis-à-vis, et il conviendrait même de dire en ‘’ vie à vie’’.
Cela fait transition avec la partie suivante du poème, qui expose brièvement, cette fois, la posture de ce personnage toujours inconnu désigné par « tu ».
Il devrait connaître la réponse, car la question ne peut être posée qu’à lui, à lui et à nul autre. Et pourtant : « Tu n’as pas la réponse ». Le questionnement de l’enfant se heurte-t-il à une ignorance dans l’incapacité de donner une réponse ? Pas exactement. Le locuteur précise :

« tu n’as pas la réponse
ou plutôt tu la fuis,
elle est là sur tes lèvres »

« Tu » connais la réponse mais, trop douloureuse, trop culpabilisante, elle n’est pas ‘’assumée’’. « Tu » ne veux pas en ‘’prendre la charge’’. Les mots demeurent là, au bord des lèvres, non prononcés, comme une insupportable révélation, dont on voudrait à la fois se décharger, et qu’on ne réussit pourtant pas à exprimer.

La troisième partie du poème révèle le contenu de la question :
« qu’as-tu fais de mes rêves ? »
Elle est révélée comme un « cri » de l’enfant rêveur.
Le poème ne s’en tient plus à l’image extérieure de l’enfant, d’apparence calme, il pénètre son intériorité : et « à l’intérieur il crie».
La question est révélée dans un cri, dans un appel, en une interrogation qui se fait exclamation.
On comprend alors la nature de l’étonnement et de la sidération de l’enfant, on comprend mieux d’où naît son interrogation insistante. On comprend sa désillusion. Son désenchantement.
Lui, l’enfant rêveur, animé de tant d’aspirations, tant d’espérances, et peut être de grands idéaux, fait le douloureux constat de leur perte.
L’enfant crie le temps venu des « illusions perdues », pour emprunter à Balzac le titre du plus beau de ses romans.
La réalité présente ne ressemble pas aux rêves de l’enfance. Quelle distance, quel écart s'est creusé entre le rêve et la réalité vécue !

« Qu’as-tu fait de mes rêves ? »
La question comporte un présupposé : « tu » es responsable de ce que sont devenus les rêves de l’enfance, « tu » les a trahis, « tu » les as abandonnés, « tu » les as saccagés.
La cause du sort malheureux des aspirations de l’enfance ne se trouverait donc pas dans la réalité sociale ou naturelle, dans ses contraintes, ses nécessités, ses impossibilités. Non, mais dans la personne désignée par « tu », ses décisions, ses choix, son libre arbitre.
Il y aurait une responsabilité de la part de celui qui est interpellé, il doit en répondre, alors qu’il a tant de mal à répondre.
La formulation de la question comporte donc une part de la réponse, et le poème dans l’étape suivante la complète :

« les peurs et les faiblesses,
Les doutes, lâchetés,
mais aussi les plaisirs… »

Manque de courage et manque de force, manque de confiance en soi et manque d’audace : autant de causes, avec la soumission aux plaisirs immédiats, qui « détournent le chemin », dévient la voie qui mène à la réalisation de ses rêves.

Serions-nous donc responsables de nos faiblesses ?

Il y a ce sentiment qu’il aurait pu en être autrement, que d’autres choix auraient pu être faits, que sa destinée aurait pu être autre, plus fidèle à ce que l’on a été, cet être qui trouvait son expression dans les rêves.

Les derniers vers sonnent comme un aveu :

« Oui j’ai trahi mon âme
Ces rêves étaient miens »

Le « tu » s’est transformé en « je ». L’enfant et « tu » ne faisaient qu’un, l’enfant et l’adulte, le même Moi en des temps différents. Mais alors que « tu » es resté longtemps sur la réserve, en difficulté face à la question qu’il se pose lui-même à partir de son être d’enfant, Je, dans un élan de courage et de sincérité, cessant de se dédoubler en un dialogue intérieur, se déclare « un traître », avoue avoir « trahi son âme », reconnaît lui avoir été infidèle.
Le locuteur, « je », a jeté un regard sur lui-même en se contemplant dans le miroir de son enfance.
Plus le temps de fuir désormais, il lui faut reconnaître sa responsabilité dans la destinée qui l’a détourné de ses rêves d’enfant.

Faudrait-il vivre alors avec ce sentiment de culpabilité, et cette dépréciation de soi : je suis un traître ?

Ces considérations reposent sur d’importants présupposés :

« Nous sommes de l’étoffe dont les songes sont faits » : écrivait Shakespeare dans La tempête. De même, est présupposée dans le poème que l’identité de l’enfant se tisserait avec les fils du rêve. Les songes de l’enfance exprimeraient cette partie de soi la plus profonde, la plus authentique, notre « âme », celle qui constituerait notre nature, notre identité, celle qui nous caractériserait en propre, dans notre singularité : « ces rêves étaient miens ».
Ne pas accomplir ses rêves reviendrait donc à ne pas avoir réussi sa vie, au sens de n’avoir pas su s’accomplir, ne pas avoir su être soi-même.
L’identification entre soi et ses rêves est-elle pourtant justifiée ?

« Deviens ce que tu es » : écrivait Nietzsche sous la forme d’un impératif.
Faudrait-il comprendre qu’il convient de retrouver sa ‘’véritable nature’’, celle qui s’exprimerait dans les rêves infantiles, forcément purs puisqu’ils émaneraient de l’enfance innocente, non encore pervertis par le monde social et adulte ?
Il est fort douteux que notre Moi soit fondé sur une nature, une ‘’essence ‘’ qui lui donnerait une identité. Nietzsche lui-même ne croyait guère en cette essence permanente, il privilégiait, et il n’avait pas tort, le ‘’devenir’’.
Le Moi ne trahit pas son « âme », il est engagé dans un devenir, et se crée lui-même, peut-on penser.

Nietzsche donnait plutôt pour sens à son impératif cette prescription: agis par un devenir-toi qui dit oui à la vie dans tous ses aspects, dans un devenir-intense créateur d’œuvres et d’actes nouveaux.
‘Deviens pleinement ce que tu es, et cela sonne comme une acceptation de soi, sans résignation ; une acceptation de soi, sans culpabilité ; un vouloir être soi qui intègre ses faiblesses, elles font partie de soi, mais qui privilégie toujours ce qui affirme la vie, ce qui accomplit les forces affirmatives de la vie, intensément, dans une adhésion tragique et joyeuse au présent qui s’inscrit dans le mouvement du devenir.
Aux rêves de l’enfance succèdent d’autres rêves, d’autres désirs, d’autres projets, qui sont tout autant soi-même que les rêves de l’enfance, sous la condition de ne pas subir une aliénation qui rend étranger à soi-même.
Chacun se choisit, non dans une totale liberté, comme le croyait Sartre, pour qui chacun se choisit seul, sans excuses, totalement responsable de lui-même, mais à partir de forces, de désirs, de pulsions auxquels à la fois nous commandons et obéissons.
Nos choix avoués, nos actes de courage ou nos lâchetés, nos pensées et nos idéaux sont des effets et non des causes premières. Ils expriment la puissance de la multiplicité de forces qui s’agitent en nous et dont l’une à un moment donné vient en plein jour, s’exprime dans notre conscience, et que l’on appelle ‘’volonté’’.

Oui, nous avons quelques ‘’excuses’’. Pas de mauvaise conscience donc, pas de culpabilité (le christianisme a suffisamment œuvré pour instiller en nous ce sentiment).

Il y a pourtant une vertu de la fidélité de soi à soi, contraire à la versatilité frivole ou intéressée, au reniement, à la perfidie, ou à l’inconstance, qui est promesse, engagement moral dans des idées, des valeurs, et peut-être même des rêves, que l’on entend dans l’avenir toujours reconnaître comme siens, malgré le temps qui passe, malgré ce qui nous change, parce que ces valeurs sont celles, élevées, sur lesquelles on ne peut transiger (comme les valeurs de justice, d’amour ou de tolérance ).

Merci Castelmore pour cet intéressant et beau poème, qui provoque non seulement l’émotion, mais aussi la réflexion.


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