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Poésie en prose
CeeM : Un matin de givre
 Publié le 01/12/08  -  8 commentaires  -  3681 caractères  -  87 lectures    Autres textes du même auteur

Tu sais, lui dit-elle, je n'aime personne.


Un matin de givre



Tu sais, lui dit-elle, je n’aime personne.

Il rigola et l’attrapa par les cheveux
et lui dit que ça n’avait aucune importance,
parce qu’ici personne ne se souciait de rien,
il fallait les voir les gens,
se croire immortels
et
entendre l’amour partout autour d’eux,
mais finalement c’est quoi tout ça,
embrasse-moi,
et peut-être qu’on pourra
se dire
des sucreries
et des mensonges corrosifs ;
tout le monde passe son temps
à mentir et à hurler en silence,
des faux-semblants,
des simagrées,
des coutumes civilisées de sauvages
et
des déserts éblouissants,
des nappes brodées
et des meurtres en série
et
EMBRASSE-MOI,
je veux comprendre , je veux pouvoir et être et VOIR,
et sentir ta chaleur et tes mystères ;
et
elle lui posa la main sur le front
et soupira, peut-être oui,
et puis
elle colla ses lèvres gonflées
sur les siennes
et aspira
un peu de saveur et de vie,
de bonheur et de silence.

Je voudrais écrire une histoire d’amour,
dit-il
sans savoir,
et elle rigola
comme un crève un pneu,
par pur sadisme et sabotage,
et il s’en foutait parce que c’était comme ça,
y’avait peut-être un peu de répit
et des frissons
qui courent et qui volent
et qui donnent et qui s’illuminent,
des os,
des sourires et des caresses,
des plages immaculées et de la neige noire et souillée,
des baisers et des anges,
des morsures et des lumières ;
tout restait identique,
tout le temps,
ça s’emboîtait et s’ouvrait et soufflait
et en fait ça n’existait pas
et
c’était tant mieux.
Embrasse-moi, dit-il encore
et elle ricana, PUTAIN, CE QUE TU PEUX ETRE SEUL !

Et puis elle le rejoignit sous la couette
et elle s’excusa du regard,
ses yeux étaient immenses et lumineux.
Moi aussi, tu sais, glissa-t-elle, je fais la maligne mais moi aussi,
et tout le monde,
et,
viens, viens,
je vais te bouffer et te mâcher,
te digérer, te brûler, te faire mal et te faire hurler de plaisir,
et, il ferma les yeux
et pensa que tout recommençait tout le temps
et il n’était pas bien sûr de savoir s’il trouvait ça rassurant
ou si
c’était la dope qui rendait tout plus lumineux et froid et identique
et y’en avait quand même du sang bouillant qui lui gonflait les veines
et la tendresse existe encore, non ?

Elle se glissa tout contre lui et prit
son sexe durcit
dans sa main
et elle le plongea tout au fond de son ventre
et elle dit,
je suis malade,
et il lui répondit
que ça n’avait pas d’importance,
sur la vitre le givre avait dessiné un réseau compliqué de craquelures et de fissures
et peut-être que c’était ça la vie,
de la chaleur et du sang,
et des larmes et un corps qui palpite,
elle grogna de plaisir et il se redressa,
tout le monde meurt,
putain, je m’en fous,
tout le monde meurt et il fait tellement froid dehors,
elle lui prit la main
et ils s’arrachèrent un sourire mâtiné de plaisir
et
ils étaient bien ;
le monde pouvait continuer
sa marche imbécile sans eux,
bien au chaud sous la couette,
fondus l’un dans l’autre, ils existaient,
c’était pas plus compliqué,
ils existaient et crachaient à la face du monde,
et,
l’espace d’un instant,
TOUT ALLAIT BIEN.


 
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   Anonyme   
1/12/2008
 a aimé ce texte 
Bien
j'aime bien le rythme
et le sujet
ainsi il faut vivre !

   David   
1/12/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour CeeM,

Il y a un passage "je suis malade" juste après un autre très explicite qui tranche un peu avec le ton sombre mais encore romantique de la prose. J'ai peur, enfin juste par impression de lecture, d'un mot non-écrit, même s'il n'y a pas besoin d'évoquer le sida pour rendre une vision désabusée de ces moment-là. C'est peut être interpretter excessivement.

   Leyng   
1/12/2008
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
bonjour! Si le début de ton poème m'a plu(rythme, sonorité...) sa longueur a eu raison de moi...On s'essouffle peut -être un peu à la longue même si le thème est assez poignant.

   AnaiS   
2/12/2008
 a aimé ce texte 
Un peu
Pour ma part, je trouve que ce texte est un peu long, même si j'ai accroché grâce au thème et à la façon dont tu le présente.
J'ai préféré la première partie du poème et les images qui la composent.

J'ai relevé à ma lecture : "comme un crève un pneu" = comme ON crève un pneu

   craone   
10/12/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bravo Ceem,

Quelle claque le bareback.
Quand on lit ton texte, tu nous attrapes par les C...... et tu ne laches plus.

craone

ps : on espère que c'était juste un rhume

   melonels   
14/1/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Je m'explique le rythme du texte grâce à la fin. La vie est courte c'est ce que je ressents dans ce texte, mais la vie est plus forte que tout. Ce texte rappelle l'essentiel avec VIE.
Je suis plus mitigée sur les termes vulgaires, mais peut être suis-je un peu trop vieille France.

   Anonyme   
19/2/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Un texte assez dur. On a du mal (enfin moi) à comprendre les motivations de l'un et de l'autre. L'une qui risque de refiler le sida et l'autre qui accepte avec délectation... Comme suicide, y a plus rapide et moins douloureux, sûrement pour plus tard... Mais j'ai peut-être rien capté du tout. La fin me rappelle le "jusqu'ici tout va bien" de La Haine (film que j'aime beaucoup mais on s'en fout...)
Je ne sais pas si c'est vraiment de la poésie mais peu importe...
J'ai lu sans déplaisir et ce texte m'a bien accroché.

   Anonyme   
29/9/2016
 a aimé ce texte 
Vraiment pas ↑
J'ai ici bien plus l'impression de lire la page d'un journal intime, sur le ressenti d'une relation, que un texte poétique.

Et je n'aime pas jouer "le voyeur", je ne suis pas du tout attentif à ce genre d'écrit, c'est bien trop intime pour être partagé, c'est un sentiment fusionnel vu de l'intérieur, propulsé à l'extérieur, mais qui perd grandement de son intérêt, parce que le vécu des uns, n'est pas le vécu des autres, et il ne peut se partager, surtout aussi privé.

Je n'aime pas ce déballage, teinté par instant de vulgarité, cela fait très racoleur.

La forme a aussi son côté déplaisant, avec ces retours à la ligne et l'utilisation abusive du "Et", sans compter tous ces détails superflus pour le fond.


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