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Poésie contemporaine
cherbiacuespe : Visite mortelle [Sélection GL]
 Publié le 03/09/19  -  9 commentaires  -  987 caractères  -  136 lectures    Autres textes du même auteur

Ou quand la faucheuse s'invite sans y être invitée.


Visite mortelle [Sélection GL]



Le froid habillait sans miséricorde,
Mollement, mes pauvres espoirs de survie.
Mes paupières, au crépuscule asservies,
Cachaient déjà mon iris en exorde,

Lorsque, passant la porte de la chambre,
Elle pointa le pâle de son crâne,
Enveloppée dans sa brune membrane,
La Mort ! Saisi de rage je me cambre,

Me redresse, vocifère, proteste.
« Mais qui donc vous a donné latitude
Pour déranger ma quiète solitude ? »
Je devinai l'événement funeste

Et m'approchai de l'intruse, circonspect.
« Pouah, dis-je. Vous embaumez le défraîchi.
Et votre cape, jugez-la, quel gâchis !
Me visiter dans un si vil aspect

M'afflige ! Donc, agissez en adulte,
Que diable ! Cessez de brandir votre faux,
Mal polie, elle ne tranchera qu'en défaut.
Retirez-vous ! Vous dérangez mon culte. »

Sachez que, mal reçue, la mort des hommes,
Bredouille, retourna dans son royaume.


 
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   Lebarde   
12/8/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je ne retiens de ce poème sinistre que les derniers vers que je traduis à ma façon.
Devant la mort quand elle s’invite dans ta chambre ne cède pas, résiste, fais lui face avec courage, peut être qu’elle t’évitera ( au moins pour un temps)
C’est lugubre, c’est froid, c’est morbide, c’est courageux, c’est fort et ça véhicule l’espoir d’une vie qui peut durer si on a la volonté de la faire durer devant l’adversité.

Pour la forme, ce poème en décasyllabes paraît bien construit et conforme au neo-classique. A faire vérifier néanmoins par les spécialistes.

Je trouve le sujet original mais d’un humour glacial et glaçant qui pourra gêner certains lecteurs sensibles.
Je frisonne un peu mais j’apprécie quand même du bout de la faux !!

En EL

Lebarde

   poldutor   
13/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour,
Amusante poésie où la Mort rend visite, sans y être invitée, et reçoit une admonestation et une volée de bois vert, piteuse elle s'en retourne...
Cela rappelle bien sûr "la Mort et le Bucheron", mais si au XVIIème siècle on parlait avec respect, nous sommes au XXIème siècle où on respecte si peu et on ne craint rien, pas même la Mort !
Dans la 1ère strophe, s'agit-il bien du mot "exorde" (entrée en matière d'un discours).
J'adore le " Vous embaumez le défraîchi" !
Poésie sans prétention et traitée d'une manière originale.
Cordialement.
poldutor en E.L

   Gabrielle   
14/8/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Un thème original qui saura redonner le sourire.

La faucheuse s'est trompée quant à l'heure de son apparition supposée.

Le narrateur, avec humour, nous renvoie sur un événement inévitable qui est à souhaiter le plus tard possible pour chacun d'entre nous.

La tragédie repensée avec humour donne un excellent texte qui ravira les lecteurs avertis.

Merci à l'auteur(e) pour ce partage.

   Hananke   
3/9/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour

Un texte humoristique qui se lit sans se prendre la tête. S'il suffisait
d'élever la voix pour la faire fuir, ça se saurait mais en poésie,
tout est permis, surtout de rêver.
Je suis un peu déçu par les 2 vers de fin qui me semblent un peu
faibles pour clore un tel poème.
Mais j'aime bien cet ensemble qui défie la camarde avec succès.

   papipoete   
3/9/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↓
bonjour cherbiacuespe
( votre pseudo est spectaculaire ! )
alors qu'elle n'était point invitée, la mort pointa le bout de son nez dans ma chambre ; la jugeant " non présentable ", je l'invitai à revoir sa mise en scène, et si elle voulut revenir, ne le faire qu'une fois son rôle bien appris !
NB on sourit en lisant ces vers, voyant l'indésirable faucheuse passer la tête par la porte entrouverte, et se faire rabrouer comme un marchand de tapis, par l'habitant des lieux ! Envoyer la mort se rhabiller arrive souvent, mais comme le camelot qu'on laisse poser un pied dans la maison, le contrat est à moitié signé !
L'histoire est comique, mais l'auteur prend une option de conjugaison qui me surprend ! ( le passé simple suivi du présent au 8e vers par exemple )
au 16e vers " un si/vil " est peut-être intentionnel, mais je tique !
la métrique irrégulière, la non-alternance des rimes ( masculine/féminine ) justifient la forme " contemporaine "

   Robot   
3/9/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une fable qui je crois doit être prise avec un nécessaire humour. Cette protestation d'un quasi moribond qui parvient à repousser l'échéance est un peu comme l'affirmation qu'un miracle peut toujours ramener à la vie.

Deux petits points qui m'ont chagriné: Iris en exorde. L'exorde étant synonyme de prière, je ne vois pas le lien avec l'iris.

La fin m'a un peu déçu. Je m'attendais à ce que la mort dépitée lance plutôt un anathème vengeur plutôt que ce retrait un peu fade.

   senglar   
4/9/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour cherbiacuespe,


Ah ! Comme l'on rêve de pouvoir la congédier de la sorte, la sonnante et trébuchante camarde. Il nous faudrait pouvoir jouer les caporaux en chambre à lui faire passer la revue de ses os et abattis, mal blanchis, mal polis, de chair mal raclée, du vélin de son crâne... piqueté, pas repassé, de sa cape mitée autant que moussue et de sa faux rouillée - une infection ! - autant qu'émoussée. Il nous faudrait pouvoir la réduire à son jeu d'osselets et la railler, pastichant Dorothée, alors qu'elle s'enfuit :
"Hou ! la penaude
Qu'est-ce qu'elle est piteuse
Hou ! la penaude
Elle n'a rien pour plaire
Hou ! la penaude
Et t'arrête de m'embêter hein !"
Il nous faudrait pouvoir lui rendre la monnaie de sa pièce à la mort et la renvoyer dans son "croyaume".

Merci pour ce poème cataplasmique Cherbiacuespe :)

(j'ai appris le mot "exorde". Ben non, connaissais pas.)


senglar

   ANIMAL   
4/9/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bien distrayante, cette visite mortelle.

Quel caractère a ce mourant ! La pauvre faucheuse en reste toute marrie. On a beau être une terrible tragédienne, on n’en reste pas moins femme et s’entendre dire que l’on sent mauvais et que l’on est vêtue d’oripeaux, au lieu de susciter l’épouvante, est aussi surprenant que vexant.
Notre pas belle, choquée par cette lâche agression verbale, en renonce au morceau qu’elle convoitait. Partie remise, sans aucun doute, car la Mort ne saurait rester longtemps désorientée. Son client reste maître des lieux, signe qu’il n’était pas si moribond que cela, mais à sa place, je redouterai une basse vengeance…

Le fond de ce poème m’a fait sourire et la forme est dynamique, ce qui rend la lecture agréable malgré une première strophe moins convaincante. Il y a de belles trouvailles comme « mais qui donc vous a donné latitude pour déranger ma quiète solitude » ou « Pouah ! dis-je, vous embaumez le défraîchi » et la chute est savoureuse.

Une réussite, donc, pour un thème traité de manière atypique car si la Camarde est souvent mystifiée en littérature, la renvoyer à sa niche de cette façon n’est pas courant. J’ai trouvé ce coup de gueule très visuel et percutant. Bref, je me suis bien amusée.

   Cristale   
14/9/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Cher.....je vous laisse finir :)

Vous avez bien fait de publier vos remerciements car j'aurais souffert d'être passée à côté de votre faucheuse les os sur la peau et vêtue de si beaux oripeaux.

La mise en valeur de la belle insolente est des plus raffinée. AH! On peut dire que vous l'avez bien reçue avec une gerbe de compliments à faire frémir un tombeau de marbre. C'est tout juste si vous ne lui avez pas offert une bière.

Techniquement je vous ferai grâce de quelques cortèges sinistres de rimes maniées à la pelle et à la pioche mais la cérémonie en valait la peine.

Merci pour cet instant de grâce.
Cristale


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