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Poésie libre
Concours : Ça marche oui, mais dans quel sens ? [concours]
 Publié le 18/07/26  -  8 commentaires  -  5736 caractères  -  47 lectures    Autres textes du même auteur

Entendre "How would it be if you were standing in my shoes?" comme dans la chanson de Queen.


Ça marche oui, mais dans quel sens ? [concours]



Ce texte est une participation au concours n° 41 : Tant que le monde marche !
(informations sur ce concours).





Bien joli de penser aux pieds du poème
Mais songe un brin aux plantes de celles et ceux qui,
bon an mal an,
un plus un
fatalement combinés pour faire deux,
Usent un peu le pavé
Usent surtout l'inégale semelle,
frottée, qui les sous-chausse,
la couche frêle, interstitielle
née de modiques matériaux pris à l'aventure.
Usent insidieusement, pour finir, leurs réseaux articulaires, mis en étui de bouts de cuir, bien mal lotis.

Souliers à clous. Ce qu'on a sous la main.
Or voici une
expérience de pensée
comme on dit, mais
qui commencerait par le bas :
Sens un instant
les pieds de chaque fouleur de sol,
de chaque fille foulée,
Les pieds de celles, les pieds de ceux,
Les pieds de sel, les pieds-essieux,
Les pieds fourrés, les pieds-souillés,
Ceux
Engoncés
Mutiques
Écorchés
Nus.

Pense :
C'est le moment où jamais de la fraternité.
Le peut-on ?
Ah, foin des jeux de mots. Un peu de poids dans les idées !
Suivons mieux l'écho des sabots pointus du langage :
Pense c'est-à-dire soupèse.
Pense aux cent mille soucis logés aux ornières onéreuses des lacets, aux notes payées au cordonnier qui raccommode encore pour trop cher, sachant qu'on est soi-même cireur de rue.

Pense, par renversement, au surclassement des cadres en expansion ou en retraite, aux contents-d'eux, lovés dans le lainage molletonné d'ovins hors de prix et bien élevés, sur un parquet lustré par les petites mains sous-payées des hôtels :
Ah oui, ça marche, podologie qui polarise :
Souliers à clous et pantoufles douillettes…

*
Les pas, oui c'est bien noble, sublimement valérien, élevable en poème, mais les prisonniers petons de ce qui les chausse ?

L'inégalité par les pieds, si l'on soupèse un peu, est des plus patentes !
Pieds de maison, pieds en chaussons, pieds dans leurs moufles, ensommeillés, pieds en écrin…
Considérez leur revers, méchamment inverse :
Pieds soumis aux rudesses ferreuses de godasses au rabais, de cabanons a minima, de cosses confectionnées à la va-vite dans des caves précaires.
Souliers à clous et cætera.
Et quant aux pieds ensemelés à même le sol, à même le sable, comme cloués dans l'humus strié de flaques, voués au béton juteux buveur de vagues de chaleur, à l'asphalte qui mange leurs plantes nues ?

*
Juste une seconde d'échange, par hypothèse, de mes petons pour les tiens ?
Laisse-t-elle indemne, l'expérience de pensée par les pieds,
L'if you were standing in my shoes
Brime-t-elle au moins un peu de douillet dans la conscience ?

Mes petons pour les tiens
Tu imagines
Pieds des champs mal protégés des régurgitations de terres gorgées d'aérosols, pieds exploités, pieds en fin de chaîne.
Voués aux sols détrempés
Aux sols qui coupent
Aux sols qui brûlent,
Aux gros bottillons qui écrasent
comme si de rien n'était,
Aux écrabouillis des puissants
dans leurs alternatifs souliers vernis et repose-pieds en fourrure,
De leur bureau à leur logis capitonné.

Ah oui, ça marche…
Ça trime en souliers à clous, ça flâne en pantoufles douillettes.

*
Le monde marche, certes
Marché sale,
Marketing qui nous endort douillettement
Pour entraîner chacun dans ses sillons mous.
Marketing opium nous muant en pantouflards avides, en conformistes bouffeurs de confort,
Le tout garanti
par force bottes et treillis,
Talons fascistes,
Broyeurs.
Et voilà le bel immobilisme béat de la conscience, dont fanent les ailes aux chevilles, depuis que les dieux grecs servent de signature de pub.

Le monde marche, ah oui,
Marche comme un défilé mené de main de maître, pour intimider tout ce qui diffère, où les semelles claquent dans des cadences totalitaires.

Souliers à clous et pantoufles douillettes

Le monde marche, court, écrase,
Le monde marchande
Émiette insidieusement nos vies en gravillons.
Et pour mener la danse extractiviste
Des clowns atroces aux shoes démesurés,
Des clowns globish,
Gonflés de silicone
Des mages aux nuageux pouvoirs artificio-numériques,
Faiseurs d'orages en incapacité d'eau,
Des assécheurs de terre.

Il marche, le monde, oui, sous l'étau des machines. À la baguette.

Il marche marche mal. Marche sans règle.
Dégringolade.
Et quels recours ?
En se faisant solidairement mille-pattes pour quelques heures passées hors de nos cages ? Unis non fondus, regagner nos droits humains pied à pied.
Se remémorer le poids des marches qui réclament et rappellent des droits pour tous et la dignité des pas communs.
Des pas de côté. Des arrêts pour reprendre souffle.
La révolte pesamment fraternelle de se tenir immobile et debout.

Facile à dire.
Pour l'heure
L'espoir est dans ses petits souliers.

Qui sait si nous ôtions,
chacun, chacune,
nos emballantes savates,
apercevrions-nous cette vulnérabilité latente du pied nu, l'empathie muette des empreintes ?
Faire un pas, deux.
Se dire
Et si nous démettions
Souliers à clous et pantoufles douillettes
Pour revendiquer l'épiderme en-deçà ?


 
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   Ornicar   
11/7/2026
trouve l'écriture
perfectible
et
aime un peu
C'est un peu long, non ?
Si je me sens en phase avec le fond et l'esprit du texte, je suis nettement moins convaincu par la réalisation. Pour moi, cet ensemble me paraît un peu bavard, trop dilué, de sorte que le propos perd de sa force malgré quelques formules intéressantes. Au rang de celles-ci par exemple : "podologie qui polarise", "conformistes bouffeurs de confort", "L'espoir est dans ses petits souliers". Ca me semble aussi trop démonstratif avec ce recours à cette "expérience de pensée" qui ne me met pas en condition pour un voyage poétique.
Pourtant il y avait de l'idée à vouloir revisiter les différences de classes par le prisme de ce qui chausse nos petits petons pour, vers la fin, envoyer tout balader dans un grand élan de fraternité, "en se faisant solidairement mille-pattes". Beau projet.

Surtout, la tonalité du texte m'a semblé plus réflexive et politique que véritablement poétique. Non pas que la politique soit par essence ou principe antinomique de la poésie, bien des poèmes et des chansons l'ont démontré, mais ici, je ne me suis pas senti embarqué. Dommage.

Ornicar

   Cristale   
18/7/2026
Ça ne marche pas pour moi.

Je lis un récit, libre sans doute de se qui emprisonne la marche, beaucoup de jugements communs aux discours de tout un chacun, mais de poésie point.

Je reviendrai lire ces lignes, qui sait ? Peut-être y verrai-je un nouveau jour, ou m'y prendrai-je à nouveau les pieds ?

Bonne chance pour le concours.

   Provencao   
18/7/2026
trouve l'écriture
perfectible
et
aime un peu
Bonjour,

Ce qui m'a été un peu difficile est la longueur de votre poésie.

J'ai essayé de recouvrer ce sens que évoquiez dans votre titre. Votre écrit reflète à mon regard une aventure plus qu'un sens à donner à la marche, je n'ai pas retrouver la construction de soi ou la détermination de cette marche.

Etait-ce une initiation ou une résilience?

Je reste sur cette question .

La longueur de cet écrit m'a donnée quelques maux de tête...j'en suis désolée.

Bonne chance pour le concours.

   Passant75   
18/7/2026
Je m’attendais à lire un poème et je lis un discours. Le texte est intelligent mais peu émouvant. Il est trop long, trop chargé et surtout trop explicite. Je m’attendais à lire un poème et je lis un manifeste. Une autre fois, peut-être !

   LeChevalier   
18/7/2026
trouve l'écriture
très perfectible
et
n'aime pas
La première ligne est intéressante, car elle active la polysémie du mot « pied », encore employé incorrectement par certains pour désigner les parties constituantes du vers français. Par cette ligne-là, l'auteur déclare qu'il va faire mieux que ceux qui écrivent des vers réguliers. Cette espèce d'orgueil est poétique, enthousiasmée. Seulement, il faut que cet orgueil soit soutenu par les faits. Or, la fin du premier paragraphe est proprement catastrophique : les adjectifs bizarroïdes s'accumulent à outrance (« interstitielle », « articulaires ») : la phrase est insupportable car trop mathématique, elle réclame au lecteur un calcul trop important (« de quoi cet adjectif est-il l'épithète ? ah bon, d'accord ! »).

Le deuxième paragraphe commence bien. Mais après l'impératif « sens », l'auteur retombe dans le ridicule, surtout avec les calembours (« celles / sel », « de ceux / essieux ») qui n'ont rien de poétique. Et encore un tas d'adjectifs.

« C'est le moment où jamais de la fraternité. » Cet « où »-là ne devait pas avoir d'accent. Ou est-ce un jeu de mot, comme cet autre ridicule de « le peut-on » ? « Ornières onéreuses » est un autre jeu de mots que je trouve insupportable.

« Surclassement des cadres en expansion ou en retraite » ?! Vraiment ? Dans un texte qui est censé être poétique ?

« L'inégalité par les pieds, si l'on soupèse un peu, est des plus patentes ! » J'ai aimé cette pensée mais je la trouve davantage rhétorique que poétique.

Plus loin, je relève une allitération excessive en « m » qui ne m'enchante pas.

Une phrase en anglais, qu'on peut excuser puisque sans équivalent piéton en français.

« Régurgitations de terres gorgées » est un pléonasme qui me fait penser à ceux qui s'imaginent que répéter le même morphème est un jeu avec les sonorités.

Je n'entre pas dans le détail de la suite, car j'y retrouve les mêmes défauts : vocabulaire bizarroïde, jeux de mots mal à propos, allitérations outrancières, raisonnements emberlificotés.

Conclure par une question, dans l'absolu, je trouve que c'est bien mais pourquoi cet « en-deçà » à la fin ? S'arrêter au mot « épiderme » m'aurait plus, car cela toucherait à l'humanité.

A mes yeux, le défi, que l'auteur s'était proposé avec sa première ligne, est largement raté. La longueur, elle n'est pas un défaut en soi, mais ici on a quelque chose de tellement ennuyeux, tellement peu communicatif... Je me demande si tout le texte a été écrit sérieusement dans un but poétique ou, plutôt, comme une sorte de moquerie avec la poésie ? Tellement je trouve que c'est tout ce que la poésie n'est pas...

   Cyrill   
19/7/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Hello Concours !
J’ai cru que le poème allait se construire à rebours du mètre poétique, comme le premier vers semble l’indiquer. Mais l’idée est vite balayée, il semble plutôt s’inventer au fur et à mesure de son écriture. Chaque vers réserve sa petite surprise, c'est sympa.
C’est un texte qui se présente comme une expérience théorique mais que j’ai trouvé volontiers ludique, jouant sur le sens des mots et les sonorités. Il avance au pas, par inclusion successive d’une idée dans l’autre, un mot en entraînant un autre en quelque sorte, pour aboutir à un ensemble assez riche de sens.
Voilà par exemple un passage bien rythmé, je lui trouve quelque analogie avec la langue de Prévert, avec son esprit d’inventaire :

« les pieds de chaque fouleur de sol,
de chaque fille foulée,
Les pieds de celles, les pieds de ceux,
Les pieds de sel, les pieds-essieux,
Les pieds fourrés, les pieds-souillés,
Ceux
Engoncés
Mutiques
Écorchés
Nus. »
Le texte appelle peu à peu à un sursaut « par hypothèse » malgré « L’espoir [est] dans ses petits souliers », grâce à un contact direct de la peau avec le sol. Les chaussures faisant ici figure de masques pour pieds, comme un langage par lequel l’homme se définit.

Un texte peut-être un peu bavard, j’aurais volontiers biffé quelques passages pour concentrer la poésie, mais j’ai globalement aimé ma lecture. Merci pour le partage.

   Pussicat   
19/7/2026
Ah, ah, comme une forte impression de cabotinage... malheureusement, qui manque singulièrement de poésie et ce dès la première strophe qui s'engouffre dans une recherche emberlificotée de : mais comment c'est fait une chaussure ? Comme si vous aviez, sans vous en rendre compte, attaché vos deux lacets l'un à l'autre pour une chute sûre sans même avoir commencé.

Pour la suite, je me suis perdue dans un élevage d'ovins, la taille de mes pieds... dommage, le projet de retirer ses godasses pour marcher nus pieds était sympa.

Toutes mes forces vous accompagnent dans ce concours

   Mansoul   
19/7/2026
trouve l'écriture
perfectible
et
aime un peu
Un poème plein de fougue, d'humour et d'engagement podalique. De belles trouvailles linguistiques et, je trouve, une belle oralité qui m'aurait fait classer ce texte davantage en slam qu'en poésie libre tant il joue sur les sons peut-être plus que sur les mots. Malheureusement aussi pas mal de lourdeurs et redondances, peut-être du fait du côté "exposé" du texte, peut-être parce que c'est tout simplement trop, too much, trop de jeux, d'allitérations et autres machins que je m'y noie au final plus qu'autre chose. J'en retiens l'énergie donc ! =)


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