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Poésie libre
Concours : De fer et de feutre [concours]
 Publié le 19/07/26  -  7 commentaires  -  2102 caractères  -  93 lectures    Autres textes du même auteur

Participation au concours : Tant que le monde marche. Souliers à clous et pantoufles douillettes.


De fer et de feutre [concours]



Ce texte est une participation au concours n° 41 : Tant que le monde marche !
(informations sur ce concours).





Métropole-matière.
Tract et tactique, quartz et cadence,
piétinement de clous, cri strié du bitume,
dans le barnum urbain monte un chant qui détonne.
Au plafond bas et lourd d'un ciel qui tousse et crache,
les hautes cheminées soupirent sur les toits
leur vapeur en panache.
La rue aux pavés gris promène son cafard
et la ville contracte ses muscles de briques.

Canopée-mélopée.
Battement de métal, morsure et décadence,
Un démiurge avide au scalpel sans merci
découpe l'horizon.
La forêt mise à nu courbe son dos d'écorce.
Sous les branches blessées,
le ru qui coule amer laisse dans son sillage
un stigmate brûlant, la fin des idéaux,
le vif de son or vert qui se perd en boue noire.

Le siècle grince sur ses rails,
l'histoire griffe
et le monde tourne.

Havre-sourdine.
Envers de la fêlure.
Dans l'angle mort du bruit,
la paix se pelotonne en un songe de laine.
Velours d'un temps qui ralentit,
le samovar éploie un galbe rutilant
et son haleine fuse en volute charnue.
Un reste de thé fume à l'abri du vertige ;
Il a dissous la gangue et les angles des pierres,
apaisé le ciment, les racines meurtries,
lié le fer qui tremble aux sèves de la terre.

Le baume infuse et panse les bris de l'orage
et le fracas du jour s'endort dans une tasse.

Cortège séculaire.
Le fer, le cuir, le feutre,
en lente procession, entrent dans le brouillard
et nul ne sait quel pas guidera la dérive.
Et nul ne sait quel pas survivra dans la cendre.
Mais qu'importe l'écho,
car le sol se dérobe et nous sommes buée.
Le clou rouille au bitume et la laine s'effile.
Jamais l'éternité ne vaudra notre usure.


 
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Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Provencao   
6/7/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
"Et nul ne sait quel pas survivra dans la cendre.
Mais qu'importe l'écho"

J'ai bien aimé cet écho surgi des images fédérées des regards. Au confluent des âmes. Là où les empreintes deviennent le canevas de l’être. Dans les remous ultimes des poésies du monde qui marche.

Bonne chance pour le concours.

   Ornicar   
11/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Waouh ! Encore un superbe texte, magnifique, pour cette édition 2026.
J'ai trouvé ce poème d'une grande puissance évocatrice. Les images, fortes et percutantes, foisonnent. Le titre, énigmatique, réunissant deux matières aux antipodes l'une de l'autre ("De fer et de feutre"), est déjà un poème à lui tout seul. Il éveille l'intérêt du lecteur et ouvre en grand la porte sur l'imaginaire. La tonalité est visionnaire alors que le monde décrit est déjà advenu. Un monde à la dérive qui continue de courir sur sa lancée : "Le siècle grince sur ses rails, / l'histoire griffe / et le monde tourne". Ce qui démontre encore une fois, si nécessaire, le pouvoir miraculeux et enchanteur de la poésie et de son verbe : transformer la réalité pour en faire quelquechose de plus fort, de plus étrange, de plus surprenant, de plus fou. Nous emmener loin et haut, et laisser une empreinte. C'est le cas ici.

Les deux premières strophes illustrent le grand fracas du monde. Deux strophes pour deux facettes d'un même monde. Les villes tentaculaires dans la première ("Métropole-matière") qui pourraient tout aussi bien être des monovilles, ces centres urbains regroupés autour d'une grande activité extractive, généralement très polluante ; les forêts équatoriales ensuite ("Canopée-mélopée"). Je pense à l'Amazonie, poumon vert de la Terre en proie, à l'avidité des orpailleurs : "le ru qui coule amer laisse dans son sillage / un stigmate brûlant, la fin des idéaux, / le vif de son or vert qui se perd en boue noire". La troisième ("Havre-sourdine") esquisse une courte parenthèse de calme et de paix autour du samovar. La quatrième, avec son "cortège séculaire" évoque pour moi notre humanité crépusculaire. Je trouve qu'elle ressemble beaucoup à un cortège mortuaire : "lente procession", "brouillard", "cendre", "éternité".

Je n'ai aucune réserve à formuler. Il y a tant d'images marquantes que je ne voudrais pas partir d'ici sans évoquer ces trois là, qui m'ont happé puis remué les sens : "la ville contracte ses muscles de briques" ; "La forêt mise à nu courbe son dos d'écorce" ; "le fracas du jour s'endort dans une tasse". C'est vraiment de toute beauté. Jusqu'à présent, ce poème est ce que j'ai lu de mieux. Perso, je le verrai bien à la toute première place sur le podium. Je suis enthousiaste. Bravo !

Ornicar

   BlaseSaintLuc   
19/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Alors,whaou c'est déjà pris...
Non d'un petit Schtroumpfs vert, c'est épatant !
Un texte d'une puissance évocatrice énorme, c'est le mammouth dans une caverne de cristal, ça défonce tout ,
La maîtrise du texte est digne d'un tailleur anglais,

"Au plafond bas et lourd d'un ciel qui tousse et crache,
les hautes cheminées soupirent sur les toits
leur vapeur en panache."

C'est que les temps sont lourds, jamais je crois le cumul des périls ne fut si grand.

"
Le siècle grince sur ses rails,
l'histoire griffe
et le monde tourne."

Le texte évoqué , jamais ne désespère,

"car le sol se dérobe et nous sommes buée.
Le clou rouille au bitume et la laine s'effile.
Jamais l'éternité ne vaudra notre usure."
Qu'importe après tout , que le diable nous emporte !

   Mansoul   
19/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Superbe poème, apocalyptique presque (voire tout à fait) dans son message et son souffle. Une apocalypse en marche dans tout ce qui est, villes, arbres, clous et nous-mêmes, buée, tous frappés de la même obsolescence à plus ou moins long terme. Le poète néanmoins ne s'en désespère pas puisque "l'éternité jamais ne vaudra notre usure". Très beau vers de clôture, empreint d'un optimisme poétique bien senti comme d'ailleurs l'ensemble de ceux qui précèdent, déployant des merveilles d'images et de langages.

   LeChevalier   
20/7/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime bien
J'aime bien aimé ce texte qui peint une ville industrielle, en lutte contre la nature et en bonne voie de succès. Il y a de vrais vers, dont les proportions sont savamment variées. Les paragraphes sont construits avec intelligence et la syntaxe me satisfait sauf dans les phrases averbales, que j'ai trouvées trop fréquentes et dans les groupes de deux noms (comme « canopée-mélopéé ») qui ne me ravissent guerre. Un autre aspect du poème qui, à mon sens, le ternit, c'est la recherche d'allitérations dans le premier groupe de vers ; je remarque que beaucoup d'auteurs ici affectionnent ces choses et c'est tant mieux pour le poète que je suis en train de lire, mais moi, personnellement, je trouve que ces amusements ne conviennent pas à la langue française et ont mieux leur place chez les Germains. La rime « crache / panache » ma beaucoup plu, j'ai regretté qu'il n'y en ait pas d'autres, cachées par ci, par là, pour mettre en valeur des éléments du texte, notamment vers la fin. L'image du samovar est intéressante mais je l'ai trouvée un peu comique dans ce contexte car l'objet est trop petit par rapport au « démiurge », par exemple, qui donne le ton plus tôt.

   Passant75   
20/7/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Sur la forme, ce poème m'a séduit par la qualité de son écriture et la richesse de ses images, ma réserve porte davantage sur le propos. C'est la deuxième fois aujourd'hui (la première fois, ce fut avec « Le versant libre ») que je me retrouve face à une opposition entre la ville et la nature, la première étant systématiquement associée au bruit et à la laideur, la seconde présentée comme le lieu de l'harmonie et de la beauté. Cette vision me paraît exprimée de façon assez manichéenne et laisse peu de place à la complexité des relations entre la nature et le vivant d'une part et la ville et le progrès d'autre part, comme si l'un de ces états ne pouvait exister qu'au détriment de l'autre.

Malgré cette divergence de sensibilité, je ne remets pas en cause les qualités du poème. La construction est maîtrisée, on ne peut que noter un grand travail sur les sonorités, et plusieurs images sont marquantes, notamment quand le texte s'ouvre à une réflexion plus universelle sur le temps, l'usure et notre condition. Mon appréciation ne va donc pas jusqu’au « waouh ! », j'ai admiré l'écriture et l'ambition poétique de l'auteur, tout en demeurant à distance d'une vision du monde qui privilégie l'opposition là où j'aurais souhaité plus de nuances et moins de sentences péremptoires.

   Cyrill   
21/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Tschüss Concours, du combien tu chausses ?
Blague nulle mise à part, j’ai beaucoup aimé ce poème, en particulier pour ses qualités d’oralité. On sent une attention constante au claquement des consonnes et au rythme, dès l’ouverture : « De fer et de feutre », « Métropole-matière », « Tract et tactique », « quartz et cadence », « piétinement de clous ». Les allitérations en t, k, r, d donnent une matière presque percussive. Ce n’est pas seulement décoratif, le son participe au sens. J’aime bien aussi ce qui prend des allures de sous-titres internes : « Métropole-matière », « Canopée-mélopée », « Havre-sourdine »… Ils créent des stations dans le poème, un peu comme les mouvements d’un morceau de musique.
Beaucoup d’images, très visuelles comme : « La ville contracte ses muscles de briques. », une image simple et physique, immédiatement parlante. Ou encore « La paix se pelotonne en un songe de laine » (tiens tiens c’est curieux, j’ai récemment écrit songes de laine dans un poème) : là on change complètement de registre sensoriel. Après le métal et la pierre, la douceur devient tactile.
Il y a une progression très construite qui évite l’écueil du poème simplement descriptif. La ville avec ses duretés, ses bruits, sa verticalité. La forêt avec la violence faite au vivant. Le samovar comme un espace de réparation, une figure d’alchimie.
Je trouve les trois derniers vers vraiment réussis. Tout demeure et tout est périssable, disent-ils. Le métal et le feutre du premier vers reviennent pour faire une boucle.
Vous évitez largement l’effet de démonstration. La forme poétique très libre, très soucieuse de l’esthétique, participe largement à ça. Il s'agit de visiter l’époque par la coexistence des matières. Par l’intrication et la dépendance des unes et des autres dans notre imaginaire et nos usages, que vous rendez avec brio. Fer, brique, feutre, laine… boue. Chaque matière concrète se pare d’une valeur morale, ou plutôt philosophique. C’est cette façon de penser la marche du monde par les textures qui est ce qui donne tant de singularité à ce poème. Merci pour le partage, et bravo !


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