Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Forums 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Poésie classique
Concours : Tolérance et frontières [concours]
 Publié le 31/08/26  -  3 commentaires  -  3031 caractères  -  66 lectures    Autres textes du même auteur

La France vaut mieux.
— Auguste Barbier, Iambes (1830).


Tolérance et frontières [concours]



Ce texte est une participation au concours n° 42 : La tolérance
(informations sur ce concours).





« France, je t’aime ! Alors qu’au bout d’un long voyage
À travers ce vieux continent,
Laissant derrière moi l’horreur et le carnage
meurt mon pays maintenant,
Parlant ta langue à peine et les yeux pleins de larmes,
J’arrivai sur ton sol heureux,
Tu m’accueillis. Qu’il est lointain, le bruit des armes –
Il a fui, comme un songe affreux !
Merci d’avoir ouvert tes bras pour ma misère,
Alors que je n’avais que moi,
Ô France dont le cœur affermit ou tolère
Tout sauf le mépris de la loi ! »

Voici ce que disait une jeune immigrée
Aux cheveux dorés, aux yeux verts.
J’entends toujours sa voix dans la nuit où je crée,
Tant bien que mal, ces quelques vers,
Et mon cœur se remplit de fureur aigre et juste.
C’est beau d’être jeune et naïf
Et de ne pas savoir que cette France auguste,
Qui protège le fugitif,
Offre très volontiers et sans honte un asile
Aux enfants des tyrans déchus ;
Quand l’or tinte, elle oublie, en pardonneuse habile,
Les parents aux ongles crochus.
Combien de dictateurs et combien d’oligarques
Ont acquis ici des palais ?
Quand l’argent criminel vous orne de ses marques,
Ports, châteaux, parcs, vous êtes laids !
Tant de banquiers pervers, de vils hommes d’affaires
Goûtent les douceurs de Paris,
Et la Seine reçoit les dépôts aurifères
Qu’y traînent ces fourbes pourris…

Mère de la justice et des droits, sainte France,
De favorable aux différents
Ne deviens pas une maison de tolérance
rien n’est interdit aux grands !
Quand tu te montres douce aux faibles de ce monde,
Rappelle-toi que leur malheur,
Que tout ce jeune sang qui coule et qui féconde
La fortune de l’oppresseur,
C'est aussi de ta faute. Assez d’égide sûre
Pour ce qui nous profite, assez
De compréhension pour la richesse impure,
Et pour les lingots entassés.
Plutôt que de soigner la trace des épines
Qui ne savent que déchirer,
Détruis tout le buisson. Tranches-en les racines
Qu'un pervers seul peut tolérer !


 
Inscrivez-vous pour commenter cette poésie sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   AMitizix   
15/8/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime bien
Des iambes ? Oh, chic alors ! Je n’en avais pas vu passer depuis le début du concours ; je craignais même d’en être privé. Mon enthousiasme vient de la grande admiration que j’ai pour les Iambes de Chénier (j’aime beaucoup André Chénier pour toute son œuvre d’ailleurs, c’est l’un de mes poètes préférés), et de la rareté de cette forme : je ne connaissais même pas cet Auguste Barbier qui, selon une recherche rapide, a écrit en se plaçant sous l’égide de Chénier. Voilà qui m’incite à m’intéresser à lui.
Enfin voilà, tout ça pour dire que je suis heureux de lire une tentative dans cette forme audacieuse, et que j’affectionne beaucoup de ce qui m’a été donné d’en lire, chez Chénier donc ; et en plus, je dois dire que le résultat est à la hauteur de mes attentes. J’aime beaucoup ce poème donc.

Tout d’abord (n’est-ce qu’un effet de mon imagination ?) j’ai cru voir se dresser derrière les vers de l’auteur l’ombre de ceux de Chénier, et pas forcément de ses « Iambes » d’ailleurs. Ainsi, ce
« Voici ce que disait une jeune immigrée
Aux cheveux dorés, aux yeux verts.
J’entends toujours sa voix dans la nuit où je crée,
Tant bien que mal, ces quelques vers… »
qui me rappelle cette strophe célèbre de « La jeune captive » :
« Ainsi, triste et captif, ma lyre toutefois
S'éveillait, écoutant ces plaintes, cette voix,
Ces vœux d'une jeune captive ;
Et secouant le faix de mes jours languissants,
Aux douces lois des vers je pliais les accents
De sa bouche aimable et naïve. »
Dans les deux cas, c’est la relation au discours direct des paroles d’un personnage féminin et persécuté qui précède (et qui a entamé le poème) ; on lit la même démonstrativité (« Voici ce que disait » / « ces plaintes, cette voix, ces vœux ») dans la « reprise de parole » du poète, lui-même écrivant dans un désespoir semblable (« dans la nuit où je crée… Tant bien que mal » / « triste et captif… le faix de mes jours languissants » ; et enfin, on remarque la même valorisation explicite du geste d’écrire, avec la mention explicite des vers… en cours d’écriture justement.
Bref. C’est peut-être mon goût pour Chénier qui me fait voir des fantômes.

En tout cas, je trouve l’écriture de ces iambes très aboutie, alors qu’il me semble que cette forme est assez difficile. Je n’irais pas jusqu’à dire que j’y retrouve le souffle et la puissance de cet illustre prédécesseur dont je ne peux pas m’empêcher de parler depuis tout à l’heure, mais il y a quand même une verve et un esprit satirique sensibles, bien mis en valeur par des vers agréables, et une alternance cadencée et bien sentie entre alexandrins et octosyllabes. En un mot, il m’a semblé que le rythme propre à l’iambe était bien utilisé – belle réussite.

Il y a tout de même, malheureusement, quelques formulations qui me semblent plus lâches que les autres, et qui affaiblissent un peu la force de l’ensemble. Ainsi, ce « J’arrivai sur ton sol heureux », où « heureux » doit bien caractériser le sol puisque le locuteur est « une jeune immigrée » : je veux bien le concevoir comme une hypallage, mais cet adjectif me semble tout de même peu approprié. « Alors que je n’avais que moi » est très clair, mais peut-être un peu trop convenu. « Et mon cœur se remplit de fureur aigre et juste » : il me semble plus naturel de dire « d’une fureur », même si bien sûr il faut alors revoir la construction du vers. « Ont acquis ici », avec ses trois « i » n’est pas très mélodieux. Enfin, et c’est ce qui m’a le plus gêné : « De favorable aux différents / Ne deviens pas » : je n’aime ni ce « différents », que je trouve maladroit, employé comme nom en plus, ce qui « sonne » factice ; ni la structure grammaticale de l’ensemble : même si je comprends l’idée, comment dire ? Je trouve la tournure familière et inélégante.

Enfin ! En général, ce n’est pas l’iambe qui se prête le mieux à la plus grande rigueur formelle, qu’on peut souvent envisager de troquer pour des formules et des images frappantes – au sens propre du figuré, si je puis dire. Ici, j’aime bien les deux premières strophes, mais l’image, l’idée qui m’a vraiment conquis, c’est celle qui se développe dans les douze derniers vers. C’est une très jolie métaphore que celle de ce buisson d’épines qui conclut le texte (même si je regrette ce « Qui ne savent que déchirer », trop naïf dans sa formulation et qui fait un peu remplissage, j’ai l’impression) ; et j’aime beaucoup ce « Rappelle-toi que… C’est aussi de ta faute », qui est une formule marquante et simple, d’une naïveté que je dirais, pour le coup, bien dosée.

En somme, j’aime beaucoup ce texte, parce qu’il a su m’évoquer, même sans se hisser à sa hauteur (ce qui est bien normal) Chénier ; et qu’il m’a semblé que la voix propre à l’iambe était très bien rendue dans un rythme maîtrisé, avec en prime quelques belles images. Et ce, malgré les réserves que je viens d’évoquer – on pourrait aussi peut-être ajouter que la naïveté de la première strophe est un peu trop surjouée peut-être, mais c’est contrebalancé par l’ironie des deux suivantes…

Merci beaucoup pour cette lecture très agréable !

AMitizix, en EL

PS : Une dernière remarque: je trouve que le titre ne sert pas très bien le poème, il évoque plus un sujet de dissertation qu'un travail littéraire, à mes yeux... mais c'est peut-être un sentiment qui me vient d'un excès de dissertation ! En tout cas, je trouve ça dommage, même si ça ne remet pas en cause mon appréciation du texte.

   Provencao   
31/8/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime un peu
Bonjour,

Plusieurs lectures pour mieux appréhender votre poésie. Mais, à mon sens, il ne suffit pas, pour que la satire fonctionne, que l'auteur lui-même croie aux normes en question.

Je ne suis peut être pas en mesure de déceler l’ironie de son propos.

Doit-on le prendre au premier degré? Il me semble qu'il en va de même dans une société ou dans une période historique en général : quand la justice et les droits ne croient plus eux-mêmes en certaines grandeurs et chartes, et ne sont plus capables de reconnaître en quoi on pourrait les mépriser ou les honorer, la satire n’est tout simplement plus possible...

Bon courage pour le concours.

   VanEger   
31/8/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime un peu
Nouveau sur Oniris, l'impression que je retire de ces quelques semaines de présence est que deux thèmes semblent inspirer beaucoup d'auteurs : la religion et la question migratoire.
Ici on est dans la seconde catégorie, mais l'hybridation avec le sujet imposé produit cette étrange chimère que vous nous donnez à lire.
Je n'ai pas vraiment saisi où vous vouliez en venir exactement, je crois que la sophistication de votre versification n'était pas adaptée à votre propos, que je serais bien en peine de cerner.
Disons pour résumer mon ressenti que j'ai cru que Ronsard ou Racan se mettait à nous raconter Orange mécanique ou 2001 Odyssée de l'espace.


Oniris Copyright © 2007-2025