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Poésie classique
Cristale : L'ombre
 Publié le 05/03/26  -  15 commentaires  -  1518 caractères  -  210 lectures    Autres textes du même auteur


L'ombre



J’ai connu l’aube atone où le soleil absent
Disséminait dans l'air les cristaux blancs du givre ;
Avril se réveillait mais le vent fou d’Ouessant*
Traçait le parchemin des lents demains à vivre.

Aujourd’hui le Noroît s’amuse à retenir
Le varech sur l’estran, le ballet de la houle,
Et mes yeux embués des embruns de Pen-Hir
Ne voient plus l’horizon où l’océan s’enroule.

La nuit m’emporte au loin vers un monde inconnu
Inondé de printemps, libre telle une ascète,
Nulle entrave à mes pieds ni laisse à mon cou nu
Pour suivre à l’infini ce rêve qui m'entête…

Le crépuscule embrasse un grand jardin fleuri
Bordé d’une rivière où la douce rengaine
Essaimant le chant flou d’un songe endolori
Berce les trémolos posés là sur ma peine.

D’un coussin d’iris bleus, se levant sans effort,
Il me sourit, se penche et cueille un rai de lune ;
« Je vais bien », me dit-il. Mais je sais qu’il est mort.
Une ombre évanescente effleure la callune.

J’entends les matins gris égrenant jusqu’au soir
Le tic-tac insolent de l'horloge éternelle
Doigt pointé sur le front d’un profond désespoir.
Laissez-moi divaguer, ma folie est trop belle.


____________________________________________________________________________________
* Ouessant [wɛsɑ̃] se compte en 2 syllabes : oues(wɛs)-sant (tout comme ouest [wɛst] compte 1 syllabe).


 
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   LeChevalier   
5/3/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Que dire sinon que c'est le miracle de la poésie réelle ? Les vers coulent comme des vagues puissantes mais douces à la fois. Déjà, le choix des strophes qui se terminent par une rime féminine confère un caractère mélancolique à la composition. Après, les innombrables allitérations, les rimes riches et/ou rares, les noms qui donnent cette « couleur locale », si chère aux romantiques (« Pen-Hir », « varech », « Noroît »). Les adjectifs, ils sont nombreux et participent si bien à la construction de l'ambiance d'une mélancolie maîtrisée.

Je pourrais faire une vraie analyse littéraire, mais ce que ce poème a de vraiment merveilleux, c'est qu'il n'est même pas nécessaire de le comprendre ou de connaître chaque mot, pour en tirer un plaisir profond.

Il y a quelques petites corrections à faire au niveau de la ponctuation. J'ai exhumé un poème de Charles Le Goffic où « Ouessant » fait trois syllabes mais je suis sûr qu'il s'est fié plus à ses habitudes qu'à la phonétique.

   Lebarde   
19/2/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
La poésie classique revient somptueuse, avec ce poème magnifique, l'œuvre d'une plume élégante, maitrisée et touchante parfaitement reconnaissable qui nous parle de souvenirs douloureux au travers d'une nature à la fois violente et réconfortante, pleine de "vent fou", "des embruns de Pen Hir", de "varech sur l'estran", " de ballet de la houle" qui ne peuvent faire oublier pourtant celui, qui en rêve, "sourit, se penche et cueille un rai de lune ";
et dit:
« Je vais bien » alors "qu'il est mort", laissant "dans "les lents demains à vivre "(belle trouvaille!) une peine et une tristesse infinies que "Le tic tac insolent de l'horloge éternelle" ne saura jamais atténuer.

Quelle poésie dans l'écriture , quelle pudeur et délicatesse, quelle force superbe dans le traitement du sujet:
" Laissez moi divaguer, ma folie est trop belle."

C'est sublime, je suis ému de nous donner le droit de lire de si jolis vers.

En EL

Lebarde

   Myndie   
20/2/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
La Bretagne pleine de mélancolie et de souvenirs douloureux ; il n'en faut pas plus me laisser deviner à qui nous devons ce poème plein de sensibilité, à l'écriture classique parfaitement maîtrisée.
Que cette divagation, que cette folie sont belles !
Allégorie du temps et de sa cruauté : 
« les lents demains à vivre »
«  Le tic tac insolent de l'horloge éternelle »
jeu sur les sonorités :
«  Et mes yeux embués des embruns de Pen-Hir »
«  J’entends les matins gris égrenant jusqu’au soir »
et fluidité de l'alexandrin qui donne à chaque vers la douce sonorité d'une berceuse, tout concourt à à suggérer avec élégance et pudeur, la perte d'un être cher, la douleur récurrente et jamais apaisée, obsédant jusqu'au fantasme :I
« Il me sourit, se penche et cueille un rai de lune ;
 Je vais bien » me dit-il. Mais je sais qu’il est mort. »
(au passage, même si j'admets qu'écrire la vérité dans sa crudité (il est mort) est sans doute, par sa simplicité, le passage le plus déchirant du poème, j'aurais préféré rester dans le flou paradoxalement très explicite de la suggestion. Mais bien sûr c'est une impression toute personnelle).

Cette ombre « évanescente (qui) effleure la callune » évoque avec beaucoup de pudeur et de poésie le difficile deuil d'un être aimé et la rémanence de son fantôme.
Pour moi assurément, c'est aussi l'ombre de Victor Hugo qui plane sur ce poème et remplit tout l'espace.

   Polza   
23/2/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Pour Ouessant, je vous fais confiance, même sans la précision je ne me serais même pas posé la question, on voit tout de suite que l’auteur connaît ses classiques et sa Bretagne, ce poème porte la signature de son auteur (son autrice devrais-je plutôt écrire, tant ce poème est signé Furax !).


J’écrivais il n’y a pas longtemps que dans « Les Trophées », malgré son incroyable technique, je reprochais (subjectivement) à Jose-Maria de Heredia, son manque de sentiments, mais que je retrouvais ce que je cherchais dans la partie intitulée « La mer de Bretagne ».

J’ai envie de dire sans aucune flagornerie de ma part qu’ici, dans l’ombre, je retrouve une technique qui n’a rien à envier à de Heredia, et des sentiments d’une force que lui-même n’a peut-être pas toujours atteinte !

Ce poème allie technique et puissance poétique et dramatique à la perfection, c’est beau et triste à la fois, que dire de plus, l’autrice le sait déjà, non pas par orgueil démesuré, mais à ce niveau d’écriture et de poésie, quand un de ses poèmes est bon, l’auteur (l’autrice) le sait…

   Passant75   
26/2/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Il n’est plus là et son absence pèse. La nature elle-même a froid et le temps se déroule lentement. Dans un décor breton dans lequel la mer comme le vent se font entendre et parlent aux sens, l’absence se fait plus lourde encore. Et il faut attendre la nuit pour permettre au rêve de créer un monde fait de couleurs, de lumière et de chaleur, un monde qui permet de faire entendre l’écho d’une parole appartenant au passé. Mais est-ce folie que de vouloir revivre un temps qui n’est plus ?

Tout cela est bien dessiné, la forme épouse le fond, le temps qui s’écoule, tout en prenant son temps c’est-à-dire bien moins vite qu’avant, le fait au travers de belles images. Les souvenirs parlent au regard comme à l’oreille. Qu’importe que le présent soit connu dès lors qu’on peut le peupler des reflets du passé !

   Provencao   
5/3/2026
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très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Cristale,

"Le crépuscule embrasse un grand jardin fleuri
Bordé d’une rivière où la douce rengaine
Essaimant le chant flou d’un songe endolori
Berce les trémolos posés là sur ma peine."

J'aime beaucoup ce passage " essaimant le chant flou" qui nourrit l'ombre. En cette belle ombre, vous nous rappellez, sans consentement, des souvenirs que tout un chacun recherche à enterrer et votre sublime poésie nous invite, m'invite à lui donner sens.

Au plaisir de vous lire,
Cordialement

   Boutet   
5/3/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Un très beau poème classique comme seule l'auteure sait en réaliser quand elle laisse parler son coeur
et ses tristes souvenirs. Les 2 derniers quatrains sont terribles : ils closent un poème qui se voudrait descriptif en nous ramenant à une réalité d'une mort qui hante le poète.


D’un coussin d’iris bleus, se levant sans effort,
Il me sourit, se penche et cueille un rai de lune ;
« Je vais bien », me dit-il. Mais je sais qu’il est mort.
Une ombre évanescente effleure la callune.

Ce très bel écrit a des allures empruntées à Villequier.

   papipoete   
8/3/2026
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très aboutie
et
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Bonjour Cristale
Ouf, j'ai cru que vous n'aviez plus l'avantage de nous proposer ce genre de merveilles, de bon matin quand au loin aboie ce maudit mâtin.
L'héroïne nous prend par la vue, et pied après pied nous fait savoir combien la Nature, peut se montrer généreuse à qui sait la regarder, en disant
- comme Vous êtes belle ; il y avait longtemps que je n'avais pris le temps, de contempler les éléments ; cette aube enveloppée d'une aube blanche, et le vent qui joue les dentelières au sac et ressac de la mer...jusqu'au crépuscule éteignant la lumière
- il est mort, il est mort le soleil...
NB alexandrins, vous avez dit alexandrin ?
le 5 Mars ; j'interprétai cette mort comme celle du soleil, mais je sais que notre poétesse évoque en réalité, un ange parti tout là-bas...mais je ne rejette pas la chanson de Nicoletta, car le Soleil est notre ami, surtout lorsque il fait si gris comme en Bretagne...
classique, vous avez dit classique ?
je ne nie point que le " plafond qui se penche, pour m'empêcher de dormir, ou bien la soupe en guise de petit déjeuner avec le milieu au centre du plancher " put enfiévrer quelques lecteurs, mais sans mentir, je préfère ces vers, dont j'espère la clémence de com sévères ?
tout est formidablement beau dans ces lignes ;
dans l'avant dernière strophe, non contente de nous séduire par la vison, notre poétesse nous prend par l'ouïe aux accents de Nicoletta...
Anonyme n'est plus là pour jeter cette couronne aux orties, alors j'en savoure chaque fleur, jusqu'à en mourir !
bravo ! et encore merci de nous rassurer !

   Luron   
7/3/2026
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très aboutie
et
aime beaucoup
J’adore. D’abord la symbiose entre la description de la nature et les sentiments profonds. Sur ce point, le deuxième quatrain est d’une grande beauté. Le cinquième quatrain surprend par une douce apparition (coussin, sans effort, sourit, cueille) et donne tout son sens au poème surtout au troisième vers.
Du Victor Hugo mais avec une plus grande densité poétique et moins d’emphase. Richesse des mots, finesse de l’expression, musicalité. Comme d'habitude.

Au quatrième quatrain, j'aurais mis "Essaime..." au lieu de "Essaimant..." pour la musicalité.

   Robot   
5/3/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Difficile d'ajouter aux commentaires précédents. Une poésie classique conduite parfaitement par une autrice qui maitrise totalement son art de la rime et du rythme.
Des images qui nous plongent au coeur d'un paysage ou l'on perçoit de la nostalgie.

   Laurent-Paul   
5/3/2026
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très aboutie
et
aime beaucoup
La poétesse nous offre un voyage immobile : elle est seule, face à l'océan, à la succession implacable des jours et des nuits ; ses rêves lui font revoir la beauté que l'absurde violence de la mort ne parvient pas à nous enlever. Le tout est dit avec une classe (je ne trouve pas de meilleur mot) absolue ! Le travail de versification est léger et solide à la fois, parfait, guidant la lecture sans l'imposer ou l'indisposer.
Plus que bravo !
La chute est une merveille. C'est si bon de divaguer.

Et si je peux me permettre, l'encart technique concernant Ouessant était superflu : le poème suffit à montrer que vous savez compter vos pieds jusqu'à douze !

   Mangrove   
5/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
J'ai apprécié ce poème, avec une atmosphère comme suspendue entre onirisme et réalisme, et l'ombre du titre qui plane par dessus, que j'ai senti surtout dans les très beaux deux derniers quatrains.
Ces éloges faits, où je rejoins un peu tous les lecteurs, je trouve cependant que le poème n'est pas sans défaut. Il commence pour moi assez mal : un soleil absent pourrait peut-être métaphoriquement agir, mais pas faire quelque chose d'une telle précision que "disséminer dans l'air les cristaux... " Les "lents demains" n'est peut-être pas un jeu de mot, mais évoque malgré lui une forme de calembour. Un peu plus loin, la strophe de la nuit précède celle du crépuscule, mais ce n'est peut-être pas un défaut, seulement une distorsion du temps qui pourrait avoir son sens dans le poème. Abstraction faite de la première strophe, c'est un poème vraiment réussi qui gagne en beauté sur la fin.

   Ramana   
7/3/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Pour ma part, rien à redire, la lecture est fluide, les images fortes, la prosodie impeccable et le thème ressort aisément, même s'il est mille fois narré par mille poètes. Bravo à vous.

   Mokhtar   
8/3/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Il est des blessures qui sont indéfectibles. Alors, pour subsister, il faut tenter de liquéfier la douleur. Contre l’emprise du chagrin vient la tentation du mirage pour refuge.

Alors le rêve accourt en renfort, lui qui se plaît à façonner des réalités : fictives, fugaces, éthérées, chimériques, fantasmées…

Mais aussi obstinément récurrentes.

Folie douce ? Non, douce folie…si naturellement fertile en poésie.
Et là, l’artiste fait œuvre.
Le décor est planté. Cette Bretagne qui semble née pour inspirer des vers : le vent indomptable, la mer farouche, la lumière cristalline, l’air chargé d’embruns et de landes, et le murmure persistant des légendes…
On n’attend plus que l’ombre.

Merci pour ce texte, qui prouve avec brio la pertinence et l’intérêt de sa forme. N’en déplaise aux pisse-froids, prédateurs du genre.

Merci pour ce poème, où la douleur est belle.

Nota : Pour les deux premiers vers, je ressens un conflit entre la cohérence logique et le droit à la licence poétique.

   Eskisse   
8/3/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Cristale,

Ce" je vais bien" me touche infiniment, il me semble l'avoir entendu aussi. J'aime quand la peine se mêle à la maîtrise absolue du classique.
Et le vocabulaire reste sobre...

J'espère juste que les trémolos qui surgissent n'ont pas d'affectation comme c'est parfois la connotation de ce mot.

Bravo !


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