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Laboniris
Lariviere : Fragment delta numéro 6
 Publié le 06/03/26  -  8 commentaires  -  5086 caractères  -  89 lectures    Autres textes du même auteur


Fragment delta numéro 6



Un cercueil. Une couronne. Et beaucoup d'épines. Espérances. Créances. Déchéances. Rêve de pain et de jeux, de plages et d'océans, braise comme l'existence, et l'existence comme une endive braisée…

Pouvons-nous avec nos couleurs fauves et nos gènes de prédateurs raviver les éclats de la vérité pulvérisée, comme on ravive les faces d'un vulgaire diamant ?… Des luttes, des baumes, des lances, des étendards et des canons, des fanions, des anxiolytiques et des décorations. Au spleen joyeux des porte-plume, les académies se font légions et pourvoyeuses de spores fungiques et de mycoses sur le sol rempli d'humus des nations. À quoi bon ?… Notre raison d'être est idéal crevé et astre mort. Illusion placée dans l'éclat d'un bout de charbon purifié par le temps… Sur des nerfs à fleur de peau, c'est le bouquet final, perlant éblouissement et misère, ricochets et torchis de lumières versés au goutte-à-goutte sur des décors gelés. Parjure. Maldonne. Séisme boursier. À l'avenir, chaque être qui ne réussira pas convenablement son suicide aura l'amère impression d'avoir raté sa vie…

Notre monde désenchanté, nous peinons malgré tout à sa déconstruction. Nous délocalisons nos sentiments comme nos usines, pièce après pièce, peau après peau, pour nous alléger grandement la carcasse avant la dernière échéance. À la fin, il ne restera plus qu'un vaste ciel rempli de cils coupés, pliés, oubliés en équilibre sur le tranchant de l'âme. Paix des chaumières et baies des anges. Rues vitrées de nos malaises, tout s'écroule dans les éboulis de conscience où s'écoule le temps comme une veine tranchée… Avancer de nouveau jusqu'à la ligne de feu. Se laisser aller. Glisser. Se répandre… Le bonheur n'est pas un simple produit en croix. Ultime confession : la genèse du mot est une bouillie de pomme de terre ou, à la rigueur, un rot expulsé au-dessus d'une nature morte. Il existe des cordes et des pendus, pour faire le grand saut. Saut inutile mais exaltant. Il ne faut pas plus croire à la beauté surréaliste qu'à la beauté de la vie. C'est absurde. C'est la beauté, perverse comme Narcisse, qui demande à ce qu'on l'admire, sans se soucier des conséquences pour nos yeux affolés. Nos moindres conseils ou frissons sont des chapelles ardentes, des toiles de déraisons terribles soumises aux quatre vents. Il faudrait pouvoir poser ses arsenaux quand la situation l'exige. Il faudrait poser ses outils, son savoir, son idéal de beauté et d'esthétique, ses planches en bois et ses mots, ses phrases, ses clefs des champs, ses glaives et ses chansons de gestes désordonnés et nous débarrasser enfin de nos élans d'orgueil pour épouser les courbes électrisées de nos nouveaux poumons. Qui n'a pas eu le loisir d'avoir le désir brûlant de commettre ses rêves ?… Curieux énergumènes, nous nous grattons sans cesse, mais nous oublions chaque fois de nous épouiller le cerveau. Grand primate, au cœur bien accroché… Les diamants, comme les tracas, sont éternels… Quarante-quatre carats et plus de mille soucis. Du sang, du sel et de l'amertume. C'est la vie aux confins du miracle planétaire. Sa part de merveilleux a le goût du trop-plein, a un goût de charançon, de péchés capitaux et de terre cuite… Incompréhension persistante. Les ailes des anges sont taillées à même la matière dans des chutes de reins et de papiers peints couleur de ciel glacé. Les labeurs quotidiens sont l'unique accès au bonheur historique. Falsification. Infortune. Exode biblique. Mise en échec tenace du devoir mémoriel. Les vrais fauves ne portent plus de crinières, hormis au bal masqué et aux défilés militaires. Officiels de la République, vous nous décevez… Donnez-nous deux cœurs purs à peine et nous vous repeuplerons l'univers aux couleurs initiales de sa féerie.

Le surréalisme, comme tous les autres courants, n'est qu'un palais princier décoré, allumé, saturé de lampions et de bal populaire. Bivouac et chanson paillarde suspendus au sein flétri mais exalté de la Joconde. Un chérubin atteint de saturnisme nous attend dans l'obscurité, se tenant grelottant sur le palier du monde. Un dîner de gala, au plus haut de la tour de Babel, est annoncé indéfiniment. Pâturages promis à l'aube émeraude du mouton de Panurge. Tout un monde d’hystérie et de faux frissons, de vrais souvenirs factices et de bons sentiments. Citadelle de ciel pur imaginée comme futur paradis à visage et taille humaine, magnifié par le dessein divin, rendus donjons sertis d'or et d'exquises joailleries, empuantis de miasmes et de souffles improfitables. Mirobolante et roulante, la langue elle-même est saprophyte luisant, fleur de poison, statue de soi, marbrure tigre et griffure de soufre, mal de vivre et maux du foyer, aphte et parures, bijoux modernes et recrudescence des coups de sang. Le vulgaire sort de la gueule des caïmans fouillant des sacs de grains à la découverte de la virtuose prophétie, en vain. La foudre en chasse une autre. Le chagrin est la seule subsistance assurée d'un avenir radieux. L'unique substance digne d'être en droite lignée humaine depuis la nuit des temps.


 
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   Myndie   
22/2/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Ce texte compact, touffu, impitoyable mais plein de sens porte en lui tant de désenchantement, de pessimisme, de nihilisme même que l'auteur semble bien avoir Cioran ou Houellebecq comme maîtres en noirceur.
Sans aucun répit, il rejette, exècre, désacralise, tout ce qu'il considère être source de déchéance pour l'homme, y compris l'homme lui- même.
La mort semble bien être la vraie vie d'ailleurs puisqu'à «  l'avenir, chaque être qui ne réussira pas convenablement son suicide aura l'amère impression d'avoir raté sa vie… »
L'écriture elle-même n'y échappe pas ; bien loin du rôle salvateur qu'on lui prête si souvent, elle est «  poison, statue de soi, marbrure tigre et griffure de soufre, mal de vivre ».
Entre jeux de mots : 
« braise comme l'existence, et l'existence comme une endive braisée… »,
poésie hermétique mais efficiente : 
«  torchis de lumières versés au goutte-à-goutte sur des décors gelés »
«vaste ciel rempli de cils coupés, pliés, oubliés en équilibre sur le tranchant de l'âme. » ,
et langage érudit :
 «  saprophyte »,
cette diatribe remplie de noirceur, de colère et de cynisme est pour moi une réussite.

   Provencao   
6/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Lariviere,

Plusieurs lectures pour mieux appréhender votre texte.

"Le chagrin est la seule subsistance assurée d'un avenir radieux. L'unique substance digne d'être en droite lignée humaine depuis la nuit des temps."

C’est à travers une lecture noircie de désolation, de trouble, de symbole de vide et d'absence que la lisibilité de votre texte associe fortement la subsistance et l’écho pour exprimer "l’inanité" du mot chagrin.

Au plaisir de vous lire,
Cordialement

   papipoete   
6/3/2026
trouve l'écriture
perfectible
et
aime un peu
bonjour Larivière
Déjà, je ne sais pas ce qu'est LABONIRIS
Sinon, je vois une peinture du monde, au lance-flamme et des murs labourés au karcher !
Tout n'est que négatif ; de l'écriture à la parole, et les visages de nos Gourous aux commandes du Monde, n'ont que l'apparence de pieuvres, aux bras couverts d'ordure et de pustules, qu'ils ont le grand pouvoir de passer autour de notre esprit, et serrer comme anaconda.
" circulez, y'a rien à voir ! c'est moi Dieu sur Terre ; vous n'êtes que mes pions ! "
NB l'apocalypse au bout d'une plume, alors que ça pète partout, ça saigne et pleure enfants, femmes et vieux qui croyaient avoir tout vu...
La lecture est quelque peu compliquée par des formules alambiquées ; mais Laboniris ou pas on devine que c'est un joyeux bordel, que blond peroxydé, p'tit gros coréen, abominable ayatolla ont pris en main, pour faire de notre planète " bleue ", une sphère rouge de sang.

   Robot   
6/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Paradoxalement, j'ai découvert dans ce texte fourni en images et métaphores, un éloge au pessimisme qui resterait comme le marqueur d'un monde déchiré, déchiqueté, trituré.
Beauté et laideur se confondent, Bonté et malédiction se mêlent. Vérité et mensonge ne font qu'un.
C'est une apocalypse qui se découvre dans le sens le plus tragique, sans l'intervention des dieux, à la seule initiative des humains. L'espoir réside dans la certitude et peut-être l'exigence du malheur.

"À l'avenir, chaque être qui ne réussira pas convenablement son suicide aura l'amère impression d'avoir raté sa vie…"
Cette phrase m'apparaît comme le parfait résumé du récit.

   Polza   
7/3/2026
[Modéré :Ceci n’est pas un commentaire.
Vous avez trois façons de vous exprimer sur votre problème :
- Mp à l'auteur pour lui dire votre regret de difficulté technique à le lire
- Mp à Nico, notre webmaster, pour l’en informer, mais avant, savez-vous que vous pouvez lire ce texte en Pdf en cliquant sur l’icône adéquate à droite tout en bas de la page du texte, sous les commentaires.
- dire ce non-com dans le fil en retour sur ce texte qu’ouvrira certainement l’auteur.]

   Eskisse   
7/3/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime bien
Bonjour Larivière,

Je suis à chaque fragment estomaquée par la stratification de ton écriture, la masse imagée qu'elle représente et ignore comment elle est créée.

"À la fin, il ne restera plus qu'un vaste ciel rempli de cils coupés, pliés, oubliés en équilibre sur le tranchant de l'âme"
J'aime beaucoup cette image, surréaliste à sou hait pourtant. Peut-être parce que le mot " ciel" renvoie à un idéal malgré tout.

Mais un tel pessimisme me pèse, jà moi l'idéaliste, j'ai même peine à le supporter car je n'en comprends pas la raison d'être sur le papier. L'utilité ou la beauté. S'emparer d'un pessmisme si noir pour en faire un objet esthétique me questionne dans l'intention, je ne sais pas bien pourquoi. Je décèle bien évidemment une dénonciation mais elle apparaît trop saturée à ma petite sensibilité.

Mais bravo pour le travail: "labor" et pour cette foultitude d'images.

   Maylin   
7/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
« Un cercueil, une couronne et beaucoup d'épines... » ça démarre fort macabre. Puis, vient « l'endive braisée » qui ramène tout le monde à la maison. Une maison où, sous la soupape de l'ironie grinçante, gronde de la colère à gros bouillons.

Contre qui ? Contre quoi ? Bonne question. Pourtant la réponse échappe sans cesse dans ce déferlement compact au surréalisme survolté. S'agit-il de colère contre ce que devient l'Humain dans sa bêtise d'Homme ? Désarroi contre une société mal fagotée qui s'acharne coûte que coûte à noircir son avenir?

De l'ensemble ressort pas mal de rancœur. Elle pourrait vite virer à l'aigre corrosif sans le charme et la poésie des images venues à la rescousse du déferlement assassin. Même à bribes décousues elles arrivent à titiller l'universel qui sommeille en chacun de nous.

Un exemple parmi d'autres : « le sein flétri mais exalté de la Joconde ». Adjectifs surprenants de prime abord, ils poussent à la réflexion jusqu'à toucher du doigt la désillusion où baigne ce poème.

   EtienneNorvins   
8/3/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Larivière,

Je vais m'inscrire dans la lignée des deux commentaires précédents. C'est un texte qui attrape par le colback et ne lâche plus. Images, musique, échos - le travail sur les mots est d'une méticulosité impressionnante, qui frise parfois le maniérisme - il y a quelque chose de virtuose dans la précision des coups qui sont assénés l'un après l'autre, sans répit, sans laisser au lecteur de pause pour reprendre sa respiration - on a vraiment l'impression physique d'être happé comme par une lame de fond ou une baïne...

C'est si dense qu'on en ressort groggy, essoré - mis en miettes, à l'unisson de votre série de textes qui sont précisément des fragments, et qui m'ont tous mis dans cet état de malaise physique. C'est "l'après" qui m'interroge : si "Le chagrin est la seule subsistance assurée d'un avenir radieux.", je n'ai qu'une question (à laquelle ma réponse personnelle est peut-être trop "idéaliste", pour reprendre l'expression d'Eskisse...) : à quoi bon ? - mais vous m'opposerez peut-être aussi la réponse de Sylvia Plath : "Once one has seen God, what is the remedy ?"

Etes-vous engagé, après la catabase, dans une remontée vers le haut passant par chacun des cercles de l'Enfer moderne, permettant finalement d'assembler tous les fragments en un seul Delta (et faut-il aller jusqu'à lire ce Delta comme la lettre triangulaire par laquelle est souvent symbolisé l'Etre Suprême) ?

Ou la catabase était-elle l'Anté-enfer et les cercles suivants ne seront qu'une pulvérisation plus fine de ce même Delta ?


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