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Poésie néo-classique
Curwwod : À un sphinx
 Publié le 01/08/26  -  9 commentaires  -  654 caractères  -  140 lectures    Autres textes du même auteur

Sphinge plutôt, énigmatique et inoubliable.


À un sphinx



Aux lèvres faites pour aimer
De ta fleur de chair carnivore,
J'ai goûté les sucs de l'aurore
Et j'ai voulu m'en parfumer.

Aux coteaux neigeux et pommés
De tes reins, je m'épanche encore,
Interrogeant « qui me dévore ? »
Un sphinx aux yeux noirs refermés.

Sur ta bouche et sur ta poitrine,
Mon corps aigu comme une épine
Aspire à se dissoudre au tien,

En une attente pantelante,
Fusion des corps incandescente,
Que j'espère et pourtant retiens ;

Et n'être plus que cet atome,
Se sublimant entre tes paumes,
Lorsque tu m'aimes, à n'être rien.


 
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   Passant75   
15/7/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime un peu
Qui dit Sphinx, dit mystère, énigme et fascination. Et c’est ce que j'ai d’abord ressenti en découvrant ce poème. Dès les premiers vers, les images sont d'une sensualité mêlant la douceur de la chair au danger d'une « fleur carnivore ». Cela donne l’impression que l'amour est à la fois une attirance irrésistible et une forme d'abandon de soi, et même d’abandon total.

La figure du Sphinx renforce cette idée d'un être insaisissable qui attire autant qu'il dévore. Les métaphores sont audacieuses, parfois même assez extrêmes. La dernière strophe m'a particulièrement marqué par cette aspiration à la fusion totale, jusqu'à vouloir n'être plus qu'un simple atome, voire à n’être plus rien, entre les mains de l'être aimé. Dans la mesure où cette aspiration à se dissoude dans l’autre m’est assez étrangère, mon évaluation s’en est ressentie.

   LeChevalier   
15/7/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Si j'ai trouvé un léger côté décousu à ce texte, je ne le trouve pas moins intéressant. Bon, je ne cache pas que ma curiosité tient surtout à la forme. Certains disent « sonnet estrambot », moi je dis sonnet à triple tercet. J'en avais déjà croisé quelques-uns dans le catalogue d'Oniris mais jamais en octosyllabes. Je trouve que c'est une bonne idée d'utiliser un vers court, cela donne un rythme plus rapide, plus sautillant.

La construction est assez classique : description dans les quatrains, quelque chose d'autre dans les tercets. Je regrette un peu la double référence à la bouche (au début des quatrains ET des tercets) mais ce n'est pas fatal, que l'auteur s'en rassure. Je ne sais pas si on dit « se dissoudre à » ou « se dissoudre dans » ; j'aurais préféré la deuxième construction. J'ai aimé la rime riche « tien / retiens ». J'ai moins aimé le « et » au début du dernier tercet. Pourquoi ? Parce que cela donne à ce tercet une allure d'ajout non essentiel. La rime en -ien est déjà complète, si en plus la syntaxe l'est aussi, c'est dommage. Donc je trouve que le dernier tercet est mal « raccordé ». Par contre, pris en isolation, il est très bon, « rien » a ce ton conclusif qu'il faut pour terminer un poème.

   Cyrill   
23/7/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
C’est un poème troublant, sans doute à cause de la confusion des genres : sphinx-sphinge. Les deux quatrains et le premier tercet retiennent et renvoient l’action, ce qui crée une tension palpable. La syntaxe se complexifie par la suite : « à n'être rien » se rapporte je suppose à « aspire » deux strophe plus haut. Difficile de faire le lien sans relecture, mais c’est sans doute cette construction, entre autres choses, qui donne du cachet au poème et rend l’attente et la soumission perceptibles. La présence d’un troisième tercet accentue l’idée de lente dissolution dans l’autre. Merci pour le partage.

   Provencao   
1/8/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Bonjours Curwwod,

"En une attente pantelante,
Fusion des corps incandescente,
Que j'espère et pourtant retiens ;"

Plusieurs lectures pour m'imprégner de votre poésie.

Ce passage à retenu mon attention et j'y retrouve à la fois de l'adresse et une initiative libre. Votre tercet adhère l’imaginaire, le fantastique au cœur du désir, de la fusion des corps... ouvrant à l'illusoire.

Au plaisir de vous lire,
Cordialement

   rendu   
1/8/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Voilà un corps à corps qui n'est pas du tango. Très imagé, ce poème aux triples tercets raconte ce qu'il est de plus vieux au monde : l'Amour avec un grand A. L'expression " se perdre" prend ici tout son sens.
J'aime bien les coteaux neigeux de tes reins.
Gainsbourg n'aurait pas renié ce poème avec son " Je t'aime, moi non plus".
Un bon moment de lecture.

   Boutet   
2/8/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Un sonnet Estrambot en octo et chaud, c'est le moins qu'on puisse dire. De ta fleur de chaire carnivore : il vaut mieux ne pas y retourner.
Oui, bon, ce poème se lit avec plaisir mais on connait la chanson, les couplets et le refrain.

   GiL   
2/8/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Sonnet estramb-hot – et même very hot – que j’avais simplement survolé en EL sans en percevoir la torridité : comme quoi survoler n’est pas jouer !

Je fais donc amende honorable : ces vers méritent qu’on s’y penche avec intérêt – et délectation. Les deux derniers tercets, qui s’écartent du classique par la versification et par leur syntaxe relâchée, me touchent particulièrement.
Cependant, comme LeChevalier, je trouve faiblard ce « Et » qui entame le dernier tercet : pourquoi vouloir raccorder à tout prix ce tercet atypique dont le rôle semble être de sublimer l’ensemble du poème ? Me permettrez-vous, cher Curwwod, d’exprimer un regret (plutôt qu’une suggestion...) : celui de n’y avoir pas rencontré un mot plus fort, une exclamation par exemple.
Encore une question : Pourquoi « sphinx » plutôt que « sphinge » qui, me semble-t-il, trouverait aussi bien sa place dans le vers ?

Merci, Curwwod.

   Pussicat   
2/8/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Quelle lecture dominicale – pas monacale pour un cheveu, ou une plume ! Vous choisissez la version féminine du sphinx, ou sphinge, si je comprends : tête de femme, corps de lion, et paire d’ailes.

À la première lecture des deux quatrains, je n'ai pu m’empêcher de penser au papillon Sphinx qui se poserait sur une fleur pour en dévorer le suc, cette image est restée troublant la suite de la lecture d’une double interprétation.

L’introduction est osée, vous entrez - si je puis me permettre, dans le vif du sujet avec une certaine élégance, une élégance certaine pour être précise, et assumée. J’aime, beaucoup !

« Aux lèvres faites pour aimer
De ta fleur de chair carnivore,
J'ai goûté les sucs de l'aurore
Et j'ai voulu m'en parfumer. »

« Un sphinx aux yeux noirs refermés. » j’ai tiqué sur « refermés » sans doute par la forme / son grinçante « re » qui, si je comprends, sert au mystère.

La forme corseté du sonnet en octosyllabes épouse à merveille le thème décliné par la recherche d’un vocabulaire d’une grande sensualité qui fait se confondre les appétits carnivores de chair à l’acte entre deux personnes consentantes. Et c’est en cela que votre texte devient troublant sachant qu’il met en action une créature mythologique, en premier lieu, mais aussi par la nature dévorante de l’amour consommé à l’extrême, comme une envie irrépressible de manger l’autre pour ne faire plus qu’un.

Concernant la fin de votre texte :

« Et n'être plus que cet atome,
Se sublimant entre tes paumes,
Lorsque tu m'aimes, à n'être rien. »

j’apprécie la répétition miroir / reflet inversé, en début et fin de tercet : « Et n'être plus / à n'être rien. », même si « Et » en début de vers peut sembler abrupt, comme utilitaire, il ne me dérange pas plus que cela sachant que vous ne pouviez pas utiliser la forme « à » qui se serait répétée avec lourdeur.

L’acmé est bien rendue, habillée de cette même élégance sensuelle qui ne quittera plus le texte.

J’aime beaucoup !

A bientôt de vous lire,

   Curwwod   
4/8/2026


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