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Poésie néo-classique
Curwwod : Comme des ronds dans l'eau...
 Publié le 22/10/19  -  29 commentaires  -  913 caractères  -  610 lectures    Autres textes du même auteur

Et après, que restera-t-il ?


Comme des ronds dans l'eau...



Ce n'est qu'un rond dans l'eau, presque rien, juste une onde
Qui s'ouvre et s'élargit, pour s'effacer bientôt,
Puis, né sous le baiser de la pierre féconde,
Se propage et se perd au sillon des bateaux.

Ainsi passent nos jours, comme la feuille blonde
Livrée au vent d'autan par la dent du râteau,
Qui ne laisseront rien à l'ultime seconde :
À peine un nom jeté au dos d’une photo.

Contre l’oubli glaçant il n’est point de pelisse.
Nul n'y songe vraiment lorsque la chair est lisse
Et que les ans se rient des reflets du miroir.

Mais tant que tu souris à la beauté du monde,
Pour que s'apaise enfin mon âme vagabonde
Redis mon nom, parfois, lorsque revient le soir.

Lors discret souvenir, blotti sur ton épaule
Je me ferai léger, un souffle qui te frôle,
Chuchotant ma chanson de tendresse et d'espoir...


 
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   ANIMAL   
10/10/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Quel poème magnifique ! Délicat, recherché, servi par une écriture limpide, il vous chuchote ses mots doux sur la pointe des pieds, vous enveloppant d'un léger parfum de nostalgie et d'espoir.

"Ne m'oublie pas" semble chanter chaque vers. Le thème de l'être qui vit, vieillit et espère ne pas sombrer dans l'oubli, s'engageant à se faire souvenir discret après son trépas, est traité avec talent. Chaque vers est à sa place, l'harmonie accompagne cette lecture de bout en bout au fil d'un rythme qui coule comme de l'eau.

J'aime tout dans cette poésie pleine de pureté et je serais bien en peine de citer mon passage préféré.

Je ne suis pas qualifiée pour analyser la prosodie mais pour moi, c'est un sans faute.

Bravo à l'auteur.

en EL

   papipoete   
12/10/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
néo-classique
Le vent soufflera, effacera ce moment de doute, un " rond dans l'eau " qui se dilue au sillon des bateaux : une anicroche dans notre train-train où l'on ne songe pas à ce demain quand de nos corps, la beauté aura fait place à une carapace ridée...
NB tant que l'amour brillera, bien qu'il y ait des orages, on continuera à marcher sans souci du lendemain, mais quand le miroir avec nous se fera grimoire, nous devrons résister !
L'auteur n'y songe pas tous les jours, mais l'idée de ne plus pouvoir se voir en " peinture " , lui traverse l'esprit et trouve refuge au creux de l'épaule de sa mie ; lui chuchote sa tendresse...
De beaux vers ( contre l'oubli glaçant, il n'est point de pelisse ) et une façon de voir s'écouler le bon temps, avec ce brin d'inquiétude !
Techniquement, un sonnet " estrambot " bien proche de la forme " classique " ;
la rime ( râteau/photo ) je ne sais si elle passerait ?
au 8e vers ( jeté/au ) me semble être hiatus ?
Si non, métrique et césures me semblent correctes !
papipoète

   FANTIN   
12/10/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Un poème qui va se bonifiant dès que l'émotion, délicate et profonde, prend le pas sur certaines formules un peu guindées par moments (: "le baiser de la pierre féconde"; "il n'est point de pelisse"; "Nul..."; "les ans se rient").
Heureusement le naturel l'emporte largement, notamment avec les deux derniers tercets tout remplis d'une humanité à la fois inquiète et vulnérable, mais belle aussi dans sa fragilité et l'amour qu'elle exprime tout en finesse et en légèreté.

   PIZZICATO   
22/10/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Les lecteurs sur Oniris sont gâtés, ce jour.
Le 'Libre' et le 'Classique' (ou presque) honorent Dame Poésie.
Après le fort beau poème de Emilia, voici Curwood, et son écriture tout en finesse, qui nous offre cette métaphore " des ronds dans l'eau."
L'idée est bien trouvée pour imager les jours qui se dispersent, aussi, "comme la feuille blonde
Livrée au vent d'autan par la dent du râteau ".

Mais le présent compte aussi...
" Mais tant que tu souris à la beauté du monde,
Pour que s'apaise enfin mon âme vagabonde
Redis mon nom, parfois, lorsque revient le soir."

Fort beau texte.

   sympa   
22/10/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour,

Votre poème est magnifique Curwood,, quelle beauté!
Je me laisse aisément bercer par la fluidité de vos vers.
Oui, au fur et à mesure qu'on avance en âge, on redoute l'oubli des siens.


" Contre l’oubli glaçant il n’est point de pelisse.
Nul n'y songe vraiment lorsque la chair est lisse
Et que les ans se rient des reflets du miroir."

Bien-sûr, on ne songe pas à tout ça quand on est jeunes.

Le second quatrain a ma préférence.

Edité après lecture plus approfondie.


Bravo!

   Hananke   
22/10/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour

Un très joli sonnet estrambot néoclassique dont les points culminant
semblent être les tercets.
Même si une virgule après lors dans le dernier en eût favorisé la lecture.
Certains diront : encore un texte sur le temps qui passe mais il y a
tellement de façons de le célébrer ce temps, que l'on se délectera
de celle-là.

   myndie   
22/10/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Curwwod

Je suis soufflée par l’élégance et la richesse d’émotion de votre poème ! Cette réflexion sur le temps qui passe et notre rapport au miroir, au reflet, pourrait peser comme le plomb de l’angoisse .
Il n’en est rien.
Vos images sont lumineuses autant que votre musique est douce.

« Redis mon nom parfois, lorsque revient le soir » : je trouve ce vers particulièrement poignant.
Mais au final, je ne sais à quoi me servirait de relever un vers plutôt qu’un autre, je les aime tous, auréolés de cette tendresse mélancolique, de cette résignation sereine, et surtout sublimes par cet amour qui affleure et s’épand dans les deux derniers tercets.

Que faut-il pour supporter l’idée que la vieillesse est un naufrage ? Vous lire Curwwod.

J’ai un vrai coup de coeur pour votre poème qui est pour moi l’abandon au plaisir véritable de la lecture.

myndie

   Quidonc   
22/10/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Curwood,

Prière discrète d'un père qui s'adresse à son enfant pour lui dire; pense à moi, je resterai toujours avec toi. Tant que quelqu'un pense à vous, après votre départ vers d'autres cieux, vous restez vivant! Mais quand on est jeune, qui pense à mourir?
La mort, la vraie viendrait-elle avec l'oubli?...
Votre poème illustre avec brio cet "adage"
Merci pour ce partage

   leni   
22/10/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
blr curwwod
Tout en sensibilité tout en tendresse Ce poème coule comme un eau de source et flirte avec la beauté C'est écrit au superlatif

Ainsi passent nos jours, comme la feuille blonde
Livrée au vent d'autan par la dent du râteau,
Qui ne laisseront rien à l'ultime seconde :
À peine un nom jeté au dos d’une photo.

ce dernier vers chante en mineur

Et que les ans se rient des reflets du miroir.

et le chant continue
c'est tout simplement beau

et c'est le bouquet final

Chuchotant ma chanson de tendresse et d'espoir...

je relis pour le plaisir en chuchotant ce texte

Merci AMI Merci LENI

   grandin   
22/10/2019
 a aimé ce texte 
Pas
Le baiser de la pierre féconde pour un ricochet, pas mal. Fallait oser. Ensuite je reprocherais des rimes faciles et la monotonie des arguments.
Le sens : le narrateur geint devant ce temps qui fuit. Puis il devient souvenir. Un fantôme qui chuchote tendresse ... et espoir ! de résurrection peut-être.
Des ronds dans l'eau... de rose.

   Cristale   
22/10/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
La plume de Curwwod a ce petit quelque chose qui vous touche en plein coeur, qui vous caresse en laissant des frissons tant les mots s'unissent dans ce qu'ils ont de plus sensible, de plus émouvant.

L'encre de Curwwod semble venir de ses veines, la poésie se fait chair vivante sous mes yeux.

Néo ou pas, ce sonnet estrambot étire ses tercets comme le fil de la vie étire ses années et là, peu m'importe diérèses, hiatus, rimes et autres violons à accorder pour respecter la rigidité de quelques traités de prosodie, j'aime inconditionnellement et la plume, et son encre.

"Nul n'y songe vraiment lorsque la chair est lisse
Et que les ans se rient des reflets du miroir."

Tellement vrai...

"Redis mon nom, parfois, lorsque revient le soir."

"Lors discret souvenir, blotti sur ton épaule
Je me ferai léger, un souffle qui te frôle,
Chuchotant ma chanson de tendresse et d'espoir..."

L'après-soi est une notion tellement abstraite pour beaucoup.

Ici, cette nostalgie d'avant le grand départ est exprimée avec tant de douceur et de tendresse..."comme des ronds dans l'eau".



Cristale

   Vincente   
22/10/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
C'est d'abord la jolie et très inspirée image "des ronds dans l'eau" pour dire une vie, "juste une onde", qui offre sa richesse au poème. Autour d'elle s'articule le mouvement d'un regard sage, conscient de notre éphémérité mais sans attristement mélodramatique. L'émotion naît dans les deux tercets finaux quand s'y accouple celui de l'être aimé, alors que le narrateur se sera "perdu au sillon des bateaux" et que l'âme sœur "redira son nom, parfois, lorsque reviendra le soir". Ce vers est plein de tendresse, celle qui deviendra chanson à"chuchoter" dans les frôlements des souffles du soir.

L'écriture est souple, assez indiscutablement attachante.

J'ai surtout aimé les deux quatrains, très beaux dans leur mélancolie sans tristesse, et puis ce vers très touchant : " Redis mon nom, parfois, lorsque revient le soir.".
Le terme ultime du poème, "espoir", m'interloque quelque peu ; ou je le trouve un peu candide, voire convenu, ou il me semble désespérant d'optimisme béat ; en fait je ne comprends pas bien ce qu'il fait là, à moins qu'il ne s'adresse à une "solution" mystique ?

   Davide   
22/10/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Curwwod,

Je trouve très belle la sensibilité qui se dégage de ce poème, il y a une douceur tendre dans chaque vers, une attention touchante qui les fait respirer, qui les embaume.

Cependant, j'ai du mal à comprendre "qui" s'adresse à "qui", d'autant que le narrateur ne fait mention de lui que dans le 2e tercet : "mon". J'y devine une personne décédée (parent / amant) ne vivant qu'à travers le souvenir d'une personne aimée, encore en vie, destinataire de ce poème. En fait, le souvenir apparaît comme leur dernière "reliance", à tel point qu'il devient - dans le dernier tercet - l'allégorie de leur amour, de leur union, par-delà la mort.
L'image est superbe, ou aurait pu l'être, car je trouve alors regrettable que le "souvenir" chuchote seul sa "chanson de tendresse et d'espoir". En effet, l'idée que la mort personnifiée rassure la personne encore en vie, la conviant au carpe diem, idée également suggérée par l'exergue, manque un peu d'originalité...

D'autre part, l'écriture est élégante mais pleine de cahots, notamment dans les quatrains :
- v.1 à v.4 : le premier quatrain fait répéter deux fois la même chose, le rond naissant dans le premier vers naît de nouveau dans le troisième. Je ne comprends pas cette répétition "lourde". Est-ce une figure de style ? Je me demande si je ne suis pas passé à côté d'un élément important...
- v.4 et v.5 : la comparaison (magnifique, au passage !) répète une troisième fois avec d'autres images la métaphore des 4 premiers vers, sans parler du rapprochement des mots "ainsi"/"comme" franchement redondante.
- v.7 : commencer le vers par le relatif "Qui" sonne bizarre, d'autant que la comparaison des vers précédents nous fait oublier le sujet de la phrase : "nos jours".
En ôtant la comparaison, la phrase donnerait : "Ainsi passent nos jours, qui ne laisseront rien à l'ultime seconde" (!)

D'une manière générale, j'ai plutôt bien aimé ce poème, ourlé de quelques magnifiques vers (v.6, v.8, v.9, v.14, v.16...), mais je trouve l'ensemble un peu fragile, manquant d'assise(s), donnant l'impression que le poème n'a pas été parachevé.

Merci du partage,

Davide

   Lulu   
23/10/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Bonjour Curwwod,

J'ai vraiment beaucoup aimé cette image des ronds dans l'eau et cette comparaison avec le fait d'être là, puis d'un jour partir à la lumière de cette autre comparaison, celle d'une "feuille blonde / Livrée au vent d'autan"... Cette fragilité qui caractérise nos présences humaines, rapportées à celles des éléments qui nous entourent est si bien sentie et merveilleusement exprimée dans les deux premiers quatrains de ce poème, mais aussi tout au long du texte puisqu'elle génère cette nécessité ou ce désir de savourer chaque instant du fait d'être là au monde, et d'autant plus, ici, auprès de l'être cher "Mais tant que tu souris à la beauté du monde"...

Ce que j'aime aussi, dans ce sonnet complété d'un tercet, comme s'il y avait la volonté de prolonger la vie dans la poésie, c'est qu'il transcende la forme propre du poème. Ainsi, pour être tout à fait honnête, et c'est pour moi le signe d'un travail d'écriture réussie, j'ai d'abord été saisie par les images et le sens fort de ce texte qui amènent à réfléchir, à se poser et juste suivre le mouvement de l'apaisement, tel qu'il est recherché par le narrateur "Pour que s'apaise enfin mon âme vagabonde" ; vers superbement suivi de ces mots "Redis mon nom, parfois, lorsque revient le soir."... Des mots forts qui témoignent en plus de la présence seule, de ce qui fait sens, aussi, dans le rapport entre les êtres, soit les mots, le fait de parler et de se sentir exister dans le regard et le coeur de l'autre, et particulièrement d'une personne aimée.

J'aime beaucoup cette apparente simplicité d'un poème d'une extrême richesse. Nous pouvons le lire et le relire avec toujours cette impression d'y trouver l'essentiel en lequel chacun peut y retrouver, comme un rappel non pas tant de la fuite du temps, mais de cette beauté qui marque l'existence pour mieux la saisir "Contre l'oubli glaçant il n'est point de pelisse. / Nul n'y songe vraiment lorsque la chair est lisse / Et que les ans se rient des reflets du miroir."

J'émets juste une petite réserve sur le dernier vers. Je n'ai pas trop aimé ces sons en [ch] dans "chuchotant ma chanson". Cela m'a semblé si dissonant par rapport à la douceur des mots dans l'ensemble du poème, y compris avec ceux du même vers, "tendresse" et "espoir". J'ai compris le sens de ce chuchotement comme une sorte de litanie, un reproche que se fait le narrateur face à l'être aimé, peut-être par le biais de ce poème, ou dans la vie partagée, à toujours dire et aller vers la tendresse et l'espoir. Signe sans doute d'une certaine modestie face au poème, mais aussi d'une conscience claire et forte d'une vie éphémère. Si je me trompe, j'en suis désolée.. Je voyais plus "murmurant ma chanson".

Merci de ce partage, et au plaisir de vous relire.

   Michel64   
23/10/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
La poésie comme je l'aime et voudrait pouvoir l'écrire. Merci Curwwod.

Toutefois il y a, dans le premier quatrain, des choses que je ne comprend pas tout à fait.

L'onde s'efface bientôt puis se propage. Il y a ce "puis" .

Je trouve que "s'effacer bientôt" et "se perd" est redondant, mais je ne suis pas sûr de bien suivre la métaphore, troublé aussi par cette pierre "féconde".
Peut-être un éclairage en "discussion sur les récits" ?

Pour autant l'ensemble m'a ravi et les deux derniers tercets sont magnifiques, tout en douceur.

   Provencao   
23/10/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
" Ce n'est qu'un rond dans l'eau, presque rien, juste une onde"


En somme, ce rond dans l'eau signale ô combien, en vos vers la saveur d'être là, de savourer chaque instant et également de partir... J'y ai lu une pensée qui ouvre un possible accès à l'émotion et l'espoir et qui requiert à mon sens cette initiation que vous nous offrez.

" Mais tant que tu souris à la beauté du monde,
Pour que s'apaise enfin mon âme vagabonde
Redis mon nom, parfois, lorsque revient le soir.'

Belle et délicieuse initiation au charme de la beauté du monde qui passe par la contemplation, rendant possible l'apaisement de l'âme vagabonde.


Je suis heureuse que vous nous ayez donné ce plaisir et cette émotion si esthètes, en vos mots choisis.

Au plaisir de vous lire
Cordialement

   emilia   
23/10/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Votre beau sonnet convoque à la fois la superbe mélodie mélancolique de Michel Legrand : cette chanson marquante avec « une pierre que l’on jette »… générant des ondes successives par ricochet (une très belle image bien choisie attribuée au souvenir et sa sphère d’influence…) et dans son tercet final, le film « Ghost » et sa romance sentimentale… L’angoisse de l’oubli glaçant après la mort renvoie au pouvoir du verbe, quand nommer : c’est faire exister la puissance d’évocation pour se rappeler l’être absent en prononçant son nom…
Même si l’oubli est parfois salutaire, il est réconfortant de penser à l’empreinte persistante laissée dans le souvenir des êtres chers qui ont partagé notre vie…, de sorte que celle-ci leur soit douce, agréable et rassérénante pour les envelopper d’amour, tel « ce souffle léger » et chuchotant, présent dans le dernier vers, dont l’harmonie imitative berce l’oreille à faire « tourner les moulins de nos cœurs… »

   Robot   
23/10/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un texte bien ciselé, une nostalgie portée par les mots. Je lis comme une crainte d'une disparition de l'être dans la mémoire des autres, d'un autre ou d'une autre, l'être qui s'effacerait comme l'onde du ricochet qui s'étale. Idée confortée par ce vers: "redis mon nom parfois comme reviens le soir"
Redis mon nom pour ne pas l'oublier, pour ne pas m'oublier.

Un texte émouvant.

   Cat   
24/10/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Belles images de tendresse convoquée par les ronds dans l'eau. Notamment celle du galet lisse qui glisse sur l'onde, pareil au temps qui passe. Et le souvenir tendre qui se blottit sur l'épaule.

Si j'aime beaucoup « la feuille blonde livrée au vent d'autan », pour le petit coup rebelle qu'elle insuffle à l'inexorabilité du destin – car j'imagine bien l'agitation momentanée provoquée par le concert du vent et du râteau - je me heurte au côté abrupt de « la pelisse » et son écho « chair lisse », trop réalistes à mon goût, ils me sortent un instant des ronrons doux...

Mais c'est quand même bercée de douceur que j'ai glissé sur le fil du courant.

Merci Curwwod, pour cet hydromel de tendresse aux instants fugaces et fragiles.


Cat

   hersen   
25/10/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
L'inéluctabilité frappe à notre porte grande ouverte et il n'y a rien que nous puissions faire, sinon accepter.

Mais il y a bien quelque chose qui reste de nous : l'Autre, qui nous aura donné une raison d'être, d'avoir été en ce monde. Un passage qui aura laissé une trace vivante dans le souvenir, dans ce et ceux qu'on aura laissés, puisqu'il a bien fallu les laisser.

J'ai absolument aimé cette lecture, tout est dit comme une évidence, de sorte qu'il n'y a rien à ajouter... et pourtant c'est ce qu'on fait en commentaire, parce qu'en parler transcende notre impuissance à changer le cours des choses.

"contre l'oubli glaçant il n'est point de pelisse"

Que dire d'autre de ce vers, que c'est sa vérité qui en est glaçante.
Alors profitons, aimons, laissons des traces, écrivons, chantons dansons, parlons...

Tes vers glissent, il ne disent pas leur secret d'épouser si bien le propos. C'est une osmose.
C'est beau, l'écriture à ce point.

   Queribus   
24/10/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Une perfection de sonnet estrambot et une perfection d'écriture sur laquelle tout a été dit; il est vrai aussi que la poésie néo-classique permet des rimes que le classique réprouve mais l'important c'est que ça sonne bien et que ça ait du sens.

Votre écrit comporte de très belles images poétiques: "baiser de la pierre féconde", "livrée au vent d'autan par la dent du râteau", "contre l'oubli glaçant il n'est point de pelisse", "les ans se rient des reflets du miroir", "Redis mon nom, parfois, lorsque revient le soir","chuchotant ma chanson de tendresse et d'espoir". Il n'est pas très long et sa laisse saisir dès la première lecture.

D'aucuns trouveront le sujet traité déjà maintes fois mais les beaux et grands thèmes ne cessent jamais d’interpeler les poètes et, d'autre part, il n'est pas évident de faire quelque chose d'original et de simple, ce que vous avez réussi.

Bravo donc et merci pour ces superbes vers et il ne vous est pas interdit de recommencer l'exercice.

Bien à vous.

   Curwwod   
25/10/2019

   Louis   
26/10/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Le premier quatrain développe une métaphore pour dépeindre la condition humaine et sa finitude.
La vie humaine serait à l’image d’un « rond dans l’eau ». « Misère » de l’homme ( au sens que lui donnait Pascal) qui n’est que peu de chose « presque rien, juste une onde ». Celle-ci, en effet, n’a que peu de consistance, guère plus qu’une ombre. Sans épaisseur et sans stabilité, simple mouvement, petite agitation, infime perturbation à la surface de l’eau, l’onde tracerait la figure du néant de la condition humaine, sans « être » comme diraient les métaphysiciens.

La vie des hommes connaît néanmoins un développement, s’étend dans la durée, comme l’onde « s’ouvre et s’élargit », mais de façon très éphémère, « pour s’effacer bientôt ».
Le poème insiste sur l’aspect fragile, passager et fugace de cette vie, qui « se propage et se perd au sillon des bateaux ».

« Ainsi passent nos jours » qui s’envolent comme des feuilles en automne, pas plus accrochés à l’existence que ne l’est un feuillage à son arbre ; nos jours aussi légers, aussi volatils que les feuilles livrées « au vent d’autan ».

Ils passent, s’effacent, et « ne laisseront rien à l’ultime seconde » : c’est le constat angoissant auquel en vient le poème. Si la condition mortelle de l’homme semble acceptée, se manifeste le désir qu’il subsiste au moins des traces, des marques de son passage dans l’existence. Or rien ou presque ne semble perdurer, « à peine un nom jeté au dos d’une photo ».

L’oubli est « glaçant ». Comme une seconde mort. Oubli par lequel on n’est plus rien pour autrui, par lequel on n’existe plus dans la mémoire des autres. Cela révèle un autre aspect de la condition humaine : exister, c’est exister pour autrui, dans une relation essentielle aux autres. L’isolement n’est pas la condition humaine. C’est un tissu de relations aux autres qui constitue un homme. L’existence humaine est essentiellement une coexistence. L’oubli serait alors la mort véritable, la mort totale, puisque tous les liens avec le défunt seraient brisés.
On comprend alors ce désir d’immortalité, si souvent manifesté, repris dans le poème, non pas de l’immortalité du corps, mais d’une immortalité dans la mémoire des hommes à venir.

Dans la première des grandes poésies occidentales, celle d’Homère, les personnages héroïques se soucient moins de leur destin dans l'Hadès que de la survie de leur nom et de leur renommée dans le monde des vivants. C'est dans la mémoire des hommes et nulle part ailleurs que le héros veut survivre et qu’il veut être immortalisé. Il est même prêt pour cela à payer de sa vie l'exploit qui le rendra éternellement mémorable.
Depuis longtemps déjà, on a cru que la mort ne peut être transcendée et dépassée que sur le mode de la mémoire.

La mort anonyme nous bouleverse.
On comprend l’émotion de ce vers qui implore, conjure, invoque : «Redis mon nom, parfois, lorsque revient le soir ».
Quand vient le « soir », et que meurt le jour, que s’annonce la nuit noire du néant et de l’oubli, il convient de rappeler un nom à la vie, de le ‘’com-mémorer’’.
Un nom est un appel. On donne son nom pour dire comment l’on «s’appelle ». L’invocation : « Redis mon nom » est ainsi un appel, mieux un rappel, pour éviter de glisser dans le gouffre de l’oubli, dans l’enfer d’une ‘’oubliette’’ anonyme.

Le nom d’une personne a son importance, il fait partie de son identité singulière. Rappeler le nom, c’est faire survivre la personne dans sa particularité, dans son individualité, héros de la guerre de Troie, ou autre. Le nom d’une personne, ce n’est pas un mot vide. Les noms d’Ulysse ou d’Achille sont très évocateurs, liés à des exploits, des aventures, et même des traits psychiques et moraux (Ulysse : ingénieux, rusé… ; Achille, rigide, inflexible, passionné, coléreux… )

Le texte se termine sur un chant « de tendresse et d’espoir ». On comprend cette tendresse, on la partage, mais quel fol espoir ! Une espérance si vaine. La lucidité, qui ne détourne pas le regard du réel, fera dire que quels que soient nos efforts dans la lutte contre le temps, le dernier mot appartient au destin et à la mort, à ce destin de l’homme qui fait tout glisser dans l’oubli et le néant. Il est possible que ceux qui nous survivent nous sauvent pour quelque temps de la mort, mais cela ne change rien à notre condition finie. Cela ne change rien à la condition tragique de l’homme. La seule voie « salvatrice » semble bien, comme l’enseignent certaines grandes sagesses du passé, dans l’acception du tragique de l’existence.
Une sagesse tragique est sans doute possible, elle ne peut s’en remettre à quelques vains espoirs.

Merci Curwwod pour ce beau texte.

   troupi   
26/10/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
De Curwood je me souviens encore du "poudrier" qui me reste comme un des plus beaux poèmes lus ici et maintenant celui-ci pour lequel je ne sais que dire tellement il est beau, vrai, et bien amené.
Je crois quand-même que sa plus belle réussite est d'avoir inspiré de si élogieux commentaires de la part des poètes d'oniris.
Merci Curwood pour un tel texte.

   Pouet   
27/10/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bjr,

j'ai trouvé les images de ce poème fort touchantes, d'une grande justesse.

Ce n'est pas forcément le genre que j'affectionne a priori et ne saurais m'attarder sur la technique, mais lorsque c'est beau, c'est beau.

Je vais retenir parmi d'autres:

"Contre l’oubli glaçant il n’est point de pelisse."
"Redis mon nom, parfois, lorsque revient le soir."

En fait, tous les tercets, ils sont d'une grande force d'évocation.

Si je devais pointer un vers que j'ai un peu moins apprécié, ce serait "À peine un nom jeté au dos d’une photo.", qui m'a semblé plus prosaïque et un peu en-dedans, mais c'est vraiment pour dire quelque chose car ce texte est sans conteste une réussite. (J'entends par là un avis de béotien qui fut touché par ces lignes.)

Oui, "presque rien, juste une onde"...

   jfmoods   
27/10/2019
Grâce à l'aide bienveillante de Sylvaine, je reformule ici mon propos sous la forme d'un commentaire linéaire.

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La mort signe la fin du voyage. Au-delà de cette limite, rien de ce que nous sommes ne subsistera. Comment le poète entend-t-il trouver un remède à cette tragique condition qui est la sienne ?

Le texte se décompose en 4 parties. Au fil des vers 1 à 6, Curwwod tire l'amer constat de la brièveté de la vie humaine. Il évoque ensuite, dans les vers 7 à 11, la volativité du souvenir que nous laisserons à la personne aimée. Se positionnant alors par anticipation dans cet outre-tombe où errera son esprit désemparé, il invite la personne qu'il aime à conjurer, par le talisman de la parole, l'effacement si prévisible du souvenir (vers 12 à 14). Ainsi invoqué, le poète, sauvé de l'oubli, se fera ombre bienveillante, douce présence tutélaire (vers 15 à 17).

La vie humaine est éphémère. La métaphore du vers 1, présentée sous la forme d'une locution restrictive ("Ce n'est qu'un rond dans l'eau"), en dresse l'amer constat confirmé par deux adverbes au même vers ("presque rien", "juste une onde"). L'antéposition du verbe, au vers 5 ("passent nos jours"), appuie sur la volatilité du temps. Le jeu de contraste des verbes pronominaux (vers 2 : "s'élargit"/ "s'effacer", vers 4 : "Se propage"/"se perd") manifeste le tragique de notre condition de même que la comparaison des vers 5-6 ("comme la feuille blonde / Livrée au vent d'autan par la dent du râteau"). Nous sommes ainsi, par nature, voués à disparaître.

Nous sommes pareillement condamnés à disparaître de la mémoire des êtres que nous aimons, comme le soulignent les négations catégoriques des vers 7 et 9 ("ne laisseront rien à l'ultime seconde", "Contre l'oubli glaçant il n’est point de pelisse") et comme le confirme la locution adverbiale du vers 8 ("À peine un nom"). Seul le vieillissement peut nous fait prendre conscience de cet état de fait (allégorie du vers 10-11 : "Nul n'y songe vraiment lorsque la chair est lisse / Et que les ans se rient des reflets du miroir").

Le poète redoute l'oubli. Aussi se positionne-t-il par anticipation dans cet outre-tombe où errera son esprit désemparé (métonymie du vers 13 : "mon âme vagabonde"). Depuis cet au-delà, il invite instamment la personne qu'il aime, plus jeune que lui (subordonnée de temps du vers 12 : "tant que tu souris à la beauté du monde"), à conjurer, par le talisman de la parole, l'effacement si prévisible du souvenir (subordonnée de but du vers 13 : "Pour que s'apaise enfin", impératif du vers 14 : "Redis mon nom, parfois, lorsque revient le soir").

Ainsi invoqué, le poète, rasséréné, préservé de l'oubli, pourra réapparaître sous la forme d'une ombre bienveillante (vers 15-16 : "discret souvenir, blotti sur ton épaule / Je me ferai léger, un souffle qui te frôle"), d'une douce présence tutélaire (allitérations en ch et d/t du vers 17 : "Chuchotant ma chanson de tendresse et d'espoir").

Dans ce texte, le poète, vieillissant, exprime la crainte d'être oublié après sa mort. Il attend de l'Aimée qu'elle assure sa pérennité. Il choisit ainsi d'inverser le topos traditionnel qui veut que ce soit le poète qui immortalise le souvenir de la femme ("Ronsard : " Quand vous serez bien vieille", Baudelaire : "Je te donne ces vers afin que si mon nom"). Ainsi, les sonnets de Ronsard consacrés à Hélène "bénissent-ils son nom de louange immortelle", comme les vers de Baudelaire le font pour Jeanne Duval. Ici, c'est à la femme aimée de pérenniser la mémoire de l'amant.

   Absolue   
27/10/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,
J'aime surtout le deuxième quatrain, qui s'achève de façon prosaïque...
Ne sommes-nous finalement qu'un nom jeté au dos d'une photo?
J'aime lorsque des éléments concrets se mêlent aux tournures plus "classiques" qu'on attribue à la poésie.
Le premier tercet vient également donner de la consistance au texte.
Je ne comprends pas bien "lors discret souvenir"... ? Est-ce que ça veut dire " lors d'un discret souvenir"?
Merci et bon dimanche

   Miguel   
30/10/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai failli rater cette merveille, pleine de lucidité mélancolique et de lyrisme tendre. Il faut dire que j'atteins l'âge où l'on est réceptif à ce genre de pensées. Mais je pense qu'à vingt ans le charme de ce poème ne m'aurait pas non plus laissé indifférent, car la beauté n'est pas une affaire d'âge. La métaphore du rond dans l'eau exprime avec force la réalité de notre destin, avec force et avec une résignation qu'on sent douloureuse. C'est du bien beau travail, bravo.

   FabDo   
11/1/2020
C'est beau. Mais vraiment dommage qu'il y ait un vers de 13 pieds : "Lors discret souvenir" ça fait 7 pieds... ça m'a gâché le plaisir. C'était pourtant très séduisant jusque-là. Il suffisait de mettre "Au discret souvenir" par exemple...


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