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Poésie contemporaine
Cyrill : Les bonbons
 Publié le 28/07/26  -  8 commentaires  -  710 caractères  -  247 lectures    Autres textes du même auteur

Un rite enfantin.


Les bonbons



L’on m’exile et me tient dans l’hostile entre-deux,
Sans plaisir ni douceur, qu’aucun soleil ne nimbe ;
J’y cultive à part moi quelque masque hideux
Aliénant ses regards à l’hypocrite limbe.

Si le diable vous mène à ce théâtre bœuf,
Vous verrez, dans les plis de la gaze diaphane
Jetée sur mon sommeil, un gigantesque bluff,
Comme un succédané de l’odeur épiphane.

Séduits par les doux sons de l’aven palatin
Dont le fronton d’émail livre un babil mutin,
Vous fondrez en liqueur tel un sucre guimauve,

Suaves pénitents tombés dans mon alcôve.
Il ne restera rien de ce rite enfantin
Sur ma lèvre, qu'un peu de friandise sauve.


 
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   Provencao   
28/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Cyrill,

Plusieurs lectures pour mieux ressentir votre poésie.

Mais au-delà de ce rite enfantin, il y a, à mon sens, pour chaque enfant, conjointement, un ressenti irréductible propre à chacun, qui semble être de l’ordre du mystère du fait d’être, d’être enfant et qui nous étonne encore.....

J'ai beaucoup aimé ce poème où tout un chacun peut y apposer son ressenti parfois très personnel.
L'écriture est très soignée.

Au plaisir de vous lire,
Cordialement

   LeChevalier   
28/7/2026
Aucun commentaire en EL, j'aurai donc l'honneur d'être premier commentateur de ce sonnet (à moins que quelqu'un ne me devance).

Je tiens à dire que je n'ai pas compris le sens de la composition. Il y a des mots-clés, évidemment, mais je n'arrive pas à accéder à un sens global. Pour être honnête, je trouve que les recherches de mots et de rimes bizarres sont l'aspect le plus saillant du texte. Par contre, je ne suis pas persuadé que tous ces mots et toutes ces rimes soient employés bien à propos. Un exemple pour le lexique : « limbe ». Je ne savais même pas que ce mot existait au singulier mais les deux nouveaux sens que je viens d'apprendre ne collent pas plus au syntagme ici. Un exemple pour les rimes : « diaphane » et « épiphane » peuvent avoir l'air d'une rime magnifique mais en réalité ils sont tous simplement issu du même verbe grec φαίνω, donc la rime est comparable à « apparaître / transparaître » en quelque sorte.

Je ne suis pas convaincu de la correction syntaxique du vers « sans plaisir ni soleil, qu'aucun soleil ne nimbe ». C'est la négation qui me semble douteuse mais je n'arrive pas à comprendre pourquoi exactement.

Je ne doute pas que ces jeux de mots et tous ces retours obligés au dictionnaire peuvent plaire à certains lecteurs. Cependant, en ce qui me concerne très personnellement et sans prétendre à une quelconque qualité supérieure de mon jugement, je n'aime pas du tout. Obliger à creuser, à relire, ce n'est pas un défaut d'un texte (poétique ou pas) ; mais ce genre d'hermétisme, qui tient en partie au vocabulaire inusité ou rare, n'est pas pour moi.

Cependant, à quoi peur servir ce commentaire quand l'auteur a déjà de très nombreux textes dans le même esprit ? Vraiment, je ne le sais pas ! Voilà, je viens de commenter mais je doute de l'utilité de mon commentaire.

   Mansoul   
28/7/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime un peu
Rite enfantin dont la bouche se fait tour à tour grimaçante et attendrissante, en un babil hypocrite et séducteur afin d’obtenir la friandise tant désirée. Une écriture travaillée (très), aussi toûrsiveuse (excusez mon wallon…) que son protagoniste, naviguant par périphrase, sans jamais presque nommer, peut-être à l’excès du moins en décalage en rapport au sujet (si je l'ai bien saisi) dont on finit me semble-t-il par perdre la simple naïveté.

   Passant75   
28/7/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime un peu
Un titre simple, un exergue simple, mais s'ensuit un texte qui m'a paru assez hermétique. J'ai eu l'impression que vous accumuliez les mots rares et les images obscures en prenant du plaisir à rester sibyllin. À plusieurs reprises, je me suis demandé si la recherche de préciosité ne prenait pas le pas sur le sens.

Certes, la forme est travaillée et le vocabulaire est recherché, mais est-ce suffisant pour faire un poème ? J'en ressors avec le sentiment d'un exercice de style privilégiant l'étalage lexical à l'émotion et au sens. Pourquoi vouloir faire compliqué quand vous pouvez faire beau et simple !

   Heloise   
29/7/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime un peu
À première lecture, je trouve ce texte déroutant à cause de l'écart entre, d'un côté, simplicité et connotation du titre, et d'un autre, le vocabulaire abscons et les images oppressantes qui en émanent.
Je vais tâcher de l'expliquer à moi-même, afin de ne pas juger négativement ce que je ne comprends pas.
Pour commencer par la forme, je constate trois pronoms : je, on, vous.
Je : le narrateur, à cause de "rite enfantin" je suppose qu'il raconte une scène d'enfance, mais "Il ne restera rien de ce rite enfantin" donne à penser qu'il est aujourd'hui adulte.
On : "l'on m'exile et me tient", ça doit être un détenteur d'autorité de type autoritaire abusif répressif, ou même plusieurs.
Vous : pas forcément le lecteur. Plutôt un interlocuteur faisant partie du cercle du "on", sans nécessairement posséder l'autorité sur l'enfant, mais en y participant passivement.

L'on m'exile : l'enfant est isolé en pénitence peut-être.
"l’hostile entre-deux" : entre-deux quoi ? Je ne vois aucun indice qui l'éclaire.
"J’y cultive à part moi quelque masque hideux
Aliénant ses regards à l’hypocrite limbe."
Le fait de cultiver est bien in petto, mais le masque est très visible, ce qui me fait douter si le "à part moi" est nécessaire.
"Aliénant ses regards", le masque accorde les regards à l'apparence du masque ? Mais le masque est toujours dessiné sans le regard. Le regard ne peut donc pas provenir du masque. Est-ce que la formulation "aliénant mes regards" ne serait pas plus adéquate ?
Théâtre boeuf : je pense que c'est un synonyme de théâtre d'impro. L'épithète est inattendue, car on a pour habitude de parler simplement de "théâtre" chez les enfants, et insister sur le côté improvisé éloigne le lecteur du registre enfantin pour le perdre sur les scènes professionnelles de représentation artistique.
"Gaze diaphane sur le sommeil", image laissant voir un drap, une paupière fermée, l'hypocrite limbe.
C'est là que je suis certaine de comprendre : l'exil, c'est l'enfant envoyé au lit alors que les autres sont encore éveillés. L'entre-deux, c'est le sommeil qui ne vient pas.
"Succédané de l'odeur épiphane", la proximité du mot diable me fait supposer à épiphane une acception religieuse. Odeur de la galette des roi ? Mais je ne vois pas le sens. Faire semblant de dormir ressemblerait à une odeur de brioche ?
"Séduits par les doux sons de l’aven palatin
Dont le fronton d’émail livre un babil mutin,"
Aven est un puits. Palatin se rapporte au palais anatomique, mais la métaphore du monument est filée avec le fronton d'émail symbolisant les dents. L'enfant papote donc gentiment.
"Vous fondrez en liqueur tel un sucre guimauve,
Suaves pénitents tombés dans mon alcôve."
Pénitents : mot clé pour ma compréhension du tout : il me semble que les pénitents sont obligatoirement les coupables du début, c'est donc les parents autoritaires qui ont envoyé au lit. Donc mon idée de départ que le "on" et le "vous" sont distincts est fausse. Les parents viennent vérifier si l'enfant va bien, s'il est bien couvert, et l'enfant fait des mignoneries qui attendrissent.
Un jour, l'enfant a grandi, il ne lui reste que le souvenir doux d'un peu de son enfance.
Tout de même, je trouve le contraste grand entre ce que je comprends de la scène et les mots employés très durs (hostile, hideux, aliénant, hypocrite, etc). Également, le choix du titre ne s'explique pas à mes yeux. Bonbon pour moi ne recouvre pas les différentes évocations des sucreries. Il doit alors être compris dans son sens vieilli de sucrerie.

Dans l'ensemble, je vois dans cette pièce un morceau de passé qui ressurgit. À la fois le passé d'il y a plusieurs décennies, avec une éducation stricte, des valeurs morales et religieuses inflexibles, du vocabulaire vieilli qui marque une époque, mais également le passé de chaque adulte, qui se remémore son enfance, tiraillé entre ses désirs d'enfant et les impératifs de ses parents, développant des stratégies pour traverser l'apprentissage parfois dur (ni douceur ni soleil).
Par-dessus ces éléments très "universels" s'applique la grille de lecture du poète, qui semble voir dans une éducation dure le terreau pour l'hypocrisie et la perversité chez l'enfant.

   Myndie   
29/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Salut Cyrill !

Une fois de plus, tu nous offres un poème très conceptuel, captivant et, pour le coup, gourmand, même s'il est parfois difficile de s'y retrouver parce que justement la métaphore filée, dissimulée sous des images sombres, semble se refuser à l'analyse ou offre un double niveau de lecture.
C'est ce qui fait la force du concept et le charme du poème.
Je ne reviendrai pas sur le vocabulaire recherché et précieux; ce goût pour la rareté, ce sens de l'esthétisme ou du cachet raffiné, c'est ta signature et c'est le gage d'une grande maîtrise ; j'aime beaucoup  « l’odeur épiphane. » dont je ne suis pas certaine qu'il soit à cent pour cent un néologisme (les mots rares et anciens me passionnent aussi).
Et j'apprécie particulièrement cet univers singulier, baroque et sombre. Il y a un vrai relief sonore et une originalité dans le contraste entre la noirceur de l'isolement et la mélancolie et l'ironie de la gourmandise enfantine et du bonbon qui fond sous le palais.

Souvenirs personnels ou pas, c'est une belle mise en mots à laquelle les vers de clôture apportent exégèse et cohérence.

   Polza   
29/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Salut Cyrll, c’est rageant parce qu’après une dizaine de lectures, je crois chaque fois m’approcher du but (la compréhension de ton poème) et chaque fois, quelque chose m’en éloigne !

Au début, j’ai lu ce poème comme si c’était un enfant qui me parlait, ou comme le souvenir de l’adulte face à sa madeleine de Proust…

Mais il restait toujours des choses qui ne collaient pas, sauf les bonbons à mes doigts…

Alors j’ai inversé la donne, j’ai eu une idée lumineuse (en général, ce sont des idées pourries), je me suis dit que ce n’était peut-être pas l’enfant (ou l’enfant devenu adulte) le narrateur, mais le bonbon lui-même !

Cela donne un autre sens, une autre vision à ce poème…

Par exemple :

« L’on m’exile et me tient dans l’hostile entre-deux,
Sans plaisir ni douceur, qu’aucun soleil ne nimbe ;
J’y cultive à part moi quelque masque hideux
Aliénant ses regards à l’hypocrite limbe. »

Le narrateur deviendrait un bonbon exilé que l’on met dans son emballage, un hostile entre-deux, privé de lumière (qu’aucun soleil ne nimbe),
le masque hideux deviendrait l’emballage et l’hypocrite limbe, la bouche de l’enfant qui s’apprête à accomplir son rite…

« Si le diable vous mène à ce théâtre bœuf, »

Si l’on part du postulat que c’est le bonbon qui parle, alors être mangé par un enfant, c’est la mort du bonbon, donc c’est le diable qui vous mène à son palais. Et là, que ce soit un enfant, un adulte ou un bonbon fourré à la liqueur, je tiens à signaler l’emploi de ce « théâtre bœuf » très expressif !

En restant sur mon idée de bonbon qui me raconte sa cruelle histoire à cause de ce rite enfantin (presque un rite satanique pour le bonbec !), j’imagine la tête dudit bonbec devant ce théâtre bœuf que représentent les lèvres et le palais de l’enfant.

Les lèvres sont closes, mais bientôt, le théâtre ouvrira les rideaux (les lèvres) et le bonbon apercevra un théâtre inattendu, extraordinaire, les lèvres seront les rideaux, les dents, le décor, le palais, la scène et le bonbon le héros malgré lui de cette magistrale représentation théâtrale !

« Vous verrez, dans les plis de la gaze diaphane
Jetée sur mon sommeil, »

Souvent, les bonbons (surtout ceux à la liqueur) ont deux enveloppes. La première d’une belle élégance et la deuxième, une fine enveloppe qui peut se comparer aux plis de la gaze diaphane jetée sur mon sommeil (tant que le bonbon n’est pas mangé, il dort dans son emballage)…

« un gigantesque bluff,
Comme un succédané de l’odeur épiphane. »

Là encore, mon raisonnement tient la route, tout ça n’était que du bluff, c’est sous l’apparat de sa tenue, de son emballage que se trouve le vrai trésor, mais ce fameux deuxième emballage très fin n’est qu’un succédané de l’odeur épiphane (l’odeur divine, on en revient au rite, quasi religieux), du bonbon, il en conserve le parfum, mais non son incomparable saveur..

« Séduits par les doux sons de l’aven palatin
Dont le fronton d’émail livre un babil mutin,
Vous fondrez en liqueur tel un sucre guimauve, »

Peut-être s’adresse-t-il aux autres bonbons, en guise d’avertissement, l’aven palatin représentant peut-être la salive et le palais, la cavité buccale, le doux son qui émerge quand on suce un bonbon et le fronton d’émail représentant les quenottes de l’enfant…

Vous fondrez en liqueur tel un sucre guimauve peut avoir un double sens selon la manière dont on aborde ce poème, soit c’est l’enfant qui fondra allégoriquement en liqueur devant un régal, soit c’est le bonbon qui fondra littéralement dans l’aven palatin…


« Suaves pénitents tombés dans mon alcôve.
Il ne restera rien de ce rite enfantin
Sur ma lèvre, qu’un peu de friandise sauve. »

Je note la proximité graphique et phonique entre alcool et alcôve qui peut rappeler la liqueur, en plus d’un lieu intime empli de sensualité gourmande…

C’est la partie la plus difficile à défendre de ma thèse parce que j’imagine mal le bonbon parler de sa lèvre.

Peut-être s’agit-il d’un twist où l’enfant se réapproprierait la narration du poème… c’est la partie qui me pose le plus de problèmes en tout cas…

Je vais attendre d’éventuelles explications dans les remerciements, car mon cerveau commence à surchauffer (avec 37 degrés Celsius annoncés en plus, faut que vraiment que je le ménage !)

J’ai failli oublier, quel étourdi ! Tu m’as bien eu avec ce titre et cet exergue en total décalage avec le ton du poème, la simplicité enfantine d’un côté, la complexité du langage et la recherche métaphorique de l’autre…

Bon, après, j’ai peut-être absolument rien compris, mais c’est pas grave, j’aime beaucoup quand même !




   Cyrill   
31/7/2026


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