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Poésie en prose
Cyrill : Parenthèse pieds nus
 Publié le 04/06/18  -  12 commentaires  -  2841 caractères  -  127 lectures    Autres textes du même auteur

De l’accessoire à la chose sûre.


Parenthèse pieds nus



Par un soir de grand vent, nuages dans le ciel charriant des étincelles, lézardes sur la terre crachant des fumerolles, astres oblitérés juste avant le désastre, aux flammèches mourant dans l’air glacé des hautes altitudes, j’ai laissé là mes habitudes, délacé mes chaussures, et libéré mes pieds sur le plancher des vaches.
Sensation de caresse sur la voûte plantaire, le sol a déroulé son tapis décousu sur le nu de ma peau qui s’arrache du cuir dans un cri de tendresse.

On lâche ses souliers, accessoires sans âge, confidents du moral, compagnons de voyage, avec au creux du ventre un soupçon de regret, un gramme d’amertume, un zeste d’illusion ; ce geste d’abandon entame l’avenir qui reste à parcourir.

Je me suis échappé de l’endroit où je crèche, de l’envers du décor, laissant à l’aventure l’art de la parabole. Et, le corps sous mes hardes enhardies de poussière, j’ai marché bien des heures, hantant le macadam et les chemins de terre, parcourant les prés verts, la mousse des rochers et le sable des dunes.

Sous une lune rousse, en quelques encablures, je me suis fait la belle, j’ai franchi bien des murs, arpenté des ruelles, des jardins intérieurs encombrés de pénombre.

J’ai pavé mon itinéraire avec la chair de mes orteils.

J’ai cherché le soleil au cœur des intervalles où le temps se déroute, irréel, abyssal, ne pansant que parfois les blessures de l’âme, les doutes et les cals, et les cors douloureux.


Ce fut un matin pâle, après bien des années à fouler le gravier, que je me fis l’effet d’un triste va-nu-pieds.

Un bâton d’olivier me servant de béquille afin de soulager mes chevilles en feu, ce fut le corps boitant, tête dodelinant, que je repris les champs, les sentiers et les rues qui me ramèneraient au fond de mon impasse, pour gravir l’escalier allant à mon logis du quatrième étage.
Terne fut le voyage et la portion congrue.
Bien m’en prit cependant.

Lasses, sur le carreau, abandonnées à elles, ternes et avachies, mes chaussures bâillaient d’un ennui inouï.

Foin des égratignures, des ongles incarnés, petits bobos témoins de cette liberté que je crus conquérir !
Je me glissai content chez mes vieilles amies, raides de solitude.
Et, faisant quelques pas, reprenant l’habitude oubliée de longtemps, je vis s’épanouir les semelles revêches, sentis se réveiller le cuir sur ma peau sèche.

Et depuis, chaque jour, afin de leur prouver le fond de mon amour, je les oins de cirage, leur prodigue des soins dignes de leur lignage.

On chausse ses souliers, accessoires sans âge, confidents du moral, compagnons de voyage, avec au creux du ventre un baiser comme un don, qui demande pardon, et l’espoir de renaître à d’autres horizons.


 
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   Anonyme   
5/6/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Cyrill ! Après la « Chausse étrange » proposée voilà quelques jours par notre ami Quidonc, pour moi votre Parenthèse matinale, truffée de bons mots issus d'une bien belle plume, j'ose le dire... c’est le pied !
Faut-il voir dans ce condensé d'humour une quelconque leçon de vie, je n'en sais rien et chacun y prendra sans doute ce qui lui convient...
Pour ma part, j'ai bien aimé ce texte, même au premier degré, et je vous en remercie...
Bonne continuation !

   PIZZICATO   
4/6/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Marcher pieds nus ; est-ce, dans ce texte, la métaphore d'une recherche de liberté, se défaire des conventions, des shémas ?
Mais cela suffit-il pour palier les vicissitudes de l'existence ? << J’ai cherché le soleil au cœur des intervalles où le temps se déroute, irréel, abyssal, ne pansant que parfois les blessures de l’âme, les doutes et les cals, et les cors douloureux.>>

C'est ma façon de percevoir cette poésie. En tous cas, de belles images et une lecture agréable.

   Quidonc   
4/6/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Cyrill,

On essaye parfois de changer ses habitudes, d'essayer de nouveau chemin. On éprouve parfois un besoin de liberté si fort que l'on est prêt a sacrifier son confort.
Mais s'il est bon de retirer ses chaussure pour marche pied nu et faire de nouvelles expérience, il est tout aussi bon de les rechausser pour mieux les apprécier.
De l'humour certes mais beaucoup de poésie et de fraîcheur... Même après avoir tant marché ;-)
Merci pour ça

   Eclaircie   
5/6/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Cyrill,

Une très belle parenthèse, parsemée d'allitérations, d'images très intéressantes, d'originalité dans le vocabulaire et l'expression.
Riche allégorie du besoin de changement, de son expérimentation et de son abandon, ou plutôt du retour à un confort et de cette hésitation assez constante qui pousse l'individu à rêver d'ailleurs, meilleur.

Au niveau de la forme, le poème est en prose, mais on ressent un rythme régulier dans les constructions de phrases, celui de l'alexandrin qui se marie si bien avec le propos, avec cette marche.
Je ne sais pas choisir un passage plutôt qu'un autre que j'aurai préféré, tant ce texte est égal dans sa qualité.

Merci du partage.

   Eccar   
5/6/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,
Ce magnifique texte est là pour nous rappeler que ce n'est pas dans le pied que cela se tient mais dans la tête. Suffit pas de libérer les pieds de ce carcan de la civilisation qu'est la godasse pour retrouver l'âme sauvage, le travail se fait plus haut.
Dommage qu'après tant de temps de cette belle échappée, le personnage reprenne le cours de sa vie passée juste après une petite crise d'orgueil bien mal placée: se considérer comme un va nu pieds.
Plein de belles choses dans ce texte, une parenthèse originale en tous cas.
A vous relire.

   Marite   
5/6/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Belle "Parenthèse" que cette échappée à la conquête de la liberté ponctuée de nombreuses images poétiques, à donner envie de s'en aller aussi, un jour, vers ce ciel "des hautes altitudes" en laissant de côté nos "habitudes".
Tout est résumé dans la phrase de conclusion :
" On chausse ses souliers, accessoires sans âge, confidents du moral, compagnons de voyage, avec au creux du ventre un baiser comme un don, qui demande pardon, et l’espoir de renaître à d’autres horizons."

   papipoete   
5/6/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
bonjour Cyrill
Je marchais dans mes vieilles godasses, et ça me faisait mal des orteils au talon ; aussi, décidai-je d'aller pieds-nus ( après tout, nos ancêtres allaient ainsi par monts et par vaux ! ) Ce put être la liberté retrouvée, sans semelle ni lacets ? que nenni !
Elles étaient là, telles 2 orphelines, lâchement abandonnées, me regardant de leurs si tristes oeillets ; je fondis et bien vite, en elles me glissai ; nous étions tous trois si heureux !
NB la seconde partie de votre récit est fort touchante, et je me joins à Vous, pour oindre de cirage ces chères compagnes ...

   Pouet   
5/6/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bjr,

un texte très très bien écrit, enfin à mon goût s'entend. Tout y est: rythme, sonorité, vocabulaire, images. Sérieux et décalé. Je l'ai relu pour le plaisir.
Un thème original traité de fort belle façon.
Rien à dire de très constructif, désolé.

Magnifique. Vraiment.

(Si, un gravillon dans ma chaussure pour ce vers: "Je me glissai content chez mes vieilles amies, raides de solitude." Je trouve que "raidies de solitude" aurait mieux convenu.)

Bravo et au plaisir.

   Queribus   
11/6/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Il fallait y penser: rendre hommage à ses chaussures au travers de la poésie, le tout écrit de façon impeccable, dans un langage clair et imagé avec des paragraphes courts et un rythme qui rapproche de la poésie classique. Réussir ce genre de pari n 'est pas donné à tout le monde (je pense au fameux: Moi, mes souliers, de Félix Leclerc). Du coup, j'ai pris mon pied (oui, je sais, c'est pas très original!)à la lecture de votre écrit et j'espère vous retrouver avec la même veine d'écriture pour d'autres sujets aussi originaux et aussi bien traités..

Bien à vous.

   Anonyme   
12/6/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Cette "Parenthèse pieds nus", m'a fait entrevoir l'importance que peut prendre une simple paire de chaussure, lorsque l'on veut se donner la peine de poser sa réflexion sur des objets anodins mais bien utiles et surtout indispensables.

Delà, s'ensuit tout un plaidoyer qui me fait reconsidérer la nécessité d'être un peu plus attentionné car vu sous cet angle, nous sommes bien ingrats parfois.

C'est un texte au développement sympathique qui engendre une certaine sollicitude, j'en ai aimé la préoccupation bienveillante.

   fried   
22/6/2018
 a aimé ce texte 
Bien
un texte qui parle de la liberté du pied nu, cela se paye
derrière il y a une expérience de vie le temps qui passe et ce que l'on en déduit, la sagesse de l'age.
de belles expressions comme "laissant à l’aventure l’art de la parabole."

   Brume   
9/8/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Cyrill

Voilà un poème en prose qui m'insuffle de l'air dans mon esprit.
J'aime cette liberté qui fait du bien à la chair et à l'âme, mais vous démontrez aussi que cette liberté qui donne des ailes n'a pas que des avantages. Nos fantasmes sont face à la réalité. Et il est vrai qu'à un moment donné on souhaite retrouver son confort.

Votre écriture est belle, chantante, fluide. Et ce que j'aime surtout c'est les différentes sensations qui m'accompagnent dans ma lecture.

Elle est douce et fraîche, elle est lasse, elle est confortable. Bravo.


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