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Récit poétique
Dolybela : Mon amour prends-moi la main et...
 Publié le 11/06/20  -  5 commentaires  -  3170 caractères  -  73 lectures    Autres textes du même auteur

À ma romantique Rome antique.


Mon amour prends-moi la main et...



Mon amour prends-moi la main et allons voir ces femmes que l'on aime et qui ont toutes ton visage. Allons voir dans les temples ces femmes d'albâtre qui ne parlent que par leur corps et leurs courbes et leurs charmes, ces grandes statues vierges aux armes élégantes et aux poses saphiques. Je sais que leurs chairs idéales et leur beauté immuable t'ont déjà fait rêver. Devant elles tes yeux brillent d'un éclat euphorique et à genoux tu adores leur sensualité. Fébrile, ta bouche implore sur leurs lèvres le plus doux des baisers. Et autour de ton corps qui se plie je referme mes bras, te berce sur mon sein et, profondément, te caresse. Les femmes de marbre nous observent et leur pupille blanche distille dans l'air comme un brouillard, qui nous rapproche encore, et nous transporte autre part.

Tout en haut du Parnasse, ou de l'Hélicon, allons à présent voir celles qui chantent, dont les noms traversèrent les âges, les vers, les histoires. Elles dansent, elles rient et parlent aux nuages. Leurs yeux sont aussi exaltés que ceux dont la fureur a pris possession. Au creux de ton oreille indiscrète, elles murmurent tour à tour de leurs voix célestes la sagesse des nuits d'étoiles, des sons qui sortent de nos cœurs et des mouvements infinis de l'âme perdue dans notre corps. Laisse-les t'entourer de leur passion, de leur désir et ne résiste ni à la folie de leur chevelure, ni au mystère qui tremble en leurs connaissances ; car elles seules savent nous apprendre la saveur de vivre, seules leurs paroles bravent le temps et l'espace. Durant notre périple peut-être tes joues s'empourpreront-elles quand la déesse la plus belle te prendra, irrésistiblement, par les mains et te montrera comment regarder les astres qui viennent mourir à nos yeux éteints. Alors, sous la voûte qui monte si haut, je te rejoindrai et nous admirerons la gorge offerte d'Europe tout près de Jupiter ; les paupières glorieuses d'une Médée fatale ; la perte des sanglots d'Écho dans les silences de l'univers ; la course stérile de Daphné à travers des arbres d'étoiles et toutes les héroïnes de nos rêves enfermées dans des nébuleuses pâles. Tandis que nous dériverons entre légendes et épopées amoureuses, les songes se chargeront du décor, qui changera, libéré de nos yeux par le cosmos soulevés.

Pour nous, il est temps en effet de descendre près des rivières, des arbres, des méandres pacifiques. Guidées par les ombres éphémères des vierges en fuite, nous pénétrons au cœur du monde vert. Déjà leurs doigts, doux comme des flots et des feuilles mêlés, t'enlacent et te promettent les divines transes sylviennes. Confie-leur ton corps car il est l'heure des délices et des crépuscules d'or. Enfin la chouette aux plumes de soie s'envole et vient hululer fièrement près de toi. Ces filles de cascade, ces âmes végétales, ont les épaules nues et dans le cou mille trésors qui ne demandent que de t'être connus. Allongée dans leurs bras sur l'île de la lassitude, ressens, mon amour, la quiétude, la torpeur des grands bois et la noblesse du jour qui meurt.

Puis, ferme les yeux et laisse ma dernière caresse, langoureusement, te réveiller.


 
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   Anonyme   
11/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour,


Une très belle oraison saphique qui puise son inspiration entre la mythologie gréco-latine & la statuaire des temples.

C'est une promenade délicieuse où seuls la douceur & les sentiments délicats prennent place pour transporter ces deux femmes amoureuses sur les traces de leurs sœurs du passé.

"Pour nous, il est temps" etc. rien que cette phrase mériterait un "passionnément" mais je préfère me laisser une marge d'appréciation avec un "beaucoup plus"

Ce dernier paragraphe est un enchantement digne d'un Virgile débarrassé de l'hexamètre dactylique, j'ai vraiment ressenti cette écriture comme "vraie" parce que je ne vois pas pourquoi des sentiments vrais mis en scène dans un cadre mythologique ne le seraient pas.

Les "divines transes sylviennes" emportent ma décision mais il me faudrait des heures pour détailler chaque pli de la parure féminine harmonieuse qu'est cette oraison amoureuse.

Puisse les lauriers de Daphné couronner ce périple amoureux & lui donner récompense.

Question : ce texte n'a donc pas été lu & n'a reçu aucune appréciation préalable en EL ? Je regrette vraiment de ne pas y avoir encore une place...:)

   Corto   
11/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Ce récit poétique est d'une belle originalité.

Le voyage onirique et sensuel au milieu du monde statuaire est superbement décrit et entraîne le lecteur dans un monde impalpable, captivant, riche en références et en imaginaire: "elles murmurent tour à tour de leurs voix célestes la sagesse des nuits d'étoiles, des sons qui sortent de nos cœurs ".

La complicité entre ces deux amoureuses et "Les femmes de marbre nous observent" rappellera d'heureux souvenirs aux contemplateurs admirateurs de statues qui nous fascinent au point d'avoir peine à les quitter.

La sensualité est présente à chaque ligne jusqu'à trouver son prolongement "près des rivières, des arbres, des méandres pacifiques".

Au terme du parcours le final approche l'extase "ferme les yeux et laisse ma dernière caresse, langoureusement, te réveiller."

Tout le texte est d'une grande finesse, douce et attirante.

Grand bravo Dolybela

   papipoete   
11/6/2020
bonjour Dolybela
Une déambulation féminine au milieu de statues de femmes, plus belles les unes que les autres... ( est-ce vraiment la représentation réelle de toute femme ? )
On rêve bien sûr mais si l'on est cultivé en mythologie, la ballade en est sans doute que plus heureuse !
NB dans la dernière strophe, une phrase me chagrine " qui ne demandent que...de t'être connus " ; cela me semble un peu torturé ?
ma notation n'aurait guère de valeur, en ce qui concerne la teneur du récit ( fort bien écrit ), étant ignare en cette noble matière !

   Vincente   
11/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Passé le jeu de mots par trop convoqué de l'exergue, un brin rebutant avant de commencer le récit, je dois reconnaître que s'est vite dissipé le soupçon de facilité qu'il suggérait.

J'aime beaucoup l'ambivalence amoureuse du premier paragraphe, où la passion duale superpose les beautés féminines antiques et l'amour du couple qui s'adonne aux "caresses… saphiques… dans les temples…", sous le regard quiet "aux pupilles blanches" de ces "femmes de marbre". Ainsi dans une connivence certaine, se confond le plaisir malgré l'écartèlement temporel… la magie de l'instant est pour elles alors extatique…

Dans ce paragraphe, tout m'a plu et emporté sauf deux petites anicroches formelles. "Autour de ton corps qui se plie" : le fait de "se plier" est neutre dans le sentiment, il oublie la notion de plaisir ou de recroquevillement, pour la laisser émerger, il me semble que "se replie" aurait été préférable, ou mieux "se ploie" (l'inverse de "se déployer") car il n'y a pas de pliure dans le cas évoqué. Et puis le "autre part" final me paraît manquer de potentiel, au sens où il évoque autant le plus que le moins, il y aurait lieu d'inviter à une explosion/extension, je me demandais si "nous transporte de part en part" ne donnerait pas cette sensation de dépassement ?

Le paragraphe suivant est celui de ce "transport" extatique avec son décor et ses convocations divines et cosmiques, elles participent à l'emportement émotionnel avec une belle ampleur. À mon sens, le geste est un peu forcé, les corrélations entre l'évocation et les vibrations sensuelles des amoureuses sont assez cérébrales ; mais c'est une impression très personnelle et nul doute que chacun ne "réagit" pas aux mêmes stimulus, aux mêmes configurations. J'imagine sans hésiter que l'auteur aura fait parler délibérément ses sensations et que certains s'y retrouveront.

Le dernier paragraphe voit l'apogée se profiler puis s'accomplir, " Confie-leur ton corps car il est l'heure des délices et des crépuscules d'or. ". Après le lyrisme du paragraphe précédent, voyageur, le verbe devient sensuel puis suave, et apaisé…

L'épilogue parachève le récit d'une "dernière caresse, langoureuse…" qui clôt sans le fermer le rêve "inoubliable" de cette jolie aventure.

   AESpes   
14/6/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Dans votre nuit romaine, nous rêvons parmi les cariatides et leur beauté enchanteresse. Magnifique poème, écrit d'une plume sensible et sensuelle, douce et incroyablement juste. Aux côtés de Rome, c'est aussi Lesbos qui renaît de ses cendres dans ce texte.


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