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Poésie contemporaine
FrancoisT : Obscure gageure
 Publié le 22/04/14  -  4 commentaires  -  1754 caractères  -  86 lectures    Autres textes du même auteur


Obscure gageure



Exécrable, raide, obscure,
Diabolique à soutenir,
J'engageai jadis gageure
Qu'ici je vais définir :

« Que mes rimes fussent lisses,
Mes pieds juste décomptés,
L'amour et la mort complices
Que j'eusse, pour vous, contés. »

À peine avais-je trempé
Ma plume sergent-major
Dans mon encrier violet
Que m'apparut mon tort.

Qui lirait ces vers sublimes,
Ces chants murmurés en moi,
Longtemps grattés à la lime
Pour provoquer vos émois ?

Hélas bêtise, ignorance,
Cerveaux atteints d'étisie,
Dans le royaume de France
Ont lynché la poésie,

Et ces mots méditatifs
Prêts à issir de ma bouche
N'encontreraient que rétifs,
Sots, plats qu'un rien effarouche !

Fallait-il garder silence ?
Tenir caché mon trésor ?
Ou galoper dans la danse :
Tout balayer, tout dehors !

Allez mon gars tonitrue,
Ouvre-la ta grande gueule !
Mets la foule dans la rue
Avant de vêtir linceul !

Oh vous, vieux veau, vieux voyou
Sans amphigouri, sans larmes ;
Oh oui, expliquez-nous tout !
Sans pieds, sans rimes, sans armes !

C'est alors qu'on vit paraître
Sur des millions de miroirs
L'étrange gueule d'un être
Que tout le monde a pu voir :

Ces reflets de cauchemar
C'était un portrait de moi,
Mais fier, hautain, prétentiard,
Certain d'imposer sa loi.

Il ne faut pas que l'on sache
Que je suis ce ridicule,
Ce réformateur bravache
Méritant le pied au cul !

Mirliton trop entêté,
C'est moi, si je ne m'abuse
Qui ne sus jamais téter
Le sein tari de ma muse.


 
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   Anonyme   
7/4/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Hé bien, sans aimer ce genre, je me suis néanmoins très bien amusé.

On sent le talent. Le "prêcher faux pour connaître le vrai", j'oserais dire l'auteur qui nous "tâte" avant de nous donner à lire ou pas ce qui lui tient le plus à coeur, ce qui le dévoile... Mais qu'il le fasse, si ce poème lui en ouvre la porte...

Poésie et nudité ne sont pas l'une loin de l'autre...

   Ioledane   
10/4/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Je salue l’originalité de ce texte en heptasyllabes, intéressant mélange entre désuétude du vocabulaire et des tournures, modernité (néoclassicisme) de la prosodie, et intemporalité du propos.

Ce qu’il en « issit » est de qualité assez inégale, avec certains quatrains excellents (4, 5, 7, 8, 9, 13) et d’autres plus plats ou comportant des défauts :
- « Que mes rimes fussent lisses » : va pour l’imparfait du subjonctif, toutefois il eût fallu à mon avis l’employer sans guillemets, au discours indirect ; il me semble qu’un discours direct nécessite ici plutôt le présent du subjonctif.
- « Que m’apparut mon tort » : manque une syllabe.
- 10ème quatrain : répétition de « vit » et « voit ».

Le vers « Oh vous, vieux veau, vieux voyou » est bien trouvé.

   senglar   
22/4/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour FrançoisT,


Remarquable maîtrise de la langue dont, bien sûr, l'Ancien Français.

Leçon aussi de modestie, mais à mon avis à tort, le sein de la Muse ici ne vous a pas trahi, ce sont les Français qui sont des musards.

La gageure par vous entreprise n'est pas obscure... mais lumineuse !


J'espère pour ma part téter encore à votre plume. Vive la poésie où les sergents-majors se font plumes :)

brabant

   myndie   
22/4/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
C'est drôle, c'est enlevé; on trouve là Christine de Pisan et les poètes modernes; c'est très bien vu et surtout, finement écrit.
De belles allitérations ("vous, vieux veau..."). Mais ce que je préfère, c'est encore ça :
"Il ne faut pas que l'on sache
Que je suis ce ridicule,
Ce réformateur bravache
Méritant le pied au cul !"

Au final, un beau travail d'écriture, mis au service d'une belle ironie qui n'est là que pour faire ressortir les fameux doutes que nous connaissons tous (enfin je crois).

Une belle lecture pour moi; merci infiniment


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