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Poésie classique
GiL : Calme plat
 Publié le 28/06/24  -  10 commentaires  -  844 caractères  -  212 lectures    Autres textes du même auteur

En hommage – irrespectueux – à Stéphane Mallarmé : que ses mânes me pardonnent !
https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Parnasse_contemporain/1866/Brise_marine


Calme plat



Je ne me targue pas d’avoir lu tous les livres.
Quant à mes sens, hélas ! quoique rarement ivres
Au point de me porter au pinacle des cieux,
Ils n’en restent pas moins fort plaisants à mes yeux !
Moi, je ne m’enfuis pas, je suis d’une autre trempe
Et quand j’écris mes vers, la nuit, près de ma lampe,
Un sentiment de joie et de paix me défend
De renier ma vie et mon âme d’enfant.
Sans doute n’ai-je pas un esprit très mature
Mais je me sens si bien sans forcer ma nature !

Me tenant à l’écart des cruels désespoirs,
Je ne prends point plaisir à tremper mes mouchoirs !
À bord de mon steamer, évitant les orages,
Je ne suis pas de ceux qui risquent les naufrages
Mais qui trouvent l’abri de tranquilles îlots…
Sous les vivats joyeux du chœur des matelots !


 
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   Lebarde   
8/6/2024
trouve l'écriture
convenable
et
aime un peu
Quand on est en panne d’inspiration, pourquoi pas!
On a déjà les rimes , il suffit de compléter les vers en brodant autour de la trame du sujet.
En fait ce n’est pas si facile après tout, de rester dans les clous du classique, et là cela me parait gagné.
Quel est le meilleur des deux poèmes?
Ne connaissant ni l’un, le modèle, (peut être pas le meilleur de Mallarmé, mais je ne suis pas un spécialiste du Parnasse), ni l’autre à fortiori, celui du poète onirien que je lis, je n’ose et ne veux pas choisir.

L’exercice de style, « à la manière de », est assez réussi mais je n’adhère que moyennement au procédé; ce n’est pas mon truc et quant au résultat, chacun jugera à sa façon.

En EL
Lebarde

   Ioledane   
8/6/2024
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Merci d'avoir mis le lien vers l'original, que je ne connaissais pas. Cela me permet d'apprécier d'autant mieux l'exercice, mené avec brio, bravo !
Bien que les rimes soient dictées par le poème de Mallarmé (à deux légères entorses près : mature au lieu de mâture et désespoirs au lieu d'espoirs), le style n'en reste pas moins fluide et naturel, sur une prosodie impeccable.
Le résultat est, malgré le "calme plat" annoncé, beaucoup plus enlevé et réjouissant que l'original - ce qui n'enlève rien, nous sommes bien d'accord, aux qualités indéniables de ce dernier ! Mais la tonalité est bien différente.
"Je ne prends point plaisir à tremper mes mouchoirs" : cette phrase m'a particulièrement fait sourire.
"Sans doute n'ai-je pas un esprit très mature" : ce vers est moins poétique, mais je trouve que cela passe bien néanmoins.
Bref, pour moi, l'exercice est réussi.

   Myndie   
12/6/2024
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Bonjour,

Voici proposé en espace lecture l'exercice d'écriture appelé en forum « Les bouts rimés ». Pourquoi pas après tout ? Cela a l'avantage de donner plus de visibilité à un poème fort bien tourné et que je ne trouve pas si irrespectueux que cela à l'égard de Mallarmé.
Je pense d'ailleurs pouvoir affirmer que rien ne fait défaut à la versification classique.

Bien sûr, on trouve ici les mêmes exclamations qui, traduisant cet état d'aspiration vibrante propre à Mallarmé, ont pour mission de faire jaillir les sentiments et la force émotive du texte.
Mais ici, point de fureur, point d'envergure océane, point d'ennui et de mélancolie, moins de lyrisme, le « calme plat »  donc.
C'est plutôt un humour bienveillant qui se glisse en filigrane dans cet autoportrait d'un poète moderne, moins exalté, moins passionné que son mentor mais soucieux de ne pas
« renier (sa) vie et (son) âme d’enfant ». 
C'est une façon d'appréhender, de vivre la poésie qui diffère de mon approche personnelle mais cela n'en fait pas moins les bons poètes. La preuve.

Merci pour ce partage.

   Polza   
17/6/2024
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour,

L’exercice n’était pas évident, je trouve, mais vous vous en êtes très bien sorti selon moi.

L’ensemble est cohérent et toutes les rimes sont respectées (avec une minuscule entorse pour espoirs/désespoirs et un sens autre pour mâture/mature mais pas de quoi fouetter un chat qui ne nous a rien fait !).

Deux petites choses avant d’aller plus loin.

« Ils n’en restent pas moins fort plaisants à mes yeux ! » à prendre avec des pincettes, je ne suis pas sûr du tout, mais je me suis demandé s’il ne fallait pas accorder « fort » avec « plaisants »…

« Sans doute n’ai-je pas un esprit très mature/Mais je me sens si bien sans forcer ma nature ! » Si le si de je me sens si bien ne m’a pas posé de problème, j’ai trouvé que dans un esprit très mature, le très faisait un peu mot cheville, j’aurais sûrement mieux apprécié une autre formule.

J’ai ressenti une forme de malice dans l’écriture, une joie communicative.
C’est frais et enjoué en plus d’être bien écrit je trouve, que demander de plus ?

Polza en EL

   Robot   
28/6/2024
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Il me semble découvrir le thème dans la quiétude qui parcourt ce poème classique tiré au cordeau.
Et je ressort de ma lecture avec un sentiment d'optimisme qui fait du bien en ces moments troublés.
Aprés tous les textes pessimistes ou moroses qui ont paru ces derniers temps, ça fait du bien de découvrir un narrateur heureux d'écrire.

   Annick   
28/6/2024
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Un bel exercice de style sur une idée originale. Le locuteur prend le contre-pied de ce qui est écrit dans le poème de Mallarmé et les rimes sont les mêmes.

Quand l'un est insatisfait de tout et ne rêve que de partir, l'autre trouve dans le quotidien mille plaisirs qui le rendent heureux et comblé.
Ce dernier puise dans l'écriture un bonheur fait de plénitude.
Il est d'un naturel heureux et reprend l'idée du steamer pour montrer qu'il mène sa vie comme un matelot sur une mer calme faite d'escales paisibles.

L'écriture est simple, comme je l'aime.  Vivante, elle progresse et apporte à chaque vers un contenu. Chaque mot est important.
Le poème poursuit son petit bonhomme de chemin jusqu'à la conclusion joyeuse.
Comme le bateau à vapeur vers les îlots tranquilles.

Votre poème va dans le sens de la vie.
Quant à Mallarmé, je parie que la découverte d'autres lieux, d'autres cieux ne le rendront pas plus heureux.
Merci pour cette belle leçon de vie.

   EtienneNorvins   
3/7/2024
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Un exercice réussi ! Vous montrez par l'exemple qu'avec de telles rimes, le cher Stéphane eût pu tenter autre chose qu'une énième variation sur le Spleen... Question de tempérament, sans doute...

   Famineur   
5/7/2024
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
« O nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend, »
est ce que je trouve de plus poétique dans le poème de Mallarmé.

Je ne retrouve certes pas autant de poésie dans le poème proposé, mais ce qu’il perd en poésie, il le gagne en malice. L’auteur ne se contentant pas de pasticher mais dressant aussi, par petites touches, le portrait psychologique du locuteur.

« Je ne prends point plaisir à tremper mes mouchoirs » est peut-être le meilleur vers, dans un texte par ailleurs très homogène.

Je n’ai, quant à moi, pas trouvé que le « très » de « très mature » faisait cheville. Je trouve même à ce texte une économie de moyens (rien de trop ni de tarabiscoté – du vrai classique).

   Cristale   
6/7/2024
trouve l'écriture
aboutie
et
aime un peu
Voilà un exercice réussi de bouts rimés.
J'entends l'amusement de l'auteur à renverser les propos d'un grand maître de la poésie, je vois aussi son sourire malicieux à lui piquer ses rimes.
J'aurais préféré lire une oeuvre originale de l'esprit créatif et la plume aguerrie du talentueux poète que je viens de lire avec plaisir mais avec une petite frustration.

   Louis   
7/7/2024
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Le locuteur énonce dans ce poème la conception et les conditions de son écriture poétique, associées à une éthique, comme art de vivre.
Cette écriture se veut distincte dans ses fondements, et même opposée, de celle des auteurs du 19ème siècle, celle des romantiques, celle des poètes du "spleen" et du mal de vivre.
Ce poème présente les conditions de cette écriture dans un renversement, ou plutôt un "détournement", du texte "Brise marine" de Mallarmé.
Comme son modèle renversé, il est écrit en alexandrins.
D’un point de vue formel, les vers, comme ceux du poète plagié-détourné, ne manquent pas de musicalité, à l’exception de l’expression dans le vers 4 « fort plaisants à mes yeux » dans laquelle l’accord "plaisants à" ne semble pas du meilleur effet sonore.

Le poème semble partiellement suivre le programme de Isidore Ducasse, le héros du détournement, en exergue de Poésies 1 :
« Je remplace la mélancolie par le courage, le doute par la certitude, le désespoir par l’espoir, la méchanceté par le bien, les plaintes par le devoir, le scepticisme par la foi, les sophismes par la froideur du calme et l’orgueil par la modestie. »

Comme Lautréamont, il procède par négations :
« je ne me targue pas d’avoir lu tous les livres »
Ce renversement du vers de Mallarmé prend à la lettre l’exagération hyperbolique du poète.
Par-là, le locuteur affirme une modestie à l’opposé des prétentions vaniteuses de l’auteur de Brise marine.
« Avoir lu tous les livres » suggère encore l’idée que tout a été exploré de ce monde dans lequel on vit, et que le lecteur des livres connaît l’ensemble des savoirs constitués, sans y trouver pourtant une satisfaction, sans y trouver la réponse véritable à un besoin de sens. Est suggéré aussi « l’ennui » que provoque ce monde dans sa banalité quotidienne, ce monde dont on sait tout, dont on ne sait rien.

Le locuteur s’affirme dans une position opposée à celle de l’auteur parodié, il n’éprouve pas ce "vide" que procurerait le "tout" des lectures et des savoirs. Il y a tant à explorer encore dans la quantité innombrable des livres, qui, de plus, loin d’être figée en "volume", ne cesse de s’accroître.
Le locuteur se veut "poète" aussi, comme l’était Mallarmé, ce qui autorise la comparaison, mais affirme sa différence, il est un poète « d’une autre trempe », expression que l’on serait prêt à lire : « d’un autre temps ».
Le premier hémistiche du 1er vers, très célèbre, est passé sous silence, à l’exception de son exclamation : « hélas ! » réinvestie autrement, avec une pointe sarcastique.

L’insatisfaction de Mallarmé l’a mené, comme nombre de ses contemporains, artistes et poètes, à l’aspiration d’un ailleurs par rapport à notre monde, un ailleurs exaltant, et qui donnerait sens à notre monde banal ; au transport dans l’élan d’une "sublime folie idéaliste".
Le locuteur se tient dans le refus de ce mouvement vertical qui « porte au pinacle des cieux », en un refus de toute transcendance où se loge l’ailleurs idéaliste.
Le « calme plat » du titre n’est pas le repos d’un prosaïsme de banalité et de médiocrité, mais la sérénité dans l’acceptation de l’immanence, un contentement dans les "limites" de l’horizontalité infinie de l’immanence.
Le locuteur ne se veut pas un "voyant" qui cherche à percer les apparences immédiates, et n’use pas du "dérèglement de tous les sens".
Tels qu’ils sont, les sens et les perceptions qu’ils permettent « n’en restent pas moins fort plaisants à mes yeux ». ( « mes yeux » font partie des « sens » ; il faudrait donc entendre par "yeux" ceux de l’esprit). Les sens plairaient-ils aux sens ?
Il y aurait donc un plaisir des sens comme ils sont, dans ce qu’ils offrent ; inutile de chercher ailleurs une source de joie.

« Moi, je ne m’enfuis pas » : déclare le locuteur.
Pas d’évasion hors d’un monde et d’une vie, niés, dépréciés, nihilisés et méprisés comme insuffisants.
La fuite suppose une négation, une dévalorisation, une dépréciation. Elle est niée par le locuteur, qui nie donc la négativité par la négation, pour affirmer l’acceptation positive du monde réel tel qu’il est.

Cela s’accompagne d’un refus du "spleen" : « Je ne prends pas plaisir à tremper mes mouchoirs », qui est rejet de cette complaisance malsaine dans le malheur et le désespoir.
La négation de la négativité se poursuit dans l’absence de "reniement" de la part du locuteur : « Un sentiment de joie et de paix me défend / de renier ma vie et mon âme d’enfant "
« Les gémissements poétiques de ce siècle ne sont que des sophismes », écrivait Isidore Ducasse ( Poésies 1 )
Une « joie » et une « paix » sont donc possibles dans cette vie-même, hic et nunc.
« Souffrir est une faiblesse, lorsqu’on peut s’en empêcher et faire quelque chose de mieux », écrivait encore Lautréamont ( Poésies 1)
L’ « âme d’enfant » conservée permet d’éviter l’ennui, de trouver une part de jeu dans la vie et de conserver une part d’insouciance ; elle permet de perpétuer l’étonnement et l’émerveillement que suscite toujours le monde ici-bas.
Inutile de se lancer dans de grandes "aventures" avec les risques qu’elles comportent pour que la vie demeure "ce qui vaut d’être vécu" : « je ne suis pas de ceux qui risquent les naufrages ».
Tranquillité, paix, prudence ne feraient pas la vie moins plaisante, au contraire ; et n’en seraient pas moins des ressorts poétiques.
Le locuteur semble s’efforcer de combattre le mythe du poète malheureux, voire du poète « maudit ».
Il s’oppose à cette croyance partagée des siècles derniers, selon laquelle
le destin du poète est d’être malheureux, de toutes les manières possibles, et ce malheur serait nécessaire à l’accomplissement de son destin et à l’épanouissement de son "génie".
Dans son Ode à Chateaubriand, Victor Hugo écrivait :

Le génie a partout des symboles sublimes.
Ses plus chers favoris sont toujours ses victimes,
Et doivent au revers l’éclat que nous aimons
Une vie éminente est sujette aux orages ;
La foudre a des éclats, le ciel a des nuages
Qui ne s’arrêtent qu’aux grands monts !
Oui, tout grand cœur a droit aux grandes infortunes ; […]
Le grand homme en souffrant s’élève au rang des justes.
La gloire en ses trésors augustes
N’a rien qui soit plus beau qu’un laurier foudroyé

Mais le locuteur du poème affirme, lui :
« à bord de mon steamer, évitant les orages »

Ainsi, l’écriture pour lui n’est pas un "voyage".
« Et quand j’écris mes vers, la nuit, près de ma lampe
Un sentiment de joie et de paix… »
Bien que l’on ne sache pas si ce « sentiment » est l’effet ou la cause de cette écriture, celle-ci semble l’expression de ce sentiment, qui, non seulement trouve son fondement dans l’acceptation d’une réalité immanente, mais aussi dans l’acceptation de soi : « Je me sens si bien sans forcer ma nature ».

La poésie ne serait donc pas liée à une nature "tourmentée", liée nécessairement au malheur. Prudence et tranquillité, calme et joie sont valorisés, non pas comme ce qui nous manque, et vers lesquels tendre, mais comme ce qui, chez le locuteur du moins, est déjà réalisé, pourquoi alors y renoncer.
La poésie aurait des ressorts multiples et ne serait pas rendue impossible par un état de « calme plat ». La tempête et les tourments ne seraient pas les conditions nécessaires et indispensables à son émergence.
Ainsi le locuteur se veut le poète de la tranquillité, du langage lui-même pacifié dans sa langue classique.
Ce qui étonne, c’est que rien ne soit dit de la poésie du 20-ème siècle. Serait-elle encore dans la lignée des siècles qui l’ont précédée, vouée au "spleen" et aux tourments de l’existence ?


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