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Poésie libre
Hiraeth : Shanti
 Publié le 18/11/19  -  11 commentaires  -  1897 caractères  -  224 lectures    Autres textes du même auteur

Shanti est un mot sanskrit qui signifie paix, absence de passion, calme, tranquillité.


Shanti



Pour les bêtes sauvages
La nuit brûle d’un feu clair

Nous y voyons si peu

Collé à la vitre
J’essaie d’écouter les réverbères
En discussion avec les flaques d’eau

Qu’as-tu vu de beau dans ta vie mon ami
(Dis-je soudain me retournant)
Tu n’es pas très bavard
Les murs ont des oreilles à ce qu’on dit
Mais moi j’aimerais savoir
S’ils ont des bouches aussi

Quelques chansons frappent à ma porte
Et lente mon oreille du poids de ses années
Tristesse bonheur envie colère
De potentiels colocataires
(Mais de quoi rêvent les chatons ?
Sur le coussin las
Ils dorment en forme de croix)

Pas un bruit dehors et pas un bruit dedans
Rien que les chatons qui tètent goulûment l’oubli
Et Marie ô Jésus n’avait pas plus de grâce
Quand on la peignit blanche en train de t’allaiter

Leur mère est une chatte noire au cri de lumière
Ses yeux sourient quand ils se ferment doucement
Son sang sauvage ne bout plus
Il n’y a que le lait
Calme et chaud
Et le silence qui ronronne

Face au miroir un vieux singe me regarde

Je tends l'oreille vers l'intérieur et cela fait
Longtemps que je n’entends plus les échos
Des violences premières
Moi qui n’ai pas su retenir
Les yeux les mains les souvenirs
Voici que je bois seul à la source du temps
(L’oubli au moins ne m’a pas oublié)

La télé ronfle dans le noir
Elle parlait de souffrance tout à l’heure
Et de mort
Mais la douleur hélas ne m’est plus rien
Je sais l’art de tresser les désespoirs

Dans une chambre
Que fais je - ?
Au milieu des vêtements (tout aussi nus que moi)
Je m’abandonne et mirlitonne

Un chaton deux chatons trois chatons
Shanti shanti shanti


 
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   Gemini   
6/11/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
C'est le genre de poésie (libre) que j'aime, car elle ne va pas fouiller dans des recoins qui me sont inaccessibles. Les touches de poésie s'égrènent le long du texte sans déformer le fil du propos. Au contraire, elles l'enjolivent, lui donnent un caractère surprenant, le magnifient.

J'ai trouvé excellent le choix du titre qui n'apparaît en aucun moment dans le corps du texte sauf à la fin, triplé, comme le refrain d'une comptine. Shanti. Peut-être une certaine philosophie pour adoucir le désarroi.

Dans un de ses (nombreux ?) moments de solitude, le narrateur (qui parle seul, on est dans un monologue et un huis clos.) laisse filer ses idées, et s’interroge sur sa vie. L’état des lieux n’est pas réjouissant, mais les mots et le ton désabusé qu’il emploie font penser à un de ces vieux originaux qui, pour avoir eu le temps d’y réfléchir, connaissent exactement la situation et n’ont plus qu’à trouver des nouvelles formules pour la traduire.
S’il n’est pas tendre avec lui-même, il l’est avec ses chats. Peut-être parce que, à l'inverse de lui, 'il ne les considère pas comme responsables de leur sort.
Le plus étonnant dans ce texte reste pour moi le nombre de bruits que le narrateur fait passer dans le silence (réverbères/flaques d’eau, murs, chansons, le silence ronronne, cri de lumière, je tends l’oreille, la télé ronfle). On dirait qu’il cherche à poser de la vie là où elle a disparu.
Ses incises surréalistes sont profondément humaines (Je sais l’art de tresser les désespoirs).

Après plusieurs lectures, je dois dire que j’ai été franchement emballé par ce texte.
J’ai relevé un petit accroc, v 14 : Et lente mon oreille du poids de ses années.
Je me demande si ce ne serait pas "lestent" au lieu de "lente".
Enfin, au dernier vers j’ai bien aimé l’emploi de mirlitonner : fausse modestie pour un vieux singe - à qui l'on n'apprend pas....

Épaté.

   Gouelan   
7/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Certains vers ont attiré mon attention plus que d'autres mais je n'ai pas compris la raison des parenthèses à quelques endroits.
Et pourtant j'aime beaucoup ce que je crois saisir, justement parce que votre poème laisse entrevoir sans forcer.
C'est calme et tranquille, comme un repli sur soi, la solitude dans les plis de la vieillesse (le vieux singe).

Merci pour cette lecture.

   ANIMAL   
18/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Je découvre un abîme de solitude au fond de ce poème.

Un homme plus très jeune qui a tout vu, tout vécu et qui s’ennuie. Il contemple son décor, son existence. La vie est passée, l’amour est passé et il se retrouve seul avec lui-même au déclin de sa vie, insomniaque, avec pour toute distraction le téléviseur et l’écriture de poèmes « Je m’abandonne et mirlitonne ».

De très beaux vers illustrent ce texte qui dégage une atmosphère de mélancolie bien particulière :

« Pour les bêtes sauvages
La nuit brûle d’un feu clair »

« Je tends l’oreille vers l’intérieur et cela fait
Longtemps que je n’entends plus les échos
Des violences premières »

Et le magnifique « Je sais l’art de tresser les désespoirs »

D’autres passages me touchent moins mais l’ensemble, l’évocation de cet être qui tourne en rond, est une réussite.

Une belle et riche lecture.

   Donaldo75   
18/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Hiraeth,

J’ai trouvé qu’il y avait dans ce poème beaucoup d'images, parfois un peu comme un tiercé dans le désordre mais l’ensemble reste du libre inspiré. Il y a une forme de théâtralité surréaliste, de non-sens que seul le libre permet à ce point. Je pense qu’il faut quand même s’accrocher si on ne rentre pas dans ce poème ; j’ai eu la chance de le sentir couler à la lecture, de manière fougueuse et désordonnée, et d’aimer ça.

Bravo !

Donaldo

   Pouet   
18/11/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Salut,

ah... De la poésie comme j'aime en lire.

Imagé, ancré dans le réel, sur-réaliste.

De très beaux vers sobrement désespérés ou désespérément ivres, mais pas forcément d'ailleurs. Tout chela est vraiment bien shanti... (humour fin quand tu nous tiens -)

J'y reviendrai, c'est sûr.

Je n'ai rien de particulièrement intelligent à ajouter. (comme souvent d'ailleurs, m'en vais caresser un chaton...)

PS: "Et lente mon oreille", c'est vraiment chercher des poux sur la tête de l'indolence...

   Robot   
19/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un poème empreint de tristesse. Pas de désillusion, mais comme une acceptation de la désespérance. Voilà ma lecture de ce beau texte dans lequel les chatons sont comme une dernière lueur d'apaisement.

Une expression habile des possibilités de la poésie libre. Le type de poèmes que j'ai plaisir à relire.

   Vincente   
19/11/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Incroyable plongée dans l'état d'esprit en errance d'un vieux monsieur qui sent une morne paix assaillir sa nuit.

Ce qui est y le plus bouleversant c'est l'état d'acceptation qui "donne accès" à la conscience particulière de ce monde, de son monde parallèle. La vie dans cette chambre est restreinte, sont appelés à participer, à s'exprimer, tout ce qui y séjourne, les murs… "Mais moi j'aimerais savoir s'ils ont des bouches aussi", les bruits doivent prendre sens mais il n'y a plus de bruit à part le "tètement" des chatons, les "échos des violences premières", ce passé difficile (j'aime beaucoup l'approche de cette idée : "Je tends l'oreille vers l'intérieur"). La télé comme un gros chat "ronfle" tant elle est un fond sonore bien présent (une présence parmi peu d'autres…), mais invite malgré tout à la quiétude.

Les "bêtes sauvages" du début, dans les lumières de la ville (de la vie active) est une adroite métaphore pour entamer l'évocation qui va nous emporter dans le confinement du lieu restreint par la force des choses.

Je trouve très forte l'expression : "Le silence ronronne"

J'ai particulièrement aimé, ces trois passages (mais l'ensemble est d'une teneur qui me fait regretter d'en extraire quelques éléments singuliers) :

" Collé à la vitre
J’essaie d’écouter les réverbères
En discussion avec les flaques d’eau
"

"Voici que je bois seul à la source du temps
(L’oubli au moins ne m’a pas oublié)
"

" Dans une chambre
Que fais je - ?
Au milieu des vêtements (tout aussi nus que moi)
"

Quant au final, excellent, où les chatons se content sur les doigts de l'ennui comme les moutons pour l'enfant en quête de sommeil, belle trouvaille, mais s'y ajoute pourtant le mot Shanti qui rebondit en trois coups à l'écho s'estompant dans ses répétitions infinies, dans une mise en abîme qui se devine et s'éternisera…

L'ensemble est original, très inspiré, d'une vérité dure parce que implacable, mais douce dans la façon à la fois "extensive" de regarder l'espace contraint de la fin de vie et sage de s'y investir dans l'acceptation.

   Davide   
19/11/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Bonjour Hiraeth,

Un poème qui semble évoquer en premier plan la solitude désabusée d'un narrateur âgé, ou peut-être las d'exister, dont la vie défile et s'effile...
Mais dans un second plan, quelque chose affleure au cœur de cette conscience rétrospective : une réflexivité, une conscience qui se retourne sur elle-même, qui se regarde dans le miroir ("Face au miroir un vieux singe me regarde"), s'intériorise pour se retrouver.

Le monde extérieur apparaît alors dans une coloration surréaliste, voire synesthésique ("J’essaie d’écouter les réverbères / En discussion avec les flaques d’eau"), un détachement s'opère, un éloignement d'avec tout ce qui semblait autrefois si substantiel, si essentiel.

Ces "chatons", encoconnés dans leur douceur christique, ne sont-ils pas tout simplement la magnifique allégorie de ce "Shanti", de cette paix intérieure ? Celle-là même que questionne et découvre le narrateur ?

"Son sang sauvage ne bout plus
Il n’y a que le lait
Calme et chaud
Et le silence qui ronronne"

Cette strophe met en évidence - à mon sens - un parallèle entre le vécu de l'animal et celui du narrateur, si ce n'est une osmose. La fureur du monde est loin de lui, les bruits de la télévision ne l'atteignent plus, ni même les "violences premières". Seul le silence règne, ronronnant d'une blancheur de paix.

Au passage, j'ai adoré le vers "Que fais je - ?". D'avoir ainsi séparé l'action (le "faire") du "je" (celui qui agit) introduit un questionnement supplémentaire : qui donc est ce "je" qui "fais" ?
Un narrateur qui n'est plus que l'ombre de lui-même, comme aspiré dans un vide abyssin, heu abyssal, celui d'une mort. Mais cette mort est-elle physique, psychologique ou spirituelle ? Ne suggèrerait-on pas un éveil de conscience ?

Un texte large d'esprit, qui nous embrasse, essentiel, bien écrit, symbolique, métaphorique, qui interroge... En un mot : superbe !

   grandin   
21/11/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Un peu en colère contre moi, car sans un indice charmant, je serais passé à côté de ce texte. La poésie libre, oui, mais à dose infinitésimale. Un a priori, je le concède.
L'auteur nous fait pénétrer l'âme grise de ce monsieur, pour ressentir sa solitude, le fait qu'il n’attend plus rien de la vie.
Les rares détails de l’extérieur, ses murs et ses quatre colocataires, définissent son univers. La prose est poésie. Elle nous entraîne sans jouer la compassion au soir d'une vie, quand l'on se raccroche à des détails pour ne pas sombrer, pour se savoir vivant.
Shanti, n'est pas une évocation de la paix, c'est le compte des chatons, par celui qui ne parvient plus à s'exprimer correctement.
La plume parvient à provoquer ce vague à l'âme que seuls conviction et talent peuvent diffuser.
Splendide.

   fried   
22/11/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
j'ai été absorbé par cette poésie, c'est un monde qui me parle un peu comme vos réverbères et les flaques d'eau.
Votre écriture est très libre et ça me plait, on passe naturellement des bêtes sauvages à la ville, des chatons à Marie et Jésus puis la télé, la violence et la mort.
Une douceur dans le texte est omniprésente comme ici :
"Ses yeux sourient quand ils se ferment doucement"
Je ne sais quel est son envoutement mais merci pour ce poème magnifique.

   Cat   
25/11/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
C'est toute la poésie que j'aime ! La métaphore avec toutes ses splendeurs.

Tout est dit avec une immense justesse. Un surréalisme pur et amer distillé dans de superbes images.

Je me suis laissée entraîner sans ambages, comme l'eau vive, ''rêvant en croix comme les chatons sur le coussin las, qui têtent goulûment l'oubli''

C'est beau, très beau !
J'en redemande.

Merci pour le voyage, Hiraeth.


Cat


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