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Poésie libre
Ithaque : L'amant
 Publié le 22/12/18  -  12 commentaires  -  2190 caractères  -  146 lectures    Autres textes du même auteur

À quoi pensent les hommes ! Tous ou certains d'entre eux ? Moi, j'ai une idée, et vous ?


L'amant



Dix heures... Il l’attend... L’entrevoit... Elle marche
À pleine contre file, isolée des chalands
Qui vont en sens inverse. Elle a pris un pas lent
Tandis que, nez au vent, elle passe sous l’Arche

De la Défense.
Pause !
Il règle la focale
Et secoue la berlue de son enchantement !
Rien n’y fait, il est pris, capturé finement
Dans des mailles sans fils d’abstinence vocale.

La tasse, à mi-chemin entre sa bouche ouverte
Et la table du pub où il boit son café,
Porte écrit sur le bord « Au petit Santa Fé »,
Leur lieu de rendez-vous. Ses jambes sont couvertes

– Comme des corps de lys, brasiers d'imaginaire –
De voiles couleur chair lui donnant le tournis !
Il lance une supplique aux fins souliers vernis :
« Prenez tout votre temps, car j’ouvre un dictionnaire

Où des mots empressés, fourmillant sous mes tempes,
Mille pattes muets vont, très vite, être dits,
Les voici ! pulsionnels ! un... deux... trois... cinq... six... dix
Cent ! mille ! c’en est trop : trouble, frimousse, hampe,

Coquette, plumetis, nids-d’abeilles, volants,
Licence, liaison, fruit défendu, couture,
Mantille, combiné, serre-taille, armature,
Callipyge, gambette et valseur ondulant,

Aigrette, boléro, friponne, raffinée,
Dédaigneuse, parfum capiteux, belle altière,
Jupe fendue, frisson, eye-liner, jarretière
Col officier, soupirs, Cléopâtre in fine,

Loreleï, Blaue Engel, Romy, Mata Hari,
Marlène, Marilyn, Angélique des Anges,
Marquise de Merteuil, Inès de la Fressange »
Quand soudain il entend :

« Je te fais le pari

Que tu te demandais si j’allais être à l’heure ! »

« Non, je... pensais à toi, mais tout se bousculait
Une horde de mots... »

« Des mignons ou des laids ? »

« Heu ! tout un tas de trucs... »

« Tu diras tout à l’heure ? »

« Oui, dans le petit train... »

« Le train ? »

« De Santa Fé ! »

*****

Il lui donne un baiser, prend son bras, et l’emmène...


 
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   Eki   
30/11/2018
 a aimé ce texte 
Bien
C'est un texte original.

J'aime bien tous ces arrêts sur images, ces images prises sur le vif du désir furtif...
Un petit film qui passe, le viseur pointé sur cette fille qui marche vers lui...et lui, ça lui donne une énergie créatrice...Il ouvre la porte imaginaire des mots...
C'est montrer son désir, son fantasme par le petit bout de la lorgnette...bien décrit ici !

La phrase d'amorce est sans grande surprise, je l'aurais préféré avec davantage de mystère, un peu de piquant peut-être.

Quelques expressions ne me plaisent pas comme "A pleine contre file", "sans fils d’abstinence vocale".

Dans l'ensemble, c'est tout de même un petit délice qui se savoure jusqu'à la chute...

   Corto   
3/12/2018
 a aimé ce texte 
Un peu
Qui n'a jamais attendu avec fébrilité son amoureuse ? Mais ici la foule des sentiments qui se bousculent sont décrits plutôt curieusement.
La scène se passe dans le quartier de la Défense et il "secoue la berlue de son enchantement !/Rien n’y fait, il est pris, capturé finement".
On attendrait maintenant de l'émotion, de beaux souvenirs, quelque projet mais non, "car j’ouvre un dictionnaire/ Où des mots empressés, fourmillant sous mes tempes". S'ensuivent 14 lignes d'énumération comme un tourbillon autour de l'image de LA femme. Une sorte d'entassement de substantifs, qualificatifs, noms propres.

On ne sait si cette femme-ci ressemble à la femme-cliché décrite par ces mots "pulsionnels", et on ne trouve pas de formulation de l'attente autre que cette longue et curieuse litanie.
Le final ne nous renseigne guère avec ce "Il lui donne un baiser, prend son bras, et l’emmène..."
On se doute que l'amant est empli d'émotion et d'impatience mais cela n'est pas autrement formulé. Dommage.

   Vincente   
6/12/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
C'était audacieux, j'ai cru rater votre petit train... Mais je me suis accroché à ces wagons branlants.
Ce côté chaotique de l'écriture, assez déroutant je dois dire m'a tout de même bien séduit et in fine amusé. La poésie peut nous balader dans des chemins originaux plutôt inspirés comme dans ce texte.
Et pourtant la forme n'est pas très harmonieuse, ce qui me dérange c'est d'avoir dû faire une deuxième lecture pour mieux participer à votre histoire et puis une troisième pour l'apprécier encore un peu plus. Je comprends que pour dire le trouble que vous a causé cette attente puis cette rencontre, vous ayez pris le parti de produire cet ensemble assez échevelé. Mais cet emportement aurait profité d'un peu plus de fluidité.

J'ai trouvé un peu lourd "Il règle la focale / Et secoue la berlue de son enchantement !". Peut-être aussi que deux strophes de mots empilés auraient suffi, même si avec trois strophes vous en soulignez encore plus la saturation, y compris chez le lecteur.

J'ai beaucoup apprécié la troisième strophe : "La tasse, à mi chemin entre sa bouche ouverte / Et la table du pub où il boit son café, / Porte écrit sur le bord « Au petit Santa Fé », / Leur lieu de rendez vous. Ses jambes sont couvertes" et en particulier cet enjambement audacieux qui invite vaillamment la strophe suivante également réussie.
Ensuite, tout l'échange de la fin est bien amené. Par contre pourquoi avoir pris l'option d'un tiret pour les mots de la dame et d'un petit o de numéro pour le monsieur, est-ce un clin d'oeil ? un peu bizarre à mon goût.

   Cat   
22/12/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
Dès les deux premières lignes j'entre au vif du sujet. Ce ''elle marche à pleine contre file, isolée des chalands'' porte la mire dans son écrin.

J'assiste subjuguée à la montée en puissance du trouble qui envahit celui qui attend, celui qui imagine...

Il y a un ralenti sur images qui s'impose, appuyé par celle de ''la tasse, à mi-chemin entre sa bouche ouverte et la table du pub où il boit son café'' intelligemment contrasté ensuite par l'énumération précipitée dès lors que le narrateur ''ouvre un dictionnaire''.

S'ensuivent quatre strophes qui vont crescendo, avec ces trois mots alignés ''trouble, frimousse, hampe '' qui envolent, mine de rien et de façon magistrale, l'agitation intérieure de l'amant.

Ce n'est pas tous les jours qu'il m'est donné de ressentir aussi précisément la façon de s'émouvoir d'un homme. La forme libre de ce poème – judicieusement choisie, je trouve, tant elle pousse au voyage - me donne assez d'amplitude pour que je puisse imaginer tout l'abrupt de la situation. Abrupt adoucit cependant par la délicatesse de la mise en scène des mots, poésie certaine glissée dans le désir en vrille.

Je ne sais mieux dire.

Merci infiniment pour ce partage, Ithaque.


Cat

   papipoete   
22/12/2018
 a aimé ce texte 
Bien
bonjour Ithaque
Elle ne devrait pas tarder maintenant... je t'imagine le pas lent, prenant tout ton temps ! mais pas trop quand-même ! J'essaie d'imaginer... qu'a-t-elle mis pour ce rendez-vous ? Il faut bien tuer le temps...
Alors que son impatience est à son comble, voilà que la dulcinée arrive... " te voilà déjà ? "
NB cela me rappelle des souvenirs ( j'attendis une fois 3 heures une inconnue, qui me dit en arrivant enfin " ça ne va pas aller, moi ce que j'aime, c'est les bras de Schwarzenegger et les yeux de Thierry Lermite ! "

   domi   
22/12/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
Une écriture somptueuse, sonorités, rythme (classique), c'est magnifique. A lire tout haut c'est évidement un régal, et le côté liste de mots devient jouissif à la déclamation.
Très enthousiasmant, merci.

   Lulu   
22/12/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Ithaque,

J'aime vraiment beaucoup ce texte que je trouve très chaleureux et colorés… Vous ne dites pas les couleurs, mais elles transpirent de l'enthousiasme, de la poésie, et de la tendresse portés sur ce que l'on nous donne ici à voir et à ressentir. Je n'imagine pas du tout la scène en noir et blanc…

C'est vraiment très beau du fait du rythme aussi. C'est lui qui donne cette espèce d'enthousiasme à la lecture, ainsi que cette énumération qui renvoie à tant d'évocations. L'énumération est d'ailleurs, elle-même, très musicale. Elle est mon passage préféré, bien que j'aime tout le texte.

Je ne vois pas du déjà-vu, mais un regard singulier sur ce rendez-vous, cet homme et cette femme…

J'aime bien les rimes. Ces dernières sont discrètes, plaisantes et n'enlèvent rien à une forme qui semble libre.

Bonne continuation.

   PIZZICATO   
22/12/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Etait-ce le tout premier rendez-vous ? A en juger par le grand chamboulement qui s'installe dans l'esprit du narrateur en apercevant la dulcinée.
Même ses mouvements s'en trouvent perturbés " La tasse, à mi-chemin entre sa bouche ouverte
Et la table du pub où il boit son café ".

Et ses réponses totalement décousues dans le dialogue de fin.

Grande originalité dan ce texte ; et grosse perturbation chez " L'amant ".

   Cristale   
22/12/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonsoir Ithaque,

Voilà un regard charmant et surtout hypnotisé par une silhouette aperçue qui s'approche lentement. Ce ne sont plus des yeux ordinaires ni un cerveau doté de raison qui réagissent mais une sorte de brouillamini visuel et un labyrinthe à fantasmes.

S'ensuivent cinq strophes de descriptions délicieuses, un vrai plaisir de pénétrer dans la poésie sensuelle d'une imagination masculine débordante de clichés.

Merci pour ces "confidences intérieures" joliment extériorisées :)

Quant à la forme, du poème, je n'ai rien à redire, elle est pulpeuse, et les alexandrins très viriles :)
L'alternance des rimes joue son rôle musical, juste un petit écart de la note au septième quatrain. Mais alors juste un petit...

Bravo pour ce bel ouvrage, assez original je dois dire.
Cristale

   dom1   
22/12/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Il y a dans cet écrit un numéro de séduction qui fonctionne à merveille.
Je suis tombé sous le charme de l'écriture.
Charme qui inciterait à tomber entre les mains agiles de celle qui le manie avec autant d'envergure ?
Oui, sans nul doute pour moi, je succombe à celui-ci et à celle-ci.
Pourquoi ne pas me dire ?
domi...

   jfmoods   
23/12/2018
Un certain nombre de procédés (découpe sporadique de l'alexandrin, ponctuation vive, narration omnisciente, discours direct) sont à la manoeuvre pour appuyer l'expressivité du texte.

Dans un décor urbain ("sous l’Arche / De la Défense", "la table du pub où il boit son café, / Porte écrit sur le bord « Au petit Santa Fé », / Leur lieu de rendez-vous"), le poète est saisi d'un spectacle à couper le souffle ("la berlue de son enchantement", "il est pris, capturé finement / Dans des mailles sans fils d’abstinence vocale", "sa bouche ouverte").

Par sa démarche ("Elle a pris un pas lent", "Prenez tout votre temps"), la femme qui s'avance, marquée d'un sceau électif ("Elle marche / À pleine contre file, isolée des chalands / Qui vont en sens inverse"), offre à l'homme amoureux l'occasion de déployer toute une palette fantasmatique (regard photographique : "Pause ! / Il règle la focale", "Ses jambes sont couvertes / - Comme des corps de lys, brasiers d'imaginaire - / De voiles couleur chair lui donnant le tournis !", animalisation : "des mots empressés, fourmillant sous mes tempes, / Mille pattes muets vont, très vite, être dits", présentatif : "Les voici !", hyperbole : "un... deux... trois... cinq... six... dix / Cent ! mille ! ", énumération affolée des vers 22 à 33).

Dans un monde réel où le trivial est toujours à l'affût (discours indirect : "Je te fais le pari / que tu te demandais si j’allais être à l’heure"), notre homme entend bien prolonger l'indicible féerie de ce voyage imaginaire ("Le train ?" / "De Santa Fé !", construction à rythme ternaire : "Il lui donne un baiser, prend son bras, et l’emmène").

Merci pour ce partage !

   emilia   
24/12/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une scène tournée en cinémascope visualisant le décor, le cadre, le lieu du rendez-vous, les personnages de la rencontre amoureuse où l’attente crée les conditions du fantasme pour « l’amant » dont les « mots empressés » jouent aux « mille-pattes muets et pulsionnels dans une combinaison savante d’éléments et d’attributs suggestifs et séduisants qui attisent le désir et convoquent un grand nombre de personnages féminins depuis la statuaire grecque, déesse de la beauté jusqu’aux égéries, héroïnes de cinéma et de télévision semblant dessiner le portrait d’une femme fatale provoquant le trouble par des qualités attirantes (coquette, licencieuse, friponne, raffinée, dédaigneuse, belle altière…) pour un trop plein d’imaginaire confronté au décalage avec le réel et le retour sur terre qui restera une belle escapade dans le « petit train de Santa Fé »… ; merci à vous pour ce partage évocateur…


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