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Poésie libre
jasmin : Cinq grands chameaux
 Publié le 29/12/12  -  13 commentaires  -  1255 caractères  -  256 lectures    Autres textes du même auteur

Derrière la fenêtre grillagée
De ma cellule bleue
Je t’observe


Cinq grands chameaux



Tiens bien la corde de ton cerf-volant
Au vent tes cheveux de nuit
S’entremêlent à tes rires moqueurs

La vie brûle trop tôt tes ailes

Huit ans déjà
Tu sembles si gaie ma fille
Tu cours sur le sable blond
Et j’ai peine à te suivre

Emportant dans sa chute
Un peu de ton enfance
Ton cerf-volant tombe rudement
Mais toi indifférente
Tu fredonnes cette berceuse qui nous fait rire
En dessinant sur le sable fin
Cinq grands chameaux et un cœur

Comme tu as grandi rapidement
Trop rapidement

Derrière la fenêtre grillagée
De ma cellule bleue
Je t’observe

Outre celui d’être femme
Quel crime ai-je commis
Pour vivre asservie et humiliée

Sur cette place vous me l’avez volée
Monsieur

J’espérais tant que ce soit un ange
Et que notre enfant se transforme
Sous mon regard en grand oiseau fabuleux
Pour vous échapper

Je me suis enfuie
Comme on quitte un chagrin
À petits pas feutrés


Bientôt ton père
Te vendra au plus offrant
Cinq grands chameaux et un fusil
Une fois
Deux fois
Trois fois,
Vendue


 
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   Artexflow   
6/12/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Eh bien ! Ça m'a plu !

Les trois premiers vers m'ont donné du fil à retordre.

Tiens bien la corde de ton cerf-volant
Au vent tes cheveux de nuit
S’entremêle à tes rires moqueurs


C'est :
- Tiens bien la corde ET tes cheveux de nuit ?
- Tiens bien la corde ET tes cheveux s'entremêlent ?
- ton cerf-volant s'entremêle à tes rires ET à tes cheveux ?

Bon même si j'ai rien compris, ça m'a plu. C'est beau, c'est musical, c'est poétique.
Coeur/Fusil en opposition à enfant/adulte j'ai trouvé ça plutôt simpliste mais c'est évocateur.

La chute est très bien, assez forte, cette sentence qui s'abat sur elle, irrémédiable. Pourquoi ne pas avoir ajouté adjugée ? Pour garder un seul mot ? Pour ne pas donner l'impression de déjà vu ?
Je l'aurais peut-être mis. Ou pas. C'est votre texte après tout ahaha !

Je ne comprends néanmoins pas vraiment le contexte de votre texte, qui sont ces personnes exactement. Les chameaux, ouais bon ça peut vouloir dire pas mal de choses...

Bravo à vous !

   Labrisse   
29/12/2012
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Cette poésie libre qui s’affranchît des chaines d’une quelconque formalisation de forme traite sur le fond des chaines transparentes que nos rites ont mis aux hommes et de l’oppression des faibles… Quelques sociétés d’occident ou quelques d’Asie sont à peine sorties du joug de la dot, du mariage arrangé et autres pratiques archaïques du commerce de la liberté, des droits à disposer de soi et de son corps, que dans d’autres pays, encore, des pratiques issues de l’esclavage et de l’inconsidération obscure apportée à l’autre ont encore cours, cruellement, atrocement, silencieusement.

Ce Poème majeur, relate la complainte d’une Maman surement mariée de force sur le devenir de sa fille.

Je salue ce Poème comme le cri de liberté des enfants et des Mamans ; cri de leur humanité perçant le silencieux et honteux confort complice des journaux et des médias, des gouvernants et des religieux.

Ce Poème est de forme dite « libre » il n’est donc pas de « figures imposées » pouvant donner sur la forme un appui à la notation…. Comme souvent avec ce genre de pièce je vais m’appliquer à rechercher ce qui participe du discours et le fait audible pour le plus grand nombre (je crois que l’on peut dire, comme je suis très anodin et lambda, que je peux représenter un tant soit peu ce grand nombre).

Par audible, j’entends compréhensible par la syntaxe et l’écriture l’organisant artistiquement et en cohérence vocablement mais en tant que poème je recherche aussi le chant, la scansion… ce moment ou le mot s’épouse avec le souffle… Le souffle, le poids le plus proche d’une idée ou d’un sentiment, d’une émotion.

L’alternance des strophes obéit à une organisation personnelle de l’auteur, il utilise toutes formes pour cela, du seulain au septain.

C’est justement des septains, les strophes quatre et onze qui reprendront comme un canon obsessionnel le titre dans leurs vers… Cinq grands chameaux… pivot principal du malheur de cette histoire.

Dès le premier tercet une jolie métaphore dialogue à la seconde personne du singulier avec joie à l’enfant qui joue, l’image est maternelle et belle… Puis un unique seulain vient, proverbial et si exact !

Au quatrain suivant l’auteur pose définitivement le personnage, très bien amené les présentations sont faites en grâce et bonheurs simples de la vie !
Puis le septain une ou vient ce vers :
Emportant dans sa chute
Un peu de ton enfance
Ton cerf-volant tombe rudement
(C’est une belle figure de métonymie simple et réussie).
Puis l’enfance, innocemment reprends ses droits et elle trace sur le sable, sans le savoir, ce qui sera l’objet de sa perte… Il y a quelque chose de Faust là dedans !

Puis le plan se déplace sur la mère à partir de là jusque la dernière strophe.

Et l’on apprend tragiquement dans le questionnement maternel et le déchirement de la séparation, combien la Maman es t prisonnière elle aussi, Oh quel cri ! … Asservie, humiliée, emprisonnée ! Son rêve meurt devant elle... sa fille adorée n’a pas eu le temps de devenir l’ange ailé, l’oiseau libre et fabuleux! Oh Liberté sans toi! quel désespoir !

Et elle n’a pour fuite que les petits pas feutrés de son mutisme… elle ne peut que se taire sinon son destin irait sous un tas de pierres lancées … l’ensevelir plus encore !

Alors, terriblement, apparait le dernier septain...

Infiniment, le destin de l’enfant tombe, assomé sous le coup du marteau de l’enchère.

Une fois

Deux fois

Trois fois

Vendue.


Je donne la note la plus haute possible pour ce poème.

Je remercie l'auteur (edit).

Labrisse.

   fugace   
14/12/2012
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
La femme moins qu'un objet, l'enfermement, le commerce d'êtres humains, le déchirement d'une mère, son impuissance à contrecarrer l'avenir déjà écrit de son enfant, la malédiction d'être née femme...
Poignant, sublime, ce poème est un cri viscéral.

   Marite   
29/12/2012
 a aimé ce texte 
Passionnément
Exceptionnel ... par le message ou par l'écriture ? Difficile de distinguer les deux tant ils sont accordés et en harmonie sur un thème délicat pour nombre de femmes. Des paroles simples et belles pour un raccourci de vie si douloureux pour une mère.

   Anonyme   
29/12/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
...par l'émotion donnée, écrite, rendue.

Elle débanalise le message, désuniversalise l'amour filial et l'écriture n'est pas extraordinaire.

Tout s'efface, se fait petit et laisse une émotion, belle, contenue, forte, laisse une histoire, on est dans une économie de tout, même de la couleur, il reste le sable et le bleu, économie de l'écriture pour qu'on soit tout à l'émotion.

Bravo ?

Mais oui, bravo, c'est une jolie lecture dont on ne retient que la douleur désabusée qui s'y exprime.

   Anonyme   
29/12/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour jasmin... Ce poème me rappelle deux bouquins que j'ai bien aimés, Les cerfs-volants de Kaboul, de Kaled Hosseyni mais aussi Les hirondelles de Kaboul de Yasmina Khadra
C'est un tableau émouvant de la vie de quantité de femmes prisonnières d'us et coutumes qui remontent à la nuit des temps et que nos consciences occidentales ont bien du mal à accepter.
Reste que si la solution de ce problème ne dépend pas de nous, il n'est pas inutile de préciser notre position... sans trop se faire d'illusions. Merci pour cette lecture.

   brabant   
29/12/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Jasmin,


Dire poétiquement un usage aussi terrible et contraignant, et réussir ce dire est une prouesse Jasmin. Pour que de tels crimes se perpétuent il faut bien cependant que la majorité des femmes soit coupable aussi et celles qui, comme vous, dénoncent sont bien souvent montrées du doigt dans leur pays ou leur aire de (non-)civilisation. Ainsi en va-t-il de l'excision. Le poids de la coutume et de la barbarie religieuse réunies est lourd à l'heure où la charia revient en force.
Et l'obscurantisme religieux et ses dogmes absurdes qui obligent à croire sans comprendre, embrigadant les enfants dès leur plus jeune âge et abolissant leur esprit critique comme leur raison, peut renverser bien des révolutions. Pour quelques femmes éclairées des villes combien de recluses des campagnes pour célébrer leurs maris, ces ayatollahs ?
Navrant !
Honneur à ce texte, à cette dénonciation et à celle qui l'a écrit !

Bandes de chameaux va ! Mais pour cinq chameaux combien de chamelles ? Combien de révolutions pour libérer enfin les femmes quand certaines ont décidé qu'être libres c'est être libre de choisir l'enfermement ? Oh le poids de la tradition et de ses chaînes, corps et esprit/s !

That is the Question...

:(

Hélas ! Voyez en Occident combien de temps il nous a fallu pour couper les têtes de l'hydre et cependant celle-ci tressaute encore dans l'ombre où ces têtes ne demandent qu'à repousser !... Chacune triplement mystérieuse et sournoise !... Discours fallacieux ! Voltaire et le Petit père Combes n'y auront pas suffi !

   batoding   
29/12/2012
Ce texte me touche infiniment.
Je ne note pas, car pour moi, la Poésie est un art si subjectif, que je n'ose pas plus que vous dire que j'ai pris votre texte en pleine g. figure. A vous lire de nouveau.

   melancolique   
29/12/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour jasmin,

J'aime le sujet de ce poème, et je trouve que c'est assez bien traité, il y une vraie émotion, et j'aime le contraste entre:

"Cinq grands chameaux et un cœur"
et
"Cinq grands chameaux et un fusil"

Je n'ai pas aimé juste la partie:
"Sur cette place vous me l’avez volée
Monsieur"

Le reste est bien écrit, et j'ai aimé la fin:
"Bientôt ton père
Te vendra au plus offrant
Cinq grands chameaux et un fusil
Une fois
Deux fois
Trois fois,
Vendue"

Merci pour cette lecture.
Au plaisir de vous relire.

   micdec   
30/12/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
jasmin, là, il s'est passé quelque chose de bizarre : sachant que je vais sur Oniris et commente en période des Fêtes, une amie m'a signalé votre texte / poésie en me disant : "va lire, c'est génial, remarquable ! Toi qui aimes mettre des Exceptionnel !"
C'est bizarre parce que je lis et commente ( toujours ! dès que j'ai ouvert un texte ) au hasard, récent, ancien, peu importe.
Bon, j'ai lu, C'est désabusé. D'une calme cruauté.
Je ne suis pas une femme, ni d'ici ni d'ailleurs, et si un texte pouvait me dissuader de l'être une prochaine fois, c'est bien le vôtre.
Je n'ai pas apprécié la - souvent trop grande - liberté de vos vers qui écorchent parfois et la langue et l'oreille.
Bon, le sujet ne m'a ni plu ni déplu.
Il y a de la sensibilité et une belle pudeur.
Et vous avez raison dans votre jugement, c'est correct.
Et vous avez sans nul doute le droit de juger.
Un beau poème, au final, quelques vers d'une harmonie frappante ( "La vie brûle trop tôt tes ailes"; "Pour vous échapper", j'ignore pourquoi, mais c'est le vers le plus étonnant du poème, pour moi )
"Pour vous échapper" va me rester longtemps, je pense...

   pokilm   
1/1/2013
 a aimé ce texte 
Passionnément
Magnifique!
En si peu de strophes, cette femme s'adresse à elle-même, à sa fille, à son mari, à l'homme qui prendra sa fille, au monde entier et nous troue le coeur par la simplicité de son désespoir et sa grande dignité. Merci.

   Anonyme   
23/2/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Aérée,

Fluide,

Aucune répétition de forme,

Comme j'aime bien,

Jf

   tchouang   
9/3/2013
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
bonjour. certes, ce n'est pas mal écrit, mais contrairement aux autres commentaires, cela ne me touche pas des masses. je n'attends pas cela de la poésie. ce texte est trop "édifiant" à mon gout, évoquant une situation dramatique pour faire pleurer dans les chaumières ... je préfère encore voir un reportage ou un documentaire.


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