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Poésie libre
Lariviere : Dans les yeux de Méduse
 Publié le 02/11/17  -  18 commentaires  -  1383 caractères  -  390 lectures    Autres textes du même auteur

Merci à François, pour ses lectures attentives et ses conseils d'améliorations…


Dans les yeux de Méduse



Le vent s'est emmêlé
Dans les yeux de Méduse

Le temps est suspendu
Au col des mots perdus

L'aiguillon de l'instant
Délivre son poison

Un glacis terrifiant

Plus rien ne va
Plus

Sur l'écorce des jours
C'est les quatre saisons

Dévastées

Par les gelées terribles

Le cœur est une ruche
À l'essaim endormi

Les narcisses ont gelé
Le charme est corrompu

La foudre a éclaté
Le bouclier divin

Et même l'Astre
N'est plus

Qu'un amas de charbon
Où la joie s'est enfuie

Où l'Aura est réduite

À sa fumée d'encens
Sur des cheveux-serpents

Où s'enroule la nuit

La passion et ses clous
Le monde et ses épines

Dans le grand jardin vert
Le silence a vaincu

Le souffle est pétrifié
Sur sa ligne de feu

Le froid comme caresse
Aux paupières des anges

C'est le fil oméga
Sous tes cils poudrières

Avec comme horizon
Une statue de pierre

Et ses terres brûlées

Sous les vols assombris
Des oiseaux d'apparats

Le sabre au clair de lune
Ne pourfend que le vide

Le regard foudroyé

L'infini
Est en rupture de stock…


 
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   dom1   
15/10/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Votre écrit balaye et distille une multitude d'images très contrastées et diverses.
Une sorte '' d'impressionnisme '' poétique.
Il faut reconnaître que ye m'y suis perdu.
Si c'est volontaire, tant mieux, sinon, il serait judicieux de limiter votre objet poétique pour le rendre crédible et surtout lui donner une teneur plus compréhensible....
domi...

   Provencao   
16/10/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Quel douloureux tourbillon vous nous offrez dans les yeux de Méduse!

Je citerai: Heidegger : « es gibt » il y a...Comme pour comprendre l'impact nature
en vos vers.

J"ai beaucoup aimé cette nature si présente et si effroyable a la fois, en acte dans l'expression infinie du temps :
"La passion et ses clous
Le monde et ses épines

Dans le grand jardin vert
Le silence a vaincu

Le souffle est pétrifié
Sur sa ligne de feu

Le froid comme caresse
Aux paupières des anges"

Comme si cette nature naissait, se développait et mourrait sans se reconnaître à l'infini..est-cela votre concept de la nature éternelle?

J'avoue que les vers suivants me posent question:
"Le sabre au clair de lune
Ne pourfend que le vide

Le regard foudroyé

L'infini
Est en rupture de stock...

De quel infini parlez-vous?

Au plaisir de vous lire
Cordialement

   bipol   
2/11/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour,

J'ai adoré l'ambiance

qui se dégage de votre texte

cette épuration pour aller au plus clair

de vos sensations

je suis très emballé par votre style

merci

   Absolue   
2/11/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Larivière,
Ah, je préfère nettement ce style-ci, beaucoup plus aéré et accessible pour moi! Un poème sombre et à la violence latente qui m'inspire, même si le sens m'échappe mais c'est beau ainsi:-)

   PIZZICATO   
2/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un mythe qui a traversé les siècles et illustré, à chaque époque, une signification différente.

" Le vent s'est emmêlé
Dans les yeux de Méduse. " A-t-il pris un peu de leur pouvoir et glacé les endroits où il passe ?

Des touches impressionnistes, associées au mythe, qui semblent être la métaphore d'un amour péri.

" C'est le fil oméga
Sous tes cils poudrières " Image de la puissance parfois dévastatrice de la beauté féminine.

C'est là ma manière d'appréhender ce texte qui m'a beaucoup plu.

   papipoete   
2/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour Lariviere,
La vengeance de la mort de Méduse sera terrible, et ses fils sur la Terre feront régner à jamais le chaos ...
NB les vers " touches de gouache " dessinent ce tableau où tout n'est plus " qu'amas de charbon ", avec " comme horizon une statue de pierre " .
J'aime particulièrement ; " à sa fumée d'encens sur des cheveux-serpents/où s'enroule la nuit "
Je regrette " plus rien ne va/plus " et l'ultime vers qui détonne un peu dans cet univers de belles images . ( cela fait à mon goût trop magasin )
L'ensemble est bien mis en page avec ces distiques impressionnistes, et ces mots ou ligne seule percutants !

   Robot   
4/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
D'abord un peu perturbé par la disposition je me suis finalement rendu compte en deuxième et troisième lecture et surtout en déclamant le texte que cet agencement donnait le rythme voulu certainement par l'auteur.
C'est ainsi que je suis parvenu à trouver cette cohérence. Un texte qui recèle des images sans que ce soit formulé explicitement, et ça j'aime bien.
Méduse n'est qu'un prétexte, un objet de visualisation immédiate qui porte dans chacun des groupes de vers une pensée à approfondir.

   Donaldo75   
2/11/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Larivière,

J'avoue qu'à la première lecture, j'ai pensé à un tableau de Dali. En le relisant, cette impression s'est renforcée, à cause des images évocatrices, dures (aiguillon, poison, glacis,..) appuyées par un rythme parfois saccadé, oppressant.

J'aime moins les vers un peu plaqués toc, du genre celui-ci:
"C'est le fil oméga
Sous tes cils poudrières"
Ceci dit, les cils poudrières m'ont fait rire; c'est déjà pas mal.

Quoi qu'il en soit, c'est "globalement positif" comme disait monsieur Georges.

Donaldo

   Ananas   
2/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Hello Mr R

Comme toujours tu nous offres un poème déroutant de multiplicité des sens - on sent la patte de François sur l'économie de mots, c'est marrant - avec une universalité assez bluffante, le parallèle avec Médusa est assez bien trouvé.
On se change en pierre quand on la regarde, et elle... elle continue à battre des cils poudrières...

Méchante méchante Méduse !

Un très beau poème !

Merci et au plaisir de te lire, toujours... même si j'aime pas trop l'idée des serpents dans les cheveux bouhouhou ça siffle trop...

   kreivi   
2/11/2017
 a aimé ce texte 
Bien
comme une vision kaléidoscopique d'une descente dans ses propres catacombes.
Cul de sac de l'infini.
Il reste au lecteur une échelle pour remonter . Heureusement.

   fugu   
2/11/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Bien aimé ce poème dans l'ensemble.
J'avoue que le titre ne m'a pas vraiment donné envie de cliquer - Les vers emprunts de mythologie grecque ne m'intéressant que très moyennement en général -
Bon alors qu'y a t-il réellement dans le regard de Méduse ?
Ici, dans chaque images délivrées il y a un silence, un suspens, un gel, un sommeil,...
Rien ne vit vraiment. Comme pétrifié forcément par le regard de Méduse. Que représente t-elle au fond ?
Une vision d'apocalypse ?
Je retiendrai en tout cas le superbe :
Le cœur est une ruche
À l'essaim endormi
Ainsi que l'étonnante dernière strophe.

   Marite   
3/11/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour Larivière. La première partie de ce poème jusqu'au vers: " Le charme est corrompu " est séduisante par les images évoquées mais la forme, extrêmement découpée, en atténue l'impact. Je n'ai pas réussi à comprendre la présence de Méduse ...
La suite, toujours aussi morcelée, m'a empêchée de saisir pleinement ce que l'auteur a souhaité exprimer. Tout est trop dispersé et du coup je n'y ai pas perçu de spontanéité dans l'expression dans laquelle pourtant affleure une réelle douleur. Peut-être a-t-elle été ainsi présentée par pudeur ?

   veldar   
3/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Larivière

Relu plusieurs fois. Chaque lecture confirme la précédente. J'assiste à la fin de notre monde. Il est décrit tel qu'il sera après le grand fracas. Pour moi la souffrance est écologique. Elle prévient pas, elle constate, nous raconte où on va. J'aime beaucoup. Très poétique. Très imagé.

   Fowltus   
3/11/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Comme un litanie où chaque vers renforcerait l’impression de noirceur, de froideur, de rudesse jusqu'à pétrifier le lecteur.
Cela est sans doute la volonté de l'auteur mais je ne trouve ni échappatoire ni issue dans la lecture de ce poème.
De belles mèches poétiques sont pourtant présentes mais aussitôt éteintes par la brièveté des vers et étouffées par les vocables couperets qui les terminent.
C'est un chapelet noir que les yeux égrainent, presque une contre-prière.
Je trouve très mystérieuse votre poésie, posée là... comme une pierre.
Je parlais d'issue, elle est peut-être finalement à l'intérieur de ces deux vers superbes:
'Le cœur est une ruche
À l'essaim endormi'
Merci.

   jfmoods   
4/11/2017
Ce poème libre, composé de monostiques et de distiques, se trouve placé sous le rythme entêtant, obsédant, de l'hexasyllabe (même si le vers se délite, à l'occasion, en 1, 2, 3 ou 4 pieds). 

Annoncé par le titre, le mythe se décline au fil du texte ("Dans les yeux de Méduse", "Un glacis terrifiant", "des cheveux-serpents / Où s'enroule la nuit", "Le souffle est pétrifié", "Une statue de pierre", "Le regard foudroyé").

Cependant, cette charge tétanisante ne constitue que le point d'appui d'une évocation douloureuse de la vie intime. La métaphore assortie d'une métonymie ("Le cœur est une ruche / À l'essaim endormi") et la présence, esquissée, de l'Autre (adjectif possessif : "tes cils"),
manifestent on ne peut plus clairement cet enjeu délétère. 

La profondeur du sentiment amoureux s'inscrit dans un enveloppement réciproque du regard.

Survienne une source de conflit (thématique de la guerre : "ligne de feu", "poudrières", "terres brûlées") que l'échange ne puisse aplanir (animalisation : "Le temps est suspendu / Au col des mots perdus"), mais qu'au contraire il approfondit (personnification : "L'aiguillon de l'instant / Délivre son poison", négation catégorique : "Plus rien ne va / Plus"), alors la déliquescence s'installe (intensification par préfixation : "Le charme est corrompu", personnification : "la joie s'est enfuie", majuscule élective à présent désinvestie : "l'Aura est réduite / À sa fumée d'encens", animalisation déceptive : "les vols assombris / Des oiseaux d'apparats").

Le regard amoureux se mue en regard de haine, inaugurant la perte de tous les repères qui balisaient notre univers, fondaient notre relation apaisée au monde ("La foudre a éclaté / Le bouclier divin").

Le cycle naturel s'en trouve profondément altéré (brouillage des signes : "Le vent s'est emmêlé", image d'un hiver impitoyable des sentiments : "les quatre saisons / Dévastées", "les gelées terribles", "Les narcisses ont gelé", "Le froid comme caresse / Aux paupières des anges", locution restrictive avalisant une inexorable combustion : "l'Astre / N'est plus / Qu'un amas de charbon" personnification : "Dans le grand jardin vert / Le silence a vaincu").

Un long chemin de croix commence ("La passion et ses clous / Le monde et ses épines"), face auquel on demeure impuissant (dérisoire jeu de marabout : "Le sabre au clair de lune", locution restrictive : "Ne pourfend que le vide"), et dont la fin est hélas déjà programmée (présentatif : "C'est le fil oméga").

Toute la richesse du temps vécu, avec la charge d'idéal que portait le couple, est à évacuer, à passer par profits et pertes (assimilation du sublime au trivial : "L'infini / Est en rupture de stock…")

Merci pour ce partage !

   Alcirion   
7/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Larivière,

Adhérerais-tu au déclinisme à la mode chez un certain nombre d'intellectuels européens ?

Je suis peut-être à côté de la plaque, mais c'est l'impression que m'a fait ce texte. Un monde ancien à l'arrêt et incapable d'évoluer à nouveau, de se projeter dans un quelconque avenir.

Tu conserves un style sobre identifiable, sans doute encore plus extrême que sur tes précédents textes, puisqu'il y a des vers d'un seul mot et même d'un seul son.

Je trouve l'ensemble très cohérent, dans le sens où quelques relectures permettent d’entrebâiller la porte d'un hermétisme apparent.

   aldenor   
8/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
On n’est pas dans le style des « fragments du crépuscule ». Le poème est une succession d’images scindées. On gagne en clarté, perd peut-être en lyrisme.
De très beaux passages :
Le temps suspendu au col des mots perdus, l’écorce des jours, les cheveux-serpents où s'enroule la nuit, le sabre au clair de lune qui ne pourfend que le vide, l'infini en rupture de stock…
La construction est rigoureuse : « plus rien ne vas / plus », illustré par des exemples de ce qui ne vas plus, et par conséquent l’infini n’est plus disponible. CQFD.
Au fait qu’est-ce qui ne vas plus ? Je n’ai pas tout de suite vu la cohérence de l’ensemble. Ensuite un thème s’est imposé :
Tout se fige dans cette fresque de la désolation. Le vent médusé, le temps suspendu, la nature glacée, l’Astre carbonisé, le souffle pétrifié, le regard et le bouclier divin foudroyés.
La symbolique du poème peut s’interpréter je suppose de plusieurs manières ; pour moi elle est celle du poète qui a perdu confiance dans les mots pour trouver l’infini.

   Louis   
8/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ce texte se prête à plusieurs interprétations. Jfmoods, toujours excellent, et d’autres en ont eu une lecture intimiste, j’en propose une autre assez différente.

Le monde se trouve, selon le texte de l’auteur, dans un état de stupeur et de sidération, pris sous le regard pétrifiant de Méduse.
Nous vivons un moment particulier, l’instant gorgonien, époque de désarroi.

Les yeux de Méduse pétrifient. La fixité qu’ils provoquent ne supprime pas la dimension spatiale, les êtres statufiés conservent une position dans l’espace, mais immobiles. Le mouvement suppose à la fois l’espace et le temps, Méduse conserve l’espace, mais abolit le temps. Les êtres figés ne disposent plus du temps nécessaire pour effectuer le moindre mouvement.
La stupéfaction du monde, sous les yeux de Gorgone, signifie la perte du temps. Dans cette plainte, que l’on peut entendre aujourd’hui, si souvent répétée : « On n’a plus le temps », il y aurait une vérité, plus profonde qu’il n’y paraît. Notre époque a tué le temps. Elle l’a tué en tuant l’avenir.
No futur : plus d’ouverture vers l’avenir, vers la nouveauté, vers des possibles nouveaux.

Nous vivons à cette époque, qui est « à la recherche du temps perdu », mas la quête n’est plus proustienne, vers le passé, mais dans vers futur absent.

Le temps physique continue de s’écouler, ce n’est pas lui qui est en question, mais le temps de la vie sociale, bien que chez les physiciens aussi, on en vienne à mettre en doute la réalité du temps, et à le considérer comme une illusion ( « Et si le temps n’existait pas » : ainsi s’intitule l’ouvrage d’un physicien de renom, Carlo Rovelli, paru en 2014)

Les yeux de méduse : autre façon de désigner la perte du temps.
À la croisée de son regard, tout est figé, tout est en arrêt dans le temps.
Ainsi : « Rien ne va
plus »
Le constat est celui d’un mauvais état du monde, mais aussi que « Rien ne va », que rien ne passe, que tout est pris dans l’instant immobile.
Constat fait sur notre époque qui ne croit plus au « progrès », qui ne croit plus aux utopies qui donnaient sens à l’histoire, qui ne voit plus même de sens au cours de l’histoire, ou qui se croit à la fin d’un processus historique, fin de l’histoire qui serait l’histoire d’une fin, catastrophique, apocalyptique.

Dans les yeux de Méduse, le monde ressemble à un tableau de De Chirico, à son époque dite « métaphysique ». Le temps s’y trouve comme « suspendu ». Les montres sont devenues molles, Dali s’était beaucoup inspiré de De Chirico.

Notre monde donne pourtant l’apparence du mouvement effréné, mais si tout bouge dans la dimension spatiale, rien ne bouge dans le temps. Le temps est un saut d’un instant à l’autre, où chaque moment répète le précédent, à l’identique. Eternel retour du même. Le temps compris comme devenir, changement, semble mort, autrement dit : pris dans le regard de Méduse.

C’est aussi « Au col des mots perdus », selon le texte, que le temps se trouve en suspens.
En perdition, les mots ; le langage est en déroute, en déshérence, incapable de donner une orientation, un cap, de donner du sens et les moyens de franchir les cols de nos montagnes d’impuissance.
Faillite et confusion du sens, plus de direction : « le vent s’est emmêlé / Dans les yeux de Méduse ». Tout est désormais brouillé, on ne sait plus dans quel sens souffle le vent de l’histoire. On ne sait plus ce qu’il en est du sens.

Le monde n’est plus que dans l’instantané.
Tout est emprisonné dans l’instant qui « délivre son poison », un poison neurotoxique qui produit une paralysie, une immobilité, une sclérose, une époque cataleptique.
Nous n’avons plus pour objectif que celui de l’appareil photo ; instantanés photographiques, nous ne sommes plus que des images d’Épinal, aussi peu sages qu’une image.

Ainsi, dans une froide immobilité, tout semble gelé, et le monde apparaît sous un « glacis terrifiant ». Notre époque ne doit son « brillant » apparent qu’à la glace qui la fige, au froid qui engourdit tout mouvement en avant dans le temps.
La terreur naît au vu de ce monde immobilisé dans un mauvais état, sans que nul avenir meilleur ne s’annonce qui l’en ferait sortir.

« Gelées terribles » de notre époque. À l’ère du réchauffement climatique, le monde humain vit une glaciation de son histoire.
Le temps n’offre même plus le devenir cyclique des « quatre saisons », toutes « dévastées ».

Les plus belles fleurs de notre époque, littéraires, politiques, culturelles, les plus subjectives, les plus égotiques, les moins disposées à penser l’histoire collective, ces fleurs aussi, les « narcisses », subissent une glaciation : « Les narcisses ont gelé ».
Leur « charme » n’est pas seulement rompu, mais « corrompu », altéré, perverti.

Quant au cœur, il est « une ruche à l’essaim endormi ».
Les élans amoureux, les « transports » du cœur n’échappent pas à l’anesthésie, à l’immobilité généralisée. Une atrophie du cœur. Des passions éteintes.

Le regard de Méduse est perçant, il n’agit pas seulement sur les corps, mais aussi sur l’esprit, et encore sur les sentiments.
Ce temps qui n’avance plus, ce temps de la stupéfaction, avant tout le temps historique, propage son virus paralysant aux individus. Les rapports personnels n’échappent pas à la fixité généralisée.

Le possessif : « tes cils » semble désigner les cils de cette personnification du temps aboli, la figure mythique de Méduse.

Et même le plus énergétique, le plus dynamique, fige son élan, « Le souffle est pétrifié / Sur sa ligne de feu », en un mouvement immobile.

Le regard de Méduse minéralise, et le soleil lui-même se réduit à un « amas de charbon ». L’Astre du jour ne fait plus passer le jour. Jour et nuit se confondent, et se fondent en longs filaments enroulés, en serpents menaçants, « des cheveux-serpents / où s’enroule la nuit ».
Toute la nature végétale, semble, elle aussi, minéralisée.
« Dans le grand jardin vert
Le silence a vaincu »
Le silence règne : plus de chants, plus de bourdonnements, plus de bruissements. Tout sans vie, vie qui demande mouvement, évolution ; vie qui demande le cours du temps. Et le vert du jardin n’est plus que décor minéral.

Notre désarroi : rien ne nous protège plus contre Méduse, le bouclier de Persée, « Le bouclier divin / n’est plus ». Et même la représentation en miroir de la tête hideuse de Méduse ne donne plus le pouvoir de s’en protéger.

Persée impuissant, notre monde n’a plus de sabre pour couper la tête de Gorgone :
« Le sabre au clair de lune
Ne pourfend que le vide »
Pas de résignation : il y a lutte, il y a combat, mais Persée reste impuissant.

Notre horizon reste désespérément bouché, il ne s’y profile qu’une statue figée :
« Avec comme horizon
Une statue de pierre »

L’infini, enfin, se trouve lui aussi pétrifié, « en rupture de stock ». Plus de possibilité de s’ouvrir sur l’illimité.
L’univers n’est plus que le magasin des accessoires inutiles, un grand bazar, un gigantesque musée Grévin, un immense musée de statues enfermées dans leur immobilité.


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