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Laboniris
Lariviere : Fragment delta numéro 10
 Publié le 24/07/26  -  3 commentaires  -  9069 caractères  -  55 lectures    Autres textes du même auteur


Fragment delta numéro 10



Minuit perfide. Miroir maudit. Le nu perdu. Nuit et brouillard, en remake attendu.

La mare au diable, improbable bourbier en cul-de-sac sous les feuillets d'Hypnos où nous pataugeons irrémédiablement, dans la fange gluante des nations, au col de l'homme mort.

Communication aux yeux vitreux siffle ses sons de serpents, découvre sous des babines de babouins ses crocs de crocodiles, se répand au-dessus des drames et des hécatombes, dans le naufrage sans cesse évité in extremis des soi-disant démocrates. Les démagogues raflent la mise, parés de couleur rouge, de cercles bleus et blancs, de coq gaulois, de symboles celtes, puis jettent le trouble et la discorde, brouillent les cartes du sensible et bafouent la raison… Alors l'abominable peste noire que l'on croyait vaincue s'immisce à nouveau dans nos consciences transformées en d'étranges liqueurs, faisant tinter d'ardeur entêtante ses chants guerriers dans nos esprits enfumés par les peurs instinctives et les fantasmes, et ainsi, malgré l'histoire, les solutions finales avouées à demi-mot s'impriment à nouveau patiemment, désespérément, insidieusement dans les replis ramollis, embourbés de vieilles tourbes de nos cerveaux reptiliens… Dans le secret des urnes, se cachent les marigots puants des caïmans. Passion crevée. Élections truquées par le vacarme médiatique. Les dés sont pipés à la source du mal. Coule, triste tigre, comme l'œuf brisé, l'âme vagabonde et ses impuretés soumises aux injections de sérums corrompus et spectaculaires, déportée aux confins de la mémoire gisante désespérément sur des terres glacées, stériles, saturées du gel des solitudes, rendues glissantes par nos tergiversations où nous cherchons toujours un éternel bouc-émissaire, un sujet affreux à sacrifier à des dieux invisibles, un épouvantail monstrueux à exposer sur nos champs de nerfs en jachère afin de chasser les oiseaux de mauvais augure et les mauvais présages qui peuplent nos cauchemars et d'expier ainsi d'hypothétiques péchés, de purifier nos pratiques profanes souillées de fiel et d'amertumes, de soigner tant bien que mal les tiraillements de nos estomacs et les démangeaisons de nos âmes…

Sous les airs de lampions, la bouche tordue du commodore. Sous les réclames et le son des trompettes, les acclamations du nouveau guide. Politiciens véreux ou prophètes. Petite vérole, gloriole, vertu ou postillons. Sous les soleils de juillet, soumis aux amours jaunes, nous voilà écrasés par les coups de mentons et de pilons des écrans cathodiques qui délivrent à nos tympans et rétines leurs fausses évidences aux sources empoisonnées. Alors, sur le froid de janvier qui nous soude les lèvres, partout et tout le temps, nous reprenons en chœur et en canon le même désespoir, le même désir de revanche, regardant toujours la même lueur fascinante qui s'agite nerveusement, laissant dans nos orbites torves luire intensément le reflet brindille et feu soi-disant sacré, traduisant de terribles et effrayants sursauts…

Se craque l’allumette de nos vies par les deux pôles, furieuses et facétieuses combustions de nos existences aux essences de bois exotiques, soupirs de nos constitutions d'argile et de nos os phosphores, de nos cœurs de soufre, de nos doigts tactiles, osiers des saisons rouges, farces et faucilles, fossettes graciles, lèvres et paupières vertes, ce sont les berges et les rivages éberlués de nos nouveaux visages et dans nos yeux écarquillés de limailles bleutées imprégnés de belladone, se déposent dans les ressacs chargés de sel de nos vies primitives des vagues d'écumes bondissantes, désirs fondus, chandelles de coulées purulentes, bougies noires et fragile firmament, trace de poudre, tocsin mal entendu sonnant le glas des résiliences profitables à notre apaisement, labourant involontairement le champ de la barbarie en croyant travailler la terre ancestrale pour récolter demain des moissons prospères illusoires imaginées aujourd'hui avec une naïveté déconcertante…

Dans les chambrées des familles, règnent un froid polaire et des sommeils difficiles… Le marchand de sable s'est étouffé, atteint de silicose, et le marchand d'armes a esquissé un sourire carnassier, transformant l'ivresse molle de nos esprits belliqueux en acier rutilant, en fusils d'assaut, en avions de chasse supersoniques, en bombes à fragmentation…

Dans les cerveaux en ébullition, futurs caveau et somnambulisme, cocktail Molotov, spiritisme, tics et tocs, tiques, punaises et piqûres de puces, fulgurances et prurit, lésions de grattage, alcool fort, substances cache-misère, cavaliers blancs et tristes sires…

Et toujours les noirs jouent et gagnent indéfiniment, esseulés par les faits mais transis de volonté d'en découdre, cherchant l'amour haineux et les haleines chaudes, se déplaçant sur des échiquiers nocturnes rampant sur la mappemonde souillée de sang, peuplés de pantins aux mille fils spermatiques emmêlés manipulés par d'obscurs et pitoyables marionnettistes, vouivres des marécages, dragons de clapier, vampires modernes et barons méprisables naissant dans des royaumes transformés en calvaires et cadastrés de fosses communes, fabriquant un pandémonium terre à terre promis de nouveau pour un sempiternel futur qui déraille.

Un constat, des comètes éphémères, des poètes oubliés, écoutes si on allume les étoiles, nos illuminations ne sont plus que des guirlandes de supermarché, paroles démagnétisées, sous la lune blasée, remplissent nos nerfs vagues de symphonies morbides, de charge fantastique, les vases communicants de nos inconscients surnageant dans le bain de soupe des sensations cher à Breton que nous ne savons pas nommer nous submergent de leur bouillon inconsistant et cruellement, nous égarent…

Lumière à l'agonie se fond et se morfond, nuage rasoir passe, amarre mauvaise herbe et déraison, orage désespoir impasse, l'avenir commun qui trépasse sous les coups de boutoir des égos contrariés, averses, herses, et piques de fer préparent leurs retours, veine tranchée en prévision, traques et fusillades des cœurs purs, puis crachats, coups de bâtons, tontes et épuration des forbans à la prochaine libération, le diable manœuvre ses souillures pourpres sur le pouls filant et sanguinolent du temps qui passe et se répète sans grande variation, et dans nos nuits désenvoutées ployant sous le poids des éléphants comme les chimères grises de nos bas instincts, l'astre lunaire se confond avec les pâles lumières des réverbères, réfléchissant toujours les mêmes impressions de dégoût en demi-teintes, accroche son vernis tamisé sur nos humeurs capricieuses, rires forcés, ingratitudes incroyables des luttes de nos aïeux, moignons de perceptions, mamelles âpres, grain de sable et verrues de l'esprit, pulsions et opinions, colères et rages mal dirigées, glacis putrides de nos pensées disloquées, détachées, dérivantes, brutalisées, contrariées par nos entrailles, exacerbées par la hardiesse de nos perceptions, alors nos regards en miroirs déformants se peignent d'indifférence, distillent leurs mépris et leurs rancœurs dessous les pavés méningés des angoisses et des dépressions, nos paupières nous grattent affreusement, lèpre mentale, lèvres gercées, conjonctives purulentes qui tachent la nappe faite de fines dentelles ; au rendez-vous transi de Vénus, c'est Janus qui pointe son double visage ; nos bontés s'étalent comme sucre glace et plage de sable blanc puis s'évaporent, autour de la soupe froide du foyer éteint, plus de fumée, plus de couvert posé pour l'hôte de passage, pays natal déboussolé, surchargé d'influx, de flux et de mouvements sur le palier du monde.

Sous l'univers en souffrance, cure de jouvence attendue au-delà des monts bruns, une armée d'ombre et de frustration constitue l'ouragan à venir, les gerbes à feux à sang de nos prochaines tempêtes, et les météores de chairs lancés dans les airs comme de jeunes chiots épileptiques produisent pour demain des membres fantômes et des fourmillements qu'il serait dangereux d'occulter, bijoux ou diamants oubliés, cœurs sclérosés et raisonnements simplistes, nous promettant de nouveaux holocaustes que nous sacraliserons ensuite de religieuses et risibles, d'indécentes commémorations. En vain. Car dans le feu de nos tempéraments soumis aux passions de l'instant, tissant sauvagement de couleurs fauves le canevas de nos froides palettes de sensations, nous n'apprenons rien de nos erreurs passées. Nos espaces intérieurs se cantonnent à des arrière-cours et des coulisses, à des collines lisses où nous feignons de ne pas voir les crevasses béantes de nos existences. Nos visions se réduisent alors à des clapotis d'images, publicités terribles, soi-disant bon sens et affirmations faciles. Sur les laves et les peaux vitrifiées de nos éruptions, nos vues et nos vies se muent en torche humaine, four crématoire en prévision, horreurs, massacres, nuit de cristal, à renouveler, puis se repentir, machinalement, avant de reprendre le cercle des incendies terribles, indéfiniment.


 
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   Polza   
4/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
J’aime les poèmes qui commencent par des points de suspension !

Encore et toujours quelques petites fautes d’orthographe, mais elles seront toutes corrigées avant publication, et comme je l’ai dit, il y a une certaine urgence d’écriture dans vos Laboniris, l’orthographe n’est donc pas du tout pénalisant, j’imagine que pour la plupart des fautes, c’est plus de l’étourderie qu’autre chose…

J’éprouve encore et toujours ce même plaisir de lecture (en dehors du sens, que j’aime bien aussi, rassurez-vous) avec ces mots qui s’imbriquent les uns dans les autres, qui se font écho, sans oublier ce mélange d’assonances et d’allitérations…

« Minuit/Miroir/maudit/nu/perdu/Nuit/etc. »

Dès le début, « Nuit et brouillard » donne le ton, on imagine à quelle sauce on va être mangé, les nazis rôdent ! D’ailleurs, vers la fin du poème, étroitement lié, on peut lire « nous promettant de nouveaux holocaustes »… il y a aussi « les solutions finales avouées à demi-mot »…

Si nous étions dans le film « Rabbi Jacob », je vous demanderais sûrement : « Vous êtes juif, comment Lariviere vous êtes juif ? Lariviere est juif rhooooo » « Et mon oncle Jacob qui arrive de New York il est Rabin » « Mais il est pas juif ? Mais pas toute votre famille ? Écoutez, ça fait tien, je vous garde quand même. ! » Je me marre chaque fois autant, même si ce film coûta malheureusement la vie à Danielle Cravenne (sans parler de la guerre du Kippour !). Gamin, chaque fois que le film passait à la télé, je me levais et je dansais la danse de Rabbi Jacob ! (véridique)

Mais revenons à nos moutons de Panurge ! Comme dans chacun de vos Laboniris, il y a énormément de références, tant qu’il est difficile de toutes les déceler et de les comprendre parfois (ce n’est pas une critique négative), je pense par exemple à « La mare au diable »…

« sous les feuillets d’Hypnos où nous pataugeons irrémédiablement, dans la fange gluante des nations, au col de l’homme mort. »

Hypnos qui peut endormir n’importe qui et qui est le frère de Thanatos…

« siffle ses sons de serpents, »

Comment ne pas penser à « Andromaque » du célèbre jardinier Jean Racine ?

Enfin bref, je ne vais pas énumérer une à une toutes les références, mais vous lire demande un minimum de connaissances pour apprécier pleinement votre écriture, je pense… (ce n’est toujours pas un reproche ou une critique négative)

« Dans le secret des urnes »

Vous m’avez fait penser au titre « Contrat de conscience » du groupe marseillais IAM…

« En Allemagne, comme dans les années trente
Des nazis s’organisent et attaquent en bande
Avec le soutien de la population
Donnent libre cours à la violence et à l’exclusion
Personne ne dit rien, où sont les mémoires
De millions d’hommes et femmes balafrés par l’histoire


Mais je te prie de croire si c’était demain
J’en aurais tué mille et serais mort l’arme au poing
Et ceux qui crient « Patrie ! Sécurité ! »
Dénonçaient les résistants et se chiaient de lutter
Comme a dit Shurik'n, en pensant à leurs émules
Tout dans les urnes, rien dans les burnes… »


« Les dés sont pipés à la source du mal »

Changement de langue et de continent, cette fois, j’ai pensé à la fameuse chanson de Leonard Cohen « Everybody knows », vous me faites voyager gratis, merci !


« Everybody knows that the dice are loaded
Everybody rolls with their fingers crossed
Everybody knows the war is over
Everybody knows the good guys lost
Everybody knows the fight was fixed
The poor stay poor, the rich get rich
That's how it goes
Everybody knows »

« Coule, triste tigre »

Déformation poétique oblige, chaque fois que je lis tigre dans un poème, je pense à William Blake et à son poème « The Tyger »

« Tyger Tyger, burning bright, 
In the forests of the night; 
What immortal hand or eye, 
Could (frame retiré) thy fearful symmetry?

In what distant deeps or skies. 
Burnt the fire of thine eyes?
On what wings dare he aspire?
What the hand, dare seize the fire?

And what shoulder, & what art,
Could twist the sinews of thy heart?
And when thy heart began to beat.
What dread hand? & what dread feet?

What the hammer? what the chain,
In what furnace was thy brain?
What the anvil? what dread grasp.
Dare its deadly terrors clasp?

When the stars threw down their spears 
And water'd heaven with their tears:
Did he smile his work to see?
Did he who made the Lamb make thee?

Tyger Tyger burning bright,
In the forests of the night:
What immortal hand or eye,
Dare (frame retiré) thy fearful symmetry? »

Désolé Robot, j’ai l’édition bilingue dans ma bibliothèque, mais j’ai vraiment la flemme de recopier. En plus, à l’heure où j’écris ce commentaire, j’ai la crève ! J’ai dû attraper un coup de froid (à cause de la différence de température soudaine, de 40 à 23 degrés la semaine dernière).

Ce matin, ça allait beaucoup mieux grâce à un traitement à base de quelques gouttes de Ravintsara en inhalation et de pastilles pour la gorge plus infusions thym miel citron, mais aujourd’hui je suis allé voir ma mère dans sa résidence de retraite (je lui avais promis de venir, elle aurait été très déçue si j’avais annulé, mais j’avais mis un masque…) et ces… (autocensuré) de la SNCF avait mis la climatisation à fond dans le train, j’avais super froid ! C’est pas du tout écologique (je n’ai rien contre la clim, mais quand elle est 3 ou 4 degrés en dessous de la température extérieure) il devait faire 15 ou 16 degrés dans leur train à la… (autocensuré également)… alors qu’il faisait plus de 30 degrés à l’extérieur !

Fin de la parenthèse !

J’évoquais les échos à Nuit et brouillard au début de mon commentaire, il y a aussi « déportée aux confins de la mémoire » que je viens de lire…

« où nous cherchons toujours un éternel bouc-émissaire » (perso, je ne mets pas de tiret)

Référence biblique s’il en est…

« afin de chasser les oiseaux de mauvaises augures « 

Allez, je vous signale tout de même une petite faute pour le principe :-)

Dans cette expression, mauvais (sans E) augure est invariable…

« Sous les soleils de juillet, soumis aux amours jaunes, nous voilà écrasés par les coups de mentons et de pilons des écrans cathodiques qui délivrent à nos tympans et rétines ses fausses évidences aux sources empoisonnées. Alors, sur le froid de janvier qui nous soude les lèvres, partout et tout le temps, nous reprenons en chœur et en canon le même désespoir, le même désir de revanche, regardant toujours la même lueur fascinante qui s’agite nerveusement, laissant dans nos orbites torves luire intensément le reflet brindille et feu soi-disant sacré, traduisant de terribles et effrayants sursauts… »

J’avais évoqué Bourdieu, me semble-t-il, dans l’un de mes commentaires sur l’un de vos fragments, aussi, comment ne pas penser à « Sur la télévision suivi de l’emprise des journalistes »

Un petit extrait au hasard…

« Premier niveau : le rôle du présentateur. C’est ce qui frappe toujours les spectateurs. Ils voient bien que le présentateur fait des interventions contraignantes. C’est lui qui impose le sujet, qui impose la problématique (souvent si absurde, comme dans le débat de Durand — faut-il brûler les élites ? –, que toutes les réponses, oui ou non, le sont également). Il impose le respect de la règle du jeu. Règle du jeu à géométrie variable : elle n’est pas la même quand il s’agit d’un syndicaliste ou quand il s’agit de M. Peyreffîte de l’Académie française. Il distribue la parole, il distribue les signes d’importance. Certains sociologues se sont essayés à dégager l’implicite non verbal de la communication verbale : nous disons autant par les regards, par les silences, par les gestes, par les mimiques, les mouvements des yeux, etc., que par la parole elle-même. Et aussi par l’intonation, par toutes sortes de choses. On livre donc énormément plus qu’on ne peut contrôler (cela devrait inquiéter les fanatiques du miroir de Narcisse). Il y a tellement de niveaux dans l’expression, ne serait-ce qu’au niveau de la parole proprement dite — si on contrôle le niveau phonologique, on ne contrôle pas le niveau syntaxique et ainsi de suite —, que personne, même le plus maître de lui-même, à moins de jouer un rôle ou de pratiquer la langue de bois, ne peut tout maîtriser. »

‘soupirs de nos constitutions d’argile »

L’argile qui revient une fois de plus…

« nos yeux écarquillés de limailles bleutées imprégnés de belladone »

Il y aurait beaucoup à dire sur la Belladona et ses dangers, mais j’aimerais bien en avoir quelques granules homéopathiques sous la main afin de soigner ce qui s’apparente à un début d’angine ! (j’espère que ça ne vous dérange pas mon mi-commentaire, mi je raconte ma life !)

« tocsin mal entendu sonnant le glas »

Hemingway n’est pas très loin… ça me fait penser que tout à l’heure, quand j’ai lu trompettes, j’ai pensé à Jéricho ! Ça n’a sûrement aucun rapport, mais comme j’ai cru m’apercevoir que vous glissiez souvent des références bibliques dans vos Laboniris…

« Le marchand de sable s’est étouffé, atteint de silicose, et le marchand d’armes a esquissé un sourire carnassier, transformant l’ivresse molle de nos esprits belliqueux en acier rutilant, en fusils d’assaut, en avions de chasse supersoniques, en bombes à fragmentation… »

À voir l’excellent film « Lord of war » avec Nicolas Cage, Ethan Hawke et Jared Leto notamment…


« Un constat, des comètes éphémères, des poètes oubliés, écoutes(sic) si on allume les étoiles, nos illuminations ne sont plus que des guirlandes de supermarché »

L’image est saisissante, poétique et glaciale à la fois ! (j’ai pensé à Rimbaud forcément)

« exacerbées par l’hardiesse »

Vous devriez écrire plus souvent en classique même si ce n’est pas votre préférence, vous deviendriez fort en H muets et H aspirés ;-)

« Car dans le feu de nos tempéraments soumis aux passions de l’instant, tissant sauvagement de couleurs fauves le canevas de nos froides palettes de sensations, nous n’apprenons rien de nos erreurs passées. »

En tant qu’individu peut-être, mais en tant qu’humains au sens général du terme, je suis malheureusement assez d’accord avec vous, sauf que ça ne dépend malheureusement pas de nous, cachées dans l’ombre des sociétés secrètes agissent (certains diront que je suis partisan de la théorie du complot, mais n’est-ce pas, par exemple, la CIA qui a orchestré le premier coup d’État en Iran avant de s’occuper des pays d’Amérique latine ?)

Et puis, pour revenir sur la télévision, on nous aide bien à devenir débiles (pour ceux qui la regardent). Par exemple, cet article sur les journaux télévisés glané sur la grande toile :

« La nouvelle censure

Le principe de base de la censure moderne consiste à noyer les informations essentielles dans un déluge d’informations insignifiantes diffusées par une multitude de médias au contenu semblable. Cela permet à la nouvelle censure d’avoir toutes les apparences de la pluralité et de la démocratie.
Cette stratégie de la diversion s’applique en premier lieu au journal télévisé, principale source d’information du public.
 
De l’info sans infos…

Depuis le début des années 90, les journaux télévisés ne contiennent quasiment plus d’information. On continue d’appeler “journal télévisé” ce qui devrait en réalité être appelé un “magazine”.
Un J.T. moyen contient au maximum 2 à 3 minutes d’information. Le reste est constitué de reportages anecdotiques, de faits divers, de micros-trottoirs et de reality-shows sur la vie quotidienne.
 
… et une censure sans censeurs

Toute la subtilité de la censure moderne réside dans l’absence de censeurs. Ceux-ci ont été efficacement remplacés par la “loi du marché” et la “loi de l’audience”. Par le simple jeu de conditions économiques habilement créées, les chaînes n’ont plus les moyens de financer.


Le travail d’enquête du vrai journalisme, alors que dans le même temps, le reality-show et les micros-trottoirs font plus d’audience avec un coût de production réduit.
Même les évènements importants sont traités sous un angle “magazine”, par le petit bout de la lorgnette. Ainsi, un sommet international donnera lieu à une interview du chef cuistot chargé du repas, à des images de limousines officielles et de salutations devant un bâtiment, mais aucune information ni analyse à propos des sujets débattus par les chefs d’État. De même, un attentat sera traité par des micros-trottoirs sur les lieux du drame, avec les impressions et témoignages des passants, ou une interview d’un secouriste ou d’un policier.
À ces insignifiances s’ajouteront le sport, les faits-divers, les reportages pittoresques sur les villages de la France profonde, sans oublier les pubs déguisées pour les produits culturels faisant l’objet d’une campagne de promotion (spectacles, films, livres, disques…).
 
Information déstructurée pour mémorisation minimale

Tous les psychologues et spécialistes des neurosciences savent que la mémorisation des informations par le cerveau se fait d’autant mieux que ces informations sont présentées de façon structurée et hiérarchisée.
La structuration et la hiérarchisation de l’information sont aussi des principes de base enseignés à tous les étudiants en journalisme.
Or depuis 10 ans, les journaux télévisés font exactement le contraire, en enchaînant dans le désordre des sujets hétéroclites et d’importance inégale (un fait divers, un peu de politique, du sport, un sujet social, un autre fait divers, puis à nouveau de la politique, etc.), comme si le but recherché était d’obtenir la plus mauvaise mémorisation possible des informations par le public. Une population amnésique est en effet beaucoup plus facile à manipuler… »

« à des clapotis d’images, publicités terribles »
Ne sommes-nous pas « du temps de cerveau humain disponible » ?

« four crématoire en prévision, »
La boucle est bouclée, entre temps, Jean-Marie Le Pen est passé par là et a fait l’un des pires jeux de mots de la part d’un homme politique !
« puis se repentir, machinalement, avant de reprendre le cercle des incendies terribles, indéfiniment. »
« Communication aux yeux vitreux siffle ses sons de serpents, »
Le fameux serpent qui se mord la queue ou l’Éternel Retour comme dirait Nietzsche…
« — Que serait-ce si, de jour ou de nuit, un démon te suivait une fois dans la plus solitaire de tes solitudes et te disait : « Cette vie, telle que tu la vis actuellement, telle que tu l’as vécue, il faudra que tu la revives encore une fois, et une quantité innombrable de fois ; et il n’y aura en elle rien de nouveau, au contraire ! […] »


J’espère que vous avez bien noté qu’à cause de la SNCF, ma crève s’était empirée même si je ne me suis pas rendu dans un pyrée…
Aussi, me pardonnerez-vous peut-être d’être parti un peu dans tous les sens ! Pour l’histoire de Rabbi Jacob, c’était de l’humour, je n’ai absolument rien contre les juifs, ni les musulmans ni les chrétiens, ni les autres, de toute façon je suis athée, ou plutôt, je ne crois qu’en moi-même…

   Myndie   
12/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Quel texte ! Quelle force ! Il m'a évidemment demandé plusieurs lectures ; déjà il est très long mais il est surtout très dense, à la limite de la saturation. Ce dernier point est pour moi le gage qu'il est profondément viscéral.
Cette écriture à flux tendu, quasi logorrhéique, semble vouloir étouffer le lecteur, pour mieux lui faire ressentir l'indignation et l'immense dégoût qu'elle exprime. Ce choix assumé par l'auteur porte ses fruits. Néanmoins, certaines phrases particulièrement longues, au troisième paragraphe notamment, deviennent vite un peu trop denses et laborieuses, malgré d'indéniables fulgurances poétiques (« Coule, triste tigre, comme l'œuf brisé, »).
Le style est souvent très proche de la littérature surréaliste (par exemple ici : « dans nos nuits désenvoutées ployant sous le poids des éléphants ») Breton est d'ailleurs clairement mentionné.

Mais c'est surtout d'autres auteurs que l'ensemble m'évoque, par son  horreur viscérale des dirigeants et la certitude que l'homme est incapable d'apprendre de ses erreurs. Je pense à Brecht, son indignation lucide et mordante contre les profiteurs de guerre et les dirigeants fascistes ou militaristes, ou encore à Thomas Bernhard et sa poésie apocalyptique, froide et sans aucun espoir de salut. Et surtout, comment ne pas penser à Céline et à son pessimisme total ?

Voilà ce que m'a inspiré ce « Minuit perfide », peinture sombre et lucide d'une humanité qui court à sa perte en toute connaissance de cause. Même si je pense qu'en l'épurant légèrement, cette prose poétique gagnerait encore en force de frappe, j'ai trouvé le texte très puissant par le poids de ses mots et le choc de ses images saisissantes.

   Cyrill   
24/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Salut Lari. Toujours aussi inspiré, à ce que je constate ! Et encore assez loin des petites fleurs :-D
Un morceau encore plus rêche que les précédents, définitivement sans concession. Plus radical dans ses positions clairement dénonciatrices des petitesses et des lâchetés humaines. Plus désespéré, il brosse le tableau d’une Histoire qui repasse les plats (contrairement à l’adage) quasiment tels quels. « Nous n’apprenons rien de nos erreurs passées » et nous nous fourvoyons encore et toujours dans les mêmes impasses qui mèneront certainement aux mêmes catastrophes. À la manœuvre les dirigeants de tout poil, les détenteurs voyous du pouvoir, « Politiciens véreux ou prophètes ». En face, des victimes consentantes, hypnotisées par les lueurs cathodiques. C’est un crépuscule à venir qui nous est conté, dans un temps qui nous est compté. La posture est celle de l’observateur lucide. Le ton celui de la passion désabusée, oxymorique s’il en est. Le vocabulaire souligne une vision tragique du temps, où l’humanité est condamnée à « se repentir machinalement avant de reprendre le cercle des incendie terribles, indéfiniment ».
Dans ce déluge verbal et lexical, je retiens (entre autres choses) ce jeu d’échecs ou j’ai l’impression de voir chuter une à une des pièces toutes plus fantasmagoriques les unes que les autres.
C'est un style très travaillé, presque baroque dans sa noirceur, qui refuse la neutralité. S’il peut paraître exigeant par sa densité, il est d’une grande efficacité pour transmettre une émotion de dégoût, de peur et de révolte impuissante. C’est l’expression d’un haut-le-cœur particulièrement maîtrisée, où l’utilisation de l’allitération et de l’assonance est omniprésente (« Minuit perfide. Miroir maudit. Le nu perdu. », « sons de serpents », « crocs de crocodiles »). Le rythme est souvent scandé par des phrases nominales courtes au début, avant de se dilater dans de longues périodes qui miment le mouvement d'un « bourbier » ou d'une « vague d'écume ». C’est une écriture qui se déclame plus qu’elle se lit, qui s’interprète un peu comme une partition.
Merci de la part de mon cerveau en surchauffe...


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