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Laboniris
Lariviere : Fragment delta numéro 11
 Publié le 17/08/26  -  5 commentaires  -  4420 caractères  -  93 lectures    Autres textes du même auteur


Fragment delta numéro 11



Dieu et Dada sont irréconciliables… Dans le cagibi du ciel, il n'y a pas la place pour deux…

Feu ardent de ta vie. Symbole et parure. Les lions n'ont pas le monde à leurs pieds. Le monde est le royaume des taupes.

Clous de la passion. Fruit défendu. Raison sacrifiée sur l'autel ébouriffé de nos fastes et de nos déchéances, éparpillée sur le vaste champ étoilé de nos consciences boursouflées par nos espérances, par nos hardiesses et par nos pulsions, étincelles redoutables, combustible impérissable imprévisible prêt à tout instant à embraser le monde.

Nous n'avons pas le bon sens d'une fourmi et nous nous escrimons à vouloir sonder les âmes, à connaitre l'univers, le monde des dieux, les autres galaxies ? ...

Folie des grandeurs et mégalomanie, dans nos mains de souriceaux.

Féeries. Échafaudage fabuleux, pains bénis, affabulations et dénis.

Si nous prenons en compte les quantités objectives de faits observables, nous sommes obligés d'admettre qu'il n'y a qu'un seul Dieu sur terre et dans les cieux et que celui-ci se nomme l'Homme.

Seulement ce n'est pas un Dieu qui tend, ou qui prétend à l'harmonie entre les choses. C'est un Dieu irascible, aux humeurs difficiles, en conflit perpétuel avec tout ce qui l'entoure. Contre les autres formes de vie, contre le monde, contre lui-même. Un Dieu hostile et belliqueux. Cruel et orgueilleux. Capricieux et fantasques. Ses organes sensoriels et son sexe sont proéminents. Son corps perpétuellement paré de peinture de guerre. Ainsi le Diable existe. Il n'est pas terrifiant ; il a figure humaine… Car si nous étions honnêtes, nous reconnaitrions que l'homme a créé Dieu à son image et non l'inverse et qu'en réalité ce Dieu véritable fabriqué de toutes pièces, c'est le diable.

Dieu, quant à lui, est une image envisagée, un rêve pris sur le fait, une projection embellie de notre cœur engorgé de rancœur destinée à cacher ses lèpres véritables, un produit de parfumerie utilisé par l'esprit pour masquer la puanteur d'un corps manquant d'hygiène.

Dieu est une construction intellectuelle. Une théorie nous dédouanant, un palliatif à nos abdications, à notre nature erratique… C'est l'alibi suprême de nos renonciations contrariées par notre désir de candeur, malgré nos atroces et sempiternelles douleurs, nos agissements brutaux. C'est l'excuse fragile de nos terribles exubérances. Un philosophe peut annoncer sa mort, le faire mourir véritablement, des nécromanciens en soutane empesée de dorures peuvent le faire revenir à la vie indéfiniment ; en définitive, peu importe…

Coït. Éructation. Mélasse de fiel et de ciel. Bâton de foudre et foutre en gelée.

Pour nous autres, êtres normaux, à l'identité animale reniée mais présente et persistante depuis la nuit des temps, Dieu demeurera une lueur fantasmée, certainement factice, au cœur du foyer éteint, une question sans réponse autre que l'écho glacé des ténèbres qui nous enveloppent avec intensité.

La poésie de l'univers, un jour, sera palpable et perméable à la communication. Le merveilleux de la vie est là, tapi sous des couches d'humus. Les miracles existent, Dieu non. C'est une excroissance, un chancre mou qui a poussé sous le cataplasme, sur la froideur du troupeau isolé et privé de chaleur naturelle, dépourvue de sublime. Une vanité ultime des cœurs soi-disant éveillés, promenant la faible flamme de leur cierge de cire blanche et le cercle étroit de leur pensée enfantine dans la nuit épaisse qui nous fait front éternellement…

Noirceur originelle de l'être, lavé à l'eau bénite, recouvert de voile blanc. Immaculée en trompe-l'œil pour oublier bon gré mal gré les souillures tenaces.

Face à face, l'homme et ses vertiges. Revers et médailles. Entailles béantes de nos chairs pansées de spirituel. Nous cherchons une âme sœur, dans l'image du saint-père. Dieu est notre double augmenté, imaginé, idéalisé, mais absent.

Si Dieu existe dans nos désirs de béatitude, c'est que la terre elle-même, dans sa nature fruste, ne nous promet aucune illumination.

Il n'y aurait pas assez de tous les grains de la planète réduite en poudre pour remplir le ciel d'étoiles…

Si Dieu est l'autre nom de l'ambivalence, alors je crois en Dieu.

L'infini existe, l'errance de l'homme également, Dieu non.


 
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   Myndie   
17/8/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Lari,

avec sa prose engagée et sans concession, voici ton nouveau manifeste philosophique contre la vanité humaine et l'illusion du divin. Je le trouve aussi sombre que lucide et provocateur.
Certaines phrases clé donnent le ton :
« Folie des grandeurs et mégalomanie, dans nos mains de souriceaux. »
«Dieu est une construction intellectuelle. »
« Les miracles existent, Dieu non. » 
et certains paragraphes au propos très clair sont sans équivoque.
Une fois de plus, j'y vois la vision très nihiliste d'un Cioran.
La référence au dadaïsme, annoncée dès la première phrase, renverrait-elle aux manifestes de Tzara ? Je le perçois autant dans la provocation sacrilège que dans le choc verbal causé par la juxtaposition des images crues et célestes.
Sur ce point, je trouve que tes formulations sont saisissantes et leur contraste efficace ; le divin se résume à des métaphores triviales (« produit de parfumerie », « chancre mou », « excroissance ») et l'opposition est frontale et radicale.
Je pourrais aisément citer d'autres métaphores puissantes qui font la richesse visuelle du texte.
Le point fort est pour moi sa conclusion, où l'élan poétique de l'espoir vient magnifier le rejet de l'illusion religieuse.

« L'infini existe » ou l'art de désacraliser une idole. Bravo.

   Corto   
17/8/2026
trouve l'écriture
convenable
et
n'aime pas
Bonne idée que mettre ce texte en "Laboniris". Car sinon où le mettre ?
Ce n'est ni une démonstration, ni une évidence, ni une construction intellectuelle. Ce n'est pas l'ouverture d'un débat ni une recherche.
Au mieux c'est une conviction.
Pourquoi pas ?...
Je relève une phrase imprudente: "ce Dieu véritable fabriqué de toutes pièces, c'est le diable."
Raymond Devos aurait volontiers rebondi sur une telle phrase !: "Si c'est le diable, c'est que Dieu existe !!!"

Il parait bien imprudent de se lancer dans une telle réflexion dite théologique avec des arguments aussi peu construits. Mais en Laboniris on est là pour s'exercer.
Courage pour la suite.

   Pussicat   
17/8/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime un peu
Déçue par ce 11e Fragment delta placé sous l’égide du dadaïsme « Dieu et Dada sont irréconciliables… » dont je ne lis, entrevois, perçois, aucune trace, empreinte, emprunt, ombre, reflet… Je lis un texte faible dans son propos mangé par son sujet, trop grand, trop gros, Nietzsche (pour ne citer que lui) et son regard aussi neuf que foudroyant est passé par là.

Et pourtant, cela partait sur de l’électrique, du flamboyant :
« Feu ardent de ta vie. Symbole et parure. Les lions n'ont pas le monde à leurs pieds. Le monde est le royaume des taupes.

« Clous de la passion. Fruit défendu. Raison sacrifiée sur l'autel ébouriffé de nos fastes et de nos déchéances, éparpillée sur le vaste champ étoilé de nos consciences boursouflées par nos espérances, par nos hardiesses et par nos pulsions, étincelles redoutables, combustible impérissable imprévisible prêt à tout instant à embraser le monde. »

mais très vite, la lumière s’éteint laissant place aux platitudes maussades, à un discours convenu sans élégance, sans éclats tentant de donner une définition à :
« Seulement ce n'est pas un Dieu qui tend, ou qui prétend à l'harmonie entre les choses. C'est un Dieu irascible, aux humeurs difficiles, en conflit perpétuel avec tout ce qui l'entoure. Contre les autres formes de vie, contre le monde, contre lui-même. Un Dieu hostile et belliqueux. Cruel et orgueilleux. Capricieux et fantasques. »

« Dieu est une construction intellectuelle. Une théorie nous dédouanant, un palliatif à nos abdications, à notre nature erratique… » 

« Pour nous autres, êtres normaux, » facilité « à l'identité animale reniée » désolée mais vous faites de votre vie ce que vous désirez en faire, la lâcheté et les commodités font que, mais vous avez le choix de refuser ce mode vie, de ne pas négocier, de tout abandonner pour être ce que vous serez et toucher, peut-être, à l’inaccessible.

Vous poursuivez votre entreprise de "donner définition" mais l’objet de votre texte vous a déjà mangé et digéré.

« Si Dieu existe dans nos désirs de béatitude, c'est que la terre elle-même, dans sa nature fruste, ne nous promet aucune illumination. » Vous dissociez Dieu et Nature, une grille de lecture qui exclut l’hypothèse Dieu créateur de toute chose : l’univers, les milliards de galaxies, les étoiles, les planètes etc.

Je ne poursuivrai pas sur cette voie, ne me sentant pas légitime, aussi l’impression que je garde après lecture est un texte « conversation entre amis, amies » qui emprunte des facilités, des banalités parfois, autour d’un sujet ardu à embrasser.

A bientôt de vous lire,

   Polza   
18/8/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Je voulais vous commenter en EL, mais je n’ai vraiment pas beaucoup de temps disponible en ce moment. J’avais néanmoins tout lu et je m’étais même dit « Tiens, Lariviere a dû en avoir marre que je lui fasse des réflexions sur l’orthographe, il a fait lui-même un effort de relecture et ne m’a laissé aucune miette à me mettre sous la dent :lol :

En guise de préambule à mon commentaire, j’ai longuement pensé à vos Laboniris et au fait que vous soyez peu commenté.

Au bout de quelques jours (je mets souvent longtemps à réfléchir, mais je le fais en allant courir, ça fait d’une pierre deux coups) la révélation m’est venue. Vous êtes notre petit colibri d’Oniris, tout comme ce conte amérindien rendu populaire par Pierre Rabhi dont j’avais visité la ferme en Ardèche il y a quelques années.

Le mini-conte ou parabole ou légende, pour mémoire :

« Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu.

Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit :

« Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! »

Et le colibri lui répondit :

« Je le sais, mais je fais ma part. »

Vous faites donc votre part, cher Lariviere, en nous proposant vos Laboniris, vous participez à ce champs expérimental et nous en faites profiter. Je pourrais dire que vous êtes notre savant fou tout droit sorti d’un Labo-niris, mais je préfère l’image d’un petit colibri, je vous imagine mieux ainsi…

Voilà pour l’introduction.

Ce fragment commence sur les chapeaux de roue et annonce d’emblée la couleur, « Dieu et Dada sont irréconciliables ».

J’ai trouvé très intéressante l’idée d’amener le dadaïsme dans vos fragments, parce que c’est comme si le puzzle que sont vos fragments commençait à prendre tout son sens, comme si tout à coup, on commençait à voir ce que le résultat final (même si les fragments peuvent être infinis) allait donner.

Vous êtes un héritier du Dada, en comparant vos fragments à l’idée du dadaïsme, à sa philosophie, alors vos Laboniris deviennent plus compréhensibles je trouve, c’est plutôt malin d’avoir introduit cette notion dans ce fragment delta numéro 11 de chez Chanel !

Deuxième phrase, alors que je m’attends à l’immensité du ciel, vous le présenter comme un endroit minuscule, un cagibi où il n’y a pas de la place pour deux, ça m’a fait sourire, j’ai eu l’image de Dieu et Dada qui se foutent sur la gueule pour savoir qui va rentrer dans le cagibi alors que ce même cagibi n’est pas la place idéale quand on y réfléchit à deux fois !

« Le monde est le royaume des taupes. »

Ce passage m’a fait penser à l’expression « Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois », sûrement à cause des taupes qui n’y voient pas grand-chose même si elles ne sont pas complètement aveugles…

« Clous de la passion. Fruit défendu. »

Toujours cette volonté ou peut-être ce côté naturel de jouer avec les mots. Je m’attends plutôt à « Fruits de la passion » comme chante Francky Vincent, et finalement ce sont des clous (peut-être, pour participer au concours en décalé !), mais « Le fruit défendu » viendra après…
Les clous de la passion j’imagine que c’est le petit jésus en culotte de velours sur sa croix et le fruit défendu renvoie à la pomme, Adam, Ève et le serpent (le Diable s’habille en Prada).

« Nous n’avons pas le bon sens d’une fourmi et nous nous escrimons à vouloir sonder les âmes, à connaitre l’univers, le monde des dieux, les autres galaxies ? … »

Ce passage m’a fait penser au fameux conte philosophique de Voltaire « Micromégas », il faudrait d’ailleurs que je relise « Romans et contes » que j’ai toujours chez moi, ça fait un bail que je n’ai pas ouvert ce livre !

« Féeries. Échafaudage fabuleux, pains bénis, affabulations et dénis. »

L’échafaudage fabuleux m’a (peut-être faussement) renvoyé à l’échelle de Jacob et son rêve où il voit les anges qui montent et descendent du ciel jusque-là terre ou peut-être l’inverse…
L’échelle de Jacob est également un très bon film d’Adrian Lyne avec Tim Robins que je vous recommande chaudement si vous ne l’avez pas déjà vu ! Pour pains bénis, j’ai souri parce que j’ai repensé à cette drôlissime BD de Tronchet « Sacré Jésus » et à l’histoire de la multiplication des pains dans la tronche !

« Si nous prenons en compte les quantités objectives de faits observables, nous sommes obligés d’admettre qu’il n’y a qu’un seul Dieu sur terre et dans les cieux et que celui-ci se nomme l’Homme. »

Comme d’habitude, je vous remercie de faire fonctionner ma mémoire et de me rappeler des choses que j’ai lues ou entendues un jour ou l’autre. Cette phrase m’a fait penser à cette célèbre citation du Grand Jacques :

« Je crois que Dieu, ce sont les hommes et qu’ils ne le savent pas. »

« Seulement ce n’est pas un Dieu qui tend, ou qui prétend à l’harmonie entre les choses. C’est un Dieu irascible, aux humeurs difficiles, en conflit perpétuel avec tout ce qui l’entoure. Contre les autres formes de vie, contre le monde, contre lui-même. Un Dieu hostile et belliqueux. Cruel et orgueilleux. Capricieux et fantasques. Ses organes sensoriels et son sexe sont proéminents. »

Je pense souvent à tout cela en me disant que des milliers d’années d’évolution (de l’homme, je ne parle pas de la terre et de ses milliards d’années) n’ont quasiment servi à rien, l’homme n’apprend rien de ses erreurs et continue encore et toujours à se battre, pour un bout de terrain, pour prouver que sa religion est meilleure que celle du voisin, pour une femme (quand il ne bat pas « sa » propre femme)
D’ailleurs, en parlant de femme, tout laisse penser que c’est l’homme le problème et non la femme (et c’est très souvent le cas je trouve) avec ce sexe proéminent…

« Ainsi le Diable existe. Il n’est pas terrifiant ; il a figure humaine… Car si nous étions honnêtes, nous reconnaitrions que l’homme a créé Dieu à son image et non l’inverse et qu’en réalité ce Dieu véritable fabriqué de toutes pièces, c’est le diable. »

J’ai bien aimé ce renversement, ce bouleversement des valeurs, des principes, de la morale. Ici, ce n’est pas Dieu qui a créé l’homme à son image, mais l’inverse, et si l’homme a créé Dieu à son image, au vu de toutes les atrocités que commet l’homme, alors l’homme ce n’est pas Dieu, c’est le Diable (je redis ce que vous avez écrit en moins bien que vous, mais c’est que je réfléchis à voix haute pour être sûr d’avoir bien tout compris !).

« un produit de parfumerie utilisé par l’esprit pour masquer la puanteur d’un corps manquant d’hygiène. »

L’image, en plus d’être saisissante, m’a une fois de plus fait sourire (même si ce n’est pas le but) parce que j’ai pensé à quelqu’un qui irait dans une parfumerie demander s’il reste du un flacon du dernier Dieu que la pub elle passe à la télé !

« Un philosophe peut annoncer sa mort, »

Le fameux « Dieu est mort », il est à noter que Nietzsche n’était pas pour autant un athée profondément convaincu par l’athéisme, il était surtout anti-christianisme, mais pour la naissance de nouveaux dieux…

« Pour nous autres, êtres normaux, »

Je trouve ce passage intéressant, le narrateur oppose implicitement « la folie » des partisans de Dieu aux autres, des êtres normaux…

« La poésie de l’univers, un jour, sera palpable et perméable à la communication. Le merveilleux de la vie est là, tapi sous des couches d’humus. Les miracles existent, Dieu non. C’est une excroissance, un chancre mou qui a poussé sous le cataplasme, sur la froideur du troupeau isolé et privé de chaleur naturelle, dépourvue de sublime. Une vanité ultime des cœurs soi-disant éveillés, promenant la faible flamme de leur cierge de cire blanche et le cercle étroit de leur pensée enfantine dans la nuit épaisse qui nous fait front éternellement… »

Bien que la diatribe et le rejet de Dieu persistent, dans ce passage, une lueur d’espoir, un nouvel espoir (on se croirait dans Star Wars) pourfend l’horizon…

« Face à face, l’homme et ses vertiges. Revers et médailles. Entailles béantes de nos chairs pansées de spirituel. Nous cherchons une âme sœur, dans l’image du saint-père. Dieu est notre double augmenté, imaginé, idéalisé, mais absent. »

À voir si c’est voulu, mais jusqu’ici, vous avez toujours écrit Dieu avec une majuscule, l’usage voudrait que vous écriviez Saint-Père, mais c’est pour l’usage, personnellement je m’en tamponne un peu le coquillard !
Il y a un petit quelque chose de « Le Banquet » de Platon dans ce passage, me suis-je dit, j’ai « revu » Aristophane me raconter l’histoire des âmes sœurs…

« Si Dieu existe dans nos désirs de béatitude, c’est que la terre elle-même, dans sa nature fruste, ne nous promet aucune illumination.

Il n’y aurait pas assez de tous les grains de la planète réduite en poudre pour remplir le ciel d’étoiles… »

C’est en particulier à ce moment que je trouve l’élan poétique de ce fragment saisissant.
Malgré tout ce réquisitoire contre Dieu et contre les hommes, le narrateur aimerait tout de même une touche d’espoir (très bon album du groupe de Hip-Hop (Momo, les fans des frères Pétard comprendront) Assassin…

Mais « Il n’y aurait pas assez de tous les grains de la planète réduite en poudre pour remplir le ciel d’étoiles… » ce passage est sublime, mon préféré même !

« Si Dieu est l’autre nom de l’ambivalence, alors je crois en Dieu.

L’infini existe, l’errance de l’homme également, Dieu non. »

Tout cela se termine par une opposition, une sorte de non-sens, de contradiction…

Des contradictions, il y a en a quelques-unes dans ce fragment delta, mais c’est justement ce qui fait sa force, parce qu’il ne faudrait surtout pas oublier l’introduction avec Dieu et Dada. L’absurde, l’absence de logique ou son rejet, le non-sens (ceci n’est pas une pipe), etc.

En ce qui me concerne, « l’exercice » est maîtrisé, sûrement des choses pourraient être améliorées parce que l’on peut toujours améliorer les choses, mais franchement, c’est déjà très bien comme ça je trouve…

   Cyrill   
24/8/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Salut Lari. Alors, comme il ne s’agit pas de se laisser ramollir le cerveau par la canicule et une envie bien compréhensible de farniente estivale, j’attaque avec un peu de retard ce labo.
Il y a bien, à mon avis, une vraie valeur poétique, et même une voix suffisamment singulière, que je repère sans grand mal. Mais je dirais que cette voix ne réside pas seulement dans la thèse très affirmée et parfois presque pamphlétaire, mais dans les images, les collisions lexicales, les rythmes et les paradoxes.
L’imaginaire métaphorique est fort. Il y a là une manière de faire se télescoper le sacré, le biologique, grotesque et cosmique, qui produit des images tout à fait frappantes. Par exemple : « Dans le cagibi du ciel, il n'y a pas la place pour deux… ». Le « cagibi » désacralise le ciel, l’infini devient un espace exigu, presque domestique. Même chose pour : « Le monde est le royaume des taupes ». Une phrase brève, presque un aphorisme. Elle inverse la perspective attendue. Les lions symbolisent la puissance, mais ce sont les taupes, aveugles et souterraines, qui règnent réellement. On peut y voir l’humanité, avec son aveuglement mais aussi son travail souterrain, son enfermement dans la matière. L’image continue de faire son chemin après la lecture.
J’aime beaucoup « Mélasse de fiel et de ciel », « Bâton de foudre et foutre en gelée ». Là, on est bien dans la collision, à la fois lexicale et sonore. Fiel/ciel, foudre/foutre : le son produit presque autant de sens que les mots eux-mêmes. C’est très proche d'une logique dadaïste, justement, où le langage est malaxé pour faire apparaître des associations inattendues. Le texte possède une esthétique très reconnaissable, il fait descendre le sublime dans la boue puis fait remonter la boue vers le cosmique. On passe ainsi de : « vaste champ étoilé de nos consciences » à : « un produit de parfumerie utilisé par l'esprit pour masquer la puanteur d'un corps manquant d'hygiène ». Puis à « Noirceur originelle de l'être, lavé à l'eau bénite, recouvert de voile blanc »… Une sorte de poétique de la souillure. Le religieux, le corporel, le sexuel, le biologique et le cosmique sont mélangés, mis au même niveau.
Mes seules petites réserves… et encore, c’est juste parce que ça me fait sortir de ma zone de confort :
tu expliques parfois ce que les images avaient déjà très bien dit. C’est particulièrement sensible dans cette partie argumentative : « Si nous prenons en compte les quantités objectives de faits observables, nous sommes obligés d'admettre qu’il n'y a qu'un seul Dieu sur terre et dans les cieux et que celui-ci se nomme l'Homme ». Puis viennent plusieurs paragraphes qui développent cette idée. Intellectuellement, c'est OK. Poétiquement, le texte devient momentanément un essai philosophique en prose, alors qu’il était auparavant un poème. Mais on est en laboniris, cette catégorie si difficile à appréhender, mais qui il me semble peut permettre ça. Il y a peut-être une question de densité (c'est l'hôpital qui se fout de la charité ^^). Beaucoup de très bonnes images se succèdent par moments, mais quand presque chaque phrase tend à être une grande phrase, mises ensemble, elles risquent de se concurrencer.
Pour finir sur du très positif, j’adore la conclusion : « Si Dieu est l'autre nom de l'ambivalence, alors je crois en Dieu » retourne soudain toute la démonstration. Après avoir affirmé sur des lignes entières que Dieu, ben non, tu introduis une définition qui le rend possible. C’est malin, et j’adhère à fond.
Et la dernière phrase : « L'infini existe, l'errance de l'homme également, Dieu non » fait un excellent clausule. Elle est sèche, presque sentencieuse. J'aurais même tendance à dire que c'est cette dernière phrase qui révèle rétrospectivement la véritable nature du texte. Ce n'est pas simplement un texte athée. C'est un texte sur l'incapacité humaine à habiter l'infini sans fabriquer une réponse. Et c’est tellement plus intéressant que « Dieu n’existe pas » !
Bravo pour ce labo, où tu as pris plaisir à te mettre et nous mettre le nez dans nos contradictions !


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