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Laboniris
Lariviere : Fragment delta numéro 11
 Publié le 17/08/26  -  3 commentaires  -  4420 caractères  -  31 lectures    Autres textes du même auteur


Fragment delta numéro 11



Dieu et Dada sont irréconciliables… Dans le cagibi du ciel, il n'y a pas la place pour deux…

Feu ardent de ta vie. Symbole et parure. Les lions n'ont pas le monde à leurs pieds. Le monde est le royaume des taupes.

Clous de la passion. Fruit défendu. Raison sacrifiée sur l'autel ébouriffé de nos fastes et de nos déchéances, éparpillée sur le vaste champ étoilé de nos consciences boursouflées par nos espérances, par nos hardiesses et par nos pulsions, étincelles redoutables, combustible impérissable imprévisible prêt à tout instant à embraser le monde.

Nous n'avons pas le bon sens d'une fourmi et nous nous escrimons à vouloir sonder les âmes, à connaitre l'univers, le monde des dieux, les autres galaxies ? ...

Folie des grandeurs et mégalomanie, dans nos mains de souriceaux.

Féeries. Échafaudage fabuleux, pains bénis, affabulations et dénis.

Si nous prenons en compte les quantités objectives de faits observables, nous sommes obligés d'admettre qu'il n'y a qu'un seul Dieu sur terre et dans les cieux et que celui-ci se nomme l'Homme.

Seulement ce n'est pas un Dieu qui tend, ou qui prétend à l'harmonie entre les choses. C'est un Dieu irascible, aux humeurs difficiles, en conflit perpétuel avec tout ce qui l'entoure. Contre les autres formes de vie, contre le monde, contre lui-même. Un Dieu hostile et belliqueux. Cruel et orgueilleux. Capricieux et fantasques. Ses organes sensoriels et son sexe sont proéminents. Son corps perpétuellement paré de peinture de guerre. Ainsi le Diable existe. Il n'est pas terrifiant ; il a figure humaine… Car si nous étions honnêtes, nous reconnaitrions que l'homme a créé Dieu à son image et non l'inverse et qu'en réalité ce Dieu véritable fabriqué de toutes pièces, c'est le diable.

Dieu, quant à lui, est une image envisagée, un rêve pris sur le fait, une projection embellie de notre cœur engorgé de rancœur destinée à cacher ses lèpres véritables, un produit de parfumerie utilisé par l'esprit pour masquer la puanteur d'un corps manquant d'hygiène.

Dieu est une construction intellectuelle. Une théorie nous dédouanant, un palliatif à nos abdications, à notre nature erratique… C'est l'alibi suprême de nos renonciations contrariées par notre désir de candeur, malgré nos atroces et sempiternelles douleurs, nos agissements brutaux. C'est l'excuse fragile de nos terribles exubérances. Un philosophe peut annoncer sa mort, le faire mourir véritablement, des nécromanciens en soutane empesée de dorures peuvent le faire revenir à la vie indéfiniment ; en définitive, peu importe…

Coït. Éructation. Mélasse de fiel et de ciel. Bâton de foudre et foutre en gelée.

Pour nous autres, êtres normaux, à l'identité animale reniée mais présente et persistante depuis la nuit des temps, Dieu demeurera une lueur fantasmée, certainement factice, au cœur du foyer éteint, une question sans réponse autre que l'écho glacé des ténèbres qui nous enveloppent avec intensité.

La poésie de l'univers, un jour, sera palpable et perméable à la communication. Le merveilleux de la vie est là, tapi sous des couches d'humus. Les miracles existent, Dieu non. C'est une excroissance, un chancre mou qui a poussé sous le cataplasme, sur la froideur du troupeau isolé et privé de chaleur naturelle, dépourvue de sublime. Une vanité ultime des cœurs soi-disant éveillés, promenant la faible flamme de leur cierge de cire blanche et le cercle étroit de leur pensée enfantine dans la nuit épaisse qui nous fait front éternellement…

Noirceur originelle de l'être, lavé à l'eau bénite, recouvert de voile blanc. Immaculée en trompe-l'œil pour oublier bon gré mal gré les souillures tenaces.

Face à face, l'homme et ses vertiges. Revers et médailles. Entailles béantes de nos chairs pansées de spirituel. Nous cherchons une âme sœur, dans l'image du saint-père. Dieu est notre double augmenté, imaginé, idéalisé, mais absent.

Si Dieu existe dans nos désirs de béatitude, c'est que la terre elle-même, dans sa nature fruste, ne nous promet aucune illumination.

Il n'y aurait pas assez de tous les grains de la planète réduite en poudre pour remplir le ciel d'étoiles…

Si Dieu est l'autre nom de l'ambivalence, alors je crois en Dieu.

L'infini existe, l'errance de l'homme également, Dieu non.


 
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   Myndie   
17/8/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Lari,

avec sa prose engagée et sans concession, voici ton nouveau manifeste philosophique contre la vanité humaine et l'illusion du divin. Je le trouve aussi sombre que lucide et provocateur.
Certaines phrases clé donnent le ton :
« Folie des grandeurs et mégalomanie, dans nos mains de souriceaux. »
«Dieu est une construction intellectuelle. »
« Les miracles existent, Dieu non. » 
et certains paragraphes au propos très clair sont sans équivoque.
Une fois de plus, j'y vois la vision très nihiliste d'un Cioran.
La référence au dadaïsme, annoncée dès la première phrase, renverrait-elle aux manifestes de Tzara ? Je le perçois autant dans la provocation sacrilège que dans le choc verbal causé par la juxtaposition des images crues et célestes.
Sur ce point, je trouve que tes formulations sont saisissantes et leur contraste efficace ; le divin se résume à des métaphores triviales (« produit de parfumerie », « chancre mou », « excroissance ») et l'opposition est frontale et radicale.
Je pourrais aisément citer d'autres métaphores puissantes qui font la richesse visuelle du texte.
Le point fort est pour moi sa conclusion, où l'élan poétique de l'espoir vient magnifier le rejet de l'illusion religieuse.

« L'infini existe » ou l'art de désacraliser une idole. Bravo.

   Corto   
17/8/2026
trouve l'écriture
convenable
et
n'aime pas
Bonne idée que mettre ce texte en "Laboniris". Car sinon où le mettre ?
Ce n'est ni une démonstration, ni une évidence, ni une construction intellectuelle. Ce n'est pas l'ouverture d'un débat ni une recherche.
Au mieux c'est une conviction.
Pourquoi pas ?...
Je relève une phrase imprudente: "ce Dieu véritable fabriqué de toutes pièces, c'est le diable."
Raymond Devos aurait volontiers rebondi sur une telle phrase !: "Si c'est le diable, c'est que Dieu existe !!!"

Il parait bien imprudent de se lancer dans une telle réflexion dite théologique avec des arguments aussi peu construits. Mais en Laboniris on est là pour s'exercer.
Courage pour la suite.

   Pussicat   
17/8/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime un peu
Déçue par ce 11e Fragment delta placé sous l’égide du dadaïsme « Dieu et Dada sont irréconciliables… » dont je ne lis, entrevois, perçois, aucune trace, empreinte, emprunt, ombre, reflet… Je lis un texte faible dans son propos mangé par son sujet, trop grand, trop gros, Nietzsche (pour ne citer que lui) et son regard aussi neuf que foudroyant est passé par là.

Et pourtant, cela partait sur de l’électrique, du flamboyant :
« Feu ardent de ta vie. Symbole et parure. Les lions n'ont pas le monde à leurs pieds. Le monde est le royaume des taupes.

« Clous de la passion. Fruit défendu. Raison sacrifiée sur l'autel ébouriffé de nos fastes et de nos déchéances, éparpillée sur le vaste champ étoilé de nos consciences boursouflées par nos espérances, par nos hardiesses et par nos pulsions, étincelles redoutables, combustible impérissable imprévisible prêt à tout instant à embraser le monde. »

mais très vite, la lumière s’éteint laissant place aux platitudes maussades, à un discours convenu sans élégance, sans éclats tentant de donner une définition à :
« Seulement ce n'est pas un Dieu qui tend, ou qui prétend à l'harmonie entre les choses. C'est un Dieu irascible, aux humeurs difficiles, en conflit perpétuel avec tout ce qui l'entoure. Contre les autres formes de vie, contre le monde, contre lui-même. Un Dieu hostile et belliqueux. Cruel et orgueilleux. Capricieux et fantasques. »

« Dieu est une construction intellectuelle. Une théorie nous dédouanant, un palliatif à nos abdications, à notre nature erratique… » 

« Pour nous autres, êtres normaux, » facilité « à l'identité animale reniée » désolée mais vous faites de votre vie ce que vous désirez en faire, la lâcheté et les commodités font que, mais vous avez le choix de refuser ce mode vie, de ne pas négocier, de tout abandonner pour être ce que vous serez et toucher, peut-être, à l’inaccessible.

Vous poursuivez votre entreprise de "donner définition" mais l’objet de votre texte vous a déjà mangé et digéré.

« Si Dieu existe dans nos désirs de béatitude, c'est que la terre elle-même, dans sa nature fruste, ne nous promet aucune illumination. » Vous dissociez Dieu et Nature, une grille de lecture qui exclut l’hypothèse Dieu créateur de toute chose : l’univers, les milliards de galaxies, les étoiles, les planètes etc.

Je ne poursuivrai pas sur cette voie, ne me sentant pas légitime, aussi l’impression que je garde après lecture est un texte « conversation entre amis, amies » qui emprunte des facilités, des banalités parfois, autour d’un sujet ardu à embrasser.

A bientôt de vous lire,


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