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Poésie contemporaine
Curwwod : Adolescente
 Publié le 16/08/26  -  5 commentaires  -  814 caractères  -  95 lectures    Autres textes du même auteur

À mes filles L. et S.


Adolescente



Elle a cette beauté des filles de seize ans
Qui se veulent tant femme et ne savent pas l'être,
Si pressée au miroir de se regarder naître
Et posant sur la vie un regard méprisant.

Elle a cette candeur des promesses naïves
Que l'on croit à cet âge et qu'à cet âge on ose,
Plus proche du bouton que de la fleur éclose,
Elle ne connaît rien et se juge captive.

Qu'est-elle ? Que veut-elle, hésitante sans cesse
Entre rire frivole, émoi effarouché,
Effronterie timide, insolence affichée,
Ronronnante parfois comme un chat qu'on caresse.

Je la vois chaque jour et ne la connais pas,
Chacun de ses matins est un nouveau mystère
Qui me dépasse quand, ou câline ou panthère,
Elle me saute au cou en m’appelant : « Papa ! »


 
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   Ornicar   
10/8/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime bien
Avec ses mots simples, qu'il est touchant ce poème personnel. A cause de la dédicace ("A mes filles L. et S."), on sait dès le départ qu'auteur et narrateur ne feront qu'un.
A la lecture, l'on ressent aisément l'attachement du père pour sa fille, adolescente "de seize ans". Un attachement fait d'amour, d'incompréhension, de distance, de turbulences. C'est la qualité première de ce texte ; le but à atteindre pour l'auteur, et qui est atteint pour moi.

Ce poème est servi par de bonnes images ou formules pour exprimer au choix :
- l'effervescence propre à cette période où l'on désire ardemment une chose et son contraire l'instant d'après : "Qui se veulent... femme et ne savent pas l'être" ; "Plus proche du bouton que de la fleur éclose" ; "ou câline ou panthère"
- l'incompréhension, celle du père notamment face à sa fille qui grandit : "Je la vois chaque jour et ne la connais pas" ; "Chacun de ses matins est un nouveau mystère". C'est d'ailleurs son point de vue qu'adopte le texte.

Sur l'ensemble du poème, je trouve l'écriture globalement "fluide" mais je relève aussi quelques passages où la lecture accroche à mes oreilles et sous la langue. Comme en ce moment les forums bruissent de discussions autour de cette notion aléatoire et protéiforme, je vais tâcher de me montrer précis en expliquant ce qui me gêne, et parfois, en faisant d'autres suggestions qui me semblent... plus "fluides".

Pour commencer, voici quelques vers qui me paraissent remarquablement "fluides". Par exemple : "Elle a cette beauté des filles de seize ans" ou "Elle a cette candeur des promesses naïves" ou encore "Je la vois chaque jour et ne la connais pas" et juste après "Chacun de ses matins est un nouveau mystère". Ces vers sont fluides parce qu'ils donnent l'impression de tomber "naturellement" sous la langue et sous le sens, sans anicroche. La césure tombe naturellement sans que la construction syntaxique en pâtisse. Ce sont des alexandrins bien sûr, mais ils se coulent dans le moule sans effort. En tant que lecteur, je ne repère pas non plus la présence de "chevilles", ces petits mots "bouche-trous" qui n'apportent rien au niveau du sens zt de la poétique mais dont la seule utilité est de pallier un vers un peu court. Enfin, je ne relève pas non plus de sonorités désagréables ou gênantes à l'intérieur du vers (hiatus, trop nombreuses ou trop proches nasales, etc...).

- le vers 2 ("Qui se veulent tant femme et ne savent pas l'être") en est une illustration.
Deux choses me gênent dans sa première moitié : la sonorité nasale de "tant" renforcée par son voisinage avec le mot "femme", et la construction syntaxique alambiquée avec sa forme pronominale. Le cerveau préférerait lire : "Qui veulent tant être femme". Au niveau de la syntaxe c'est déjà un peu mieux mais le vers fait alors 13 pieds et sur le plan sonore, c'est toujours pas terrible. Le plus simple est de supprimer l'adverbe "tant". Suggestion : "Qui rêvent d'être femme et ne savent pas l'être". Et là, je trouve qu'on gagne en "fluidité". Mais la répétition ("être") me direz-vous ? Je ne la trouve pas gênante, elle crée au contraire un effet de parallélisme qui sert le récit en accroissant la distance séparant les désirs et la réalité.

- vers 6 ("Que l'on croit à cet âge et qu'à cet âge on ose").
Ici, la syntaxe est correcte et n'est pas en cause dans le manque de "fluidité" que je ressens. C'est plus une histoire de sonorités trop proches entre le verbe ("croit") et la préposition ("à") au point de créer comme un hiatus. Mieux me semble être : "Qu'à cet âge l'on croit, et qu'à cet âge on ose". Et avec une virgule surtout. Très important, la virgule. En imposant un temps d'arrêt, elle évite l'apparition d'un hiatus (entre les sons "oi" - "é"). On peut aussi opter pour : " "Qu'à cet âge l'on croit mais qu'à cet âge on ose". Plus radical. Perso, dans ces deux suggestions, j'aime bien l'effet de symétrie entre les deux hémistiches. Il me semble qu'il sert, là aussi, le récit.

- dernier vers ("Elle me saute au cou en m’appelant : « Papa ! »")
Encore un petit manque de "fluidité" pour une transition entre des sonorités qui ne me semble pas très harmonieuse à l'oreille, provoquant un hiatus : "cou - en". Suggestion : "Elle me saute au cou puis m’appelle : « Papa ! ». C'est aussi beaucoup plus simple. Et c'est peut-être pour cela que ça me paraît plus fluide. Mais c'est parfois si difficile, la simplicité.

- vers 3 ("Si pressée au miroir de se regarder naître")
Là, c'est pour le fun, pour s'amuser. Il y a bien la proximité des sonorités "é - au" ("pressée au miroir"). Allez... deux petites virgules suffiront et l'on a : "Si pressée, au miroir, de se regarder naître". Ce vers est fluide. Il peut l'être davantage encore. Là, ce n'est plus une question de syntaxe ou de sonorités, mais de rythme. Je remarque que ce vers commence sur un rythme ternaire, très harmonieux avec cette sensation de balancement régulier qu'il induit : "Si - pres - sée / au - mi - roir". Mais après ce début prometteur, le rythme est cassé pour passer en 5/1 : "de - se - re - gar - der / naîtr (e)". Pourquoi ne pas essayer de conserver ce mouvement ternaire jusqu'au bout ? Comme ceci : "si pressée, au miroir, de se voir et de naître". On obtient alors une succession de petites cellules rythmiques de trois temps, toutes égales entre elles : "si - pres - sée / au - mi - roir / de - se - voir / et - de - naîtr (e)". Et pour plus de simplicité encore, on peut "inverser l'inversion" : " Si pressée de se voir au miroir et de naître". Mais... Aïe ! le sens et l'intention ne sont plus les mêmes. J'ai dérivé.

Toutes mes excuses pour ces développements assez longs, et pour certains d'entre eux très subjectifs, qui pourront passer pour des points de détail. Mais... quand on aime, on ne compte pas, paraît-il... Et l'on ne ménage pas non plus ses efforts. Ce qu'en revanche je sais, c'est que j'ai bien aimé ce poème. Merci pour ce partage.

Ornicar

   Provencao   
16/8/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Curwwod,

Une délicieuse lecture qui m'a tout de suite invitée à une rencontre, une belle rencontre confiée. Vous avez fort bien réussi à poétiser " l'adolescente" en présence dans votre coeur.

Vos vers sont liés à l'amour, bien sûr, mais ils révèlent très justement ce sublime ressenti du sentiment.

J'en ai aimé cette délicate aura qui n'appartient qu'à cette intuition forte et profonde sensibilité à l'Amour paternel.

Au plaisir de vous lire,
Cordialement

   LeChevalier   
16/8/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
C'est très bien. Vous avez bien rendu toute l'ambiguïté d'un âge de métamorphose, où l'on veut ce qu'on ne connaît pas. J'ai bien apprécié la série d'émotions accompagnées d'adjectifs et la chute finale du texte qui met bien les choses à leur place. Le troisième vers du premier quatrain est certes bizarrement tourné et il me semble qu'il fallait un point d'interrogation à la fin de la deuxième strophe, mais globalement c'est un poème clair, simple, qui veut dire quelque chose et c'est déjà beaucoup de nos jours.

   Mokhtar   
17/8/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Face à la jeune fille qui éclot, le père est à la fois le mieux placé, par sa proximité affective… et le plus mal placé, face à l’énigme que devient cette adolescence qui le désarme.

On pourrait se lancer dans des considérations freudiennes, mais ce ne serait pas dans le ton de ce poème touchant qui donne avant tout dans la tendresse. Cela n’exclut pas une observation un peu déconcertée (« je la vois…et ne la connais pas ») mais néanmoins lucide (désir de plaire, de s’émanciper mais aussi de tendre protection).

L’écriture est d’une grande limpidité. Parce que le sujet le veut, elle s’attache aux contrastes ; « frivole-effarouché ; timide-insolente ; câline-panthère ». Elle est toute en « balancements », à l’image des évolutions de la jeune fille.

Petite réserve à propos du vers : « Elle ne connaît rien et se juge captive» dont le sens est certes pertinent mais dont la formulation, un peu prosaïque, parait en retrait par rapport à l’élégance générale du poème.

Le « Papa » final, où l’adolescente redevient enfant, émeut en rétablissant la simplicité du lien….pour quelque temps encore.

Merci pour ce poème ayant bien su mêler, sans puérilité, l’art de regarder grandir et une tendresse indéfectible. On attend avec intérêt votre prochain poème sur l’art d’être grand-père.

   Pussicat   
17/8/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Je sais pourquoi j’ai souri, parfois, à la lecture de votre poème Curwwod, j’ai deux filles, elles ont passé l’âge que vous titrez « Adolescente », bien que cette désignation sociologique peut-être remise en question, elle vous permet ici de fixer dans le temps le portrait que vous faites de votre enfant et des sentiments qui vous animent, j'ai souri aux échos que votre texte ont fait naître chez moije comme un vent d'automne ferait voleter les feuilles tombées quelques mois plutôt... ce fut un plaisir de lecture diffusé dans ce petit matin et c'est déjà beaucoup.

Une forme de généralisation traverse le texte comme si vous vouliez vous soustraire à un portrait trop intime, dessiner des traits trop singuliers, comme une façon de se mettre à distance et poser des limites, et mettre le lecteur à distance, pudeur légitime d’un père, ce que fait avec classe la première strophe :

Elle a cette beauté des filles de seize ans
Qui se veulent tant femme et ne savent pas l'être,
Si pressée au miroir de se regarder naître
Et posant sur la vie un regard méprisant.

Toutefois, la généralisation porte ses limites quand elle se fait sociologique : « Et posant sur la vie un regard méprisant. », les enfants de seize ans portent-ils tous sur la vie contemporaine ce même regard méprisant ?

« Que l'on croit à cet âge et qu'à cet âge on ose, »
J’ai tiqué sur « croit », qui m’accroche et me fait croasser, alors que le vers est magnifique dans sa construction avec sa répétition de « âge »

« Ronronnante parfois comme un chat qu'on caresse. »
J’ai de nouveau tiqué, buté serait plus juste, sur l’image du chat caressé : femme-animal, femme-félin ; le chat vraiment (mais peut-être ai-je l’esprit tordu, aiguisé par trop de combats, c’est possible), l’image du chat caressé ne passe pas du tout. Une image que vous utilisez à nouveau dans la dernière strophe « ou câline ou panthère, » comme une facilité.

« Elle me saute au cou en m’appelant : « Papa ! »
Elle me sotokou / en-en / « en » m’appel « ant ».
Je ne sais pas pourquoi je trouve cette fin brutale, comme si elle ne faisait pas partie de votre poème, comme écrite dans une autre langue.

Un texte à l’écriture élégante, touchante parfois, d’une grande fluidité, un texte traversé d’une extrême pudeur, avec des échappées d’une éclatante beauté esthétique :

«  Si pressée au miroir de se regarder naître »
« Elle ne connaît rien et se juge captive. »
« Elle a cette candeur des promesses naïves
Que l'on croit à cet âge et qu'à cet âge on ose, »

J’aime beaucoup,

A bientôt de vous lire,


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