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Laboniris
Lariviere : Fragments delta numéro 13
 Publié le 07/10/26  -  4 commentaires  -  2423 caractères  -  74 lectures    Autres textes du même auteur


Fragments delta numéro 13



Prenez un verre d'eau tiède. Versez-y un glaçon et agitez le tout, puis trempez votre doigt ; vous aurez inventé la philosophie.

La poésie ?

Un volcan splendide crachant, déversant sa lave, ses cris, ses féeries, dans de vaines éruptions…

Victime d'un burn-out, Dieu est en observation. Ne priez pas Dieu, il n'est plus joignable. Il est indisponible et sa messagerie ultravocale est saturée…

L'homme est un sphinx à queue de singe, un serpent à plumes à crinière et dents de lion.

Devant la duplicité étouffante, le monde tangue et nous trébuchons, ébrieux, soucieux, ivres de nous-mêmes, comme les poules s'étourdissent, c'est un fait, en picorant de leur bec sensible le sol dur du poulailler. Malaises et fadaises aux mamelles, malgré les flatteries faciles, les vallées vertes et les images vermeilles, les visions acerbes percent les dimensions factices… Ainsi, les décorums s'enflamment et les cerveaux vacillent, la nausée aux naseaux, les saveurs d'immondices nous envahissent et nous régurgitons, quand nous découvrons enfin la réalité dégueulasse qui nous entoure, où nous nous découvrons encerclés de toute part, par les affres effarants de la tromperie : jeu de dupes, sourire caduc, symphonie assourdissante et mythologie, farouche putréfaction de toute chose communicable. Alors nous vient le goût amer, indéfectible, inoubliable, d'être pris éternellement pour une poupée de chiffon dans la céleste déchetterie.

La littérature. Escroquerie. Le récit, la prose. Escroquerie. Le roman. Une escroquerie. Les histoires d'amour ?… Le journalisme. L'éternité. La Bible. Nos dieux et nos héros. Nos hymnes, nos odes, nos épopées. L'espace et le temps. Nos cantiques et nos éloges. Nos litanies. Nos oraisons. Nos raisons. Nos déraisons. Nos saints. Nos idoles. Nos mythes. Nos idéaux. Nos vertus. Nos nobles sentiments. Escroquerie. Nos vérités sont des hérésies. Le vertige est notre seule certitude. La fiction. La réalité. Escroquerie. Les biographies. Escroquerie. L'Histoire. Le monde. Le théâtre. La comédie. Les nécrologies. Les religions. La compassion. Les anges. Les archanges. Les démons. Les guéridons. Les tapis volants. Les hautes envolées. La politique. Le patriotisme. La République. La Fraternité. L'égalité. La liberté. Escroquerie. L'ici et l'au-delà. Escroquerie toujours ; toujours, partout et tout le temps, escroquerie.


 
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   Myndie   
29/9/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Encore un texte coup de poing, un ovni, pur croisement de manifeste nihiliste et de factum poétique et virulent ; si je n'en subodorais l'auteur, je dirais qu'il me sape le moral en me faisant perdre toutes mes illusions et mes espoirs.
C'est en ne s'arrêtant pas au regard immédiat qu'on en décèle la force et l'éloquence, du début au crescendo final.
La démonstration utilise des contrastes audacieux qui frisent l'absurdité : on part d'un verre d'eau tiède et de gestes minimalistes pour inventer la philosophie (rien que ça!) et on arrive à un inventaire frénétique des « escroqueries », en passant par des considérations spirituelles désabusées («  Ne priez pas Dieu, il n'est plus joignable »).
J'ai surtout apprécié l'efficacité des images et métaphores qui enrichissent le côté drôlatique voire le ridicule de situation, comme ici :
«L'homme est un sphinx à queue de singe, » 
« nous trébuchons, ébrieux, soucieux, ivres de nous-mêmes, comme les poules s'étourdissent, c'est un fait, en picorant de leur bec sensible le sol dur du poulailler. »
et, évidemment l'époustouflant jeu sur les sonorités, dans ce passage :
« Malaises et fadaises aux mamelles, malgré les flatteries faciles, les vallées vertes et les images vermeil, les visions acerbes percent les dimensions factices… Ainsi, les décorums s'enflamment et les cerveaux vacillent, la nausée aux naseaux, ».
Quant à la longue litanie finale, un maelström qui suspend le rythme et aspire le lecteur vers les profondeurs de l'étouffement, c'est véritablement le rejet total de toutes nos illusions.
Et pour ça, je ne remercie vraiment pas l'auteur ^^

Bravo pour ce texte à la fois cynique, cocasse et lucide.

   Polza   
7/10/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Lariviere, vous n’avez vraiment pas de bol mon vieux, un seul commentaire (que je ne lis pas pour l’instant, j’ai toujours peur que cela influence le mien) et 13 lectures (en même temps, ça colle parfaitement avec le numéro des fragments), c’est vraiment peu par rapport à la richesse de vos mots, de la pensée du narrateur !

Encore une fois, je ne vais pas avoir le temps de vous proposer un commentaire digne de ce nom dès aujourd’hui, mais vous me faites penser à la boulangerie du quartier où que je crèche ! (y a une microcrèche à côté en plus, véridique)

Elle a changé plusieurs fois de propriétaires et a fermé pendant plusieurs mois parfois faute de repreneur.
Chaque fois, j’entendais les gens râler, dire « on n’a plus de boulangerie, faut aller dans la ville à côté, fait chier ! »

Mais quand un boulanger se décide à reprendre l’affaire, y’a des gens qui disent, « ah bah le pain il est meilleur dans la ville à côté, on préfère aller là-bas ».

Et que se passe-t-il ensuite ? Je vous donne dans le mille Émile, le boulanger met la clef sous la porte faute de fréquentation suffisante et les gens disent « on n’a plus de boulangerie, faut aller dans la ville à côté, fait chier ! » J’imagine que vous connaissez déjà la suite, ça se poursuit ad infinitum…

Tout ça pour dire que si je vous commente, c’est par peur que vous vous lassiez de nous proposer vos laboniris sur Oniris et que vous alliez voir ailleurs, que vous mettiez à votre tour la clef sous la porte !

Rassurez-vous, je plaisante à moitié, si je vous commente, c’est avant tout parce que certains de vos écrits m’interpellent !

Ce que je voulais surtout dire avant de vous commenter mieux un autre jour (j’espère), c’est que j’ai adoré l’idée (qui n’est pas foncièrement nouvelle, mais qui est traitée sous un angle nouveau ici) de vouloir dénoncer un tas de sujets, la philosophie, la poésie, la littérature, etc., tout en suggérant imperceptiblement au lecteur que le narrateur est lui-même un escroc puisqu’il utilise le procédé qu’il met en avant, la poésie, la littérature…

Je trouve ça volontairement paradoxal et très malin !

Voilà ce que je pouvais à peu près vous dire pour le moment !

Ah si, j’ai juste le temps en guise de conclusion de vous signaler les habituelles petites fautes d’inattention…

« les décorums s’enflamment » c’est peut-être exactement ce que vous avez voulu écrire, mais l’emploi de ce nom masculin implique déjà le pluriel :

« DÉCORUM
Prononciation :
(um se prononce ome) nom masculin
Étymologie :
xvie siècle. Emprunté du latin decorum, “ce qui convient ; les bienséances”, neutre substantivé de l’adjectif decorus, “convenable ; orné, paré”.
■ Ensemble des convenances, des règles de bienséance qu’il convient d’observer en certaines circonstances. Les règles du décorum. Garder, observer le décorum. Il n’a aucun souci du décorum. Spécialement. Étiquette à laquelle sont astreints les personnages officiels. Décorum royal.
▪ Par extension. A souvent le sens d’Apparat. S’entourer d’un grand décorum. Il a le goût du décorum. »

Ça donnerait donc « le décorum s’enflamme »

« les affres effarants »

les affres, nom féminin pluriel, « les affres effarantes »

C’est tout pour aujourd’hui, signé Maître Capelovici !



Je reviens en coup de vent pour vous dire que je viens de me souvenir du livre « Se libérer du connu » de Jiddu Krishnamurti

Il y a un passage où il écrit :


« Votre vie, vous-mêmes, vos petitesses, votre existence creuse, votre brutalité, votre violence, votre avidité, votre ambition, vos affres quotidiennes, votre douleur sans fin. C’est tout cela qu’il vous faut comprendre et personne sur terre ou au ciel ne vous en délivrera, si ce n’est vous-mêmes. »

Je trouve que cette citation va bien avec votre laboniris, en plus, il parle d’affres quotidiennes !

   jf2   
7/10/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
J’ai immédiatement pensé aux Chroniques de la haine ordinaire de Pierre Desproges, avec l’image de Dieu : « Dieu n’est pas bien », l’absurdité, la cocasserie et le cynisme désabusé.

J’ai particulièrement aimé l’image des poules après l’évocation de Dieu.

L’ensemble est jubilatoire.

Allez, pour compléter la litanie, j’espère que l’auteur ne m’en voudra pas, j’aurais ajouté à la fin : « Les ratons laveurs, Escroquerie ».

   Passant75   
7/10/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime bien
Ainsi Haroun Tazieff, célèbre vulcanologue, devait donc être un grand poète et il suffirait aussi d’un verre d’eau tiède et d’un glaçon pour inventer la philosophie. Je trouve que ce poème démarre vraiment très fort ! Et Dieu dans tout ça, comme disait Jacques Chancel ? Contrairement aux dires de Nietzsche, il n’est pas mort, mais simplement en arrêt maladie, ce qui risque tout de même de faire flamber le déficit de la Sécu. Mais qu’importe, puisque tout n’est qu’escroquerie !

Mais c'est ce nihilisme absolu qui me laisse perplexe. Littérature, poésie, religion, histoire, politique, liberté, fraternité, vérité, réalité… tout y passe. Mais si tout est escroquerie, qu’en est-il de cette dénonciation elle-même ? Pourquoi ce texte échapperait-il à la règle qu’il impose à tout le reste ? Il y a là une contradiction qui, à mes yeux, aurait pu être passionnante si l’auteur avait accepté de la pousser jusqu’au bout.

En effet, le plus amusant est que ce texte qui condamne la littérature est lui-même une brillante démonstration de sa puissance, métaphores, images extravagantes, jeux de mots, accumulations, tout ce qu’il utilise pour séduire est précisément ce qu’il prétend dénoncer. La langue est brillante, souvent jubilatoire, mais le « tout est escroquerie » finit par tourner un peu en rond. Alors je me repose cette question … et si ce poème était lui-même une escroquerie ?


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