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Poésie néo-classique
Laurent-Paul : Nocturne
 Publié le 17/01/26  -  7 commentaires  -  1188 caractères  -  86 lectures    Autres textes du même auteur

« Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche. »
Recueillement - Baudelaire


Nocturne



La sirène du soir sonne ;
Dans leur mine les étoiles
Quittent le bleu, se dévoilent
Et leur nudité m’étonne.
_ _ _

L’obscurité nous sépare
Des astres comme du reste.
À chaque fois que je reste
Seul dans la nuit je m’égare :

La lune m’éclaire presque ;
Je voudrais peindre mes rêves
Mais les ténèbres enlèvent
Les nuances de la fresque.

Les parfums que je respire
Me font suivre une inconnue ;
Chaque effluve s’insinue
Et je tremble et je transpire.

Quand j’effleure une peau nue,
Le frisson qui me traverse
N’est jamais une caresse
Mais une déconvenue.

Battant d’un rythme anémique,
Mon cœur n’est jamais gravide ;
Il résonne du grand vide
De mon tambour thoracique.

La nuit sombre et se colore ;
L’obscurité, c’est étrange,
Se remplit d’un jus d’orange
Sanguine que boit l’aurore.
_ _ _

Les étoiles rhabillées
S’en retournent à la mine.
Sous chaque bleu je devine
Des braises éparpillées.


 
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   Ornicar   
15/1/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
La nuit transfigurée.
J'ai trouvé ce poème réellement magnifique. Les images, riches et originales, sont captivantes et accrocheuses, pas loin d'être surréalistes avec, au commencement, ces étoiles reléguées au fond de la mine durant le jour et quittant l'usine et leur bleu de travail à l'appel de la nuit, ou, vers la fin, cette obscurité en voie de liquéfaction qui "se remplit d’un jus d’orange / Sanguine que boit l’aurore".

Entre ces deux extrémités, la tonalité du poème se fait plus introspective et intime, l'inspiration plus baudelairienne, l'ambiance plus trouble. L'émerveillement des premiers vers cèdent le pas au désenchantement. Pas d'amours heureuses et la chair est irrémédiablement triste : "Quand j’effleure une peau nue, / Le frisson qui me traverse / N’est jamais une caresse / Mais une déconvenue". C'est un sentiment d'inanité et d'échec, toujours renouvelé, qui domine et que semble annoncer en germe la strophe 2 : "L’obscurité nous sépare / Des astres comme du reste. / A chaque fois que je reste / Seul dans la nuit je m’égare".
Le travail prosodique est également original : vers de 7 pieds (ce n'est pas si courant) et rimes exclusivement féminines. Comme un hommage à la lune, figure de la féminité, par delà la nuit.

Que l'auteur me pardonne mais je terminerai ce commentaire par un mouvement d'humeur qui ne lui est pas destiné. Quoi ! Pas un seul commentaire en espace lecture pour ce magnifique poème ? Je n'en reviens pas. Serai-je le seul à l'avoir repéré ? Allez ! On se réveille... C'est pas parce qu'il est intitulé "Nocturne" qu'il faut roupiller.

   papipoete   
17/1/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
bonjour Laurent-Paul
Quand on Regarde une chose, un être alors que le quidam ne fait que Voir, on peut noter au dictaphone, tant de couleurs, tant de sens, tant d'émotions ; et là justement, quand le ciel allume le spectacle de la nuit, il n'est point trop de deux yeux pour s'en régaler.
Une kyrielle d'émotions s'empare du héros, jusqu'à frémir d'une caresse sur la peau...d'une inconnue pour hélas une déconvenue.
NB devant ce que ressent le héros, sous la plume de l'auteur, je suis épaté par la palette de ce que son esprit dessine au noir de la galaxie.
Voici le genre de texte qui selon moi, ne s'explique pas ; l'on s'en imprègne, et on lève les yeux au ciel.
l'avant dernière strophe, particulièrement technicolor, me plaît
Que l'auteur m'en dise plus au 20e vers ?
Des heptasyllabes que rarement l'on trouve employées !

   Provencao   
17/1/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Laurent-Paul,

"L’obscurité nous sépare
Des astres comme du reste.
À chaque fois que je reste
Seul dans la nuit je m’égare :

La lune m’éclaire presque ;
Je voudrais peindre mes rêves
Mais les ténèbres enlèvent
Les nuances de la fresque"

Particulièrement aimé ces mots qui sont véritablement le médium de votre poésie. Il y a un trouble constitutif entre image et sens.

Il y a une belle rencontre du nocturne. Quelque chose presque imperceptible, l'obscur, éclairé dans la pureté de la lune.

Au plaisir de vous lire,
Cordialement

   Robot   
17/1/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Une balade nocturne mystérieuse et enchanteresse, des images oniriques qui inspirent l'imagination.
Une vision portée par l'originalité de l'écriture. Des mots qui transcendent la réalité.

   Cristale   
17/1/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
"Je voudrais peindre mes rêves
Mais les ténèbres enlèvent
Les nuances de la fresque."

Ah mais que non ^^ ! Les nuances de la fresque ont l'éclat des étoiles qui illuminent ce poème tel un tableau de maître où chaque touche de couleur est un mouvement perpétuel, ou comme ces compositions de sables colorés mis sous verre créant une image sublimée différente à chaque oscillation.

Je trouve les deux quatrains finaux magnifiques.

Merci Laurent-Paul pour ce partage pétri d'onirisme.

"C'est la nuit qu'il est beau de croire à la lumière"
Edmond Rostand

   Polza   
17/1/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Un poème avec beaucoup de belles trouvailles poétiques et en heptasyllabes.

« Se remplit d’un jus d’orange
Sanguine que boit l’aurore »

J’ai beaucoup aimé ce passage, j’adore les agrumes il faut dire, cela m’a fait penser à la chanson Naissance d’un soleil d’Arthur H que j’aime énormément !

« Le soleil nous éclabousse
Du sang de pamplemousse… »

et à Paul Eluard également avec son fameux, « La terre est bleue comme une orange »

J’ai vraiment adoré cette peut-être allégorie (je ne me souviens jamais les définitions des différentes figures de style !) pour représenter le soleil qui se lève.


« À chaque fois que je reste », j’ai trouvé la préposition « À » superflu, comme si elle était là pour compléter le nombre de pieds…


« Chaque effluve s’insinue » peut-être, je dis bien peut-être, pour éviter trois fois la répétition de chaque, je n’aurais pas été gêné par « Quelque effluve s’insinue/Et je tremble et je transpire »

« Mon cœur n’est jamais gravide » en plus du sens que je ne trouve pas exceptionnel (peut-être suis-je passé à côté) la sonorité gras vide ne me semble pas heureuse, elle m’a presque fait penser à gras du bide en exagérant…

Le dernier quatrain vient clore ce poème de façon magistrale.

Malgré ces quelques petites remarques, c’est un poème très travaillé et poétique.

   LeChevalier   
17/1/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Ecrit circulaire, dont les deux bout, réunis par l'image étonnate de la mine, sont graphiquement séparés par des traits. Cette circularité se retrouve dans le schéma des rimes embrassées, où on finit par ce dont on avait commencé.

Au milieu, les errances nocturnes et répétitives du poète. Il y a là de l'abstrait (quatrain de la fresque) mais aussi du très clinique (quatrain de la cage thoracique). Une autre image étonnante, celle du jus d'orange (qui fournit aussi une rime originale).

Deux rimes s'appuient sur l'étymologie : reste/reste et respire/transpire. Je les aurais évitées.


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