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Poésie contemporaine
Lebarde : L'essence des sens
 Publié le 11/03/19  -  7 commentaires  -  5105 caractères  -  79 lectures    Autres textes du même auteur

Évocation personnelle et réaliste des cinq sens qui s'altèrent avec le temps et suscitent des regrets l'âge venu.


L'essence des sens



La Vue

J’ai vu, j’ai regardé et puis j’ai admiré
Chaque fin de nuit quelle que soit la saison
L’aurore naissante conquérir l’horizon,
Le brouillard entre les arbres se déchirer
Libérant un disque, certains jours paresseux,
Qui souvent au zénith me brûlera les yeux
Et fondra le soir dans une mer incendiée
Pour laisser place au ciel d’étoiles émaillé.

J’ai vu, j’ai regardé et puis j’ai contemplé
La haute montagne et ses sommets enneigés
Au-dessus de la vallée, l’ombre d’un nuage,
Le miroir de la mer s’étaler sur la plage,
Le calme cours d’eau dans la plaine s’écouler,
Le désert immense et ses dunes modelées,
Des tableaux et statues dont la vue rend heureux,
Le corps de Vénus sous un voile vaporeux.

L’Ouïe

J’ai entendu, j’ai écouté sans m’en lasser
La tempête dans les rochers se fracasser,
Le cerf bramer à l’orée du bois dans la brume,
Dans le lointain le bruit du marteau sur l’enclume,
La mésange casser la graine sur la branche,
Tinter les cloches du village le dimanche,
Et puis tout là-bas, la fauvette gazouiller,
Le coq chanter à l’aube pour me réveiller.

J’ai entendu, gorge serrée j’ai écouté
Les violons langoureux dans les aigus monter,
Les chœurs puissants remplir la salle et l’émouvoir,
Forçant à sortir furtivement les mouchoirs,
Les flûtes et hautbois se mettre à l’unisson.
J’ai subi le tocsin et le son du clairon
Et rêvé à la voix cristalline des anges
Chantant de la nature et la vie les louanges.

L’Odorat

J’ai respiré, j’ai senti et j’ai apprécié
Tous les airs purs et même ceux un peu viciés,
La senteur de l’humus et du cèpe en sous-bois
Et durant les frimas celle du feu de bois ;
Humé la poussière sous les gouttes d’orage,
Le fumet qui s’échappe d’un goûteux potage,
Le parfum subtil des colchiques dans les prés,
Délicat et profond des belles orchidées.

J’ai respiré, j’ai senti et souvent subi
L’haleine fétide des villes au saut du lit,
Les relents repoussants d’une foule attroupée,
L’arôme enivrant du lys fraîchement coupé,
Le gaz d’échappement des moteurs qui s’emballent,
Celui plus naturel du crottin de cheval.
Mais mes narines ne se sont jamais lassées
De la sensuelle odeur de nos corps enlacés.

Le Goût

J’ai mangé, j’ai goûté, j’ai aussi dégusté
Les mets les plus subtils et les plus contrastés,
La fraise sucrée écrasée sur le palais,
Le bœuf aux carottes et l’agneau flageolets,
Les fruits acides qui agressent les papilles
D’autres, très amers corrigés par la vanille,
Les goûts épicés domptés par le cuisinier
Ou délicats inventés par le pâtissier.

J’ai eu en bouche les saveurs les plus variées
Que m’ont appris à connaître les sommeliers
Ou celle aigrelette et âpre de la prunelle
Qu’on trouve par hasard dans les haies et venelles.
Ma langue aimant aussi le savoureux cachou
A souvent trouvé le sel au creux de ton cou
Pour tenter d’oublier le goût fade du sang
Répandu partout dans ce monde agonisant.

Le Toucher

Comme tout à chacun et en bon touche-à-tout,
J’ai dès mon plus jeune âge mis mes mains partout
Et avec ma peau, tâté tout ce qui m’entoure
En quête de sensations gardées pour toujours.
J’ai senti les vents et soleils sur mon visage,
Avec mes pieds nus la mousse sous les feuillages.
J’ai perçu la chaleur et la forme des choses,
Le piquant de l’ortie et l’épine des roses.

J’ai touché, j’ai palpé et toujours bien aimé
La fourrure des chats et les peaux satinées,
La souplesse du cuir, le soyeux du vélin,
Dans mon lit, la rêche douceur des draps de lin,
Poser ma tête sur un duveteux coussin,
Tenir entre les mains un tout petit poussin
Et plus que tout, titiller ton sein dévoilé,
Passer les doigts dans ta chevelure bouclée.


Ma vue se trouble et sur mes yeux descend un voile.
Pourrai-je encore longtemps compter les étoiles ?
Mon oreille décline et ne peut plus entendre
Les plaintes et clameurs que je voudrais comprendre.
Mon nez se bouche et ne sait plus que renifler.
Pourquoi déjà ne sent-il plus que le brûlé ?
Ma langue pâteuse mélange les saveurs
Et ne reconnaît maintenant que les aigreurs.
Ma main calleuse ne sait guère que masser
Et n’ose plus la joue des enfants caresser.

Pourquoi ai-je ignoré ou très mal perçu
Le brin d’herbe bravant le gazon bien tondu,
La voix fluette jaillissant du brouhaha,
Ce pigment doux relevant le goût du rata,
La petite fleur défiant la puante fange.
Pourquoi n’ai-je retenu que ce qui m’arrange,
Oublié de mettre un velours sur le grattoir
Et d’écouter tous mes SENS pour garder espoir.


 
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   Queribus   
19/2/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Que dire devant une telle perfection d'écriture, une telle maitrise de la prosodie et de la rime, si rares de nos jours. Tout est si parfait dans votre écrit. Histoire de trouver quand même quelque chose, je dirai que les phrases me semblent un peu longues dans l'ensemble, de même que je trouve long l'ensemble du poème. À part ça, tout est parfait et pourrait servir de modèle à bien d'autres poètes.

Bien à vous.

   Corto   
21/2/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Un poème de grand art ! Ce n'est pas seulement de la poésie, c'est aussi la vie.

Le titre rend parfaitement honneur à la démarche tout à fait remarquable.

Devant un tel texte, je ne commente pas, je relis.

Merci.

   papipoete   
11/3/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
bonjour Lebarde
Quelle entrée en fanfare dans le monde onirien ! Choisir d'égrener tous les sens que la nature nous donna, comme les cailloux du Petit Poucet, n'en laisser aucun sur le bord du chemin !
Leur infinie disposition à voir, ouïr, humer, goûter, toucher avec plus ou moins d'aptitude chez moi chez vous...puis la longue pente, où peu à peu ces propriétés innées se fanent, et meurent .
Il vous fallut bien 12 strophes, pour faire chanter tous ces fameux sens, et de visu l'on put passer sur votre poème, de crainte d'être lassé, que nenni !
Pour le lecteur il serait ardu de relever un vers en particulier ( ils rutilent tous ! ) j'essaie en vain...non, ce n'est pas possible !
Je jette un coup d'oeil à la prosodie qui ne fait pas défaut de " néo-classique " dans les 16 premiers vers ( je ne doute pas qu'au-delà, il en soit de même ! )
De la belle ouvrage !

   senglar   
19/3/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Lebarde,


Chacun aura cueilli au passage ses bribes de bonheur ou de "malheur" dans ce poème peut-être un peu énumératif (pourquoi le mot herbier me vient-il à l'esprit ? On y aurait choisi ses fleurs :). ) ; j'ai trouvé très intéressant d'évoquer la femme aimée à la fin de certains sens, certaines strophes, pourquoi ne pas l'avoir fait pour tous les sens, toutes les strophes et ne pas avoir terminé avec elle en point d'orgue pour atténuer le constat du déclin de chacun de ces sens.

De façon à donner du coeur à La Vue, L'Ouie, L'Odorat, Le Goût, Le Toucher, même vieillissants. De plus cela aurait tissé le poème, lui aurait ôté en quelque sorte... quelque peu de son arbitraire, fourni un fil rouge (passion). lol.

J'ai réagi bien des fois, comme je l'imagine beaucoup de vos lecteurs, rieur ou attendri. Quelques exemples parmi d'autres :
- le crottin de cheval (mais oui !)
- le brin d'herbe qui échappe à la tondeuse (quel tondeur du dimanche ou du samedi d'ailleurs, ne faisons pas de jaloux, n'a pas connu ça. Oh ! L'effronté ! La canaille !) :D. Jubilatoire !
- l'odeur sensuelle des corps enlacés... le sel au creux du coup... le sein dévoilé... La Femme vous dis-je, la Femme !

Mais oui Vive la Femme ! Sinon à quoi nos sens serviraient-ils ? N'ont-ils pas été inventés pour Elle ?


Senglar de Brabantie

   PIZZICATO   
11/3/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Superbe ! Tant sur le fond que pour la forme.
Un hommage rendu à nos cinq sens.
Un poème qui fait nous attarder sur l'importance qu'ils ont dans toute notre existence.

De belles, belles images pour les glorifier.
Un pettit + pour " La vue " et " L'ouïe ".

" J’ai entendu, gorge serrée j’ai écouté
Les violons langoureux dans les aigus monter,
Les chœurs puissants remplir la salle et l’émouvoir,
Forçant à sortir furtivement les mouchoirs,
Les flûtes et hautbois se mettre à l’unisson. "

Et l'on se sent si triste lorsque le temps les fait s'amoindrir...

   Davide   
12/3/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Lebarde,

J'ai beaucoup de mal avec les alexandrins où il n'y a pas la césure à l'hémistiche.
Je n'arrive pas à trouver un rythme qui me permette d'apprécier la sonorités des rimes et les images suggérées...

Même si nous sommes en contemporain, je trouve par exemple le premier vers maladroit, avec le hiatus "regardé et" et le "et puis" pas très poétique.

J'ai trouvé le poème mignon tout plein.
Mais, sans doute à cause de la rythmique "brisée", je n'arrive même pas à lui trouver une poésie, ni même à l'apprécier.
Les seuls vers qui me touchent sont ceux où je ressens la césure :
"J’ai perçu la chaleur et la forme des choses,
Le piquant de l’ortie et l’épine des roses."

Je repasserai peut-être plus tard, je le relirai.
J'espère que mon ressenti changera.
Je m'abstiens donc de donner une appréciation pour l'instant.

Je vous remercie pour le partage,

Davide

EDIT : Je suis revenu lire ce poème en me laissant bercer par son rythme particulier et sans chercher le rythme en 6-6 syllabes qui m'a sans doute trop formaté.
Et j'ai bien apprécié, je le trouve vraiment très bien écrit, malgré quelques passages où le rythme me gêne, mais juste un peu, notamment pour les diérèses/synérèses.
Je suis content d'avoir réussi à dépasser mon "blocage" pour trouver la délicieuse poésie qui émane de ce texte.
Toutefois, je trouve que les vers d'entame de chaque strophe sont un peu maladroits, trop enfantins, avec notamment la répétition du "j’ai" (et les hiatus, je l'ai déjà dit). Merci !

   STEPHANIE90   
12/3/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Lebarde,

félicitation, votre poème est une ode à l'essence des sens...
Mon ressenti :
J'ai lu de mes yeux lu votre vaste tableaux
J'ai entendu les mots chantés sous votre plume
J'ai senti vos fumets charmants où dérangeants
J'ai aussi savouré ces saveurs délicates
J'ai même caressé sans vraiment y penser

Il y a dans toutes vos strophes de très belles images poétiques, et il y en a tant qu'il me serait difficile de n'en citer que quelques unes... J'ai aimé l'ensemble. C'est un beau contemporain ayant un arrière goût de classique, et c'est très bien ainsi. Personnellement cela ne me dérange pas, le vrai classique bride trop les émotions, en tout cas pour moi.
Pourquoi dans les 4 premiers vers des rimes embrassées alors que pour le reste de votre poème vous utilisez des rimes suivies ???

Un mauvais point peut-être pour les strophes sur le goût qui me laisse un arrière goût désagréable à la fin. Les images finales sont trop violentes
"Pour tenter d’oublier le goût fade du sang
Répandu partout dans ce monde agonisant."
Je préférai l'hommage à la femme dans les autres strophes. J'aurai préféré finir par :
"Ma langue aimant aussi le savoureux cachou
A souvent trouvé le sel au creux de ton cou"

Mais c'est la seule anicroche, alors, bravo et un grand merci pour la lecture,

StéphaNIe


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