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Poésie en prose
Louis : Il faut voir, c'est dans son regard
 Publié le 05/07/14  -  25 commentaires  -  4978 caractères  -  461 lectures    Autres textes du même auteur

En hommage à une femme, un jour trahie par ses yeux malades.


Il faut voir, c'est dans son regard



Il faut voir, c’est dans son regard.
Il faut voir.
Que voient-ils tes yeux, Élise ? Que voient-ils ?
Lettres dévoyées, lettres couchées, un monde en ruines.
Sur la page folle, sur ta rétine, où les mots vibrent-ils ?
Phrases éboulées, plus de sens ; paroles écroulées, plus de rimes. Plus de consonances.

Une histoire d’e, par où tout commence.
Non par un o claironnant, mais par un e, d’ordinaire si discret, si gentil, un e blanc, si souvent muet, un e blanc, presque transparent. Vois : il sort du rang, indocile. Il ne se tient plus au garde-à-vous, bien droit, que lui arrive-t-il ? Vois : son allure penchée, ridicule. Vois comme il est suivi par les L, comme il entre en dissidence, comme il entraîne les autres, ses acolytes et complices, dans sa révolte et son insoumission.

Vois comme ça commence. Il faut la voir, elle, il faut la voir : voyelle. Cette voyance, cette lettre du voyant, ce e par où tout se voit autrement, e qui fait pencher le monde, dangereusement.

e met tout de biais. Contamine l’écriture caroline, rebelle, mutine. Bouscule ses voisines et le monde s’incline, l’univers est en italique prêt à basculer dans le néant blanc. Les lettres fléchissent, l’être décline, étrange déviation de l’abc du monde, étranges déclinaisons, singulières désinences, étonnantes flexions.

Calli danse la ola, ça balance la graphie de l’oméga jusqu’à l’alpha, ça danse, en vagues, ça tangue, le mouvement s’amplifie, en cadence ; souffle sur l’écrit un vent, une folie, et les voyelles chancellent, se mêlent et se plient, et les consonnes aussi détonnent, les syllabes tombent, tout se brouille, s’embrouille, chaos d’agraphie.

Il faut voir, c’est dans son regard.
Il faut voir.

Tu as peur, Élise. Tu ne voudrais pas rester dehors, exclue, derrière la porte fermée des livres, suspendue entre ombre et lumière. Les volumes à jamais clos ne sont plus que sacs de mots avariés, en saccage.

Tes yeux pers, Élise, tes yeux ouverts, pour quels dommages ?

Tu es partie loin au-delà des livres. Tu as quitté les liserés, leurs lisières brochées.
Tu as tant erré sur le globe.

Tu es venue dans cette contrée. Une envolée, en un passage par nuages, tu as laissé des traînées blanches dans le ciel, en un long sillage. Des formes visibles quand on lève la tête, le soir : lisible a des orages ; tempête : houache blanche ; e des orbes de lune.
Une traversée, par-dessus les grandes coupoles turquoise, les ponts de lumière sur la mer ambrée, étincelante ; toi, haletante par-dessus l’ipomée volubile d’un matin.

Sur terre, tu as marché longtemps. Une avancée de syllabes en syllabes, par-dessus les monts, par-delà les syntaxes du monde, les pas brodés dans la texture des songes. Tu as évité l’a des algarades ; et tout l’immonde.
Tu les as reculés, les lugubres horizons noirs.

Tu es venue là, dans cette contrée.
Quand tu as vu le vieux moulin sur la colline, tu es restée. C’est un moulin de pierre. C’est un moulin aux ailes brisées, qui ne tournent plus au gré du vent. Ses pales cassées n’accrochent plus les nuages, ses bras n’accueillent plus personne, toi, tu as trouvé ton logis sous ses ailes déchirées. Ta robe légère flotte dans le vent quand, sur la colline, tu vas, tu viens.

Les jours de marché, tu descends parfois au village pour contempler sur les étals, éventaires sous des voiles de couleurs vives, en longues files sifflantes, alignées, chuintantes, des fioles d’autan, des fiasques d’aquilon, des verres en cristal qui débordent de vent blanc. Hâtivement, tu retrouves ton moulin délabré, ta masure solitaire. Chaque jour trace une lézarde dans ses murs anciens, chaque jour ouvre une fissure, une marque écrite où s’engouffre le vent, une blessure. Et toujours tu retournes à ton moulin qui ne tourne plus. À ton moulin, prose des vents. Parfois on peut te voir danser en tournoyant, avec lenteur, le soir, jusqu’aux heures noires quand le ciel crie ses étoiles, et que tu accordes tes pas au rythme des meules qui broient fatalement chaque heure, chaque grain des jours.
Longuement, tu contemples l’aurore aux pelures d’oranges amères.
Élise, tu combats le noir, tu pousses les ténèbres de tes mains blanches hors les frontières, hors les journées assombries.

Tu as trouvé une sérénité, certainement, Élise, tu as dû la trouver.

Tu as dessiné, tranquille insouciance, sur le tableau du ciel, à la craie blanche de nuages, des paysages sereins que le soleil colorie, le soir, le matin, de ses pinceaux de lumière éphémère ; tu as dessiné les formes ondulantes, des filaments de nébulosités ondoyantes, de grands oiseaux blancs, des êtres délicats de coton et de vent.

J’écrirai pour toi, Élise, des mots, des livres. Je sais pourtant qu’ils resteront lettres mortes.





 
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   RB   
15/10/2015
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
......

   Cat   
5/7/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Bonjour Louis,

Waouh ! lire ceci au saut du lit vous colle pour les heures à venir des tonnes de douceur sur les ailes.

Qu’il est le beau le vol où vous nous conviez !

Je surfe sur les images plus belles les unes que les autres, je suis en pays Poésie, embarquée sur vos tirades qui m’entrainent vers l’infini. S’il fallait surligner au jaune fluo celles qui me touchent le plus, incontestablement c’est le poème en entier qui va scintiller couleur soleil.

Il est évident qu’une seule lecture va me laisser frustrée. Aussi je reviendrai m’abreuver encore sur votre onde magique pour éditer mes ressentis.

L’histoire est belle, triste mais belle et donne lieu à un épanchement à hauteur de votre talent.

Merci infiniment pour le voyage. C’est en vous lisant que me vient l’envie de continuer à écrire, pour essayer encore d'approcher au plus près les étoiles.

Cat
Au pays des Merveilles

   Anonyme   
5/7/2014
Salut Louis

Je voudrais avoir ton art du commentaire pour te dire tout le bien que je pense de cette prose de très haut niveau.
Tu assumes l'héritage de l'auteur du sonnet des voyelles avec le brio de celui des illuminations (tiens ? c'est le même)
Si Elise ne voit pas, elle entend. De toute façon la poésie ne se lit pas, elle s'écoute. Et les sons induisent des sensations colorées.

Dans cette avalanche d'images toutes plus belles les unes que les autres je retiens l'élégante "’ipomée volubile d’un matin" qui enchante l’œil et joue avec les mots

mais aussi ce passage sublime et hypersensible

"Et toujours tu retournes à ton moulin qui ne tourne plus. À ton moulin, prose des vents. Parfois on peut te voir danser en tournoyant, avec lenteur, le soir, jusqu’aux heures noires quand le ciel crie ses étoiles, et que tu accordes tes pas au rythme des meules qui broient fatalement chaque heure, chaque grain des jours. "
Le ciel qui crie ses étoiles, c'est la grande classe.

C'est à mon goût le meilleur poème du catalogue
A lire et à relire

Merci Louis et respect

   Francis   
5/7/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Comme un Big Bang ! Une explosion de mots qui libère des consonnes, des voyelles, des couleurs, des images, des sons...
J'ai lu avec des yeux d'enfant et j'ai pensé tout simplement : c'est beau ! Une comète venait de traverser un matin gris de juillet.
Bravo, merci !

   Anonyme   
5/7/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément
Le narrateur témoin d'une perte, la perte des lettres, la perte du lire. Par la magie de cette narration, les sons s'animent, les images s'entendent.
Faut-il être poète et attentif pour nous offrir à voir et à entendre si belle prose ? Le travail sur les sonorités et les sens est évident et m'enchante.
Les lettres, soudain sont insoumises, Élise entre en un monde inconnu, où la peur est présente.
Fallait-il qu'elle trouve refuge dans ce logis privé d'une part de sa liberté pour accepter la sienne ?
L'auteur nous laisse penser et j'en suis heureuse, qu'Élise a su trouver un équilibre entre les nuages, le ciel et les ailes brisées (quel symbole !)
Un très très beau texte !

Moi aussi, je voudrais vous offrir en retour de ce cadeau un commentaire aussi beau que les vôtres, mais je ne sais pas.
Je vous dis merci.

   Anonyme   
5/7/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Louis,

Votre prose est grandiose mais je vais essayer de trouver les mots.
Les yeux d'Elise, les mains d'Elise, et tout ses autres sens sont ses yeux, elle voit autrement, de façon plus intense, son univers est moins convenu. Toute banalité est devenue chose nouvelle, maintenant elle se meut, elle est conquérante, elle l'a toujours été mais on ne l'a pas détecté par habitude. Mais cette nouveauté décontenance, Elise est désorientée, elle doit apprendre, son univers est devenu chaos, inconnu, nouveau. Savoir dompter les lettres, sa vie.
La première partie a vraiment fait appel à mon sens du toucher, vraiment une personnification du "e" que je trouve génial, une belle façon de percevoir les lettres, peut-être c'est ce que l'on ressent quand on glisse l'index sur le "e", j'ai été plongée dans une lecture en braille:

"mais par un e, d’ordinaire si discret, si gentil, un e blanc, si souvent muet, un e blanc, presque transparent. Vois : il sort du rang, indocile. Il ne se tient plus au garde-à-vous, bien droit, que lui arrive-t-il ? Vois : son allure penchée, ridicule. Vois comme il est suivi par les L, comme il entre en dissidence, comme il entraîne les autres, ses acolytes et complices, dans sa révolte et son insoumission."

"e" comme Elise qui elle était si douce si discrète, la voilà troublée, révoltée, son monde s'écroule mais elle se bat.

Et la deuxième partie, la partie qui évoque son errance et très touchante, des cicatrices et du bonheur, un combat contre les ténèbres perdu d'avance, et profiter au maximum des couleurs, du ciel, de l'aurore, des étoiles, de la lumière, des formes...

Elle trouve refuge dans un endroit qui lui ressemble:

"Quand tu as vu le vieux moulin sur la colline, tu es restée. C’est un moulin de pierre. C’est un moulin aux ailes brisées, qui ne tournent plus au gré du vent. Ses pales cassées n’accrochent plus les nuages, ses bras n’accueillent plus personne, toi, tu as trouvé ton logis sous ses ailes déchirées"

je trouve cette image magnifique:

"l’aurore aux pelures d’oranges amère"

La puissance des mots, de l'émotion, des couleurs, de la vie, l'inertie se meut, le caractère est joliment dessiné, une héroïne touchante, une très belle lecture.

   myndie   
5/7/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Bonjour Louis,

Je vais regretter moi aussi de n'avoir ni votre verve, ni votre inspiration généreuse pour commenter et vous donner en retour tout ce que vous m'avez déjà apporté.

S'il vous restait encore à prouver quel immense auteur vous êtes, s'il vous restait encore à lever quelque doute votre intelligence fine et votre sensibilité, c'est chose faite avec ce texte.
Je rejoins totalement ce qui a été écrit par RB.
Et je m'incline très humblement devant votre talent.

   Anonyme   
5/7/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Cher Louis,

Qu'y a-t-il d'autres à ajouter après avoir lu un texte d'une telle qualité si ce n'est ce sentiment de sortir d'un monde parallèle dans lequel vous nous menez avec une telle dextérité par le bout du nez à travers un vocabulaire et une poésie d'une richesse incroyable mais également des rythmes effrénés qui vous enroulent et vous projetent vers l'inconnu.
Je viens de lire votre texte comme un drogué prendrait sa dose. Je me sens mieux, beaucoup mieux mais je sens que d'ici peu, il me faudra vite y retourner afin de bien saisir toutes les subtilités de votre talent et de votre intelligence mais surtout, pour me sentir bien à nouveau.

Bravo et merci pour ce partage très particulier.
Olivier
admiratif (comment ne pas l'être..)

   Robot   
5/7/2014
Un texte d'une exceptionnelle beauté, un texte poétique véritablement littéraire, une expression visuelle aussi. Je ne possède pas votre talent d'analyse et je ne développerai donc pas mon ressenti. Sachez que je me suis plongé dans ce poème, immergé même dans ce bain stylistique.
Ayant observé que vous ne posez pas d'appréciation sous vos commentaires, je craindrais de vous désobliger en en plaçant une moi même. Je tiens à respecter ce qui semble votre ligne de conduite mais sachez que je suis absolument admiratif.

   leni   
14/9/2015
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
bonsoir Louis
C'est époustouflant de sensibilité et de sobriété Je suis incapable de commenter Là non plus je n'ai pas votre talent Vous m'avez touché à
coeur je cite un passage qui est pure merveille d'écriture

Sur terre, tu as marché longtemps. Une avancée de syllabes en syllabes, par-dessus les monts, par-delà les syntaxes du monde, les pas brodés dans la texture des songes. Tu as évité l’a des algarades ; et tout l’immonde.
Tu les as reculés, les lugubres horizons noirs.
Merci Louis Mes respects Leni

j'ai commenté un peu vite je voudrais ajouter que l'humanisme
du propos m'a également touché et que le choix des mots est d'une belle élégance Leni

   socque   
5/7/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Je suis bien embêtée.

En Espace Lecture, l'écran supportant ce texte m'est très vite tombé des yeux ; pour le dire plus simplement, je me suis ennuyée grave et n'ai pas terminé ma lecture.
Et voilà-t'il pas que l'auteur de ce poème en prose, c'est Louis... Alors, bon, je me sens obligée de commenter pour vous remercier, Louis, de ce que vous donnez à Oniris. Pas sûr que vous trouviez mon remerciement bien adapté, mais je ne sais pas faire autrement.

J'ai donc relu le texte et j'ai retrouvé l'impression qui me l'avait aliéné en Espace Lecture : je l'ai trouvé sentencieux, à la limite du prétentieux. En plus, il traite d'un sujet que je trouve archi-rebattu : la puissance du verbe, la magie des lettres, du langage. Oui, certes, et tant qu'à en parler autant que ce soit par le symbole, mais deviez-vous vraiment renoncer à cette légèreté qui m'avait tant plu dans votre "À point nommé" ?
Certes, l'écriture est aboutie, j'aurais vraiment du mal à dire le contraire ! Les astuces sur les mots pas trop pesantes (encore que, "et tout l'immonde", "prose des vents", vraiment ?), et il y a des beautés insolites comme
"des verres en cristal qui débordent de vent blanc"
"le ciel crie ses étoiles" (très juste, pour moi)
"la craie blanche de nuages, des paysages sereins"
mais
"l’aurore aux pelures d’oranges amères", pour moi, n'évite pas le maniéré.

D'une manière générale, j'ai préféré le moment où vous racontez une histoire sur Élise : elle parcourt la Terre, s'arrête à un moulin, va au marché, etc. Tout ce qui est interrogations générales et ouvertement symboliques, dissection des lettres, ça m'a gonflée ; et plus que tout
"Tu as trouvé une sérénité, certainement, Élise, tu as dû la trouver."
Ne le sait-elle pas mieux que le narrateur, Élise, ce qu'elle a ou non trouvé ? Pourquoi ce ton professoral, presque condescendant m'a-t-il semblé ?

Je dirai donc qu'en ce qui me concerne (et j'ai bien l'air d'être la seule parmi les commentateurs), ce texte pèche par hiératisme, par sérieux lourd, comme une toge pourpre aux plis empesés. Je crois avoir lu de vous des textes à l'humour discret et raffiné qui, à mes yeux, est absent ici. La sûreté de votre écriture, pour moi, ne compense pas.

   Raoul   
5/7/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Évidement, Rimbaud (ce ribaud) rode et pèse des couleurs qu'ont ses voyelles -empruntées à un manuel pédagogique musical dit-on-, mais moi, j'y ai surtout retrouvé l'E manquant (cet "eux" manquant) et disparu de Perec qui parle de manque, de vide et d'isolement.
C'est un texte à tiroirs, où partout pétillent des pépites comme autant d'étoiles ou de lucioles, sensible et modelé sur de multiples ref. -dont beaucoup m'échappent certainement-, ce qui fait que j'ai un peu l'impression de lire un exercice de style (spirituel, donc), je dois avouer que j'ai un peu tendance à m'en sentir exclus.
Loin d'un texte vain en tous cas, je ne parviens toutefois pas à tomber sous son charme.

   margueritec   
5/7/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonsoir Louis

Juste pour vous dire que j'ai été emportée par votre musique. C'est tellement envoûtant que je n'ai plus voulu en comprendre le sens. Et devant moi a défilé un paysage, le mien peut-être, ont dansé les lettres et le moulin a retrouvé ses ailes.

Merci pour cette belle envolée poétique. J'en redemande.

   Anonyme   
5/7/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Bonsoir Louis, ah ces heures noires quand le ciel crie ses étoiles, juste pour ce passage-là, je vous laisse ce mièvre commentaire sans autre voix. Je ne me sens pas de taille auprès de vous, surtout après le vôtre sur mes gentils grains de sable où vous avez pu voir bien plus de choses merveilleuses que j'en avais sans doute imaginées. Un grand merci, un grand bravo. Je vais de ce pas en Abyssinie, reprendre à l'envers le chemin du grand maître. J'ai grand besoin d'un bouillon de culture pour apprécier ces cadeaux de votre esprit, cher Louis.

   widjet   
5/7/2014
Les "Exceptionnels" sont aussi en solde, on dirait. Autant d'engouement, forcément ça pique la curiosité (dommage que pour la plupart, derrière l'évaluation, on n'y découvre si peu...Mais passons...)

Je ne suis ni armé (intellectuellement) ni client du symbolisme. Par conséquent, je n'ai pas tout compris même si ce n'est pas si important de comprendre (merci néanmoins à Diva Luna, RB et Tizef parmi ceux qui ont prit le temps de partager leur compréhension du texte, là où la plupart se sont contentés de s'émouvoir). Mais surtout j'ai peiné à ressentir, me suis pas senti emporté (trop romanesque, style chargé - abus d'adverbes et d'adjectifs -) même que je me suis passablement ennuyé. Bref, ce n'est pas faute de l'auteur, pas du tout même (le travail est assez palpable), mais ce genre de récit, ça ne me parle pas trop et parasité par une forme d'agacement dont l'auteur n'est que partiellement responsable, je n'ai pas voulu faire l'effort (c'est pourquoi je n'évalue pas) pour le lire dans des conditions optimales. Par conséquent, ce commentaire sans valeur aucune est purement informatif pour dire que j'ai (sans doute mal) lu le texte.

W

   Lyl_mystic   
6/7/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai beaucoup aimé le travail sur le rythme et la musique du texte, c'est ce qui ressort principalement de cette lecture.

J'ai trouvé le symbolisme agréable dans le sens où il pousse à l'interrogation et à la relecture. Les jeux de mots aussi sont plaisants, le "e" qui fait penser à "œil" suivi par les "L", ailes (?) :

Ce texte évoque une personne, Élise, en proie à une maladie oculaire qui lui fait progressivement perdre la vue luttant contre ces "lugubres horizons noirs" et ténébreux et qui ne trouve pour refuge plus que son imagination, ou ses souvenirs ("Tu es partie loin au-delà des livres. Tu as quitté les liserés, leurs lisières brochées."/ "Une avancée de syllabes en syllabes, par-dessus les monts, par-delà les syntaxes du monde, les pas brodés dans la texture des songes) alors que le moulin délabré pourrait être une image du corps, ou des yeux, ce qui serait plus pertinent. "C’est un moulin aux ailes brisées, qui ne tournent plus au gré du vent. Ses pales cassées n’accrochent plus les nuages, ses bras n’accueillent plus personne, toi, tu as trouvé ton logis sous ses ailes déchirées."

"e met tout de biais." Le monde entier ne peut être vu qu'à travers nos petits globes oculaires, j'aime cette subtilité.

La fin laisse penser qu’Élise n'est plus, à moins qu'il s'agisse d'un coma, ce n'est pas très clair.

Même si je trouve certaines images très jolies, et que la lecture reste vraiment agréable, je n'ai pas été vraiment touchée par ce texte, peut-être que le travail sur la forme me semble trop présent, dans le sens où c'est ce qui ressort en premier pour moi :/ le côté exercice de style, il est possible aussi que je puisse avoir manqué de sensibilité ^^'

J'aime cette façon que vous avez de vouloir raconter ce qui se passe dans l'esprit d’Élise, à travers "cet e blanc", "il faut voir, c'est dans son regard" en nous embarquant dans un univers imagé, qui tient du rêve.

J'ai tenté de faire un effort autant parce que vous soignez si bien vos commentaires très pointus, autant parce que j'ai souvent l'habitude de commenter la forme au détriment du fond.

Merci pour le partage.

   Arielle   
6/7/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
De jolies images, un jeu d’écho sur les sonorités, un rythme qui balance autour de l’octosyllabe, s’en éloigne, y revient, fait danser le lecteur. Tout ce que j’aime en poésie, pourtant je ne comprends pas ce qui m’empêche de partager l’enthousiasme général pour ce texte, Louis.

A ma grande honte j’avoue d’abord que je n’ai pas compris le titre. A qui s’adresse-t-il ? Qui est le propriétaire de ce regard ? Est-ce Elise à qui l’auteur s’adresse directement par un tutoiement dès les premiers mots ? Est-ce le lecteur que tu invites à habiter son propre regard ?

Ensuite j’ai l’impression de lire deux poèmes différents. Le premier jusqu’à ʺ il faut voirʺ est un délicieux exercice de style sur les outils de l’écriture, voyelles et consonnes, dont tu te joues à merveille. Ce petit e blanc et voûté si discret et si indispensable méritait bien quelques couplets et tu lui rends un bel hommage.

L’histoire d’Elise qui vient ensuite est aussi un très bel hommage à un personnage hors du commun, quelqu’un d’extraordinairement vivant qui s’installe dans un paysage magnifique au cœur duquel son handicap semble ne plus lui poser de problème.
"Quand tu as vu le vieux moulin sur la colline, tu es restéeʺ
"Les jours de marché, tu descends parfois au village pour contempler sur les étals … "
"Longuement, tu contemples l’aurore"
Il est bien évident qu’elle recrée ces tableaux, que son imagination compense sa déficience visuelle et c’est sans doute là qu’on rejoint l’injonction du titre. Seule la lecture semble lui demeurer interdite mais était-il besoin de ce long préambule pour nous le faire comprendre ?

Tout en ayant apprécié mes différentes relectures je ne peux m’empêcher de me dire que tu t’es laissé emporter, Louis, tout au moins dans la première partie de ce texte, par ton amour des mots, par le goût que tu as, ce plaisir de les entrechoquer, de les faire chanter, de se répondre. A mon avis, cela nuit à l’émotion. Un peu trop écrit pour me toucher … c’est un défaut que je partage et auquel je suis donc particulièrement sensible.

   Edgard   
6/7/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
A ma première lecture j’ai pensé que le poète, à travers les lettres d’un prénom qu’il ne parvient pas à écrire, cherche le regard d’un être aimé disparu. Elise.
Mais je me suis perdu dans le dédale un peu verbeux des images, autour « de l’abc du monde ». J’ai perdu Elise au fil des lettres… avec ce « e » qui prend toute la place, avant de la retrouver dans les belles images de la seconde partie.
Cette impression de deux poèmes assemblés persiste. Le premier un peu « remake » avec une insistance trop marquée…
C’est cela qui m’a un peu désorienté et que les lectures suivantes n’ont pas éclairci.
C’est une belle écriture, c’est sûr. Ça a quelque chose de rimbaldien, c’est sûr, en moins percutant, en moins directement évocateur... C’est plein d’une belle tristesse poétique c’est sûr.

   Lulu   
6/7/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Que ferions-nous sans les voyelles ? Sans elles, nulle poésie... Les lettres sont ce qu'elles sont : Notre alphabet, superbe, nous invite a composé avec, quelque soit la couleur qu'on leur donne.

A décortiquer les mots jusqu'à la lettre, on décompose un monde pour mieux le construire. C'est ce que vous faites avec Elise, le personnage que je me suis représentée comme la poésie même.

De fait, vous écrirez encore.

PS : J'ai beaucoup aimé le jeu de mot du titre : "Il faut voir, c'est dans son regard". Que voit-on au travers d'un regard poétique ? Le vôtre est très chantant, musical...

   Lotier   
7/7/2014
Bonjour Louis,

Comme je regrette de lire ce poème devant un écran, qui ne rend rien des ligatures et des mots couchés, du papier qui bruisse et caresse. J'ouvre cette lettre qui ne m'est pas destinée, j'intercepte ce courrier avec le regard d'un regard, je m'imagine, je me souviens, je m'approprie. Votre poème est plein de silence. Je les emplis de mes propres images, incertitudes, élans. J'accompagne d'un peu loin vos émotions, pour ne pas déranger la poésie qui se déploie, sans suffisance, petites phrases comme des fleurs déposées sur un rebord de fenêtre pour qu'à peine on les remarque. Ce poème à la profondeur d'une chapelle, son espace, sa luminosité, son abandon. Lettres, syllabes, mots qui ne seront pas lus par la femme à qui vont ces élans de tendresse, mais qu'importe, la musique se lève, les mots vibrent, vous tournez la manivelle de votre orgue de Barbarie, sur le chemin, juste au pied de son moulin, juste les bonnes notes qui fusent, qui refusent («il faut voir»), votre impuissance balayée par la poésie qui s'empare, s'épanouit, jaillit dans le vol des grands oiseaux blancs.

Merci pour ce moment de grâce.

Lotier

   Ludi   
8/7/2014
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Louis,

Je suis un mauvais lecteur de prose poétique. Je n’ai jamais aimé ça, pas même celle des grands auteurs. Je parle ici d’une prose qui utilise volontairement les outils poétiques (lexique, style, métaphores). Mais je ne suis pas contre une prose qui contient un substrat poétique, comme par exemple Le Petit Prince, si elle sait rester à sa place. Une prose avec des envolées lyriques, très peu pour moi. Une prose boursouflée de figures de style, très peu pour moi.

Dans ce texte, beaucoup trop d’expressions entrent dans cette catégorie :
- « les pas brodés dans la texture des songes. Tu as évité l’a des algarades ; et tout l’immonde. »
- « toi, tu as trouvé ton logis sous ses ailes déchirées »
- « éventaires sous des voiles de couleurs vives, en longues files sifflantes, alignées, chuintantes, des fioles d’autan, des fiasques d’aquilon, des verres en cristal qui débordent de vent blanc. »
- « À ton moulin, prose des vents. »
- « quand le ciel crie ses étoiles »
- « Longuement, tu contemples l’aurore aux pelures d’oranges amères. » Celle-là elle ne passe pas du tout.
- « sur le tableau du ciel, à la craie blanche de nuages »
- « tu as dessiné les formes ondulantes, des filaments de nébulosités ondoyantes »

Ma critique peut paraître sévère, Louis, mais franchement, si j’avais dû lire ce texte en EL, j’aurais interrompu ma lecture au milieu de ton exposé sur les voyelles, c’est-à-dire à la fin du second paragraphe. Après la publication, découvrant ce texte et sachant que tu en étais l’auteur, je savais aussi que j’allais y trouver des perles. Et je les ai trouvées :

- Tout le premier paragraphe (ou première strophe, je ne sais plus comment il faut appeler ça) : « Il faut voir, c’est dans son regard... Sur la page folle, sur ta rétine, où les mots vibrent-ils ? »
- « Tu as peur, Élise. Tu ne voudrais pas rester dehors, exclue, derrière la porte fermée des livres,
suspendue entre ombre et lumière. Les volumes à jamais clos ne sont plus que sacs de mots
avariés, en saccage. »
- « Tu es venue là, dans cette contrée. Quand tu as vu le vieux moulin sur la colline, tu es restée. C’est un moulin de pierre. C’est un moulin aux ailes brisées, qui ne tournent plus au gré du vent. Ses pales cassées n’accrochent plus les nuages »
- « Élise, tu combats le noir, tu pousses les ténèbres de tes mains blanches hors les frontières, hors les journées assombries. Tu as trouvé une sérénité, certainement, Élise, tu as dû la trouver. »
- « J’écrirai pour toi, Élise, des mots, des livres. Je sais pourtant qu’ils resteront lettres mortes. »

Pour ces mots seuls je ne regrette pas ma lecture, même si le chemin a été chaotique.

Je n’ai pas compris le long développement sur les voyelles. Il m’a fait penser à une parabole très appuyée sur la richesse des mots, analysés jusque dans leur structure graphique et individuelle (les voyelles). Je n’ai pas éprouvé d’empathie, je n’ai pas pu me glisser dans les yeux d’Elise, je n’ai pas imaginé un seul instant qu’elle pouvait intellectualiser sa cécité sous cette forme savante et austère. Je n’ai pas compris non plus le sens de la démonstration. La personnification du E m’a laissé perplexe (« Vois comme il est suivi par les L, comme il entre en dissidence, comme il entraîne les autres, ses acolytes et complices, dans sa révolte et son insoumission.... Cette voyance, cette lettre du voyant, ce e par où tout se voit autrement, e qui fait pencher le monde, dangereusement ». Je trouve ça un peu too much, même si la lettre E est la plus fréquente de toutes.
J’aurais préféré laisser la parole à Elise, plutôt que de recevoir la leçon d’un maître ès « morphologie du langage ». Cette étude clinique refroidit un peu la chaleur que pourrait dégager Elise. Je la vois comme une patiente entre les mains d’un professeur qui défendrait sa thèse devant les étudiants, en tournant autour de sa malade.

Désolé, Louis, ton style est percutant lorsqu’il reste contenu. Dès que tu lâches la bride il devient un cheval fougueux qui met trop souvent le museau dans une végétation trop dense pour pouvoir avancer.
Toutefois, le nombre impressionnant de Exceptionnel+ devrait te conforter dans tes choix. Je ne suis qu’un lecteur de prose prosaïque.

Je reste curieux de tout ce que tu écris.

Cordialement

Ludi
amateur aussi de consonnes

   Uranie76   
19/7/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément
Lu, relu, rerelulu.

A chacune des lectures j'ai entraperçu de nouvelles moirures, de nouvelles diaprures, jamais les mêmes. Lors d'une lecture par exemple, arrivée au paragraphe qui commence par "Les jours de marché' m'est venue à l' esgourde un passage de la chanson de Brel pour sa fille

Isabelle
...
Sais-tu qu'elle vole la cruelle
Le rire des cascades sauvages
Qui remplacent les escarcelles
Des rois qui n'ont pas d'équipages
Quand Isabelle rit plus rien ne bouge
Quand Isabelle rit au berceau de sa joie
Elle vole les fenêtres de l'heure
Qui s'ouvrent sur le paradis
Pour se les poser dans le cour
...

A la seconde lecture, toute trace d'adéquation, tout atome d'analogie avait déjà disparu, d'autres images s'étaient imposées.

Au final, les paragraphes m'ont tous finalement happée dans un ordre tout sauf logique, je me suis arrêtée sur un ou deux plus que sur les autres à chaque fois. Et finalement je suis incapable d'embrasser un tel texte en entier d'un seul regard, ni même plusieurs en puzzle.

Contrairement au texte sur les points (qui lui m'a laissée aussi frustrée que la première fois que je me suis plantée devant la Joconde sans pouvoir localiser sur la toile du maître où se loge le mystère et la beauté tout en les sachant là), celui là est tout l'inverse, il suscite en moi une vive émotion. Et face à cette submersion, je n'ai pas envie de comprendre, je me délecte en lisant, et en relisant.

   jfmoods   
26/8/2014
Le titre du texte marque l'insistance de l'auteur sur l'urgence du contenu (modalisation : "Il faut", présentatif : "c'est"). Cette même formulation apparaît d'ailleurs deux autres fois dans le texte lui-même. Que faut-il donc voir absolument dans le regard d'Élise ? Le véritable point de départ de l'histoire, c'est ce parallélisme entre délitement du langage et délitement de l'individu ("Les lettres fléchissent, l'être décline"). La perte de la lecture a pour conséquence la perte de l'individu lui-même (gradation : "étranges déclinaisons, singulières désinences, étonnantes flexions", gradation hyperbolique : "se brouille,  tout s'embrouille", gradation anaphorique : "Chaque jour trace une lézarde dans les murs anciens, chaque jour ouvre une fissure"). Le texte, par la scansion qu'il imprime, par un jeu de rebonds sonores, d'allitérations et d'assonances, guide cette procédure de dilution. Cependant, ce qui se dessine en profondeur, dans les ramifications plus fines du texte, ce n'est certainement pas l'écrasement inéluctable de l'être : c'est une révolution, une révolution en marche dans la perception de l'univers environnant. À un prévisible champ lexical de la chute, associé à la désertion progressive de la vue ("couchées", "éboulées", "écroulées", "penchée", "s'incline", "basculer", "chancellent", "se plient", "tombent" ) répond en effet un improbable étai, un exubérant champ lexical de l'ascension ("envolée", "nuages", "ciel", "quand on lève la tête", "orbes de lune", "les grandes coupoles turquoise, les ponts de lumière sur la mer", "par-dessus l'ipomée volubile d'un matin", "ailes" x 2, "nuages") qui met en branle la construction d'un univers substitutif (gradation hyperbolique : "par-dessus les monts, par-delà les syntaxes du monde"). L'accès à la hauteur se présente comme l'enjeu essentiel d'une conquête. La colline, qui occupe une position médiane entre terre et ciel, ancre cette perspective. Le moulin se désigne comme le réceptacle de cet autre langage que prend progressivement en charge l'ouïe (personnification : "le ciel crie ses étoiles", métaphore : "prose des vents", champ lexical : "vents", "vent", "autan", "aquilon"). Le moulin, défaillant, auquel l'allocutrice se substitue en quelque sorte ("on peut te voir danser en tournoyant, avec lenteur"), accuse un double statut puisqu'il amplifie métaphoriquement le monde de l'oreille tout en détruisant impitoyablement le monde de l'oeil ("tu accordes tes pas au rythme des meules qui broient"). Ainsi le noir sur blanc de l'écrit se convertit-il, par l'exercice d'un sens suractivé, en images mentales, comme à l'envers des paupières, en blanc sur bleu céleste (métaphores : "le tableau du ciel", "la craie blanche des nuages", énumération : "les formes ondulantes, des filaments de nébulosités ondoyantes, de grands oiseaux blancs, des êtres délicats de coton et de vent"). L'univers intérieur s'emplit de points d'appui, comblant, petit à petit, les strates d'un monde extérieur qui s'efface au regard. Certes, les lettres seront bientôt "mortes", mais, telles des revenants, elle renaîtront, autrement, forcément, plus tard, par cette magie nouvelle de la lecture du bout des doigts. Ainsi, l'émerveillement pourra-t-il renaître, malgré tout, dans une tout autre configuration.

Merci pour ce partage !

   Anonyme   
28/9/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
eh ben ce poeme m'inspire plusieurs choses... L'admiration, la peur... mais j'ai l'air de quoi moi maintenant... c'est absolument parfait.

   patro   
28/9/2014
Après avoir lu de nombreux posts des forums sur les commentaires et leur qualité (ou pas) , je reviens à ce texte qui m'a déja plusieurs fois touché : je sais qu'il me conduit de paragraphes en paragraphes à travers les visions déformées de cette femme jusqu'à la contemplation de la POESIE : "sur le tableau du ciel , à la craie blanche de nuages ..."
et je ne sais pas en dire plus . L'auteur a donc fait mouche !


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