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Poésie en prose
Louis : L'heure méridienne
 Publié le 02/07/15  -  10 commentaires  -  5928 caractères  -  77 lectures    Autres textes du même auteur

À l'heure méridienne.


L'heure méridienne



Dans les couloirs sans fin, il court. À perdre haleine, s’élance dans les passages creusés par tant d'années, tunnels tracés dans l'épaisseur des nuits agglomérées, couches d’ombres stratifiées, étagées sans consistance.
Un instant l'observer, le regarder courir près de soi, sentir son souffle passager.
Fugitif de toutes prisons.
À la poursuite de lueurs, prodigieuses illusions.

Toi, tu restes figé, immobile, contemplatif.
Tu traînes dans l'heure méridienne, en milieu de vie, à l'ombre la moins longue.

Il court dans le soir. Sur la ligne de l'horizon, son passage, son sillage en flocons de nuages,
toi, tu restes figé.
Immobile, tu traduis.
Traduis les moments de sable en traversées de déserts, de plages immenses, grèves et sablières. Tu traduis l'innommable, interprètes l'innombrable.
Contre tout instant trop éphémère, en mots imparfaits, en pensées ouvrières, à la fabrique des appels, des signes, sceaux de parole plénière, inlassable tu traduis.

Il court, l'homme au corps muséum d'histoire, naturellement dérisoire, naturellement sublime.
Subit mille hasards au raz de la marée des aléas.
Un moment l'observer dans sa course obstinée.
Coureur des girons de fées illuminées.
Toi, tu traduis. Inventif, contemplatif, tu interpelles.
Tu demeures à l'heure méridienne, entre aurore éphémère et durée pérenne.

Il court, complice de toute force, de toute énergie, de toute vigueur.
Le contempler de loin, un instant, dans le jour qui vient.
Vagabond des allées, des monts.
Toi, tu tardes à l'heure méridienne, tu calmes ta peine.
Tu traduis dans les songes, en marques oniriques, la réalité douloureuse aux spasmes critiques.
Tu déchiffres les bas-fonds de l'existence tout humaine.
Tu calmes ta peine.

Tu cherches l'habitat d'un monde hospitalier, un toit, paumes de mains tendues pour caresser, pour aimer, les charpentes d'un univers solidaire.
Tu cherches ce qui fait signe, de son doigt de lune, vers le ciel étoilé, de son doigt de lune, vers la faible humanité.

Qu’il coure encore, son élan dans les longs corridors, il pousse devant lui la nuit infinie.
L'observer un moment, dans son passage des campagnes, des cités, des voies tourmentées.
Le routier aux longues foulées.
Toi, tu restes dans l'heure méridienne. Présences d'aujourd'hui, mémoires des journées anciennes.
Tu traduis. Tu interprètes l’imparfait dans le futur conditionnel, l'événementiel dans l'essentiel, toute superficie dans le fond du réel.
Tu traduis la terre en ciel et transcris le ciel dans la terre, tout en termes élémentaires.
Tu élucides chaque lettre de l'univers.
Tu ne déchiffres pas le mal. Le mal illisible, le mal insensé, le mal indéchiffrable.
À la recherche des strophes d'azur, des paraphes de nuages, d'un chapitre de ciel ; à la recherche des voyelles du vent, des consonnes en poussières sur les chemins, de tous les mots d'une vie passagère, toi, tu demeures, attentif, immobile.
Tu attends un astérisque du temps.
Tu recueilles les grains de sable noir qui mettent des points, là, au bout des phrases, qu’elles soient longues, qu’elles soient brèves, relâchées ou pleines d’emphase.
Tu cherches le point focal, le clair de la vie, le foyer irradiant, la source unique, d'où tout s'en va vers le plus loin là-bas, où tout revient toujours, en cycle, en spirale oblique, en un toujours prolifique.

Toujours il court sur les passerelles aux fibres de ciel.
Lever la tête un instant, contempler sa course effrénée.
Éclaireur de l’assaut des noires barricades.
Toi, tu demeures dans l'heure méridienne.
Tu traduis. Tu interprètes les images des êtres de passage, en mélodies de nuit, en parfums de toutes couleurs, en saveurs inouïes. Images en mots en sons en émotions.
Tu cherches la métaphore d'un oubli, l'allégorie d'un suprême idéal. Tu éventes les para-dits.

Il court encore par toutes les allées, toutes les venues, parcourt les grandes avenues, l'homme affairé.
Le regarder un instant, le passager furtif.
Coursier des rues, des sentes, qui tire à hue à dia.
Toi, méditatif, tu demeures à l'heure méridienne. Il faut que tu comprennes.
Tu traduis.
Tu l’établis, l'échographie du silence. Tu commentes les absences. Tu cites toutes choses tacites. Tu explicites les sous-entendus de tous êtres déchus, l'implicite d'un soleil couchant, la main tendue d'un mendiant. Tu cherches, chiromancien, à lire les entailles dans la chair d’un monde décliné, les lignes des destins oubliés, les traces aux longues sinuosités, ruptures et continuités, les lignes qui courent jusqu'à demain, nervures miroirs des êtres aveuglés.

Il court, sans cesse, sans répit, sans repos. Ne s'arrête pas à la station des songes, toi tu traînes dans l'heure méridienne, tu effaces la peur du tableau de la douleur, tu barricades les angoisses des banlieues de l'âme, tu te fais émissaire des moments pressants à l'écoute des chevaux de vent. Il court, tu demeures à l'heure méridienne. Il court sur les plages immuables, et d'un bâton de bois, trace, dans le sable, un long trait tortueux irrégulier, sans discontinuité, interminable. Toi, solitaire à l'heure méridienne, tu parlementes avec le substantif soleil quand il brûle, avec l'adjectif du jour quand il pleut, quand il vente, avec le verbe du temps quand il passe. Il court, il saute, d'une virgule glissante jusqu’au point fixe, d'un mot à l'autre, dans les couloirs, entre les lignes des cahiers d'un monde oublié, toi, tu retardes à l'heure méridienne, tu étudies la grammaire du vent, la rhétorique vive des nuages, la syntaxe de l'aube. Il s’élance, se rue, il fuit, et toi dans l'heure méridienne, immobile, tu interprètes, tu traduis.


 
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   bipol   
9/6/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Il court, tu demeures à l'heure méridienne. Il court sur les plages immuables, et d'un bâton de bois, trace dans le sable, un long trait tortueux irrégulier, sans discontinuité, interminable. Toi, solitaire à l'heure méridienne, tu parlementes avec le substantif soleil quand il brûle, avec l'adjectif du jour quand il pleut, quand il vente, avec le verbe du temps quand il passe. Il court, il saute, d'une virgule glissante jusqu’au point fixe, d'un mot à l'autre, dans les couloirs, entre les lignes des cahiers d'un monde oublié, toi, tu retardes à l'heure méridienne, tu étudies la grammaire du vent, la rhétorique vive des nuages, la syntaxe de l'aube. Il s’élance, se rue, il fuit, et toi dans l'heure méridienne, immobile, tu interprètes, tu traduis.


votre texte est très riche

et très dense

avec le rythme lancinant de tous ces mots

qui défilent comme dans un tunnel

alors que vos images

représentent l’immensité

tous ces horizons à perte de vue

où on risque de se perdre

votre texte a une musique contemporaine

qui m'a plu d'écouter

j'ai beaucoup aimé

   Arielle   
2/7/2015
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Louis,

Je suis vraiment tentée de me reconnaître dans ce voyageur immobile "À la recherche des strophes d'azur, des paraphes de nuages, d'un chapitre de ciel ; à la recherche des voyelles du vent, des consonnes en poussières sur les chemins, de tous les mots d'une vie passagère"
Si je me sens de plus en plus étrangère à cette course de l'humanité qui semble s'accélérer sous mes yeux, si j'ai envie de m'attarder, d’exprimer tout ce que ces hommes qui courent n'ont plus le temps d'éprouver, de savourer, j'aimerais le faire sans pour autant rester figée, clouée à cette heure méridienne privée d'ombre et de mystère.
J'aimerais encore pouvoir m'émerveiller, me tromper, garder un peu de la légèreté de ce "coursier des rues" qui ne fait pas que fuir, mais jouit de son propre mouvement.
A plusieurs reprises tu utilises le verbe traduire mais je me demande s'il est possible de traduire une langue qu'on ne parle plus "couramment" au sens où on court avec elle, où on la pratique au quotidien.

J’ai passé depuis quelques années déjà cette heure méridienne qui semble être la tienne, l’ombre s’allonge devant moi mais je reste attentive à chacun de mes pas, aux minuscules surprises qu’ils m’apportent (bonnes ou mauvaises) c’est sans doute ce qui fait que j'aie beaucoup de mal, en dépit de ses grandes qualités, à m’accorder avec ton texte "dans l'heure méridienne, immobile", où tu interprètes, tu traduis mais où tu sembles t’être pétrifié.

   Francis   
2/7/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un texte poétique si riche en images qu'il faut lire et relire pour les attraper, les apprivoiser ! Funambule sur l'axe des pôles, je vois la terre tourner, le jour succéder à la nuit. Je suis cet albatros qui n'a que des mots pour exprimer son ressenti dans un monde qui tourne de plus en plus vite. Ces mots sont la quête d'un sens, d'un azur figé dans les consonnes et les voyelles du poète. J'ai essayé de" traduire" !

   Robot   
2/7/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Belle écriture, texte parfois un peu redondant mais j'ai aimé cette ambivalence entre cette course et cet observateur qui reste pratiquement immobile au cœur de cette heure méridienne. C'est l'homme au cours de sa vie, l'homme au cours du temps, l'homme au milieu du gué pas encore au présent juste sur un point entre passé et avenir.

   PIZZICATO   
2/7/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Peut-on rester " figé, immobile, contemplatif " à une époque vertigineuse où tout est sous pression, où même le temps semble être passé à la vitesse supérieure. Difficile de ne pas se laisser happer par cette course folle.
" toi dans l'heure méridienne, immobile, tu interprètes, tu traduis." La sagesse résiste t-elle ?

   leni   
2/7/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ilcourt ..tu restes contemplatif
Pourquoi il court?Il court vers un rêve vers tous les rêves
Toi tu restes sur Ta réalité ton méridien
Comment allez-vous communiquer
Deux solitudes
Il y a de quoi réfléchir
Merci Mr Socrate
Amitiés Leni Gaston

   emilia   
2/7/2015
L’heure méridienne…, lorsque le temps présent se conjugue entre deux personnages opposés « il » et « tu » : l’un qui court, toujours en mouvement, en action, en fuite…, et l’autre, immobile, qui le regarde passer, l’observe et réfléchit, tente de traduire avec des mots, des images, des sons, des pensées exprimant un ressenti, des états d’âme, un moment d’émotion contemplative, que le poète traduit, interprète « en étudiant la grammaire du vent, la rhétorique des nuages, la syntaxe de l’aube… » pour trouver « le point focal, la source unique où tout s’en va et revient en cycle… en un toujours prolifique » de l’évolution humaine, sans crainte de poursuivre « l’innommable et l’innombrable » qu’il s’est donné pour mission de « recueillir, en créant sa musique personnelle, dans cette « langue des signes » qui permet « d ‘élucider chaque lettre de l’univers » : une bien belle mission de chercheur, conteur, interprète, allant jusqu’à « échographier le silence… », dans un style anaphorique particulier qui favorise l’identification de l’auteur et la signature de son talent…

   jfmoods   
3/7/2015
Depuis que j'étudie les textes de Louis, que je savoure la mécanique qui les traverse, depuis qu'est née cette sorte de fascination pour des écrits que je n'ai pas fini d'explorer, une ombre se lève, graduellement, figure tutélaire si l'on veut : celle de Rimbaud. L'aspect épique de la narration, le penchant affirmé pour les hyperboles (notamment au travers du talismanique nombre "mille"), le langage comme creuset intime de la fantasmagorie, tous ces éléments se présentent comme autant de lignes de force incontournables, comme autant de signes d'une filiation effective et profonde. Le titre de ce poème ("L'heure méridienne") me fait indubitablement penser à la fin de "Aube", poème de combat et de bouleversement du langage poétique.

"Au réveil il était midi."

Mais reprenons plutôt la trame du texte...

Le champ lexical du langage, qui abonde en milieu et en fin de texte ("lettres", "voyelles", "consonnes", "phrases", "substantif", "adjectif", "verbes", "virgules", "lignes de cahier", "grammaire", "rhétorique", "syntaxe") ne laisse pas le moindre doute sur l'écriture comme point d'appui obligé de la réflexion. Le jeu duel, antithétique des pronoms ("Il" / "Tu", "toi"), amplifié par celui des verbes ("Il court, tu demeures.") et des adjectifs ("dérisoire" / "sublime"), signale les termes d'une ligne de fracture. D'un côté, l'homme existant à l'aune du quotidien, d'un temps filant à toute allure (gradation anaphorique : "... de toute force, de toute énergie, de toute vigueur."). De l'autre, le poète, celui à qui, selon l'expression même de Rimbaud, est dévolue la charge de fixer des vertiges. Les formes infinitives ("l'observer" x 3, "le contempler" x 2, "le regarder" x 2) marquent le recul, mouvement essentiel à l'enclenchement du véritable travail poétique. Les gradations hyperboliques ("le point focal, le clair de la vie, le foyer irradiant, la source unique"), les métaphores ("l'assaut des noires barricades", "l'échographie du silence"), les procédés d'accumulation (rythme binaire marquant l'alternative : "... qu’elles soient longues, qu’elles soient brèves, relâchées ou pleines d’emphase.", énumération à rythme ternaire : "en mélodies de nuit, en parfums de toutes couleurs, en saveurs inouïes"), la modalisation ("Il faut que tu comprennes. "), le néologisme à base homonymique ("les para-dits") matérialisent, parmi d'autres choses, la formidable charge d'utopie véhiculée par le texte en train de s'écrire. Le poète se présente comme le vecteur, le point de jonction sur lequel viennent s'arrimer de prodigieux flux de correspondances (verbes : "interprètes", "traduis").

Merci pour ce partage !

   Bleuterre   
3/7/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Louis....
Je vois dans ce texte la métaphore du contemplatif qui se pose pour écrire. À l'heure méridienne, celui qui contemple ce moment présent pour en extraire quelque chose qui va rester gravé, quelque part, dans le temps. Celui qui est capteur d'éternité.

Il s'oppose à celui qui court qui agit.
La répétition de "il court", paradoxalement pose ce texte autour d'un point fixe, celui de l'observateur.

Je ne saurais analyser votre texte comme vous le faites si bien dans vos commentaires, mais je peux dire qu'après plusieurs relecture, je l'ai trouvé très abondant, comment dire, luxuriant d'images qui figurent celui qui se pose et prend la stature du poète, celui qui sait, comme un photographe, saisir l'instant, trempé à la fois de passé révolu mais encore présent et d'avenir, voir d'advenir.

Merci en tous cas pour cette richesse de mots.

   margueritec   
7/7/2015
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Louis.

Merci pour cette heure méridienne où tu/toi est ce centre qui observe. Qui observe et traduit. Traduit la pensée qui ne s'exprimerait (tu traduis l'innommable), l'inconscient ("Tu déchiffres les bas-fonds de l'existence tout humaine"). Décrypteur du temps mais aussi passeur de la poésie écrite dans la nature (À la recherche des strophes d'azur, des paraphes de nuages, d'un chapitre de ciel ; à la recherche des voyelles du vent, des consonnes en poussières sur les chemins") à l'image de Baudelaire :
"La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers."

Et comme Baudelaire, qui écrit "Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.", Tu/toi établit des correspondances synesthésiques " Tu interprètes les images des êtres de passage, en mélodies de nuit, en parfums de toutes couleurs, en saveurs inouïes.", rendant au poète, dans l'immobilité qui le caractérise par rapport au monde mouvant qui l'entoure ("Il court, tu demeures à l'heure méridienne"), sa fonction de déchiffreur du monde "Tu cherches, chiromancien, à lire les entailles dans la chair d’un monde décliné".

Merci encore pour ce beau texte qui mériterait beaucoup plus de commentaires, merci pour cet éloge du poète "symboliste" et peut-être par qui le monde pourrait être sauvé ?


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