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Poésie néo-classique
Luron : Le berger des étoiles
 Publié le 14/03/26  -  10 commentaires  -  1249 caractères  -  129 lectures    Autres textes du même auteur

Au-dessus des forêts, au milieu des herbages, à 1600  mètres d’altitude, ce buron du Cantal resté intact rappelle un mode de vie rude et simple, et nous émeut par son abandon et sa solitude.


Le berger des étoiles



Dans la moite froideur de ce sombre caveau
Qu’atténuaient parfois le foyer d’une flamme,
Le chant des buronniers tissé d’une humble trame,
Œuvrait un monde rude au rythme du troupeau.

Seul, le jeune berger se grisait d’horizons,
De lumière, de vent et des parfums d’herbages,
Quand le ciel souriant balayait les nuages
Pour adoucir l’exil de ses longues saisons.

Mais cet ancien mazuc vit le temps s’enliser
Et l’oubli lentement engloutir sur les landes
Son fantôme de pierre où rôdaient les légendes,
Les charmes qui savaient guérir, exorciser.

La porte en miaulant dévoile l’abandon
Dans le froid du passé, sous un linceul de cendre,
Du dernier feu dans l’âtre avant de redescendre
D’où s’exhalait encor le soupir d’un brandon.

Blotti dans les genêts, complice des rochers,
Son histoire en sommeil coloré de mystère,
Le buron se languit, oisif et solitaire,
En implorant des cieux le retour des bergers.

Du pâtre, du vacher de l’éternel été,
J’entends toujours au loin leurs cris de liberté.


___________________________________
Texte avec un mot changé avant publication.


 
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Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   LeChevalier   
14/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
La versification n'est pas classique. D'une part, à cause du e non élidé de « colorée » : si un e muet apparaît après une voyelle à l'intérieur du vers, il doit être obligatoirement élidé par la première voyelle du mot suivant ; d'autre part, en raison de l'absence d'alternance entre les strophes (elles sont toutes masculines, alors que les rimes sont embrassées). Cela pouvait se faire au XVIIe s., mais par la suite l'exigence d'alternance des rimes en genre a été durcie.

J'ai beaucoup parlé de la métrique, ce qui est ennuyeux. Parlons du fond.

C'est une description très bien documentée de la vie des bergers d'une région de la France ; des mots comme « buronnier » ou « mazuc » en témoignent. Tous les sens sont solicités : odorat, goût, vue... Tout cela me plaît beaucoup mais la syntaxe, je la trouve trop compliquée, surtout pour un sujet pastoral. Prenons la première strophe : le sujet d' « atténuaient » est très complexe, celui d' « oeuvrait » est inversé... Cela réclame trop de vigilance de la part du lecteur. Je trouve que seul le dernier quatrain est parfaitement lisse, malgré l'accumulation d'adjectifs et de participes.

J'ai bien aimé l'image du début du quatrième quatrain, « La porte en miaulant dévoile l'abandon... ».

Je comprends que l'idée du distique final est de conclure, mais je trouve que l'effet n'est pas vraiment à la hauteur, surtout à cause de la syntaxe, avec cette énumération suivie de « leurs » : c'est très parlé, je trouve ; cela pouvait mieux passer, si l'expression était plus simple dans le reste du poème.

Ajout après publication :
Comme j'avais signalé en EL, le sujet du verbe « atténuaient » est compliqué : c'est « le foyer d'une flamme, // le chant des buronniers ». Si on avait la conjonction « et » entre « flamme » et « le chant », ç'aurait sans doute poser moins de problème pour les lecteurs.

   Passant75   
2/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Des quatrains qui chantent un monde qui n’est plus. Le buron désormais est vide et déserté, le grincement de la porte entrouverte, tel un miaulement de chat, donne un semblant de vie à une époque ancienne tombée dans l’oubli.

J’ai apprécié certaines images bien dessinées. Celle du berger solitaire se grisant « d’horizons, de lumière, de vent et des parfums d’herbage ». Mais aussi, celle « du dernier feu dans l’âtre … d’où s’exhalait encore le soupir d’un brandon ».

Chanter ce qui a disparu nourrit la nostalgie, mais quand passe le temps, passent aussi des façons de vivre et bien que l’auteur entende toujours, « du pâtre, du vacher …. au loin leurs cris de liberté », ce sont déjà les prémices de l’enterrement d’un monde qui se meurt.

   Lebarde   
4/3/2026
trouve l'écriture
perfectible
et
aime bien
A la première lecture un mauvais point pour le classique revendiqué qui, c'est dommage, oublie totalement l'alternance des rimes féminines/masculines et accumule à l'hémistiche quelques e, qui bien que élidés et tolérables, n'en sont pas moins gênants.

Sinon j'aime bien ce poème joliment poétique qui nous parle avec réalisme de la difficile activité du "berger des étoiles" ( belle expression) solitaire, à travers la description d'un environnement montagnard bucolique bien rendu où subsistent ces burons qui abritaient jadis, "pâtre" "vacher" et troupeau et dont la rusticité indestructible et les traces de vie qu'ils recèlent encore, émeuvent toujours le randonneur à la recherche de liberté.

J'ai pris plaisir à la lecture de poème rural et nostalgique.

En EL

Lebarde

   Provencao   
14/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Bonjour Luron,

J'ai aimé cette moite froideur qui s'empare du berger solitaire, les vétilles s'estompent , l'extraordinaire se fane, l'heure ne sonne plus et l'infini s'étend sans limite aux cris de liberté .
 Avec ce fleuron, ce vent et les parfums d'herbage, vous nous offrez  une esquisse de cette puissance de profondeur qui se dessine dans une couleur du secret de l'être intime.

Au plaisir de vous lire,
 Cordialement

   Boutet   
14/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Un poème nostalgique. Je ne comprends pas bien le ent de atténuaient du vers 2 : il me semble que c'est le foyer ou la flamme qui atténuait mais pas les 2. Autrement une joli description de temps qui ne sont plus, ici comme dans beaucoup d'autres endroits même si le retour à la Nature est prôné par certains. Mais en rêver et le faire ça fait deux.
Un poème plaisant à lire.

   Robot   
14/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
En séjour dans le Cantal je me rappelle avoir découvert les burons, ces refuges des plateaux où vivaient les bergers pendant les estives du printemps jusqu'au début d'automne.
Le texte porte sur ses modestes lieux un regard poétique et nostalgique.
Je ne comprends pas pourquoi le pluriel conjugué du verbe atténuaient. Il me semble que le sujet est "le foyer d'une flamme", donc un singulier.
Un texte rural que j'ai eu plaisir à découvrir.

   Cristale   
14/3/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime beaucoup
J'ai fermé les yeux sur ce poème présenté en classique en espace lecture, bien m'en a pris car aujourd'hui j'ai le plaisir de regarder un tableau riche en couleurs et sensations avec mes yeux d'amatrice de scènes de vie pastorale sans me soucier (enfin, pas trop) de la technique de versification que j'estime convenable.

Bonjour Luron et merci pour ce moment de grâce et de quiétude.
Ce poème est un baume pour le coeur et pour l'esprit, une bouffée d'oxygène.

Au plaisir de vous lire à nouveau.

   Polza   
14/3/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime bien
Commentaire écrit en EL, mais le poème avait disparu quand j'ai voulu le poster (tu n'es pas encore assez rapide petit scarabée !)

Je ne suis pas le premier à passer par là, aussi, en ce qui concerne la forme, tout doit déjà avoir été dit et vous ne resterez donc malheureusement pas en catégorie classique…


Si je loue l’hommage fait à ce mode de vie rude et simple, j’avoue avoir eu du mal à suivre le récit parfois. Ou je n’ai peut-être pas tout saisi, ou il manque de fluidité dans la narration pour que je m’imprègne entièrement de ce berger des étoiles, que je ressente sa présence…

Par exemple, dans la première strophe :

« Dans la moite froideur de ce sombre caveau
Qu’atténuaient parfois le foyer d’une flamme,
Le chant des buronniers tissé d’une humble trame,
Œuvrait un monde rude au rythme du troupeau. »

J’ai vraiment du mal à comprendre le sens. Je ne comprends pas bien avec qui s’accorde « Qu’atténuaient », si c’est le foyer d’une flamme alors « Qu’atténuait » plutôt je pense, ou alors les foyers.
Je ne comprends pas plus avec quoi va le vers « Le chant des buronniers tissé d’une humble trame, ».
J’imagine que « Dans la moite froideur de ce sombre caveau » va avec « Œuvrait un monde rude au rythme du troupeau. », mais entre les deux, je ne suis pas sûr d’avoir tout saisi, j’en suis certain même ! (mais je ne dis pas que cela vient de vous, c’est peut-être moi qui n’arrive pas à faire fonctionner mes neurones !). Je finalise mon commentaire aujourd’hui, je n’avais pas le temps de le faire hier. Je viens peut-être d’enfin comprendre ! Il fallait sûrement comprendre « Qu’atténuaient parfois le foyer d’une flamme/(Parfois) Le chant des buronniers tissé d’une humble trame, ».

« Seul, le jeune berger se grisait d’horizons, » je ne pense pas que cela soit fait exprès et je ne me moque absolument pas de vous (je vous dis juste mes impressions comme elles arrivent), j’ai pensé à la viande des grisons !

« Seul, le jeune berger se grisait d’horizons,
De lumière, de vent et des parfums d’herbages,
Quand le ciel souriant balayait les nuages
Pour adoucir l’exil de ses longues saisons. » j’aime beaucoup ce passage, je le trouve simple et poétique à la fois.

« La porte en miaulant dévoile l’abandon » j’ai bien aimé l’image d’une porte qui évoque le miaulement d’un chat en grinçant.

Par contre

« La porte en miaulant dévoile l’abandon
Dans le froid du passé, sous un linceul de cendre,
Du dernier feu dans l’âtre avant de redescendre
D’où s’exhalait encor le soupir d’un brandon. » j’ai trouvé la construction assez lourde. Je ne m’attendais pas à lire « s’exhalait » à l’imparfait, mais plutôt au présent (en modifiant légèrement pour que le vers ait toujours ses 12 pieds.

« Du pâtre, du vacher de l’éternel été,
J’entends toujours au loin leurs cris de liberté. » j’ai bien aimé la façon poétique et nostalgique de clore ce poème, une petite virgule après vacher ne m’aurait toutefois pas semblé de trop…

C’est le genre de poème qui à mon sens, pourrait s’avérer très réussi s’il était légèrement retravaillé…

Convenable c'est parce que ce poème était présenté en classique et il y a ce E non élidé à colorée dans la version initiale et qu'il manque l'alternance rimes masculines féminines entre les quatrains...

   papipoete   
14/3/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
bonjour Luron
Comme c'est beau !
Triste comme un caveau dans un cimetière, envahi par la solitude, éteint sous une chappe de lierre...
On marque le pas, pénétrant dans ce buron, saisi par le silence, même pas un feu qui crépite ; la poussière est reine en ce domaine oublié.
NB on voudrait prendre la main du voyageur, et rassemblant quelque fagot, allumer le feu et revoir ici briller des yeux ; entendre des histoires de jadis auprès de l'âtre, et se laisser bercer par les clarines au vert de l'alpage.
Un tel poème serait un si doux moment, lu avec force talent au chaud de cet ancien mazuc...
la 4e strophe avec sa porte qui miaule est mon passage préféré, mais les autres quatrains sertis de fiers alexandrins, n'ont point à rougir.
et ce vers ( 16e ) " d'où s'exhalait encore le soupir d'un brandon "........une pépite !
la rime " mystère et solitaire " ne convient peut-être pas à la former classique ?

   Beaumarin   
14/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
J’ai beaucoup aimé ce poème, sans forcément parvenir à analyser précisément ce qui a suscité en moi ce sentiment. Sans doute dirais-je que c’est son souffle, son esprit, qui m’ont conquis. Je suis d’ailleurs une âme qui se laisse volontiers séduire, sans grande résistance, par une belle évocation bucolique. Et même si cela peut paraître suranné, la vacuité des thèmes que notre époque met si souvent en avant propulse, par contraste, ce type de poésie vers ses sommets les plus anciens et les plus nobles.
En lisant, j’ai été frappé par la ressemblance avec le poème « L’Oubli » de José-Maria de Heredia.
Le présent poème présente en effet plusieurs similitudes formelles avec celui-ci. Notamment les deux cinquièmes vers, très proches tant dans leur forme que dans leur fond :

« Seul, parfois, un bouvier menant ses buffles boire, »
« Seul, le jeune berger se faisait d’horizons… »

De même, le quatrain suivant rappelle ce même désenchantement, ce détachement mélancolique du monde :

« Et l’oubli lentement engloutir sur les landes
Son fantôme de pierre où rôdaient les légendes »

Ce passage m’évoque fortement le premier quatrain des Trophées :

« Et la Mort a mêlé, dans ce fauve terrain,
Les Déesses de marbre et les Héros d’airain
Dont l’herbe solitaire ensevelit la gloire. »

Les thèmes se rejoignent et me plaisent énormément. J’y vois un très bel hommage rendu à un maître que trop de lecteurs considèrent comme un poète froid, alors qu’il déborde en réalité de vie.

Enfin, la chute avec les deux alexandrins finaux et l’utilisation de « l’Éternel été » rappelle nécessairement les vers de Victor Hugo dans La Légende des siècles, au sein du poème Booz endormi, qui contient à mon sens l’une des plus belles métaphores filées de toute la poésie française :

« Booz dormait ; Ruth songeait… »
(…)
« Quel dieu, quel moissonneur de l’éternel été
Avait, en s’en allant, négligemment jeté
Cette faucille d’or dans le champ des étoiles ? »

Ici, la force des mots de Hugo a sans doute acquis à jamais un certain droit de revendication sur l’expression « l’Éternel été », mais l’emprunt que vous en faites demeure très beau. Et Ruth elle-même se trouvait dans un cadre bucolique, ce qui rend ce rappel parfaitement cohérent avec l’atmosphère de votre poème.
Merci pour ce très beau moment de lecture, et bravo


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