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Poésie libre
Uyimbube : L'ivresse des chevaux
 Publié le 15/03/26  -  9 commentaires  -  1155 caractères  -  162 lectures    Autres textes du même auteur

« Terre et cendres. »


L'ivresse des chevaux



Où vont les chevaux quand ils s’endorment, dis !
après que le soir a embaumé les nues
de l’odeur d’écume et du henné de leur peau
et qu’en harde lente ils nagent entre les bûchers
que la nuit étoupe sur le marais
la déchirure des voiles dans leurs yeux

Ils sont mâles au flanc des vagues oublieuses
dans l’ardente marée des vents
quand sous le tilleul fleurent les eaux du gué
où s’est fondu l’étain de leurs crinières
à l’appel sinueux et mouvant des sables
les phéromones des juments allaitantes

Ils basculent en effroi dans les abîmes
qui bordaient leur rêve escarpé d’horizons
au fond d’une mémoire couverte de drap blanc
entrent noyés dans les palais, les églises
la gueule sidérée du silence
des cratères et des os rompus de batailles

Ils échouent dans la torpeur inconsolable
des servitudes de la triste conquête
ventre déchiqueté et sans visage
que ce corps amarré à jamais à la vie
et dressent leur rivage dans le matin qui vibre
habillent d’aube les femelles qui s’enlacent

Au moins le sais-tu !


 
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   Passant75   
4/3/2026
trouve l'écriture
perfectible
et
aime un peu
Un premier vers des plus intéressants qui se termine par un « dis ! » qui, associé au dernier vers, m’a immédiatement fait penser à un chant de Barbara.

Lire à haute voix ce texte, c’est lire, à s’en essouffler, quatre très longues phrases de six vers chacune, au demeurant sans ponctuation. Mais, dans la catégorie « Poésie libre », tout n’est-il pas permis !

Les images sont nombreuses (peut-être trop !), mais elles se mêlent et s’emmêlent. S’il fallait illustrer, en le peignant, ce poème, le pinceau d’un Picasso s’avérerait nécessaire tant les tableaux se bousculent. À cet égard, je pense que ce devrait être très difficile de composer un poème racontant son « Guernica ».

Cela étant, « l’odeur d’écume », « la déchirure des voiles dans leurs yeux », « l’ardente marée des vents », « l’étain de leurs crinières », « l’appel sinueux et mouvant des sables », « une mémoire couverte de drap blanc », tous ces portraits, et bien d’autres encore, ont trouvé grâce à mes yeux et à mes oreilles, mais tout cela s’est emmêlé jusqu’à donner le sentiment d’un puzzle dont on aurait du mal à saisir la finalité.

Au final, cet amoncellement d’images n’a pas réussi à me faire comprendre « Où vont les chevaux quand ils s’endorment » et a plutôt créé une certaine confusion dans mon esprit.

   Provencao   
15/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Bonjour Uyimbule

J'ai aimé dans votre poésie libre cette colère, cette tristesse, cette abysse qui réceptionnent et accueillent la forme de votre écrit. Une prise de possession par l'effroi qui vient à nous, dans laquelle il nous faut se tenir dans la lecture, pour apprécier votre écriture.

Au plaisir de vous lire,
Cordialement

   Robot   
15/3/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime bien
Un texte qui se lit au galop sans laisser le temps de souffler. Les images se mêlent, s'entrechoquent à une telle vitesse qu'il est nécessaire de contrôler le débit de la lecture pour ne pas se perdre. C'est peut-être le défaut de ce poème qui ne permet pas la réflexion tant les vers semblent se succéder sans toujours permettre une cohérence.
Mais il faut reconnaître au final que cette écriture un peu sismique possède de grandes qualités métaphoriques.

   papipoete   
15/3/2026
trouve l'écriture
perfectible
et
aime un peu
Bonjour Uyimbube
Pas facile votre pseudo !
- dis papa, ça rêve des chevaux ?
- ben oui, je vais te raconter...
A priori, leur rêve bien qu'étant peuplé de juments allaitantes, ne semble pas tiré d'un passage de l'Eden sur Terre, lorsqu'ils sombrent dans des précipices, et de leur ventre déchiqueté...
NB assez cauchemardesque, cette odyssée équine pourrait se terminer d'heureuse façon, comme lorsque des soldats poursuivis, trouvaient dans les entrailles d'un cheval mort, cachette sûre et chaleur animale...
Je suis quelque peu décontenancé par ce texte, aux phrases étirées comme les branches défeuillées d'un arbre se mourant.
ce vers :
" ils échouent dans la torpeur...et habillent d'aube les femelles qui s'enlacent "
me plaît bien !

   tome15545   
15/3/2026
Poème intéressant, qui parle à la place de muets.

Les points rhétoriques ne sont pas suffisamment clairs je trouve. Le poème gagnerait, je pense, à expliciter qu'il est question de l'esprit des chevaux, de leurs rêves, leur ivresse, parce qu'en première lecture, je m'attendais à voir où vont les chevaux pour s'endormir.

Je comprends mal l'intérêt de la dichotomie sexuelle, omniprésente dans le monde, qui me paraît une surimpression qui trahir le narrateur mais n'appartient sans doute que peu au cheval.

Une invitation au délire que j'ai appréciée, avec sa puissante "gueule sidérée du silence", qui paraît adressée à quelque enfant, pour une raison qui m'échappe.

   LeChevalier   
15/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Le thème du rêve des animaux est entré dans la grande poésie avec Leconte de Lisle et ses poèmes barbares. On y trouve « Le Rêve du Jaguar » et « Le Sommeil du condor » mais aussi « Le Désert », où il est question du rêve d'un bédouin (c'est intéressant, car on y trouve un cheval fabuleux de la mythologie arabe). On a, sur Oniris, « Rêve de chat » de Curwwod, que l'on peut facilement trouver (et c'est très bien écrit).

Tous les poèmes, auxquels je viens de faire référence, imaginent des rêves sauvages, majestueux d'une manière primitive. Dans le fond, donc, ce texte ne présente pas d'originalité. La construction est canonique aussi : description de la nuit, puis du rêve. Ce rêve se veut mâle (d'une manière plutôt sexuelle que noble) mais, curieusement, il contient des éléments urbains (palais, églises).

Le texte est divisé en paragraphes de six lignes, dont certaines pourraient être lues comme des alexandrins. Les phrases sont assez bien formées, claires, les mots s'enchaînent sans produire des chocs ni donner des coups de sabot.

   Eskisse   
15/3/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Uyimbube,

J'ai l'impression d'être face à un beau tableau fantastique avec abondance d'images et de sensations.
Des chevaux dans la mer, dans le vent, dans les abîmes.
Tout est oxymorique ( harde lente / ardente marée ), personnifications ( vagues oublieuses ), synesthésie ( embaumé les nues/ la nuit étoupe...) et métaphores ( étain de leurs crinières)
Une explosion onirique en somme.

Petit bémol, je ne suis pas fan de " d'aube" côté sonorité
Mais j'aime beaucoup:
" Ils basculent en effroi dans les abîmes
qui bordaient leur rêve escarpé d’horizons
au fond d’une mémoire couverte de drap blanc"
où j'entends "beffroi"

Intemporelle et profuse, cette VISION vous emplit d'images jusqu'à saturation.

Proust:
"Le style, pour l'écrivain aussi bien que pour le peintre, est une question non de technique, mais de vision. "

   Eloaire   
16/3/2026
trouve l'écriture
perfectible
et
aime bien
J'aime bien la première strophe mais par contre j'avoue me perdre dans les deux suivantes : ces circonvolutions d'images empêchent d'entrer pleinement dans le texte. Par contre la dernière strophe est vraiment très bien structurée

   Lariviere   
21/3/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime bien
Bonjour Uyimbube,

J'ai bien aimé votre poème.

Le rythme est bon. Le thème et son traitement sont originaux. Il y a par moment une petite touche de lyrisme qui procure un petit plus au propos et qui me fait penser à la poésie minimaliste de Maïakovski. Les images sont singulières et donnent un certain élan. Couplé au rythme et à la pointe de lyrisme, il ressort de ce texte une fougue vivifiante assez prégnante à la lecture qui lui donne tout son impact poétique à mon avis.

Merci pour cette lecture et bonne continuation.


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