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Poésie néo-classique
Luron : Orphelins de Prométhée
 Publié le 14/04/26  -  10 commentaires  -  1242 caractères  -  144 lectures    Autres textes du même auteur

En mêlant science et mythe, le poème interroge notre rapport au progrès, à la technique et à la responsabilité humaine. L’électron y apparaît comme une allégorie de l’homme moderne : chargé d’énergie et soumis à des forces qui le dépassent. Le mythe de Prométhée – le Titan qui vole le feu aux dieux pour le donner aux hommes tout en assumant les risques – est au cœur de cette réflexion.


Orphelins de Prométhée



Quand il fut découvert, il ne savait rien faire,
Enfant désemparé cherchant à se distraire,
Il tournait sans arrêt tout autour du proton.
Einstein n’acceptait pas sa rebelle indolence,
Son refus de l’effort en pleine adolescence
Ni ses coups d’œil narquois au paisible neutron.

Quand Bohr se demandait sur quelle longueur d’onde
Dieu pourrait l’accorder à la marche du monde,
Braun l’enferma soudain dans un tube à rayons.
Il vibra pour Lennon, Madonna, ses idoles,
Mais se lassa bientôt de ces monstres frivoles
Attirés sur l’écran par l’éclat des photons.

Alors il s’envola vers la terre promise
Au feu de Prométhée où le Progrès courtise
Les chercheurs, les savants, ces voleurs de secrets.
Au tic-tac d’une horloge, il s’essouffle dans l’ombre,
Sur des réseaux brodés de transistors sans nombre
Dessine le futur, se rit de nos décrets.

Les filets de sa toile, en vagues effrénées,
D’une mer sans rivage écument les données.
Il ne connaît de loi que celle du forban.
Ivre de ses succès, de son intelligence,
Il songe à s’affranchir de notre conscience.
Sommes-nous devenus orphelins du Titan ?


 
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   LeChevalier   
14/4/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Je salue l'intention : poétiser les avancées scientifiques. C'est quelque chose qui a déjà été fait, notamment par Hugo, qui dit, quelque part dans La Légende des siècles :

« Je suis Platon, je vois ; je suis Newton, je trouve. »

Ici, le poète a choisi pour personnage principal l'électron, sans jamais le nommer. C'est celui qui tourne (si on en croit le modèle planétaire de Rutherford) autour du proton. Dans la première strophe, l'homme ne comprend pas encore à quoi pourrait bien lui servir cette particule élémentaire. Dans la deuxième, on commence à évoquer des utilisations (le tube cathodique) ; après une brève carrière dans la musique pop (et je suis vraiment content que l'auteur ait appliqué le terme d' « idoles frivoles » à Lennon et Madonna !), l'électron va dans les écrans.

La troisième strophe est celle que j'ai bien aimé. Il y a une vraie envolée quand on évoque les premiers appareils électroniques au sens moderne ; j'aime cette évocation de la « terre promise », la première mention de Prométhée, la gradations « les chercheurs, les savants, ces voleurs de secrets » ! Les deux strophes précédentes étaient plutôt fastidieuses dans leur tentative de raconter ; ici, on commence à rêver. L'électron prend vie, les verbes se multiplient... enfin, c'est beau.

Cela continue dans la dernière strophe. Le vers isolé « Il ne connaît de loi que celle du forban » est particulièrement bon. Il saisit en peu de mots ce « far ouest » qu'est Internet. La suite devient plus menaçante, le doute apparaît, exprimé si bien dans la question finale.

Pour résumer, je trouve que le poème est audacieux et que, malgré la lourdeur des deux premières strophes, le lecteur est payé d'une bonne expérience dans les deux strophes suivantes. Celles-ci sont nettement plus lyriques ; l'auteur a tiré un bon parti de la structure des sixains, composés de deux tercets. Je trouve que la musicalité aurait gagné si le dernier vers de chaque tercet était plus court (par exemple un octosyllabe ou même un hexasyllabe).

   Passant75   
30/3/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Le poème propose une réflexion sur le progrès scientifique à travers le cheminement d’un électron. Présenté à son apparition comme un « enfant désemparé », il évolue, aux origines de la physique moderne, dans un univers marqué par Albert Einstein et Niels Bohr.

La science, symbolisée par cet électron, progresse rapidement, passant par la culture de masse, illustrée par la télévision, ainsi que par John Lennon et Madonna, étape considérée comme superficielle. L’électron-ique gagne en puissance pour atteindre un univers numérique illimité, symbolisé par les « réseaux » et la « toile ». La référence à Internet saute aux yeux !

Le texte montre que le progrès peut échapper à l’homme. Il souligne l’ambivalence du savoir, à la fois conquête et danger. On peut aussi songer au mythe de Frankenstein qui renforce l’idée que le créateur peut être dépassé par sa propre création.

Au final, offrant une vision fascinante mais inquiétante, le poème propose une réflexion sur les limites du progrès et sur la place de l’homme face à ses inventions. L’intelligence artificielle pourrait-elle un jour s’affranchir de la conscience humaine ? Le savoir, indispensable mais pas toujours contrôlable, pourrait laisser les hommes « orphelins » de leur propre maîtrise.

   Cristale   
6/4/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Prométhée a volé le feu aux dieux, ce pour quoi il fut puni et non pour l'avoir donné aux hommes...et l'homme qui se prend pour un dieu offre sa conscience à des machines qu'il crée à son image. On en revient au départ :
" Einstein n’acceptait pas sa rebelle indolence,
Son refus de l’effort en pleine adolescence"

Amusée par le mélange hétéroclite de dieux anciens, de maîtres de la relativité, de génie de la physique quantique et d'idoles modernes je n'en ai pas moins admiré l'écriture et la mise en forme de ces sizains.

Une lecture intéressante et agréable pour un texte qu'il n'a pas dû être aisé d'écrire.

L'homme, électron libre ou prisonnier de ses certitudes ?

Cristale
en espace lecture

   Boutet   
14/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Un bon poème qui démocratise la Science en partant des Dieux jusqu'au commun des mortels. En marquant ses qualités et ses dangers, les vers en explorent toutes les possibilités.
A l'être humain de s'en servir à bon escient ce qui arrive quelques fois.

   Provencao   
14/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Bonjour Luron,

Votre poésie se tient au centre de cette équivocité de la connaissance. Car la science n’est ni peine ni parée, elle est...
Comme si l'histoire des neutrons, protons...était déjà tout entière écrite avant le début des temps.

Votre écriture se tient devant le secret du monde, là où l’atome devient convenance et où le composant devient subdivision.
Ces Orphelins de Prométhée se trouvent là où l'on voit où l'on perçoit, le cheminement habile des secrets, des décrets à travers les formes, en les rendant ainsi opalescents aux yeux des autres....

Une poésie très originale.

Au plaisir de vous lire,
Cordialement

   Robot   
14/4/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Ce poème nous rappelle cette erreur commune qui fait croire que la science serait systématiquement signe de progrès. La science, découverte de la réalité cachée, n'est qu'un outil entre les mains de l'humanité dont elle peut se servir pour le bon ou le mauvais usage.
Entre humour et réflexion un texte fort intéressant.

   papipoete   
14/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
bonjour Luron
Mythologie comme physique quantique, ne font pas bon ménage sous ma toison, aussi bien que remuant mes neurones j'ai du mal à m'exprimer sur ces lignes.
Aux prémisses de la technique électronique bionique, un savant découvrit comment faire pour envahir un cerveau et le modeler à loisir.
- On pourrait écouter de la musique capturée sur une scène, dans un studio, et la ramener chez soi
- on pourrait s'arroger une zone terrienne, sans vergogne en ne bougeant pas d'un fauteuil
- on pourrait acheter un savant, qui saurait fabriquer une bombe ( contre un pardon de ses péchés... )
- on pourrait, à travers un magnat US, un Tsar conquérir le monde, le pétrir à son idée sans juge ni loi
NB je résonne en tant qu'homme en pleine indolence, qui ne sait pas grand chose, mais réalise que la machine à protons, à neutrons, à photons si elle engendra du Bien, du Confort, de la Liberté, créa aussi des " voleurs de secrets, même les plus intimes, des Attila et autres Adolphe "
l'ultime strophe me fait tourner les yeux, vers un golf de Mar A Lago, où l'on peut voir un super tricheur, qui ne supporte pas de perdre...
cette strophe a ma préférence.
la forme Classique ne doit pas être bien loin, dans ces alexandrins auxquels je ne trouve pas de faute ?
PS que l'auteur me pardonne, si je suis à des années lumière de son idée.

   Lariviere   
20/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Bonjour Luron,

J'ai plutôt bien aimé ce poème.

La forme est agréable, ca reste fluide. Je tique sur le choix de ponctuer par des points les sixains tous les trois vers qui me freine un peu personnellement dans mon élan de lecture. Pourquoi ne pas découper le poème en tercet directement ? J'imagine que c'est pour respecter la cohérence du propos qui est ainsi développé dans chaque strophe, mais peut être existe t'il une raison prosodique que j'ignore.

Sinon le fond est sympathique. L'humour du ton et des images est plaisant. L'idée de ce parallèle "allégorique" entre le mythe prométhéen de la période antique et notre époque, ses dérives et son présent "électronique" est une très bonne idée. Toutefois j'aurais aimé sentir plus de précision et d'incision dans la dénonciation et peut être un aspect un peu plus appuyé sur le mythe grec, ce que me promettait l'exergue. Ici le mythe est à peine effleuré et la dénonciation reste assez flou et généraliste, voire même parfois un peu périlleuse dans son interprétation. Car si je suis d'accord pour dénoncer certain travers du progrès, je ne rejette pas ses incontestables avancées pour la condition humaine. J'émet aussi des réserves sur l'aspect réactionnaire qui pourrait découler d'une vision où l'homme devrait se cantonner dans son ignorance selon un dessein divin et qui sous-entendrait que c'est sa soif de connaissance qui est la cause de sa déchéance. Pour le côté flou, je suis réservé par exemple sur ce vers : "il ne connait de loi que celle du forban"... Mais peut être ici qu'une allusion m'échappe. Enfin ces remarques sont subjectives et correspondent surtout à mes attentes personnelles. Votre travail est très bon et votre choix de traitement vous appartient.

Merci pour cette lecture et bonne continuation !

   marcolev   
22/4/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Luron

Le sujet de la trajectoire de l'électron est intéressant et bien traité dans la progression des 4 sizains avec le mythe prométhéen comme fil directeur.
La vision des scientifiques vus comme des "voleurs de secrets" prolongeant le geste titanesque est excellente.

L'ambivalence sur laquelle le texte joue avec d'un côté le génie humain et la science, et de l'autre l'inquiétude face à une intelligence qui peut s'affranchir de notre conscience est subtile.
Les deux derniers vers qui transforment le poème en avertissement philosophique, en bouclant sur le mythe, sont très forts.

Et mettre en vers un sujet aussi technologique, bravo !

Merci de ce beau poème

   Kirax   
26/4/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonsoir,

J'ai adoré ce poème qui fait honneur à la Science et aux particules élémentaires. Allier ces deux nobles disciplines est une très belle entreprise, et elle est de plus faite sur une très belle versification qui me ravie.

En plus, le petit côté mythologique avec ce bon vieux Prométhée promettait de me plaire, moi qui adore tout ce qui est Dieux et Titans de la Grèce antique.

L'ensemble est tout de même très métaphorique, j'ai parfois du mal à saisir si on parle de l'électron ou de l'Homme. Ou bien des deux en même temps.

Mais peut être est-ce un effet recherché, et que ce flou est une mise en abîme du principe de superposition d'états quantiques ?

Quoiqu'il en soit, c'est un magnifique poème, pertinent dans ses choix, malin dans sa construction, efficace dans sa versification.

(Je ne connais que peu Lennon et Madonna, je ne sais pas s'il y a des références scientifiques populaires liées à ces artistes... qu'importe).

Merci pour ce moment de lecture.


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