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Poésie contemporaine
marcolev : Dans l’argile des chemins
 Publié le 07/04/26  -  9 commentaires  -  728 caractères  -  176 lectures    Autres textes du même auteur

Un poème sur le thème du retour.
La structure en arche est volontaire pour faire écho au propos avec des quintils portés par des rimes féminines, et des distiques plus resserrés.


Dans l’argile des chemins



Dans les creux usés du chemin
Le temps hésitant se referme enfin.

À chaque détour, un âpre voyage ;
Le pas s’alourdit dans l’argile
Sous l’aube vive qui tressaille,
L’étreinte se dénoue, rebelle,
Entre les doigts de l’habitude.

À chaque amour, un imprévu rivage
Où le vertige juvénile
Fait surgir une obscure entaille,
Sur la peau que la nuit cisèle
Jusqu’au seuil de l’incertitude.

À chaque retour, le même visage ;
Sous la chimère qui s’exile,
La poussière âcre des batailles,
Le nomade, au vol d’hirondelle,
Porte sur lui sa solitude.

Faut-il croire que le songe défunt
Laisse un fil de glaise à la main ?


 
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   Passant75   
28/3/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
« Plus mon petit Liré que le mont Palatin ». C'est immédiatement le vers qui me vient à l’esprit quand le thème du retour est évoqué. Tel Ulysse, du Bellay a voyagé, mais c’est le retour à « la douceur angevine » qu’il a si bien chanté, alors que l’auteur de ce poème semble avoir une vision plus erratique et incertaine, voire pessimiste, de ce thème.

« Dans l’argile des chemins », là où chaque pas laisse une trace profonde, est un poème qui, à l’évidence, est l’aboutissement d’un travail important et rigoureux. Ill affiche une ambition formelle très nette avec l’anaphore « À chaque … » qui organise les trois mouvements voyage, amour, retour. Même si ces trois quintils peuvent finir par se ressembler davantage qu’ils ne se répondent.

Le texte accumule les images liées à la terre, « l’argile », « la poussière », « la glaise » et les effets sensoriels, « une obscure entaille », « la nuit cisèle ». Ces associations, par leur densité, pourraient risquer de freiner la progression de l’émotion, mais on se laisse emporter par la fluidité du chant.

« À chaque retour, le même visage » agit comme un pivot, à la fois constat et désenchantement.

On peut aussi souligner la cohérence sonore, notamment dans les rimes féminines qui apportent une certaine douceur pouvant parfois contraster avec la rudesse d'un certain vocabulaire, « un âpre voyage », « la poussière âcre ».

Le distique qui clôt ce poème ouvre une question plutôt qu’il ne conclut. L’image du « fil de glaise » peut suggérer à la fois un lien fragile, une matière modelable, mais aussi ce qui reste de souvenirs à la fois concrets et incertains.

Au final, c’est un texte très construit, son écriture exigeante, parfois très chargée, sert pleinement le vertige du propos.

   LeChevalier   
7/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
C'est gentil de nous expliquer d'emblée la forme du poème, comme ça on n'a pas à se casser la tête pour la chercher. Je ne suis pas sûr de saisir mentalement les rimes entre les quintils : ça fait beaucoup de mots et la phrase de la deuxième strophe est vraiment trop compliquée pour qu'on puisse en plus être attentif aux sons. Je sais que ce procédé existait dans la poésie médiévale, je ne suis pas étonné qu'on y ait renoncé, une fois que les poèmes n'étaient plus chantés.

Je regrette que les décasyllabes n'aient pas une césure fixe. En l'état, le seul moyen de se persuader que ce sont vraiment des décasyllabes, c'est de compter : poésie et arithmétique ne devraient pas être confondues.

Sur le plan du sens, j'ai plutôt aimé. La vie comme un voyage, cela marche toujours, parce que c'est tellement vrai ! Cette idée de vie itinérante se manifeste à travers plusieurs éléments, dont ce « nomade » dans le troisième quintil. L'autre élément que j'ai bien aimé, c'est l'argile dont nous sommes faits. Je n'ai pas compris, en revanche, pourquoi c'est le « même visage » à chaque retour : après avoir tant cheminé, il me semble impossible qu'on reste le même.

   Lebarde   
1/4/2026
trouve l'écriture
perfectible
et
aime un peu
"La structure en arche (?) est volontaire" et à ma connaissance qui reste très limitée j'en conviens volontiers, est loin de l'académisme du classique, fut il néo; mais pourquoi pas après tout.

Si les rimes féminines des quintils sont dans la démarche, je note une intruse au pluriel, ("batailles") une remarque sans doute sans importance

Si l'écriture ne manque pas d'une certaine poésie, le propos confus n'arrive pas à me convaincre.
"Faut-il croire que le songe défunt
Laisse un fil de glaise à la main ?"

Bon voilà bien tout ce que ce poème m'inspire comme commentaire.
Désolé.

En EL

   papipoete   
7/4/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime bien
bonjour marcolev
P'tit nouveau nous narre une odyssée, loin du pays natal, sur des chemins aux sentes lourdes, l'argile collant aux basques.
Chaque étape, depuis la première dans cet ailleurs, n'est guère enthousiasmante tant énorme est la déception. Tout ça pour ça...
J'aurais pensé, que le seul fait de découvrir la PAIX fut cet eldorado rêvé ; ben non à priori !
NB un texte au ton fort désabusé, qui ne parle pourtant point de grosses galères ?
Après avoir vu hier, ce mur de barbelé le long de la frontière polonaise, ce chemin à la terre collante m'apparait douce pente.
la première strophe pourtant me plaît bien.
La technique d'écriture, avec ces rimes se retrouvant à chaque strophe,; est singulière et ne ma déplaît pas ; au 9e vers cependant, la prononciation " verti/ge...ju/vénile " est mal aisée

   Provencao   
7/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Bonjour marcolev et Bienvenue,

"À chaque amour, un imprévu rivage
Où le vertige juvénile
Fait surgir une obscure entaille,
Sur la peau que la nuit cisèle
Jusqu’au seuil de l’incertitude."

J'aime cet imprévu qui est à la fois extérieur et intérieur, dehors et dedans, " de peau que la nuit qui cisèle" et de cadeau en approche, de versatile en vélléitaire, j'ai eu l'impression d' atteindre sans le savoir à l’exclusive actualité de l'humanité , à l’oeuvre de l'argile des chemins...

Au plaisir de vous lire
Cordialement

   Cyrill   
15/4/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour marcolev,
C’est un texte dense et habité. L’image de «l’argile des chemins» l’ancre dans une matière vivante, malléable, presque charnelle, qui donne corps à l’abstraction.
Sa structure répétitive ( «À chaque détour», «À chaque amour», «À chaque retour» ) m’a fait l’impression d’une marche intérieure. Cette progression donne au texte sa dimension méditative, elle évoque l’inévitable recommencement des expériences humaines : voyage, amour, retour à soi.
Il y a une tension constante entre mouvement et retenue, entre corps et songe. Le poème avance, mais toujours dans une forme de résistance et presque d’enlisement, ceux de l’habitude, de la solitude.
Le langage est soigné, les images alternent entre délicatesse et rugosité : «un âpre voyage», «l’aube vive qui tressaille», «la nuit cisèle», «la poussière âcre des batailles».
La question finale, «Faut-il croire que le songe défunt / Laisse un fil de glaise à la main ?» ne clôt pas le poème, elle l’ouvre au contraire sur la réflexion, mais suggère aussi une forme de renoncement.
Merci pour le partage et bienvenu ici.

   Lariviere   
20/4/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Marcolev

J'ai aimé votre poème. Il est solide sur la forme, intéressant sur le fond et possède une belle unité d'ensemble.

En fait, j'ai été assez bluffé par celui-ci et je l'ai lu à de multiples reprises.

Ma première impression, ca été sur la forme qui m'a déconcerté, et pour moi c'est plutôt positif, car ça à stimulé d'emblée mon intérêt de lecture.

Du coup je m'interroge... Est ce que cette structure classique existe ? Je ne pense pas sinon ce texte aurait sans doute été publié dans cette catégorie, mais je ne l'avais jamais rencontré. Mais n'étant pas un spécialiste de la question, mon interrogation demeure.

Sur le ressenti, je n'ai pas saisi d'emblée le travail des rimes qui se répondent par ordre de vers de strophe en strophe. Je cherchais des rimes avec alternance classique, plates ou croisées dans les quintils et n'en voyant pas, j'en ai déduis avec erreur qu'il n'y avait pas de rimes fixes et que celle-ci n'était pas toujours employé.

Ce n'est qu'a la deuxième lecture, alors que je voulais confirmer ma bonne impression du fond, que j'ai découvert le travail appliqué sur les rimes et sur la métrique.

Ce travail appliqué sur la structure des strophes, sur les rimes, la métrique, le choix de ces anaphores qui débutent chaque strophes, jusqu'à la construction articulée du discours, justifie mon impression de grande solidité sur la forme. Il y a juste une construction que je ne comprends pas : sur le distique de fin il n'y a pas de rimes entre les deux vers, alors qu'il y en a une au distique d'entame de cette structure en arche, joliment pensée.

Pour finir sur la forme, j'ai aimé le rythme et la sonorité de l'ensemble, pour ces rimes riches et les assonances ou allitérations à l'intérieur des vers.

Sur le fond maintenant, j'ai apprécié le propos et comme Passant75 et Cyrill dont tout le commentaire est très pertinent, je trouve que le registre de la terre permet de donner matière, d'ancrer dans quelque chose de profond et de effectivement "donner corps à l'abstraction". J'ai donc apprécié les images qui renforce le propos qui est intéressant, singulier, dans sa vision du voyage et du voyageur.

Enfin, on ne peut pas, bien sur, lire votre poème sans penser au sonnet de Du Bellay. Et même si celui-ci est assez différent sur le fond et surtout sur la forme, il sent dégage quand même une certaine tranquillité qui ne se prive pas pourtant d'une certaine "gravité" philosophique.

Merci beaucoup pour cette lecture et bonne continuation !

   Kirax   
25/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime un peu
Je reconnais que l'exercice de style et la structure sont toutes deux très intéressantes.
Mais la musicalité de ce poème ne m'a pas touché, et son propos n'a pas non plus parlé à mon âme.
Je pense que les rimes trop éloignées les unes des autres, cela me refroidit et m'empêche d'apprécier le poème à sa juste valeur. Et le fait que je ne sois pas rentré dans le sujet ne m'a aidé non plus.

Mais je reconnais sans aucun problème la technicité d'un tel édifice poétique.
Cordialement, et à bientôt pour une prochaine proposition.

   GLOEL   
28/4/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Marcolev,

Une œuvre dense et dépouillée, où la forme poétique parvient à dompter la pesanteur de l'existence.

Une architecture rigoureuse en arche (distiques encadrant des quintils) qui symbolise le cycle du temps et du voyage : pas mal !
L'alternance des rimes et la répétition en début de strophe imitent le pas lent et régulier du nomade. Bravo!

On sent le ciseleur des mots ... l'horloger de la minutie ...

L'œuvre évite le pathos pour préférer une observation digne de la solitude et de l'usure, trouvant une forme d'espoir dans la matière qui reste à façonner.

Tres beau poeme !
Je suis admiratif et j attends la suite...

Frank


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