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Poésie libre
Eskisse : La prisonnière
 Publié le 09/04/26  -  12 commentaires  -  587 caractères  -  218 lectures    Autres textes du même auteur


La prisonnière



Toute une vie
à rater la marche
les chevilles torves
les cheveux secs
et les yeux meurtris
à tituber
sous les injonctions
sans libre arbitre
ni oracle
pour décider du sort
sans égide
contre les aléas

Toute une vie
à s’emparer de grains
de solitude
les yeux dessillés
par les sillons de rimes

À régner sur des royaumes déserts
sous les linceuls des amoureux perdus

Toute une vie
à sortir du lys
que l’enfance de la vallée
promettait
d’offrir


 
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   Luron   
9/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Encore du spleen !!!
Toute une vie derrière des barreaux virtuels d'un destin que "la prisonnière" n'a pas choisi et auquel elle ne peut échapper.
Toute une vie semblable à celle de Henriette dans " le lys dans la vallée" de Balzac qui était prisonnière de son mariage. "A régner sur des royaumes déserts/sous les linceuls des amoureux perdus" suggère la fin de tout espoir comme si cet espoir était mort mort sous un linceul avec les sentiments amoureux du passé ou un amour impossible comme celui d'Henriette. Cette référence au lys symbole de bonheur pur dans le roman de Balzac illumine ce poème. Le choix des mots (rater la marche, yeux meurtris, tituber, sans égide, grains de solitude) pour arriver à "sortir du lys" traduisent avec force ce naufrage inéluctable d'un espoir.
Cette référence à Balzac m'a plu et permet d'échapper au spleen Baudelairien vu et revu.

   Passant75   
1/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Ce poème décrit une existence marquée par l’échec, la contrainte et l’absence de liberté. L’anaphore « Toute une vie » souligne une impression de fatalité, tandis que les images de déséquilibre, « rater la marche », « tituber », traduisent un mal-être profond et durable. Le sujet apparaît soumis à des forces extérieures, comme le suggèrent « les injonctions » et l’absence de « libre arbitre ».

La solitude est également centrale, à travers des images comme les « grains de solitude » ou les « royaumes déserts », qui évoquent une vie intérieure vide malgré une apparence de maîtrise. Mais n’est-ce pas en composant des poèmes qu’on peut prendre conscience de la réalité en donnant du sens à cette solitude, « les yeux dessillés / par les sillons de rimes » ?

Le dernier mouvement introduit une dimension symbolique avec le « lys » et la « vallée », qui peuvent rappeler « Le Lys dans la vallée » de Balzac ». Le lys, symbole de pureté et de renoncement incarné par la comtesse de Mortsauf, est ici détourné, en effet, « sortir du lys » suggère une rupture avec cet idéal, vécu comme une illusion ou une contrainte.

Une dernière remarque tout de même, si l’écriture paraît maîtrisée et cohérente, je ne me ferai jamais à l’absence totale de ponctuation. Mais ne dit-on pas qu’il ne faut jamais dire jamais !

   Provencao   
9/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Bonjour Eskisse,

Plusieurs lectures pour mieux appréhender la force et la clé de votre poésie.

J'y ai lu, j'y ai entendu toute une vie où cette enfance pouvait se faire qu'en se perdant. Mais il peut se faire qu'elle s'égare et que cette solitude signe l' isolement, perte, y compris de la sienne propre.

Les yeux meurtris, les royaumes déserts, et les chevilles torves sont des mots forts, où se trouve la prisonnière, comme désertée d'elle-même, elle sans vis-à-vis.

Au plaisir de vous lire,
Cordialement

   papipoete   
9/4/2026
trouve l'écriture
perfectible
et
aime un peu
Bonjour Eskisse
Je suis né sous une mauvaise étoile, et chaque jour chaque minute me rappellent que LIBERTE ne figure pas à mon curriculum vitae.
Toutes mes envies se limiteront à
- ne pas tomber
- ne pas croiser le regard d'un diable enturbanné
- ne pas leur offrir cette joie de me voir crever
NB suivez mon regard ! le commun d'une vie quand on vit au royaume des fous sanguinaires, où respirer est la seule liberté !
Et nous occidentaux, qui nous demandons
- où part-on en vacance cette année ?
- y'a un bon restau dans les parages ?
Et nos regards se portent là-bas, où le Moyen-äge brise, torture où on lapide non point avec des mots, mais avec des cailloux !
Je vois ici le récit d'un prisonnier ( souvent prisonnière là-bas ), où la solitude au crasseux d'une prison, tout comme en plein désert " sous le linceul des amoureux perdus "
L'ultime strophe m'inspire la cigogne de notre douce France, alors que présentement ce Lys ressemblerait finalement à un cactus gardé par des hyènes.
Bon, ce n'est pas le style d'écriture de papipoète, mais comme je viens sous tous les textes, de tous les auteurs, je m'arrête sous vos lignes et les commente...
La première strophe a ma préférence.

   Cristale   
9/4/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime bien
Bonjour Esquisse,

C'est tellement triste, mais tellement beau en écriture !

Echecs, désillusions, solitude et j'en passe, tous les ingrédients sont là, et me parlent, avec leur puissance poétique si dramatique soit-elle.

Avec moi ça a marché : je suis touchée.

   EtienneNorvins   
10/4/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
On navigue sans espoir d’un titre proustien à un chute balzacienne – sur les traces heurtées, titubantes (et cela est très bien rendue par ces vers très courts, abruptement scindés, qui font trébucher la lecture) de la locutrice – qui semble, après l’insistant « toute une vie » et les « linceuls » de la seule strophe qui échappe cette répétition inaugurale, … être vouée à la mort.

Cette vie est corsetée par un monde extérieur aussi oppressant qu’arbitraire (« sort », « aléas » suggère un monde acharné à lapider sa victime), une existence abandonnée des dieux (sans « égide » que Zeus offrit à sa fille Athéna, mais aussi « chevilles torves » qui n’est pas sans rappeler Œdipe « aux pieds enflés » … ou le Christ aux chevilles percées…), condamnée à une chute sempiternelle (« rater la marche ») pire que le supplice de Sisyphe, puisqu’il est au moins accordé à ce dernier d’atteindre brièvement un « sommet »…

Et la deuxième strophe ajoute à cet enfer extérieur un désert intérieur : cette vie est vide – désillusionnée (« yeux desillés ») : la locutrice n’a même pas le recours nietzchéen à l’art pour ne pas mourir de la vérité, puisque ce sont précisément les « sillons de rimes » qui semblent l’avoir conduite à devoir faire face à ce constat.

Rien ne sortira des ces labours, puisqu’on n’y peut semer que des « grains de solitude ». Et ce sont les deux ultimes strophes. Les amoureux suggérés (entre Marcel et Félix de Vandenesse ?) sont aux abonnés absents. Le « lys » final, symbole à la fois phallique, de pouvoir, et d’innocence, de pureté, n’était qu’une vaine promesse « infantilisante » .

Quel poème inflexible dans la douleur et la désolation ! Même l’écriture n’est plus chez toi un moyen d’échapper vers le haut !…

   Yakamoz   
10/4/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
La lecture de ce poème a fait surgir dans mon esprit une suite de sensations et d’images : Une personne prisonnière de sa vie, enfermée dans la cage de la dépression, pas de solution ni d’espoir possible. Peut-elle envisager de briser les barreaux pour en finir, pour le saut dans le néant ?
Les mots sont forts, l’ambiance est lourde, le constat est amer, la noirceur est totale.
J’ai beaucoup aimé la puissance évocatrice de cette poésie.

   BlaseSaintLuc   
11/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Je vois un clin d'œil aux deux vers finaux "le lys dans la vallée."

Contrainte des codes sociaux, contrainte de fidélité, contrainte de classe, etc.

C'est la comédie humaine vue par Balzac et traduite ici par Eskisse.

   Cyrill   
16/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Salut Eskisse.
J’ai trouvé l’écriture à la fois charnelle (« chevilles torves », « cheveux secs ») et métaphorique (« grains de solitude », « linceul des amoureux »). Les images sont fortes, presque tactiles, et les sonorités (« torves », « meurtris », « déserts ») renforcent l’impression d’une voix qui murmure, se parle à elle-même et semble chercher à se comprendre.
Je vois ce poème comme une série de chutes, solitudes assumées, royaumes vides et promesses non tenues. Mais la poésie y apparaît comme un moyen de transformer la souffrance en beauté, le vide en royaume. La poésie devient à la fois tombeau et trône.
La solitude n’est pas subie, elle est saisie, cultivée ( les grains ). C’est un moyen de transformer la souffrance en création, la possibilité d’une souveraineté paradoxale.
Je ne reviendrai pas sur la référence balzacienne, déjà amplement évoquée.
Merci pour la lecture et au plaisir.

   Lariviere   
19/4/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Salut Eskisse,

J'ai beaucoup aimé ce poème.

Les références m'ont échappé personnellement, mais j'ai ressenti beaucoup de force dans la réalisation mais aussi dans les "blancs" qu'offrent ce poème. L'amertume et le ton plus que mélancolique est prégnant mais reste agréable car il est adouci par la sobriété et le minimalisme de la forme.

Le rythme colle aussi à l'atmosphère spleenesque du propos. Enfin les images sont particulièrement puissantes surtout dans la seconde partie. La première strophe plante un décor assez brutal et un constat sans concession. A partir de la deuxième strophe, le propos et le rythme changent, laissant plus de place à de la pure poésie et à plus de douceur.

Merci pour cette lecture et bonne continuation !

   Kirax   
25/4/2026
trouve l'écriture
convenable
et
n'aime pas
Bonsoir,

Désolé je n'ai pas adhéré à cette proposition. Je trouve le travail de versification trop simpliste et le propos pas assez développé. On aurait envie d'en savoir plus, sur l'histoire de ce narrateur, sur les raisons de ses échecs, sur l'origine de son sentiment de solitude.

Je suis resté sur ma faim. J'ai le sentiment d'une histoire non finie, un peu creuse.
Ou plutôt d'une simple ébauche qui ne demandait qu'à être continuée.

Encore une fois, je suis désolé et j'espère sincèrement être un jour conquis par l'une de vos propositions.

Cordialement.

   Donaldo75   
26/4/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime bien
Bonjour Eskisse,

J'avoue qu'après lecture de ton poème, j'ai eu un flash sur ces vers de Jacques Brel:
"Avec un ciel si bas
Qu'un canal s'est perdu
Avec un ciel si bas
Qu'il fait l'humilité
Avec un ciel si gris
Qu'un canal s'est pendu
Avec un ciel si gris
Qu'il faut lui pardonner"

Je ne sais pas pourquoi, peut-être la tonalité de ce poème. Et la strophe de fin ne m'a pas ramené dans le monde de Prosper Youp la boum c'est le roi du pain d'épice.

"Toute une vie
à sortir du lys
que l’enfance de la vallée
promettait
d’offrir"

😭😭😭

C'est triste


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