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Poésie contemporaine
Mangrove : Conjuration
 Publié le 10/04/26  -  10 commentaires  -  821 caractères  -  145 lectures    Autres textes du même auteur

Poème un peu ancien, avec schéma de rimes plutôt baroque : ab-cd-ef-gh – gh-ef-cd-ab – i-j-k-i – l-j-k-l.


Conjuration



Du matin démâté au matin maritime,
Du matin de l'eau rare à celui de l'aurore,
Du matin noir de nuit au matin bleu de jour,
Du matin précipice au matin envolée,

Du puits du sacrifice aux allées repeuplées,
Des lucarnes d'ennui au cristal des ajours,
Des années de curare au cri du premier or,
Au soleil arrêté retapissant l'abîme,

Combien de faux réveils, combien de litanies,
De soleils esquissés d'un compas de faussaire ?
Le train des jours et nuits a-t-il un aiguilleur ?
Que sont ces contorsions au serpent de la vie ?

Du soir jusqu'au matin, j'ai marché, gravissant
Collines sentinelles, cherchant des émissaires,
Guettant dans les ravins des chuchots d'orpailleurs :
C'est le jour qui parut. La nuit va décroissant.


 
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   LeChevalier   
11/4/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime un peu
L'indication sur les rimes m'a plus embrouillé qu'aidé. Pourquoi ne pas avoir présenté les deux premières strophes comme des huitains ? Bref, je trouve l'expérimentation avec les rimes plutôt ratée.

Pour le fond maintenant. Je dirais qu'il y a un goût d'Amérique latine précolombienne ici : « curare », « sacrifice », « or » bien que le curare ait été utilisé en Amazonie et les sacrifices et l'or sont plus associés au Méxique. Malgré cette étalage de science, je ne suis pas très avancé dans la compréhension du texte : certes, je comprends mieux l'apparition du serpent (3e strophe) et les nombreuses évocations du soleil (deux fois « soleil », mais aussi « aurore »), mais je n'ai toujours rien compris fondamentalement.

Après plusieurs lectures, je me dis que je n'y arriverai pas. En espace lecture, je suis obligé de mettre une appréciation et elle est donc négative.

   Passant75   
28/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Ce poème se distingue par une maîtrise formelle et un réel souffle incantatoire. Le texte utilise des répétitions, « du matin », « des … », et un schéma de rimes symétriques qui instaurent un rythme régulier et un effet structurant. Le texte donne l’impression d’une lutte contre le temps et ses illusions.

Le premier quatrain, marqué par des jeux de mots et des glissements sonores « matin démâté / matin maritime », « de l’eau rare / de l’aurore », montre une virtuosité formelle, mais qui pourrait paraître n’être qu’un effet de style.

Dans les deuxième et troisième quatrains, les images, « faux réveils », « années de curare », suggèrent une conscience troublée, voire paralysée. Par ailleurs, des interrogations telles que « Combien ... / De soleils esquissés d'un compas de faussaire ? » et « Le train des jours et nuits a-t-il un aiguilleur ? » sont des images très construites, mais qui semblent susciter bien plus la réflexion que l’émotion.

Le dernier quatrain marque une inflexion, il est plus incarné, « j’ai marché ». Plus clair, il ouvre sur un apaisement offrant un point d’ancrage émotionnel. Le contraste avec la complexité des quatrains précédents renforce le sentiment d'une quête qui se termine par une victoire ... du jour sur la nuit. S'il n'y a pas de quoi pavoiser, c'est déjà un début prometteur !

   Provencao   
10/4/2026
Bonjour Mangrove,

Plusieurs lectures pour mieux appréhender votre poésie.

J'ai été en difficultés par une hésitation en lisant votre Conjuration : Je voulais arriver à distinguer, comprendre votre poème et le lire de différentes manières.

Je n'ai pas trouvé le cordon entre comprendre le mot usité et l'avoir utilisé de cette manière.

Pour moi, la bienveillance d'un mot est une manière d'éprouver le mot, une façon de voir et comprendre, pour moi, cet écho du matin démâté signifie pouvoir lire et dire ce qu'il renoue, ce qu'il subroge. Je n'ai pas recouvré la réversibilité des mots en illustration.

Peut-être est-ce mon oeil lié à la peinture qui me fait dire que les mots enluminent les reflets et que les reflets enluminent les mots?

Je m'abstiens d'apposer mon appréciation.

Au plaisir de vous lire.
Cordialement

   Lariviere   
10/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Bonjour Mangrove,

J'ai apprécié ce poème.

Votre déclinaison de tous ces matins pour inscrire le déroulé d'une vie dans un propos plutôt philosophique m'a plu.

J'ai été séduit par le traitement poétique que je trouve globalement réussi. J'ai aimé les images, riches, impactantes, singulière, qui possèdent une grande force d'évocation. J'ai aussi apprécié le rythme coulant, un peu litanique du poème. La musicalité est elle aussi présente.

Le seul petit bémol concernerait pour moi le vers final qui délivre selon moi une chute qui n'est pas à la hauteur dans son impact moindre de l'ensemble du poème.

Merci pour cette lecture et bonne continuation !

   Eskisse   
10/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Mangrove

C'est une belle poésie, une poésie de la quête.
Les deux premières strophes marient assonances et allitérations, oppositions de couleurs comme pour dire l'ampleur du trajet accompli dans l'espace et dans le temps.

J'adore ce vers: " de soleils esquissés d'un compas de faussaire" ( et ce n'est pas parce qu'il y a mon pseudo dedans) Je le trouve puissant car il exhibe le mensonge du jour.


J'aime ici le foisonnement des images.

Merci

   papipoete   
10/4/2026
Bonjour Mangrove
Eternelle question que celle d'en poser une, fondamentale au demeurant, et en donner la réponse aussi claire qu'une eau de mangrove ( vers les bayous de Louisiane )
Je me répète la remarque déposée, lors d'un texte identique...ne pas chercher à trouver le sens d'un texte ( il n'y en a pas forcément )
mais ça aide quand-même lorsqu'on a
- un fil blanc
- un fil rouge
à relier à un détonateur :
Tout cela pour dire, que cette conjuration ne saute pas à mes neurones : et pourtant, j'imagine que l'auteur dut brasser bien des archives, des papyrus même pour inspirer cette oeuvre ?
NB sans vouloir manier l'ironie ( je sais pas faire ) par moments, je crois être près d'autels sacrificiels incas et les cénotes sépultures de bas-fonds.
entre orpailleurs, curare, compas de faussaire, en voilà une ambiance à laquelle Indiana Johnes n'eût point déplu.
Tout travail mérite récompense, aussi ne veux-je point nuire au classement de ce poème ; je m'abstiens donc de décocher une flèche assassine au bas de ces lignes.
PS concernant les agencements de rimes, je reste également fort circonspect !
1er quatrain : fém/fém/masc/fém
et ainsi de suite
avec cependant des dodécasyllabes aux 12 pieds...

   Cyrill   
11/4/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Mangrove.
C'est un beau poème. J'aime beaucoup sa scansion tapageuse. Les hémistiches en miroir sont un plaisir et invitent à l'oralité.
La quête semble vaine au regard du dernier vers, encore que je n'en sois pas si sûr. Mais le chemin est celui de l'humanité, traverse le temps et l'espace. Il est jonché d'images toutes hautes en couleur, très visuelles pour ce qui me concerne ("compas de faussaire", "chuchots d'orpailleurs" ...)
Bravo !

   BlaseSaintLuc   
11/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Oui, il y a là un ton, une couleur, des sensations, du vivant !
Un naturel, du rythme, de l'éveil,

"Des soleils esquissés d'un compas de faussaires"
J'aime l'idée des rimes en escalier.

   EtienneNorvins   
12/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Richesse des images et densité musicale : un poème qui de prime abord séduit parce qu'il donne davantage à ressentir qu’à comprendre, et c’est précisément dans cet accord entre opacité des images et intensité des rythmes que réside sa force.

Il me semble être pris dans un "emotional rollercoaster", qui oscille de sommets en précipices, mais finit en apothéose solaire - même si je suis d'accord que le tempo imposé par le poème et son souffle lyrique auraient mérité une coda plus étoffée.

   Ornicar   
13/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Mangrove,

A mon tour d'en rajouter une couche.
Pourquoi faudrait-il tout le temps vouloir tout comprendre ? Que signifie cette obsession maladive pour la clarté du propos à tout prix ? Laissons le culte de l'hyper définition aux marchands de téléphones et d'écrans plats. Dans cette catégorie qui nous occupe, la poésie, ne peut-on un peu, juste un peu, se laisser aller, oublier l'emprise autoritaire de ce qui fait ordinairement sens ? Un beau paysage nous émeut rarement quand le soleil à la verticale, ne laissant rien dans l'ombre, écrase tout de sa lumière crue et vulgaire.

Alors, oui, le fond du propos se dérobe à notre avidité quand, lancé à sa poursuite comme un chercheur d'or sans scrupules, on croit le voir miroiter et pouvoir enfin le toucher du doigt. Le véritable trésor est ailleurs : dans la richesse et le foisonnement des images que draine ce poème. Et si on se concentre sur elles, on "ressent" alors quelquechose, une vibration souterraine. N'est-ce pas là l'essence de la poésie : "ressentir" plutôt que "comprendre" ?

Et ce que je ressens, de façon diffuse, c'est, à l'heure du bilan d'une vie, un désenchantement général empli de désillusions, demi-succçès, tentatives avortées, échecs, insatisfactions chroniques, regrets. Bref, le champ de ruines ordinaire de l'être humain, misérable Sisyphe, confronté à son imperfection en même temps qu'au gouffre séparant idéal et réalité. La forme (nombreuses répétitions, tournures interrogatives) rend palpable l'inutilité de cette quête faite d'éternels recommencements tout en donnant du rythme à ce poème à la fois sonore et visuel.


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