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Poésie libre
Meaban : La soie des mobylettes [Sélection GL]
 Publié le 13/08/15  -  16 commentaires  -  1582 caractères  -  289 lectures    Autres textes du même auteur

Somua, marque de machine-outil (tour, fraiseuse, étau-limeur) de couleur verte. Imaginez cette odeur de machine-outil et de liquide de refroidissement qui coule sur l’outil de coupe pour le refroidir, dans un atelier de mécanique générale sous le soleil du Gard !


La soie des mobylettes [Sélection GL]



Au grand dam d’ustensiles aboyant au plafond ; j’erre dans les intérims où le vert d’un Somua m’affuble les narines.
Cacophonies d’ampoules attisées sous les poutres, les verrières crasseuses déteignent la journée.
La valse des plateaux s’échinant sous la fraise, l’aboiement des étaux surfaçant l’acier doux.

Les sirènes d’Estival, la fraîcheur des fosses d’où ruisselle le flambant partant pour les chaudières.
La gare de Tamaris et son faisceau de rails, y grondent les trémies perchées sur leurs boggies.
Au loin, collines orange parsemées de suies noires, et plus haut sur les tertres les arbres qu’on moissonne pour en faire des poteaux.

Ces étés de poussière où l’on rêve de pluie
Les heures qui s’arrêtent engluées de torpeur…

Flagellés de soleil, tristes Sud parfois
Murailles délitées et volets de guingois
Épaves de camions, ferrailles inutiles

Et sur les aires sales…
Rouillent de grands fûts d’huile

En de vieux fours banaux où brûlent les rancœurs
Grésillent les cyprès arrachés sous la lune

Poussiéreuses antiennes
Stridulantes obstinées
Insectes d’obsidienne


C’est un chaos insigne où stagnent les violences
Le noir puis la misère s’érigent en valences

Sur des surfaces grèges, percent les écrouelles
Comme ces bulles grasses sur de l’eau de vaisselle

CommecLa soie des mobylettes s’égayant sur la rue

Une journée d’usine
S’occuper de survivre.


 
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   bipol   
20/7/2015
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Flagellés de soleil, tristes Sud parfois
Murailles délitées et volets de guingois
Épaves de camions, ferrailles inutiles

ou

Sur des surfaces grège, percent les écrouelles
Comme ces bulles grasses sur de l’eau de vaisselle

La soie des mobylettes s’égayant sur la rue

Une journée d’usine
S’occuper de survivre.

j'ai déjà travaillé dans un atelier

mais jamais dans une telle ambiance

je suppose que cela doit exister

mais cette ambiance justement

est parfaitement rendue

cet atelier vieilli rouillé crasseux mais beau

enfin moi je le trouve beau

dans cette chaleur épaisse

juste un détail "la soie des mobylettes"?

mais je trouve cette image très belle

bravo pour votre texte j'ai adoré

   Bleuterre   
26/7/2015
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour, je trouve ici un texte foisonnant où la limite du supportable est servie par du vocabulaire recherché et des images poétiques chocs. Ce texte est pour moi très sensoriel, en tant que lectrice, je ressens cette torpeur, cette ambiance glauque très bien rendue grâce à une narration tragique où le narrateur n'hésite pas à décrire la désolation du décor et du paysage. C'est pour moi un texte fort et militant. Merci.

   Anonyme   
29/7/2015
 a aimé ce texte 
Passionnément
D’abord le titre : une pépite…
Ensuite le reste de l’écriture est à l’avenant.
Rythme soutenu, fluide, et des vers vraiment ciselés. Des images assez rares et insolites. Des trouvailles à chaque vers, je trouve, humblement.
Le fond enfin qui me parle ayant travaillé quatre ans dans une fonderie, pas dans le Sud, mais il faisait toujours très chaud, savoir si l’hiver ou l’été était le plus pénible…
Et quatre autres sous un hagard de tôles, pas ventilé, à manipuler des colles et des solvants.

Et la fin résume bien l’ennui et la difficulté de ce genre de travail, en ce genre de lieu : l’usine, où s’occuper de survivre. Avec votre talent ça vaut la peine.

À vous relire, camarade ! Et surtout bravo pour ce superbe poème.

Cordialement.

   Anonyme   
13/8/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ce qui m'est apparu d'emblée à la lecture de ce poème, c'est sa musicalité. Les vers, pour la plupart, sont construits comme des alexandrins, les images sont belles et le vocabulaire recherché.
Pour l'ensemble, je rejoins les remarques positives des autres commentateurs.

   papipoete   
13/8/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour Meaban; cet univers graisseux et hurlant me rappelle un atelier de décolletage, où les machines (vertes) tournaient sans jamais s'arrêter. On ne parlait pas, on hurlait en faisant des signes qu'un sourd put comprendre!
Quand on se retrouvait dehors, bien que près d'une route passante, on se croyait débarqué sur une autre planète!
Vous décrivez un endroit où le bruit, la chaleur, le gras étaient maîtres des lieux, " une journée d'usine, s'occuper de survivre ", dans cette antre de Vulcain, dans ce ventre d'un volcan! Rien n'est exagéré dans vos propos, et on s'essuie les mains dans la cote en lisant vos vers si forts!
J'ai visité il y a peu, les salines de Salins les Bains, où les saulniers bravaient le diable pendant 8 heures sans répit; ils pouvaient même faire du rab pendant 4 heures, plaies à vif plongées dans le sel, et sans gant, car les retirer revint à retirer la peau avec!
Merci de nous rappeler une vision du travail qui laisse...songeur?

   Robot   
13/8/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Très expressif, un texte qui parle de sueur, d'odeur, de travail,de fatigue. Le monde mécanique de l'usine en poésie, et dans une solide écriture, c'est assez rare pour être souligné.
Ernault Somua, le bruit des mandrins qui tournent, le lubrifiant comme du lait tourné, l'odeur de la limaille brulante et de la graisse: j'ai retrouvé dans ce texte ce que j'ai ressenti le jour de mon entrée en apprentissage.

   TheDreamer   
13/8/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Belle prose poétique. Ce texte est profond et beau.

Il y a une douceur tenace qui s'insinue entre les mots dans un texte qui pourtant parle d'éléments peu propices à ce sentiment : métal, mécanique, huile, graisses, ampoules, fraises... et de crasse.

C'est toute la force émotionnelle de ce poème. Oui les "étaux aboient", mais sur "l'acier doux", comme pour "exorciser" la dureté du métier et de l'existence. Aux chaudières brûlantes répond "la fraicheur des fosses".

Sous la suffocation du travail et l'injustice de la misère tout aspire à vivre... et cette "soie des mobylettes" comme un souffle pour s'évader de ce qui nous opprime et pourtant nous permet de survivre.

Bravo !

   Anthyme   
13/8/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
À noter que je suis totalement et, je le crains, irrémédiablement réfractaire à la poésie, pour dire ; c’est un secteur d’Oniris que je n’aborde même pas … jusqu’à ce titre :
« La soie des mobylettes. »

… … … …

Selon mon habitude minimaliste, j’avais occulté la présentation, et de fait, lorsque j’ai lu le mot « Somua » et la référence au « vert » ; je me suis d’emblée senti « avec un camarade » dans un « chez nous » que seuls ceux qui connaissent l’odeur si particulière du lubrifiant vaporisé par un copeau au rouge peuvent connaître, c'est-à-dire fermé aux « phraseux » d’Oniris.

C’est à la relecture seulement que j’ai remarqué ta présentation initiatique qui leur ouvrait les portes de nos ateliers … Camarade.

… … … …

Toi c’était dans le Gard ; moi à l’aciérie de Rombas, fin 60 début 70, dont les sirènes lugubres des 3x8 rythmaient la vie de toute une vallée, bourgeois compris !


Lorsque les portiers vomissaient leurs ruées, flots, maelströms — je ne sais comment qualifier ?

Lorsque les portiers vomissaient la « masse » compacte de ce qu’on appelait encore le « prolétariat », se produisait alors une fragmentation par le moyen de transport :
Au début, c’était essentiellement les vélos des OS, un ensemble dandinant qui s’étiolait en file, rapidement dépassé par les quelques escadrons de « mobylettes », qui étaient alors l’apanage de l’élite des « cols-gris » : les ‘pros’ du copeau et de l’ajustage.


Dans ton évocation, c’est peut-être le seul détail que je regrette :
Dans les ateliers de cette époque ; les « mobylettes » étaient jalousées …
… à moins que ce ne soit cela … « la soie » ?


… … … …

Bien à toi, Camarade.

   PIZZICATO   
13/8/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une atmosphère lourde et sombre, des images qui heurtent, décrivant un environnement presque repoussant.
" Sur des surfaces grèges, percent les écrouelles
Comme ces bulles grasses sur de l’eau de vaisselle "

Quelle tristesse qu'un travail qui ne sert qu'à survivre...

   Anonyme   
13/8/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Meaban... Les Somua je connais ! J'ai débuté ma vie professionnelle sur une fraiseuse à l'âge de quinze ans comme arpète puis comme ouvrier à dix-huit ans. De la version latine à l'étau limeur il n'y avait qu'un pas que les conditions financières et familiales de l’époque m'ont obligé à franchir... Major de la Promo 59, (nous n’étions que deux), de la section fraisage à l’Arsenal de Brest, j’ai donc comme vous, huit heures par jour, calibré des barres d’acier sur ma fraiseuse mais je n’en garde pas pour autant un mauvais souvenir… Il est vrai que je n’ai fait que dix-huit mois à la production avant d’aller chercher fortune ailleurs et de plus j’étais très jeune.
Votre poème ne reflète pas ce que j’ai vécu… Je n’ai pas souvenir de ce côté « Zola » que je retrouve à travers vos lignes mais d’une entreprise à l’autre il est évident que les conditions n’étaient pas obligatoirement les mêmes…

Deux questions concernant le texte…

J’ai un peu tiqué sur ce qui suit… le vert d’un Somua m’affuble les narines.
Est-ce bien le verbe « affubler » qu’il fallait employer ici ?

D’autre part, je ne vois pas vraiment ce que veut dire… La soie des mobylettes… à moins que cette soie représente le dessus du panier des employés équipés de ces engins…

Merci pour ce flash-back qui m’a rajeuni de presque soixante ans !

   Luz   
13/8/2015
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Bonjour Meaban,

Dans le genre j'ai rarement lu un texte aussi beau et puissant.
Au lycée technique j'ai pas mal utilisé ce genre de machines. La fraiseuse "Alcéra" m'a beaucoup marqué...(j'ai très rapidement compris qu'il valait mieux que j'essaie de faire autre chose.) Je ne suis donc pas vraiment un "camarade", sauf que quand je passe devant un atelier de ce genre je ne peux m'empêcher d'aller respirer l'odeur de l'huile chauffée par l'acier doux et les outils de coupe, bizarre.
C'est extraordinaire de pouvoir faire ressortir une telle ambiance : une sorte de miracle poétique.
Je rejoins bien sûr tous les commentaires.
Merci beaucoup.
Luz

   Francis   
14/8/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
La plume m'a ouvert les portes de l'atelier. Alors, les bruits, les odeurs, les couleurs ont assailli mes sens. Je découvrais un univers que je ne connaissais pas. L'écriture me fit penser à Louis Ferdinand Céline ( Voyage au bout de la nuit). Mais il y avait en plus une dimension poétique dans la forme qui donnait plus de force encore aux mots, aux descriptions. Un moment de lecture que j'ai particulièrement apprécié.
Merci.

   Anonyme   
14/8/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'aime que l'on aborde poétiquement les sujets les moins poétiques à première vue. Vous le faites avec une belle énergie, celle de la matière que l'on transforme. Votre vision est quelque peu violemment misérabiliste, mais j'ai vu pire et beaucoup mieux !
Bravo pour votre écriture.

   Mauron   
28/8/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Mais où sont les usines d'antan! Merci pour ce voyage dans le temps. J'ai connu (j'étais petit à l'époque) ces wagons trémie, ces bruits et ces fureurs de machines outils dans des pays silencieux et vides à jamais aujourd'hui, comme Laval-Pradel, La Grand-Combe, voire Alès... Merci pour la soie des mobylettes, cette soie qu'on n'entend plus aujourd'hui, comme on n'entend plus le provençal, et bientôt plus le français d'ailleurs dans ce monde mondialisé... New look à jamais. "Es pas per me vanta, siey pas qu'un vieil coudou".

   BrunoGaia   
1/9/2015
Commentaire modéré

   BrunoGaia   
1/9/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Donc réédite mon commentaire qui était : " "Une journée d’usine
S’occuper de survivre." , Wow. "
Et oui je comprend que cela puisse être "trop succinct pour le site", mais bon, avec mon commentaire modéré on dirait que j'ai été insultant envers un texte que j'ai beaucoup aimé de par sa manière d'amener justement cette fin couperet au travers d'un entrelacs d'images.

Donc voilà, votre fin cher poète (et le tissus textuel qui y mène évidemment...) : wow!

   jfmoods   
27/11/2015
I) L'enfer de la technique

1) Un processus industriel

Un abondant lexique spécialisé se déploie (entête : « Somua », « machine-outil » x 2, « tour, fraiseuse, étau-limeur », « liquide de refroidissement », « outil de coupe », « atelier de mécanique générale », reste du texte : « ustensiles », « Somua », « plateaux », « fraise », « étaux surfaçant l'acier doux », « fosses », « le flambant », « chaudières », « faisceau de rails », « trémies », « boggies », « fours banaux », « une journée d'usine »).

2) Une ouïe saturée

L'univers sonore ne connaît pas le repos (« aboyant », « Cacophonies », « l'aboiement », « sirènes », « grondent », « antiennes », « stridulantes »). Le silence marquant la fin du travail (personnification : « Les heures qui s'arrêtent engluées de torpeur ») installe l'individu dans un état d'hébétude. Seule la métaphore auditive qui donne son titre au poème (« La soie des mobylettes ») est porteuse de douceur car elle marque la désaliénation, la liberté retrouvée.

II) Une nature mise à mal

1) Une exploitation exacerbée du sol

Le jeu contrasté des couleurs fascine (« collines orange parsemées de suies noires »), mais il ne fait qu'entériner la quête incessante, obsessionnelle, du minerai dans les entrailles de la terre. Les verbes de mouvement, à l'image d'un ogre à l'insatiable gloutonnerie, entérinent la dévastation sans limite exercée par l'homme sur son environnement (« les arbres qu'on moissonne », « les cyprès arrachés sous la lune »).

2) L'image d'un dépotoir à ciel ouvert

Plusieurs éléments manifestent l'indifférence souveraine du pollueur (énumération sans complaisance : « Épaves de camions, ferrailles inutiles », métaphore à visée dépréciative : « chaos insigne », rejets du sujet mettant en relief désastre écologique et sanitaire : « Rouillent de grands fûts d'huile », « percent les écrouelles », comparaison suscitant le dégoût : « comme des bulles grasses sur de l'eau de vaisselle »).

Les deux thématiques développées ci-dessus (la technique et la nature) sont à l'oeuvre dans d'autres textes de Meaban (qui privilégient, cependant, d'autres approches). Je pense à « Routes de nuit (col de la Chavade) » et à « Train cévenol » (lu sous d'autres cieux).

Merci pour ce partage !


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