Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Poésie en prose
Meaban : Madame Gardan
 Publié le 04/06/17  -  11 commentaires  -  939 caractères  -  160 lectures    Autres textes du même auteur

Rien de quantique et pourtant…


Madame Gardan



Des oiseaux vers le ciel dans un clair d’arguties, des crapauds dans les fonds gondolent le silence et la lune remplie s’étale sur nos vies. Une brise alanguie au rempart des cyprès, le pays des cagoles.
Une madame Gardan devant l’économique, les roses enivrantes parsemées Fêtes-Dieu ; le soleil de tes jambes gainées sous la rayonne.
Un gros camion pansu passe égayant la rue, les gamins caracolent.
Et madame Gardan épicière avenante (elle tient l’économique) sourit aux hirondelles zézayant sous le ciel.
La rivière ronronne passant dans les turbines du grand moulin d’ici. Il construit la farine empilée dans des sacs.
Petits hommes en béret, mégot vissé au bec, les roulent en jurant.
À l’horizon d’ma rue, les rubans d’une scie cicatrisent les planches. S’y entassent les boîtes qu’on fait aux indigents abrités à l’hospice. Vivants comme des enfants ils bégayent amers.
Inoubliables étés.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette poésie sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   David   
24/5/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

Un peu de charme dans ce regard contemplatif, le côté quantique je le trouverais à la Schrodinger : le tableau pourrait sembler à la fois vivant et mort, mais plutôt dans un sens d'ado du mot "mort" (du genre "les maths c'est la mort", "mon quartier il est mort") mais ce n'est pas le ton dominant non plus, c'est pas vraiment cynique non plus à la façon dandy perdu en province, ça me fait plutôt l'effet d'une mélancolie un peu vive, pas trop terne.

   socque   
4/6/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je trouve que vous restituez bien à la fois l'instant saisi dans le mouvement et l'immobilité de cet instant à force de se répéter. Le rythme habituel d'alexandrins cachés que vous placez dans vos textes me paraît en l'occurrence très approprié.

J'aime bien aussi le décalage discret qui donne une dimension autre, onirique, à ces scènes en apparence banales :
Des oiseaux vers le ciel dans un clair d’arguties, des crapauds dans les fonds gondolent le silence
gros camion pansu

Un poème à la fois clair et intrigant ; ça me plaît.

   Robot   
4/6/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'apprécie l'originalité de l'écriture, les décalages sémantiques qui donnent un côté fantasque à cette scène estivale.
La conclusion subtile, triste et amère. En effet, étés inoubliables mais tristement refermés sur le fabricant de cercueils qui jouxte le refuge des indigents.

Beaucoup de finesse dans cette image finale.

   papipoete   
4/6/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
bonjour Meaban,
Une chronique dans le journal Provençal attire le regard du lecteur alangui sous un platane ; on peut y voir un jour de vie ordinaire, pour madame Gardan qui tient l'épicerie, juste à côté du moulin à farine, et portant le regard au bout de rue, voir s'entasser les boites " costar en sapin " devant l'atelier du menuisier .
NB une morceau de bobine en 16 mm que déroulent les hirondelles en zézayant dans le ciel .
" la rivière ronronne ... " est mon passage préféré .

   PIZZICATO   
4/6/2017
 a aimé ce texte 
Bien
caméra sur l'épaule, un travelling panorama sur la vie d'un village, provençal je suppose.
" le pays des cagoles ". En existe-t-il un spécifique ?

   TheDreamer   
4/6/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Instantané d'instants de vies.

Chacun vaque à ses occupations : choses, bêtes et gens. Les oiseaux sont dans le ciel, les crapauds dans les fonds, la brise dans les cyprès, Mme Gardan devant l'épicerie, les indigents à l'hospice et bientôt dans leur dernière demeure que le crissement d'une scie sur les planches rappelle. "Tempus fugit velut umbra" : (le temps s'enfuit comme une ombre).

Et le silence et la lune s'étalent sur le tout, comme pour figer les images de ces étés inoubliables.

   Alcirion   
4/6/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Un poème en prose agréable à lire.

Le poète témoigne de ce qu'il voit parce qu'il était là au bon moment : il a compris les visions, les odeurs, les sons, les sensations et les posent sur le papier : sans lui, elles auraient été perdues à jamais.

Les sonorités sont plutôt douces et correspondent bien à une description "neutre" et sans emphase, même si la conclusion tranche avec la gaîté du développement.

   Proseuse   
4/6/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Meaban,

J' avais lu ce texte en EL, mais lorsque j' y suis retournée un peu plus tard pour commenter, le poème était déjà reparti !
Je suis donc bien heureuse de le revoir publié, car c' est une lecture que j' avais beaucoup aimé ! Le narrateur( trice?) nous offre avec douceur son regard pour visiter la vie qui , ici, juste là, le touche, c' est une place de choix qu' il nous réserve, la délicatesse et l' émotion avec lesquelles le poète effleure son "paysage" est pour moi, un partage tout à fait réussi ! Merci

   jfmoods   
6/6/2017
Un poème de Meaban, c'est d'abord un rythme. C'est une musique obsédante : celle de l'hexasyllabe. C'est ensuite, dans un tissage de phrases verbales et nominales, un flux de notations sensorielles, comme une carte postale mentale du passé. Ici, autour du personnage central (une commerçante affable qui donne son titre au poème), le lecteur voit s'ébaucher une palette de contrastes porté, notamment, par un jeu de personnifications et d'animalisations : haut ("le ciel") et bas ("les fonds"), femmes parodiques ("le pays des cagoles") et femme réelle (métaphore : "le soleil de tes jambes gainées sous la rayonne"), sensualité et piété ("les roses enivrantes parsemées Fêtes-Dieu"), détente ("Une brise alanguie") et activité ("Il construit la farine empilée dans des sacs"), calme ("La rivière ronronne passant dans les turbines du grand moulin d’ici.") et agacement ("mégot vissé au bec, les roulent en jurant"), exaltation de la vie ("égayant la rue", "les gamins caracolent", "hirondelles zézayant", comparaison : "Vivants comme des enfants") et présence obstinée de la mort ("les rubans d’une scie cicatrisent les planches", périphrase : "les boîtes qu’on fait aux indigents abrités à l’hospice").

Un passage du texte ("des crapauds dans les fonds gondolent le silence") ne manque pas de troubler la lecture car on pense immédiatement à Corbière et à son poème sur le batracien. Du coup, on croit entrevoir, dans cette image, une métaphore du travail poétique : témoigner, exalter, éclairer de fulgurances ce temps passé qui disparaît.

Merci pour ce partage !

   Raoul   
10/6/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Comme une photo qui s'anime lorsque notre regard zoome sur elle et ses détails… Un tableau vivant, je crois que ça s'appelle.
Une ambiance très particulière, on sent le plomb. Une observation fine que ce soit des âmes ou des choses, un crapaud et ses ronds dans l'eau, que sais-je… Et Ce sourire, bel et bon.
Et le travail de la lame sur le bois qui défile à l'envers… Du taillé sur mesure où le geste est parlant révélateur. Prose très maîtrisée dont chaque mot n'est pas là par hasard, et de l'émotion.
Très beau texte.

P.S. Tiens, je viens de lire ici "Télé en noir et blanc" de Luz, et je trouve que les deux textes on une sorte de belle confraternité.
:)

   Marie-Ange   
13/6/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Dès les premiers mots, me voilà à voir défiler des images de plus en plus pittoresques et attachantes. Quel bonheur, ce genre d'écrit, me met l'émoi au cœur. Je vois revivre en ma mémoire des photos, souvenir tout aussi émouvant.

Votre madame Gardan, m'a fait sourire, elle m'a rappelé l'épicière de mon quartier, si atypique, tant par sa personne, que sa boutique, on y trouvait pratiquement de tout, elle dégageait une odeur bien particulière, rien de désagréable, elle était ouverte 7 jours sur 7, parfois j'avais droit à des petits caramels, elle me trouvait mignon et bien poli.

Merci pour ce très très bon moment de lecture.

J'ai vraiment pris un très grand plaisir à vous lire et vous relire, car plus je fais des lectures de ce texte, et plus il me devient familier, chaleureux à souhait. De plus, vous avez le sens du phrasé, descriptif, marquant, comme dans ces phrases :

- les crapauds dans les fonds gondolent le silence ...
- et madame Gardan épicière avenante (elle tient l'économique) sourit aux hirondelles zézayant sous le ciel
- la rivière ronronne ...
- petits hommes en béret, mégot vissé au bec ...
- les rubans d'une scie cicatrisent les planches ...


Oniris Copyright © 2007-2017