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Poésie contemporaine
Nox : Visions
 Publié le 03/03/19  -  7 commentaires  -  1247 caractères  -  132 lectures    Autres textes du même auteur

Une autre perception ouvre ce monde enfin...


Visions



Une autre perception ouvre ce monde enfin :
Celle d'une mort sûre insérée dans la vie
Qui s'écoule dans l'âme et tressaute, à l'envi,
Sur les songes glacés fondus par les venins —

Une nature exquise enroulée de spirales
Mordant les animaux ; des fleurs dans des bouquets
Immenses, pleins d'échos, de cris durs et épais
Exhalés par la sylve touffue : tout fait mal

En ce monde parfait ; vivre blesse d'épines
Et chaque vie est nulle. On dirait un serment
Sans prophète — on le sait : la vie est l'accident
D'un hasard organique accouché sans racine !

L'homme rigole ainsi de sa sotte faiblesse
D'avoir levé ses pas et établi des plans,
Un grand rêve éveillé ! Pour mieux vivre, et longtemps
Sur cette terre haïe qui tiendra sa promesse !

Mais le secret est là : pour un instant, une
Parenthèse, même effacée ; un souffle, un grain
Qui se balance au vent de l'océan Indien,
Pour un songe lucide, un regard, un aveu ;

Pour cette herbe mouillée qui caresse le dos,
Un baiser, un sourire, une tendresse amie —
Pour ces instants de rien qui grandissent la vie,
Donnez-moi, donnez-moi encore ce cadeau.


 
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   Corto   
5/2/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Quelle belle démarche pour ce poème qui nous fait passer en 24 vers:
"d'une mort sûre insérée dans la vie" à "Donnez-moi, donnez-moi encore ce cadeau".
En une concision remarquable on voit ainsi naître l'humanité "la vie est l'accident D'un hasard organique accouché sans racine!"et "L'homme rigole ainsi de sa sotte faiblesse D'avoir levé ses pas et établi des plans". Pire encore: "vivre blesse d'épines Et chaque vie est nulle."
Ainsi vue la vie humaine n'est guère réjouissante.

Vient le retournement de situation :"Mais le secret est là : pour un instant, une Parenthèse, même effacée" puis: "Pour ces instants de rien qui grandissent la vie", les humains en redemandent toujours et encore car ils ont vu que la vie pouvait être si belle.

Lucidité sans naïveté, voici une belle leçon de vie.

   papipoete   
3/3/2019
 a aimé ce texte 
Bien
bonjour Nox
On pourrait vivre heureux sur cette terre, que l'on abime sans même y prêter attention, et la regardant alors de notre oeil, un oeil bienveillant ne dirait-on pas " tu es si belle et accueillante, avec de la place et à manger pour tout le monde, pardonne-nous de ne pas t'avoir respectée Terre ! "
Belle et imagée que votre écriture !

   Lulu   
3/3/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Nox,

J'ai vraiment beaucoup aimé ce poème qui comporte tant de vie, même au début quand ce sont les "épines" ou "tout [ce qui] fait mal" qui semble prédominer dans le regard et le ressenti, car c'est bien la vie le sujet et je trouve que vous avez su rendre, dès le départ, fort beau, cette ambivalence qui nous fait aimer, ou moins aimer l'existence.

Au-delà de l'homme, avec cette "âme" qui peut tressauter, l'évocation de son environnement est d'une poésie touchante et belle. J'ai notamment aimé ces "fleurs dans des bouquets / Immenses, pleins d'échos, de cris durs et épais / Exhalés par la sylve touffue…" C'est à la fois l'image de ces fleurs - on pourrait penser aux "fleurs du mal" en échos -, avec cet adjectif "Immenses" qui donne à voir leur singularité. Ce passage est par ailleurs très sonore avec l'allitération en [D] qui va bien de pair, je trouve, avec les "échos", le "cris durs et épais"...

L'opposition entre "ce monde parfait" et la blessure "d'épines" où "tout fait mal" me semble bien menée, et même très réaliste, sans que la poésie n'en soit perturbée. A l'exception, peut-être, mais c'est là un avis bien subjectif, ce début de vers "Et la vie est nulle." L'adjectif "nulle" m'a paru surprenant, comme excessif, exagéré, et peut-être aussi pas à la hauteur de l'ensemble du lexique, tant on utilise ce terme dans un sens familier.

La quatrième strophe a ma préférence. Pourtant, je n'aime guère le verbe "rigoler", mais là, il s'agit bien de la première fois que je le lis de façon poétique, sans côté familier. Dans le contexte du poème, en effet, ce verbe sonne bien, notamment avec l'échos en [O] de "sotte". Puis, ce vers, que j'ai vraiment adoré pour sa rythmique dans l'ensemble du quatrain : "Un grand rêve éveillé ! Pour mieux vivre, et longtemps". Il y a le rythme, mais aussi et surtout cette opposition relevée plus haut et qui court tout au long du poème. L'homme n'est là que pour un temps, mais un temps à la fois trop court, et trop long ; suffisamment long pour vivre les aléas de l'existence avec tout ce qui est bon à prendre, comme le reste.
La construction de ce quatrain est d'une belle richesse… et j'aime qu'elle soit d'une façon contemporaine, qu'elle ne soit pas spécialement plus poussée pour faire des rimes plus riches.

Ensuite, le poème suit dans cette même veine, ce regard posé sur la vie.

J'ai seulement été étonnée par la localisation "océan Indien"... En effet, l'ensemble du poème donnait à voir un regard porté sur l'existence en général. En tout cas, ce fut mon sentiment…

Je n'ai pas trop aimé le dernier mot : "cadeau". Si l'idée et le sens sont beaux et conviennent, je trouve que le mot ne sonne pas aussi bien que ça… Ce doit être le son en [K], mais c'est subjectif…

Enfin, après avoir parcouru ce poème, je réalise que le titre ne me semble pas à la hauteur du texte. Le poème m'a vraiment touchée, sur le plan esthétique, mais aussi sur le fond. Or, ce titre m'avait fait penser à tout autre chose… et cela n'avait rien à voir avec le regard d'un poète, ou ses perceptions du monde. Je trouve que "Visions" renvoie trop au visuel, plus qu'à une perception du monde et/ou de la vie.

Bonne continuation.

   Davide   
3/3/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Nox,

Quelques remarques :
v.10 : "Et chaque vie est nulle."
La vie ne vaut donc pas grand-chose ? Elle n'a pas d'importance parce qu'elle n'est pas respectée.
C'est ainsi que je comprends le mot "nulle".
v.17 : "Mais le secret est là : pour un instant, une".
Je trouve ce vers très maladroit, avec ce rejet au vers suivant, d'autant plus qu'il ne compte normalement que 11 syllabes.
La rime avec "aveu" fait bizarre, car le "e" de "une" est naturellement élidé en fin de vers.
v.18 : "Parenthèse, / même effacée ; / un souffle, un grain"
Est-ce un trimètre ? Ce vers se lit mieux en 3 x 4 syllabes effectivement.

Je comprends que la nature devient hostile à l'homme et à elle-même. Est-ce une citrique implicite (et ironique) du bouleversement climatique actuel ?
Ainsi, "une nature exquise" (v.5) ou encore "en ce monde parfait" (v.10) sont des antiphrases.
Et la nouvelle perception où se côtoient vie et mort devient ironiquement jubilatoire.
Au milieu de ce cauchemar, le narrateur / la narratrice désire retrouver les petits bonheurs simples de la vie (à la fin du poème).

Je trouve le rythme de l'alexandrin plutôt réussi, ce poème se lit facilement.
Et j'ai vraiment bien aimé les deux dernières strophes : surtout pour le contraste saisissant et plein d'humilité d'avec le reste du poème.
J'ai trouvé ce poème touchant.
Cela dit, je dois avouer que j'ai dû le lire plusieurs fois avant d'y déceler le ton ironique (!)

Merci du partage,

Davide

   PIZZICATO   
3/3/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une belle écriture aux images soignées et profondes pour définir cette " perception " de l'existence et son ambivalence.
" En ce monde parfait ; vivre blesse d'épines..."

" L'homme rigole ainsi de sa sotte faiblesse
D'avoir levé ses pas et établi des plans,
Un grand rêve éveillé ! Pour mieux vivre, et longtemps
Sur cette terre haïe qui tiendra sa promesse ! " Fort beau passage.

   senglar   
3/3/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Nox,


Ce qui me vient à l'esprit là tout de suite après avoir lu "Visions" :
- le monde ne vaut rien mais rien ne vaut le monde.
- un regard, un baiser, une tendresse, la caresse de l'herbe mouillée, un grain même sur l'océan peuvent vous (c'est-à-dire Nous) sauver de l'absurdité de la vie voire la justifier.

Quatre strophes négatives (nihilistes ou cependant s'opère une construction, la construction du monde et de la vie) pour deux quatrains positifs où en fin de compte c'est David qui gagne sur Goliath (ce poème géologique voire existentialiste est quand même fortement biblique. épines. prophète) et la vie qui gagne sur la mort.

Ceci dit les moyens de cette victoire sont sempiternels : la beauté, l'amour (rien de nouveau sous le soleil. lol). Et le rien gagne sur le Néant.
De petits riens pour battre le Grand Rien !
Car ces petits rien sont le Grand Tout.

Poème moins facile à visualiser qu'il n'y paraît.

Je m'interroge enfin sur cette "mort sûre", 'morsure' accident arrivé au milieu de la vie qui est une plage qui permet de s'interroger sur le sens de... et de... , une halte pour se poser toutes les questions.


senglar brabant

   Vincente   
3/3/2019
 a aimé ce texte 
Bien
J'aime beaucoup cette implication qui écarquille le regard sur la vie, le monde, et la mort comme fer de lance du questionnement.

Dans cette démarche, j'ai trouvé bien roulées les deux premières strophes, jusqu'à leur dernière phrase assertive : "tout fait mal". Quitte à être dans le questionnement, pourquoi appuyer l'incertitude de la réponse par une affirmation si abrupte. La nuance en vacances crée dès lors un doute quant à la rigueur du propos. Et le problème, c'est que dès l'entame de la suivante on bascule dans l'opposé, tout aussi expéditif avec "En ce monde parfait". Puis vient le "chaque vie est nulle", encore du tranchant... Et là j'ai décroché, coupé dans mon élan de vous suivre. Dommage, le jeu de mots "mort sûre" qui rebondit 5 vers plus loin en "mordant les animaux" m'avait fait sourire...

J'aurais trouvé plus sobre et tout aussi efficace de formuler "Un grand rêve éveillé ! Pour mieux vivre, et longtemps / Sur cette terre haïe qui tiendra sa promesse !" comme ceci par exemple : "Un grand rêve éveillé ! Pour mieux vivre longtemps / Sur cette terre haïe qui tiendra sa promesse !"

J'ai par contre beaucoup aimé les deux dernières strophes, pour leur forme, leur coulée et leur volonté positive. Du coup, j'ai "essayé" de lire le début jusqu'à "la sylve touffue" et d'enchaîner directement par les deux dernières strophes. Ça fonctionne très bien, en le proposant en poésie libre.


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