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Poésie contemporaine
Phicai : Une brève histoire du temps*
 Publié le 01/09/22  -  8 commentaires  -  4932 caractères  -  72 lectures    Autres textes du même auteur

Épopée écrite pour mes petits-enfants.


Une brève histoire du temps*



Sur la plage un été, je sentis dans ma main
Un minuscule grain qui brillait, gigotait.
Il voulait attirer ainsi curiosité,
Désir et intérêt, sans attendre demain,
Il désirait de moi une oreille attentive
Pour l'écouter narrer sa cruelle existence
Infiniment longue, désespérément dense.
Honoré mais heureux de sa prérogative,
Je m'assis curieux et rapprochai ma paume
Afin d'examiner ce petit bout d'atome.

Ainsi commença-t-il, et cela me surprit :
« Il y a, je le sais, plusieurs milliards d'années,
Je n'avais pas de vie, j'étais agglutiné
Avec mes compagnons, dans une once d'esprit.
Un jour, la fantaisie d'un bon dieu colossal
Ou bien un coup du sort, un hasard ridicule,
Nous fit nous séparer en fines particules,
Voyager, empoissés, dans un grand vide astral.
Nous étions un bouillon de protons, d'électrons
Et neutrons, condensés, soudés par le système.
Les photons, la lumière en cette masse extrême
Ne pouvaient circuler, pas même d'un micron.
Délogés du cocon, du nid originel,
Orphelins, nous filions, éléments en détresse
Dans un univers creux rassasié de tristesse.
Nous étions engagés dans un flux éternel.
Nous tous baignions alors dans un brasier torride
De milliards de degrés, dans un plasma gluant
De milliards de milliards de petits éléments.
Mais, en nous éloignant ainsi dans ce grand vide,
La chaleur de ce feu allant s'affaiblissant,
Brouet devient bouillon, bouillon devient clairet.
Nous nous agglutinons en atomes légers
D'hydrogène brumeux, tout en nous unissant.

Nous prenons de la masse et mutons en matière,
Et d'un coup les photons se changent en lumière.
Explose l'univers, premier matin naissant !
Éblouissant éclat, soleil incandescent !
Mais notre isolement ne peut nous satisfaire :
Nous avons grand besoin de rejoindre nos frères.
En nous rapprochant d'eux nous formons une masse
Qui grandit chaque jour. Chaque atome qui passe
Est croqué goulûment et vient grossir les rangs
D'une famille unie, d'un peuple cohérent
D'éléments très légers, hélium, hydrogène.
Bien vite nous formons oxygène et carbone
Qui, en divers noyaux, très vite se fusionnent
Du léger au plus lourd, l'univers se déchaîne. »
Puis sa voix s'amplifie quand, tout haut, il me dit :
« C'est à ce moment-là que j'ai été créé
Atome transmuté en un objet concret.
L'épisode est nouveau, le fait est inédit !
Nous sommes devenus de vrais grains de matière
Attirant un prochain, puis un gros, un petit
Et chaque amas grossit, se bouffit, s'arrondit
Jusqu'à former bientôt une parfaite sphère
Qui s'en va rechercher soudain inconsciemment
Un imposant voisin, l'avalant vivement.
Se construit l'univers à partir de poussières
Qui se sont agrégées en étoiles énormes,
En planètes râblées de différentes formes
Dont l'une deviendra notre subtile Terre.
J'en étais une part, négligeable il est vrai,
Voyageant mille fois de son noyau brûlant
Jusqu'au plus haut sommet du plus haut des volcans,
Replongeant mille fois vers son cœur enfiévré.

La Terre s'adoucit puis les volcans s'éteignent
Mais sa croûte poursuit un lent déplacement
Enfantant lentement par des plis menaçants
De gigantesques monts dont les têtes atteignent
D'improbables hauteurs. C'est ainsi qu'un beau jour,
Un beau siècle plutôt, si long fut le parcours,
Je me trouvais là-haut. César privilégié
J'étais le roi des rois des plus grands alpinistes.
Mais la neige et le gel et le vent qui insiste
Me font bientôt chuter de mon trône envié.
De falaise en rocher, de rocaille en gravier
Je me fends, je me tords, je me scinde et m'effrite
Jusqu'à me transformer en légères pépites,
Bientôt en sable fin dans le fond d'un glacier.
Je me retrouve alors dans une onde brassée.
Cataractes franchies, je cours dans les torrents,
Je me déverse alors dans le calme courant
D'un fleuve léthargique où je m'endors, lassé,
Quelques millions d'années. L'océan me reçoit,
Les courants me charrient dans leurs longues errances
D'ouest en est, de nord en sud. Sans résistance
Je me laisse porter n'ayant pas d'autre choix.

Et voilà qu'un matin, après dix tours du globe
Un ouragan m'échoue dans un lieu inconnu
Qui deviendra la plage où tu t'es baigné nu »,
Conclut, nostalgique, le tout petit microbe.
Il poursuit plein d'espoir : « Je resterai lové
Longtemps dans ton esprit, pour que tu te rappelles
Le temps qu'a mis la Terre à devenir si belle :
Il faudrait être un fou pour ne pas la sauver ! »


______________________
(*) Stephen Hawking 2007


 
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   poldutor   
20/8/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour
Long et beau poème sur l'apparition de la matière, puis la création de l'Univers, enfin la création de notre belle Terre.
D'aucuns trouverons sans doute des longueurs, mais non, chaque vers est ici à sa place.

J'ai bien aimé la gradation jamais ennuyeuse dans la progression de ces vers aux rimes tantôt suivies, croisées, embrassées, ce qui rompt la monotonie de la lecture. j'ai surtout adoré les trois derniers :
"...Je resterai lové
Longtemps dans ton esprit, pour que tu te rappelles
Le temps qu'a mis la terre à devenir si belle :
Il faudrait être un fou pour ne pas la sauver ! "

Oui la Terre est belle et les humains la défigurent sans cesse, mais une prise de conscience collective est en train de naitre, on réalise à quel point nous courons à la catastrophe, et l'héritage que nous laisserons à nos (petits) enfants risque de ne pas les charmer!
Merci de rappeler la Genèse en termes élégants.
Cordialement.
poldutor en E.L

   Lebarde   
21/8/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Et le grain de sable est repris par la mer pour se déposer dans les grands fonds, compressé par ses voisins pour former un grès qui, emporté par la tectonique des plaques, s’enfonce dans le cœur terrestre pour ensuite être recraché en lave acide ou en basalte ( des exemples parmi d’autres!!) par la gueule d’un volcan avant qu’un glacier n’érode la roche et la transforme en galets et sables dont un grain transporté avec d’autres par un cours d’eau se retrouvera sur une plage où un autre Moi ou Toi peut-être ( heu …là je suis moins sûr de mon scénario !!) le prendra dans sa main pour essayer de savoir et de comprendre que rien ne s’arrêtera jamais……Cela s’appelle l’Eternité, sans début sans fin ….
Ouf je m’arrête.
Mais alors quelle verve, quelle inspiration, quel souffle épique pour composer cette épopée de l’univers.
Bluffant!!
Votre poème est long, très long, trop long sans doute ( comme mon commentaire qui me pousse à délirer) mais pas trop pourtant à l’échelle de l’Univers dont vous avez entrepris de raconter l’histoire sans fin.
Je ne vérifierai pas les sources de votre documentation, des « filiations » entre protons, neutrons, électrons, atomes et éléments multiples, ni des cheminements, péripéties que vous nous proposez de lire, mais votre propos est tellement puissant, votre écriture tellement bourgeonnante, animée, vivante, euphorique, débordante de rythme et de faconde que je suis emporté par votre délire littéraire et …poétique et même prêt à vous croire.

Heureusement que les derniers vers ramènent à des considérations plus humaines qui pourtant ne concernent que notre bien courte existence.

Sur la longueur il doit bien y avoir quelques « glissades prosodiques », mais bof je ne cherche pas.

Beaux alexandrins, belles rimes, je suis globalement comblé.
Je crains que mon laïus ne soit perturbé justement par sa longueur et je ne voudrais pas le recommencer!!!!

En EL
Lebarde

   Anonyme   
1/9/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

Ce qui frappe d’emblée, c’est la longueur du poème. Dialogue existentiel avec un grain de sable qui flirte avec une vulgarisation scientifique un peu déconcertante mais je me suis accrochée pour aller au bout. Gros travail de l’auteur qui choisit de délaisser un peu la verve poétique par moments pour nous narrer cette naissance de la terre et de sa brève histoire du temps (un petit hommage à S. Hawking ?). Le long déroulement se termine sur note qui mêle écologie et espérance.

Merci pour cette lecture, qui en dépit de mes quelques réticences quant à sa longueur (je suis persuadée qu’un élagage aurait donné plus de force et de cohésion à l’ensemble), demeure intéressante et originale.

Anna Stardust

   Phicai   
1/9/2022

   Miguel   
1/9/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Poésie didactique, on appelle ça. Il y a une longue tradition antique : Hésiode, Lucrèce, Virgile ... Cette épopée d'un grain de sable est d'une grand portée philosophique, et c'est une belle réflexion sur les mystères et les beautés de la Création. Le vers final nous ramène à la réalité actuelle et aux urgences auxquelles sont confrontées nos générations. Cela se lit aisément, comme une histoire. "Instruire en distrayant", disaient les classiques: massions accomplie, bravo.
Bel Hommage également à Stephen Hawking, ce génial et courageux savant que son handicap majeur n'a pas empêché d'être un des phares de notre monde contemporain. Comme Newton, il a eu à sa mort les honneurs de Westmister.

   Polza   
1/9/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Phicai. Je ne suis pas trop explication du Big bang de l’univers des étoiles et tout ça en général. Pas que ce ne m’intéresse pas bien au contraire, mais mon petit cerveau étriqué n’est pas suffisamment évolué pour comprendre tout ça. J’ai malgré tout aimé votre poème parce que j’ai trouvé cette manière de donner vie à ce petit grain de sable ludique et poétique. Plusieurs références me sont venues à l’esprit au cours de mon agréable lecture. J’ai pensé à l’infini dans la paume de la main de Matthieu Ricard et Trinh Xuan Thuan, à Micromégas (sauf que les géants sont les hommes eux-mêmes face à un minuscule grain de sable), et à Jean de La Fontaine (à ne pas confondre avec Jean de La Préfintaines son homologue alcoolique) pour le côté fable avec une morale à la fin. J’ai moins aimé le passage au présent du récit alors qu’il était au passé au début de l’histoire puis de nouveau passage au passé par endroit. Quelques répétitions également que je n’ai pas le temps de répertorier mais pour donner un exemple « Je me retrouve alors dans une onde brassée.
Cataractes franchies, je cours dans les torrents,
Je me déverse alors dans le calme courant » alors et alors… Mais je retiens avant tout un poème frais et pétillant comme une bonne cuvée de Champagne. Concernant la conclusion je crains malheureusement que la plupart des hommes soient fous et que l’on va droit dans le mur depuis un bon moment déjà ! Merci pour le cours pas prise de tête en tout cas, je crois que j’ai à peu près tout compris !

   papipoete   
1/9/2022
 a aimé ce texte 
Bien
bonjour Phicai
Une " brève " histoire du temps, à faire rentrer dans la tête de petits enfants... Je ne suis pas certain qu'à la fin, ils se rappelèrent du début, tant il faut garder les neurones en éveil !
" dis papi, tu peux nous re-parler du " minuscule grain qui gigotait dans ta main ?
- oui, mais je termine d'abord mon histoire, et puis j'y reviens ! "
NB bien sûr que raconter l'histoire de la vie sur Terre, à des enfants quand ne comprennent pas forcément des grands, peut relever d'une sacrée gageure !
Je ne sais si ces petits sont des bambins, ou des ados ( pas sûr que la seconde catégorie prête l'oreille au grand-père, si ça ne passe pas via TicToc ? ) Si nous sommes en présence de tout-petits, je crois que la dernière strophe les ferait sourire, mais tout ce qui précède me laisse dubitatif.
Notre auteur en connait un rayon en la matière, à n'en pas douter et ses nombreuses lignes le prouvent ; mais je serais tenté de demander : " mais qu'est-ce qu'il y avait avant...avant l'avant...avant l'avant de l'avant ? puisque même le vide est un espace qui n'a pas de commencement ? "
Sans être ironique ( je suis pépé, et enseignai la vie à des myriades d'enfants... enfin la vie, celle d'un petit ruisseau parti d'une goutte d'eau ; d'un arbuste minuscule devenir géant ; savoir apprécier ce que notre Terre nous confiait depuis tant d'ères, ne pas l'abimer etc... )
Face à votre savoir, je suis épaté mais vraiment curieux de savoir, si vos paroles captivèrent votre auditoire ?
Vos vers semblent mesurer 12 pieds, mais vous avoue ne pas tenter de tous les vérifier !

   senglar   
2/9/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Phicai,


Eh ben dites donc, quelle histoire ! Ecrite sous le sceau d'Hawkings elle porte sa garantie d'authenticité. Ce grain de sable, laissé pour compte, aura donc pris vie en 2007 par la volonté d'un génie et pris poésie par votre volonté propre et celle d'Oniris le 01/09/22. Trois dates, celle du Big Bang, celle d'un livre et celle d'un poème ponctuent ainsi sa vie.
Dommage que le poème soit là pour en sonner le glas en annonçant sa mort ! Heureusement sur le sable, sous un parasol, les doigts de pied en éventail, on pourra déguster en toute félicité le verre du condamné.
Je ne sais pas quelle est sa et votre plage, mais moi j'irai à Cuba où plane l'ombre d'Hemingway boire un mojito en imitant sa recette.
J'en verserai un peu sur le sable, mon grain sera content.


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