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Poésie classique
pieralun : Le journal de Tomas Renheit [concours]
 Publié le 22/05/12  -  12 commentaires  -  2185 caractères  -  136 lectures    Autres textes du même auteur

Dans l'Allemagne des camps nazis, ils obligeaient parfois certains jeunes soldats à exécuter les détenus…


Le journal de Tomas Renheit [concours]



Ce texte est une participation au concours n°14 : Relations textuelles consenties ! (informations sur ce concours).




Weimar, lundi 20 décembre 1943

Dans mon crâne, enfoncé, planté comme une lame,
L'index mord la détente ! Est-ce ma propre main ?
La pâle et longue main que la peau d'une femme
Fit amante d'un jour, et la guerre assassin…
Le commandant s'approche en uniforme sombre ;
Ses pas marquent le sol, ses bras tiennent la mort ;
Il désigne l'orée où se tapit une ombre
Pour qui, d'un regard froid, il a scellé le sort.
Le jour comme la nuit, à m'en crever l'oreille,
J'entends hurler ce fou ; sans cesse sur mes flancs
Je sens frapper sa crosse à la foudre pareille,
Sur mes reins, sur mes os. Le corps dans ses tourments
Avec l'âme pactise, et le sel d'une larme,
Et le goût de mon sang ne m’appartiennent plus.
Sur la neige, posé, luit le canon de l'arme.
Ce qu'il reste d'un homme attend sur le talus.
Le silence profond du grand bois m'emmitoufle,
Je n'y suis plus moi-même et je n'y suis plus rien.
Dans les mains, le fusil semble dompter son souffle ;
Le seuil est si ténu qui va du mal au bien.
Alors je vois mon bras qui lentement se lève…
Puis… l'arbre mort ; l'hiver qui marque la saison ;
La fossette au menton d'une fille de rêve
Sur le voile du ciel où se perd ma raison.
Combien de jours d'hiver, combien de jours de pluie,
Résonnera le bruit assourdissant du coup ;
En quel endroit lointain faudra-t-il que je fuie
L'effroi de mon réveil entre soldat et loup.
Sachez, vous qui lirez, ma mère, camarades,
Qu'un Juif persécuté, ce pauvre assassiné,
Déverse sa douleur dans mes veines malades ;
Que du visage clair au contour dessiné,
Ce sourire apparu du fond de ma détresse,
Comme pour me soustraire à l'appel du tombeau,
Adoucit le dégoût que cet acte me laisse.
En tirant… j'ai fixé quelque chose de beau.





 
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   Miguel   
11/5/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Commençons par le négatif : il y a trop d'opacité dans ce poème ; on a du mal à comprendre qui tire, à la fin on comprend que c'est la narrateur, mais sur qui tire-til ? Sur lui-même ? Sur un autre ? Est-il cette fille amante et assassin ? Ce juif persécuté ? On est dans la nuit et surtout dans le brouillard ...
Le vers final manque de clarté et le mot "fixé" est un peu prosaïque.
L'usage de la poésie classique veut généralement que chaque vers commmence par une majuscule ; c'est une licence de ne point s'y tenir.
Cependant, cependant ... On ne saurait recréer de manière plus saisissante et poignante l'atmosphère du lieu, le désespoir d'un déporté, et l'enfer de cet univers concentrationnaire où l'homme est plus que partout ailleurs un loup pour l'homme. On étouffe, on est opprimé à la lecture de ces vers forts, de ces images : "Ce qu'il reste d'un homme attend sur le talus", "Comme pour me soustraire à l'appel du tombeau", et bien d'autres. La grande voix de Ferrat n'est pas loin.

   Lunar-K   
16/5/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour,

Un texte vraiment horrible ! En un bon sens, bien sûr, mais horrible. Le sujet en lui-même, déjà, laisse difficilement indifférent. Mais l'écriture n'est pas ici en reste non plus, ajoutant au thème la tension puis la souffrance, la culpabilité. Beaucoup d'émotion dans ce texte, et beaucoup de force.

Je trouve notamment très bien vu cet équilibre d'ensemble entre narration et description d'une part, et introspection d'autre part. Cela permet, je pense, de tirer le plus grand parti de ce thème (et donc du texte d'origine) sans tomber dans quelque chose de trop froid car trop "historique" ni dans quelque chose de trop larmoyant. Vous avez ainsi eu, je crois, l'intelligence de ne pas noyer votre lecteur sous l'émotion, et ainsi de rendre possible une certaine réflexion sur les différents enjeux que soulèvent le drame qui se joue dans ce poème : "le seuil est si ténu qui va du mal au bien"... et puis ce magnifique dernier vers, à la fois terrible sans être non plus trop explicite : "En tirant..., j'ai fixé quelque chose de beau".

Malheureusement, il y a dans tout cela quelques tournures qui me paraissent un peu trop alambiquées peut-être, plus maladroites... Ainsi : "La pâle et longue main que la peau d'une femme / fit amante d'un jour, et la guerre assassin..." Je suppose que "assassin" se rapporte ici à la "main". J'attendais donc plutôt "assassine" et, même si ce n'est pas forcément incorrect, j'ai dû m'arrêter pour bien comprendre de quoi il était question. De même : "Le corps dans ses tourments / avec l'âme pactise, et le sel d'une larme, / et le goût de mon sang ne m’appartiennent plus". Ici, c'est le sujet de "appartiennent" qui ne me paraît pas tout à fait évident. Je suppose qu'il s'agit du "sel" et du "goût", mais le double "et" rend cela plutôt confus à mon avis. Deux passages qui, pour moi, soulève quelques difficultés de compréhensions. Qui, en tout cas, m'ont forcé à arrêter ma lecture pour tenter d'y remettre un peu d'ordre. C'est dommage (mais pas insurmontable évidemment)...

Bref, un très bon texte. Un thème très fort, porté par une très belle écriture et une émotion qui, sans non plus en faire des tonnes, est elle aussi très présente. Un peu de retenue, mais pas trop non plus. J'ai vraiment beaucoup aimé !

   MonsieurF   
13/5/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Je trouve ce poème moyen, parce que trop narratif.

Le texte et son propos en eux-même sont très intéressants, mais la réalisation laisse un goût d'inachevé pour moi.

J'ai l'impression que l'on me narre une histoire, mais sans réelle recherche poétique, sans recours à des images fortes etc.
De plus la présentation monolithique renforce ce sentiment.

C'est un texte qui gagnerait je pense à être revu dans un sens qui se détache plus du concret.

Merci d'avoir joué le jeu du défi par contre !

   leni   
22/5/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Ce texte monolithique me semble un peu lourd IL n'ya pas de temps
pour respirer C'est un texte fort Il est un peu confus:on se demande qui tire sur qui?Les images sont parfois d'une grande intensitéJ'ai beaucoup apprécié la forme J'aiaimé le finale:J'ai fixé quelque chose de beau

   brabant   
22/5/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour Pieralun,


Etrange fascination d'un meurtrier par son acte, à la lisière d'une forêt comme s'il y avait une lisière, ténue, qui séparerait le mal du bien.

On devine que la forêt est là pour cacher, mais les arbres noirs sur la neige, sont-ils complices ou témoins ? Bourreaux ou juges ? Et la neige, qui marque et qui cache, appelée à fondre ?...

Comment celui-là peut-il comparer sa peau à celle d'une femme, peau blanche de l'Aryenne, cet instrument du destin à l'index mordant ? Comment peut-il trouver "quelque chose de beau" dans cet acte barbare ? On devine bien ici que le Juif n'existe pas, que ce bourreau en formation qualifie d' "ombre" (sans doute pour survivre à son acte), ce ne sont pas des ombres que les Allemands assassinaient.


De tels cas se sont produits, sûrement. Mais la folie meurtrière a gagné la plupart et le mort et la haine ont déshumanisé un peuple.

Le décor est de chasse et, désolé, la scène reste d'abattage.

Celui-là peut-il s'en sortir par une esthétique de la mort ?


Sujet extrêmement délicat.

   Luz   
22/5/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonsoir Pieralun,
J'ai bien aimé ce texte. Le sujet est très difficile à traiter par le biais d'un poème. La fin, à partir de "Sachez, vous qui lirez,..." est un peu moins bien parce que pas très claire.
Le vers "Ce qu'il reste d'un homme attend sur le talus" m'a un peu gêné car je pense que tant qu'un homme vit il demeure entièrement un homme : il y a bien sûr le livre "Si c'est un homme" de Primo Lévi pour rappeler cela.
Très bonne impression d'ensemble en tout cas.
Merci.
Luz

   widjet   
22/5/2012
Le petit bémol pour ma part vient de la confusion que peut induire la dernière phrase et notamment le verbe "fixer"qui à mon sens est un peu malheureux (et c'est ce qui donne une interprétation tronquée) car, évidemment ce "quelque chose de beau" n'a rien à voir avec la barbarie de l'acte (mais est plutôt lié - entre autres - à cette jeune fille à fossette).

Une reconstitution audacieuse (car pas évidente à retranscrire dans le genre choisi par l'auteur).

Widjet

   pieralun   
22/5/2012
Bonjour à tous,

J'interviens rarement sur mes textes, mais je pense m'être un peu gouré sur le concours. Je pensais qu'in fine, ce texte serait présenté en parallèle avec la nouvelle qui est censée l'avoir inspiré.
Je reconnais qu'il peut apparaître opaque aux lecteurs et j'en suis désolé, mais il est vraiment inspiré du texte original.....lisez l'incipit....
Merci

   Alexandre   
22/5/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonsoir pieralun... Tu abordes ici un sujet délicat, celui de l'anti héros, un jeune homme ordinaire qui doit choisir entre se faire assassin sur ordre ou le refus d'obéissance en y laissant lui-même la vie... Je ne juge pas ! Qu'aurions-nous fait à sa place ? Je crois que personne ne peut répondre à cette question sans avoir été confronté à cette situation extrème. Peut-être te souviens-tu d'une nouvelle intitulée Le peloton ? J'y faisais fusiller un soldat allemand qui avait lui-même refusé de participer à un peloton d'exécution...
Je pense que ton poème colle de plus près à la réalité que ce que j'évoquais dans ma nouvelle... Quelle connerie la guerre disait Prévert ! Pour ce qui est de la forme, il y des vers d'une très grande force servis par une écriture classique de qualité. Je te le dis comme je le pense...
Autant j'ai aimé les quatre premiers vers :

Dans mon crâne, enfoncé, planté comme une lame,
L'index mord la détente ! Est-ce ma propre main ?
La pâle et longue main que la peau d'une femme
Fit amante d'un jour, et la guerre assassin…

...autant je suis plus que réservé quant au vers de chute, non pas sur la forme mais sur le fond !
Je ne comprends pas ce... Quelque chose de beau !
L'ensemble est très bien, le dernier vers beaucoup moins... à mon goût !

   Anonyme   
23/5/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un ou deux vers me semblent moins poétique que l'ensemble, comme : "Le commandant s'approche en uniforme sombre ;" peut-être trop banal à mon goût (comparé au reste du poème)
et :
"Sachez, vous qui lirez, ma mère, camarades,
Qu'un Juif persécuté, ce pauvre assassiné, ", qui me semble un peu trop emphatique.

J'ai beaucoup aimé ce challenge de mettre en vers réguliers et musicaux, une histoire et qui mêle les faits et les sentiments. Une histoire douloureuse.

   funambule   
23/5/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Dense et puissant... façon de dire! Terrible et terriblement humain! Une poésie qui, plus loin que le choc donne en pâture à la pensée le reflet de ses semblables et cette mire de ce que nous sommes à l'instant présent... ne sachant jusqu'où nous pourrions aller, quel serait le prix à payer. Je veux dire que le bourreau est aussi une victime. Ici oui, mais pas forcément. Malgré l’extrême du sujet, de quoi, jusqu'où pourrions nous nous accommoder. Peut-on croire que l'époque, le contexte jouent un rôle... l'éducation? Survivre... et vivre après. La non résilience fait de nous des victimes! Sommes nous des monstres dans le cas contraire? On peut toujours se terrer dans notre confort (relatif) et nos convictions (que l'on croit inébranlables). Que le destin nous préserve de ces vérités là! Oui, peut-être me suis-je écarté du texte, de ses qualités, ais-je oublié la talentueuse transposition... mais qu'aurais-je dit ou pensé si c'était raté... rien!

   Charivari   
6/6/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un texte de Widjet que j'avais beaucoup apprécié, "plagié" par Pieralun, je ne pouvais pas louper ça !
Je trouve des points communs entre les deux textes, au niveau du style (au niveau du thème, évidemment, donc je ne m'attarde pas dessus): il y a quelque chose d' "Hugolien" dans la lente montée en puissance du thème, dans le lyrisme, les images... Cependant, alors que j'ai trouvé que le rythme lent et lourd du texte originel "poussait" vraiment le lecteur dans le récit et le plongeait peu à peu dans l'horreur, en revanche, je suis plus mitigé sur l'effet du poème: la chronologie est changée, c'est plus dur d'entrer dans le texte, la structure est un peu trop monocorde... Dommage, parce que c'est très bien écrit. Osez plus de changements de rythme, peut-être ?


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