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Poésie libre
PierreM : Je vois notre ville submergée
 Publié le 07/12/19  -  7 commentaires  -  1464 caractères  -  98 lectures    Autres textes du même auteur

Première pièce d'un projet bilingue sur la guerre d'Espagne.


Je vois notre ville submergée



Je la vois notre ville, au ras des vagues,
tout au bord d’une autre voie,
lactée celle-là,
et les Asturies aériennes
près des clochers carnassiers.
Il n’est plus de bord de mer,
les yeux ensablés,
à ceux que l’on sait morts.
Les autres, disparus, recroquevillés
dans leurs valises, renversent
le lait des mères sans enfants.
Des chiens aux museaux sombres
flairent la dernière saucisse au lard
dans la cohue des processions
où nos aïeux s’entre-tuaient.
Je les vois, ces figures qui vont
et passent puis lentement
laissent une dernière trace.
Toutes voiles déployées, nous partions,
au temps des songes éveillés,
revenions trempés jusqu’à l’os
mais bouillants d’espoirs.
Notre ville s’étalait
sur les cartes et les mappemondes,
et les brouillards matinaux
se perdaient sur nos fronts têtus.
Les sirènes de l’espace
et de l’aventure se glissaient
entre les murs de l’école et de l’appartement.
À travers les immeubles de la ville
s’écrivent aujourd’hui les absences
et si l’on cherche des visages aimés,
à l’ombre du vol des oiseaux, rien
ne réapparaît, rien
de nos amis invisibles.
Ô sables et marées, je ne vous reconnais
plus,
toutes mes routes
ont bifurqué.
Je ne vois plus qu’une ville engloutie,
submergée par ma peine,
et une adresse inconnue.


 
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   Corto   
14/11/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
L'exergue nous invite vers la "guerre d'Espagne". Oui mais laquelle ? L'Espagne a hélas connu tellement de guerre.

On peut penser qu'il ne s'agit pas ici de la guerre civile du 20ème siècle car on trouve référence à "les Asturies aériennes près des clochers carnassiers". Or le plus 'célèbre' drame aérien de la guerre civile a été à Guernica au Pays Basque.
Ce manque de précision spatio-temporelle met le lecteur en difficulté.

Ceci dit l'ambiance créée est d'un ressenti terrible de malheur et de destruction. Auto-destruction d'un peuple ?
"Des chiens aux museaux sombres
flairent la dernière saucisse au lard
dans la cohue des processions
où nos aïeux s’entre-tuaient".

Texte lourd de sens, d'un abord pesant. On ne peut guère s'empêcher de penser au livre "Pas pleurer" de Lydie Salvayre (prix Goncourt 2014), si beau mais accablé et accablant. Ce qui nous ramène à la guerre civile.

On pourrait ici apprécier un effort sur une mise en situation plus accessible au lecteur.

   Eclaircie   
23/11/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour,

Très bonne découverte avec ce poème, bilingue, l'auteur nous informe en incipit.
Bien sûr, ma curiosité est éveillée sur ce dernier point. Les textes seront-ils chacun, en français et en espagnol, ou certains dans une langue et d'autres dans l'autre ?

Je reviens au poème en lui-même. Je l'ai beaucoup apprécié.
Visuellement, c'est un "bloc", solide et lourd. Chaque vers n'est pas trop long, ce qui permet d'entrer dans le texte aisément.

Ensuite un flot d'images me submerge, sans qu'elles ne soient violentes au premier degré, la violence est sous-jacente ; la tristesse est palpable, les émotions transmises sont fortes comme la situation, dramatique. Le "je" n'est pas omniprésent, laissant la place au regard, à l'autre, au "nous", au constat.

Un seul passage m'a déconcertée :
"Il n’est plus de bord de mer,
les yeux ensablés,
à ceux que l’on sait morts."
La préposition "à" me semble étrange ou inappropriée.

Du bon travail, merci,
Éclaircie

   Gabrielle   
23/11/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Les vestiges d'une guerre, une guerre qui n'ose dire ses massacres...

Ce récit, témoignage qui bouleverse, tout en relatant des faits historiques, plonge le lecteur dans l'horreur de la guerre et ses vestiges d'aujourd'hui.

Marqué(e), le/la narrateur/trice nous renvoie sur le massacre des disparus et sur sa peine.

Un rappel historique qui saura interpeller...



Gabrielle

   papipoete   
7/12/2019
 a aimé ce texte 
Bien
bonjour PierreM
je ne suis pas assez féru d'histoire, pour apprécier ce récit de couleur noire, évoquant une longue période où le rouge maculait les corps, les larmes des mères sacrifiées !
Un texte que n'aurait pas détesté Bernard Clavel, quand il narra la vie de ces pauvres émigrés espagnols... dont Pablo qui pleurait son épouse enceinte assassinée, arrivant à Gevingey dans cette famille jurassienne ; cette paille épaisse pour enfin dormir, en espérant oublier la furie de la guerre.
Bien sûr qu'il est concevable, de ne plus reconnaître une ville martyrisée... l'une qui nous fut chère, sous l'assaut des idées de promoteurs zélés, arrive à perdre ses ruelles, ses placettes et squares, un cinéma et un casino désuet... où es-tu ma ville natale ?
Votre plume est alerte et sait remonter dans le passé, puis se perd dans la cité qu'elle ne reconnait plus.

   Davide   
7/12/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour PierreM,

J'ai trouvé cette lecture touchante, le ton y est grave, solennel, les mots sont bien jaugés, ils en disent suffisamment, juste ce qu'il faut, sans tomber ni dans le pathos ou la sensiblerie, ni dans le trop-descriptif.

Ecrit au présent, le narrateur nous dépeint l'horreur de la guerre, ou plutôt, ce qu'il en reste, ses vestiges : nous voyons (pour reprendre le verbe du titre) la mort qui "vie" dans une ville dévastée.

Quelques superbes images, dont celle-ci, où la métonymie et l'euphémisme rendent la peine supportable... enfin presque :
"Les autres, disparus, recroquevillés
dans leurs valises, renversent
le lait des mères sans enfants."

Un détail, la syntaxe du passage suivant me paraît maladroite :
"Il n’est plus de bord de mer,
les yeux ensablés,
à ceux que l’on sait morts."

J'aurais écrit :
"Il n’est plus de bord de mer
à ceux que l’on sait morts :
leurs yeux sont ensablés."

L'enclave des souvenirs, écrite à l'imparfait, un imparfait qui s'étire à l'infini dans l'esprit du narrateur, empreint le texte d'une tendre nostalgie. Une respiration bienvenue dans le récit, plutôt bien écrite, évoquant en figuralisme une ville spacieuse, qui respire : "voiles déployées", "espoirs", "s’étalait", "mappemondes", "l’espace", "l’aventure"...

Le retour à cette ville-fantôme, submergée, ne nous bercera pas d'illusions. J'ai trouvé la fin très belle, car elle tente de marier dans une métaphore inspirée le narrateur à la ville qui a vue s'ébrouer son enfance : "une ville... submergée par ma peine". Les images des routes ayant "bifurqué" et de cette "adresse inconnue" surajoutent à la douleur de ce retour dans le passé.

Je ne sais de quelle guerre espagnole il est question ici, mais j'y ressens quelque chose d'universel. Cela pourrait être n'importe quelle ville du monde à n'importe quelle époque...

Je n'ai pas aimé deux choses : le titre, trop descriptif à mon goût, et la forme en bloc, rebutante, malgré l'agréable musique des vers courts ; je crois que ce poème aurait gagné à être aéré.
Quoiqu'il en soit, j'ai ressenti de la force dans ce poème. Un beau partage !

   Donaldo75   
8/12/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour PierreM,

La première fois que j’ai lu ce poème, je me suis dit qu’il possédait une réelle tonalité. J’espère que tu ne t’attends pas à un commentaire composé de ma part parce que j’ai laissé mes neurones analytiques dans leur bocal, à jouer aux rébus et aux puzzles entre eux à grands coups de synapses. En plus, ça me gonfle d’en lire alors je préfère ne pas infliger aux autres ce qui me fatigue rien qu’à y penser. Je ferme là une parenthèse pas vraiment utile.

Une tonalité disais-je ? Pourquoi ai-je dit ça ? Bizarre, bizarre ! Ah oui, ça me revient. Je vais raisonner par analogie avec la musique. Au début, il y avait la mélodie puis tu as su t’en détacher pour rentrer dans la tonalité, à coups d’images dont l’impact sur le lecteur va dépendre de son référentiel personnel, qu’il soit culturel ou émotionnel. Je sais, dit comme ça l’ensemble de la phrase sonne très professeur de psychologie ou sociologue de la gauche caviar mais c’est vraiment ma perception. En jazz, le be-bop est né de cette manière, grâce en particulier à Charlie Parker – as-tu vu le magnifique film de Clint Eastwood sur cet artiste génial mais torturé intitulé « Bird » et dont l’acteur américain Forrest Whittaker offre une composition mémorable ? – et à John Coltrane. Si tu es plus musique classique, alors c’est un peu ce que proposait Arnold Schönberg dans son opus « Le Pierrot Lunaire ». Et si tu préfères la variété, alors je n’ai pas d’exemple. Mais qu’importe le flacon pourvu qu’il y a l’ivresse disait mon institutrice aux élèves attentifs devant ses déclamations des œuvres complètes de Victor Hugo.

« Je ne vois plus qu’une ville engloutie,
submergée par ma peine,
et une adresse inconnue. »

Je cite la un poète qui a tout compris à la poésie libre. Ah, c’est toi ? Étrange, ce choix de ma part. Bon, je réarticule mes neurones dans un sens plus raisonnable – pas au point de les rendre analytiques, ce serait de l’acharnement thérapeutique, une forme poussée de cruauté mentale qui me vaudrait d’être jugé pour actes de barbarie – et te félicite pour cette très belle poésie, pas trop longue de surcroît – sais-tu que des poètes du cru se gâtent la plume à délayer leurs bonnes idées au point de les rendre insipides ? – et qu’il est toujours agréable de relire.

Donaldo

   Stephane   
10/12/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Bonsoir PierreM,

J'ai tout aimé de l'ambiance propre à cette ville submergée, même s'il n'y a pas plus d'explications que ça sur son origine ni sur la guerre supposée entre de mystérieux belligérants. C'est justement cette absence d'explication qui rend la lecture intéressante, parce qu'elle laisse libre cours à mon imagination. Le côté énigmatique me plait et je n'ai finalement pas besoin d'en savoir plus tant l'écriture est belle et profonde.

Stéphane


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