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Poésie contemporaine
Pouet : Au passage d'une gare
 Publié le 07/04/19  -  18 commentaires  -  2066 caractères  -  275 lectures    Autres textes du même auteur


Au passage d'une gare



Voici un demi-siècle que nous nous partageons
Nos rides nous les avons dessinées à vingt doigts

Ta beauté est restée

Tes prunelles d'obsession
Sont toujours deux rochers
Aux voilettes de soie

Combien de fois déjà ai-je voulu te quitter
Les instants d’artifice et les soirs d’habitude

Combien de mots n’aurai-je
Jamais dû prononcer

Aujourd’hui nous joignons notre décrépitude

Au silence du destin

Il m’en aura fallu des années pour comprendre
Ce que laisse la craie des souffrances partagées
Sur la route schizophrène de lueurs et de cendre
Où à l’abri du Temps nous nous sommes promenés

Chaque aurore d’airain

C’est le sang de tes songes qui sinue en mes veines
Qui dilue l’immobile de mes hymnes de fiel

Ton souffle
D'insouciance
Mon unique oxygène

Nue tu n’es plus jolie
Simplement éternelle

Cette crevasse en tes yeux c’est le nid de mon cœur
L’espace d’insomnie où je viens m’exiler
La nuit quand l’univers vomit des imposteurs
Et que les sentiments cessent de respirer

Pour écouter ton cri

Si je trempe ma plume aux confins de tes larmes
Pour faire chavirer les rivages du monde
Si au fond de ma tête j’entrepose les armes
À nos âges tu le sais les jours sont des secondes

Le roulis de tes mots dévalait l’incertain
Tu savais ignorer les râles de la décence
Sur un fil de lave nous nous tenons la main
Lucide est l’incendie et l’espoir notre essence

Tu t’effaces peu à peu du recueil de la vie
Ton départ sonnera l’agonie de mes vers
Au seuil de l’ailleurs ou du rien tu souris
Comme on cloue un regret sur un mur de lierre

Les couloirs de l’absurde nous les connaissons bien
L’existence une cave où nos âmes s’égarent

Retrouvés parmi l’ombre
Nous oublierons demain

Je te dis à bientôt au passage d’une gare


 
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   Cristale   
14/3/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
C'est assez rare pour que je le partage, mais je suis arrivée en apnée et les larmes me sont venues au yeux à la fin de ma lecture.

L'histoire d'un homme qui s'adresse à sa compagne d'une vie où se sont mêlés joies, chagrins, disputes, deuils sans doute, mais que le temps n'a pas désunis. C'est l'amour que j'entends dans ces vers et la tendresse, de celle qui ne lâche pas la main de l'autre même dans la maladie. L'autre qui "s'efface peu à peu du recueil de la vie"...quel belle image !

Ce quatrain est assez exceptionnel pour que je le reprenne ici :

"Tu t’effaces peu à peu du recueil de la vie
Ton départ sonnera l’agonie de mes vers
Au seuil de l’ailleurs ou du rien tu souris
Comme on cloue un regret sur un mur de lierre"

J'en ai des frissons de plaisirs et de tristesse tant cela sonne vrai.

"Je te dis à bientôt au passage d’une gare"

Superbe !

Cristale
touchée.

   Corto   
18/3/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
50 ans de vie commune, voici une belle étape.

Pour marquer l'événement l'auteur a choisi de belles expressions mais aussi de moins belles.

Bravo pour "Nos rides nous les avons dessinées à vingt doigts", ou aussi "Il m’en aura fallu des années pour comprendre Ce que laisse la craie des souffrances partagées".

Mais la sonorité est moins agréable pour "La nuit quand l’univers vomit des imposteurs" ou aussi "L’existence une cave où nos âmes s’égarent".

Heureusement la tendresse et la vérité sont la vraie trame de ce beau poème qui nous offre en final: "Je te dis à bientôt au passage d’une gare".

Bravo.

   myndie   
20/3/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un beau titre, un merveilleux vers final.

Je me suis laissé porter par la délicate mélancolie que distille votre poème.
En même temps que vous faites un constat sans concession, sorte d’état des lieux du couple, de la vie qui passe, du temps qui n’épargne ni les corps ni les sentiments, c’est un touchant message d’amour que vous adressez à celle qui peu à peu s’altère et se délite.
Il y a une sorte de progression dans l’émotion qui devient au fil de la lecture véritablement poignante.
Et j’ai beaucoup aimé l’arrangement des mots et l’ambiguïté des expressions qui font des images belles, suggestives et pleines de force :

« Tes prunelles d’obsession
Sont toujours deux rochers
Aux voilettes de soie »

« C’est le sang de tes songes qui sinue en mes veines »

« Cette crevasse en tes yeux c’est le nid de mon coeur 
L’espace d’insomnie où je viens m’exiler
La nuit quand l’univers vomit des imposteurs
Et que les sentiments cessent de respirer ».

Et surtout :

« Retrouvés parmi l’ombre
Nous oublierons demain
Je te dis à bientôt au passage d’une gare ».

J’aime ces vers sur lesquels passe un souffle sombre de pure poésie.

Votre poème m’a emmenée très loin dans l’émotion et dans la réflexion.
Réflexion sur le temps qui découpe nos vie et malmène nos corps et nos sens jusqu’au moment où l’on prend conscience qu’un cap (une gare) est passé, que nous ne sommes pas infinis et que les seuls rails à suivre sont désormais ceux de la désuétude. Il faut ensuite rejoindre la prochaine gare en supportant l’idée que la vieillesse est un naufrage.

Merci pour cette lecture.

   eskisse   
22/3/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un poème qui interroge l'amour, le couple, la vie, la mort et la vieillesse.

Il m'a séduite pour la richesse de ses nombreuses images : le mini-blason du début ( avec ses prunelles-rochers ) , "la craie des souffrances partagées", ou " le nid de mon coeur" , " le roulis de tes mots" , " le recueil de la vie" et " comme on cloue un regret sur un mur de lierre".

Je ne suis pas sûre de bien interpréter le dernier vers " Je te dis à bientôt au passage d'une gare " qui est aussi le titre du poème mais je le trouve beau dans sa simplicité. " Retrouvés parmi l'ombre" me fait penser à la mort, du coup je vois une gare dans le ciel de l'éternité !

   Davide   
7/4/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Pouet,

Un poème qui semble écrit à fleur de cœur, il a la délicatesse d'un papillon posé dans le creux d'une main et la force indescriptible de l'amour éternel.
Certaines images sont d'une beauté... comme : "Nue tu n’es plus jolie / Simplement éternelle" ou encore "Tu t’effaces peu à peu du recueil de la vie / Ton départ sonnera l’agonie de mes vers".

Comment sceller pour l'éternité ce lien qui unit le narrateur à son aimée, sinon par un poème aussi touchant, qui nous parle à voix murmurée d'un amour indéfectible, d'un amour qui transcende la mort ?

Merci Pouet, c'est magnifique...

Davide

   Vincente   
7/4/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Oh que c'est beau !
Là je suis impressionné par la "classe" de cette déclaration. Tout y est dans une seule lecture, y retourner c'est ne rien chercher d'autre que la justesse ressentie au premier regard.

Je ne vais pas usurper votre propriété, mais tout de même, je vais en prélever la part essentielle, l'amour et l'authenticité, en le donnant à lire à mon épouse chérie comme étant un poème que j'aurais voulu lui écrire. Merci de m'avoir donné cette opportunité !

   leni   
7/4/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
salut camarade pouet
La sensibilité à fleur de coeur et le coeur battant la chamade de la vie
La richesse des images qui tombent en avalanche et qui vous remettent devant votre miroir Derrière j'imagine des alouettes qui chantent je te plumerai
Tu me fais décoller une fois de plus camarade dans le vrai le sincère C'EST BEAU
Aujourd’hui nous joignons notre décrépitude

Au silence du destin
c'estfort

Cette crevasse en tes yeux c’est le nid de mon cœur
L’espace d’insomnie où je viens m’exiler

SUPERBE

À nos âges tu le sais les jours sont des secondes

que le temps se contracte on ne peut mieux le dire


et là j'ai le souffle coupé


Tu t’effaces peu à peu du recueil de la vie
Ton départ sonnera l’agonie de mes vers
Au seuil de l’ailleurs ou du rien tu souris
Comme on cloue un regret sur un mur de lierre

je suis ko debout MERCI CAMARADE AMITIES LENI

   HadrienM   
7/4/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Faire de la gare le lieu d'élection des affinités électives — et encore davantage, tant l'on entend le cri du cœur et la lucidité du poète sur le temps, enfant timide et pourtant terrible —, était déjà une aimable gageure. Mais concentrer en quelques vers la fontaine irrémédiable de la tristesse est quelque chose de tout à fait exceptionnel. Le lecteur amoureux saura encore davantage de quoi le poète parle ; les planètes s'alignent dans la langue du poète, dans le bruissement de la langue, pour reprendre l'expression de Roland Barthes. Je voudrais bien en croiser, des planètes de ce genre. Il y a, dans ce poème, une atmosphère du désir au travers du temps — l'animal embourbé dans la plaine, si vous préférez cette métaphore —, qui ne peut que ravir nos yeux. Nos yeux ébahis. Nos yeux heureux.

   Luz   
7/4/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Bonjour Pouet,

Alors là, si ce n'est pas de la poésie, je ne sais pas où on en trouvera ; c'est absolument magnifique !
Il n'y a pas un vers, un mot, plus bas que l'autre : tout vibre très haut.
"Ta beauté est restée... simplement éternelle" : et ce poème restera, à mon avis, parmi les plus beaux d'Oniris.

Luz

   STEPHANIE90   
7/4/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonsoir Pouet,

bravo, quel hommage au demi-siècle d' amour partagé et à votre moitié.

Tous vos mots sont tellement beaux, mais j'ai mes préférés quand même :
"Il m’en aura fallu des années pour comprendre
Ce que laisse la craie des souffrances partagées
Sur la route schizophrène de lueurs et de cendre
Où à l’abri du Temps nous nous sommes promenés"

Merci pour ce magnifique poème...

Stéphanie, seulement à un tiers de siècle... sourire

   papipoete   
7/4/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonsoir Pouet
Au bout d'un demi-siècle à partager la vie, nous eûmes des joies, des folies même et parfois une chaîne comme chez tout le monde, avec des boulets parfois très lourds... et aujourd'hui, si je te regarde avec les yeux embués, c'est qu'il y a embouteillage entre les mots ; c'est qu'ils se bousculent avec les doux serments et les cris d'orage que j'eus dans le coeur, mais tu es encore là et je veux te garder longtemps, avant de nous croiser sur ce dernier quai de gare...
NB je crois que l'auteur est enseignant me semble-t-il ; si oui, il a vraiment de belles façons à prodiguer ! si non, il nous épate tout simplement avec ses vers, qui semblent couler d'enluminures, tant ils resplendissent comme " cette crevasse en tes yeux c'est le nid de mon coeur " .
Apprend-on à parler ainsi à celle que l'on aime depuis 50 ans ?

   Louison   
7/4/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Quelle ode à l'aimée, voire à l'amour !

C'est magnifique et je relis ce poème avec délectation.
Chaque vers me parle et m'émeut.

" À nos âges tu le sais les jours sont des secondes "
Merci beaucoup

   PIZZICATO   
7/4/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
" Au passage d'une gare " Est-ce une allusion à l'ultime voyage ?

Un regard porté sur un " demi-siècle " de vie commune. 50 ans, c'est une grande part d'existence où le destin prend le temps de faire subir toutes ses volontés, ses caprices...

La sensibilité inonde chaque vers, chaque image de cette poésie.
Des passages très beaux comme :
" Il m’en aura fallu des années pour comprendre
Ce que laisse la craie des souffrances partagées
Sur la route schizophrène de lueurs et de cendre
Où à l’abri du Temps nous nous sommes promenés "

" Nos rides nous les avons dessinées à vingt doigts "

" Nue tu n’es plus jolie
Simplement éternelle "

Un texte marquant.

   Mokhtar   
8/4/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
"De l’aube claire jusqu’à la fin du jour… ", superbe poème sur une vie d’Amour où le fusionnel survit au temps et à l’ennui, aux crises, aux épreuves, aux rides et à la décrépitude. Comme vit et meurt la plus belle des fleurs.

La qualité de ce texte ne tient pas qu’au traitement du thème, à sa profondeur , à son inspiration. Il doit beaucoup aussi à sa forme très soignée qui orne d’un écrin d’harmonie et de lyrisme une réflexion aussi philosophique que sensible.
C’est tellement beau que, si je ne me retenais pas, j’aurais envie de vieillir.

Chapeau , M Pouët.
Il faut que ce texte figure dans le catalogue d’Oniris à la place qu’il mérite : bien haut… pour qu’on pense à le revisiter souvent

   widjet   
8/4/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Texte délicat et inventif comme souvent avec cet auteur aussi raffiné qu’écorché.

C’est tendre, lucide, lyrique parfois, mais jamais mièvre.

Je déplore le « vomit des imposteurs » car y avait sans doute un autre verbe moins disgracieux (charrie des imposteurs ?)

Un autre texte réussi.

W

   Queribus   
8/4/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

D'entrée j'ai pensé aux Vieux amants de Jacques Brel mais vous avez trouvé un ton très personnel avec des mots très poétiques sans tomber dans la miévrerie pour parler d'un problème vieux comme le monde: le vieillissement des amants.

Techniquement parlant, vous avez su habilement faire alterner distiques, "vers solitaires", quatrains,etc; tout ça n'était pas gagné d'avance et vous avez dû certainement travaillé beaucoup votre écrit. Un défaut peut-être, la longueur de l'ensemble qui pourrait en décourager certains.

Pour résumer, l'ensemble me parait une belle réussite et c'est, à juste titre, l'avis de pratiquement tout le monde.

Bien à vous.

   Cat   
8/4/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Quelques vers recueillis parmi les plus forts, pour le plaisir de les écrire, de les redire pour qu'ils vibrent et me fassent vibrer encore :

''Les rides dessinées à vingt doigts''
''Les instants d'artifice et les soirs d'habitude''
''Ce que laisse la craie des souffrances partagées''
''Nue tu n'es plus jolie simplement éternelle''
''Sur un fil de lave nous nous tenons la mains
lucide est l'incendie et l'espoir notre essence''

C'est une véritable ode à l'amour qui dure que tu nous offres là, l'ami Pouet.
L'amour sur sa ligne de flottaison, entre ciel et eau, là où il oscille entre le feu du soleil et le sombre des abysses.

Alors forcément, c'est beau, c'est tendre, c'est douloureux aussi toutes ces imperfections du sentiment qui se glissent pour aider à appuyer sur le réalisme du trait.

Bien sûr, il y a tout le savoir-faire inouï du poète magistralement inspiré qui lui souffle cette mise en mots magique. Mais là où il nous touche, où il me touche jusqu'à en défaillir, c'est lorsqu'il frôle l'universel de l'amour dans sa partition complète, tricotant les mailles à l'endroit et à l'envers, jusqu'à donner envie d'attendre le prochain ''passage d'une gare''...

Merci du partage.


Cat

   senglar   
8/4/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Bonjour Pouet,


Waouh ! Il y a de l'immortalité dans l'air ! Ces vers sont aériens, profonds... et vrais. Ils ne griffent pas là où ils auraient pu griffer et ils restent pudiques là où ils auraient pu emphatiquer. Ils sont un hymne à l'amour sans avoir besoin de musique, ils sont leur propre musique à l'éternité du sentiment, un long fleuve tranquille au long cours de la vie aux cahots rabotés soudain lisses comme des galets. Point d'artifice ici, simplement l'amour vrai, connu, reconnu, susurré ; un chant païen qui atteint au sacré.

Pour moi me voilà sans oxygène en ces pentes olympiennes, dites-moi où est la cave que je puisse respirer...


senglar


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