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Poésie libre
Pouet : L'heure de nuit
 Publié le 11/11/16  -  17 commentaires  -  3062 caractères  -  211 lectures    Autres textes du même auteur

Une heure, une nuit, une mort.


L'heure de nuit




Un rictus de folie brune décore l’abandon,
Une plume de cacatoès chatouille
L’implosion des jours de platitude.
Une pupille flotte dans mon verre de vodka…
Je m’ennuie tellement que le temps découpe ma peau
Comme un quartier de bœuf de la rue de Gergovie.

Sur la table tangue un cœur.
Un orage palpite,
J’écoute l’enlisement de mon esprit de plomb
Dans le bourbier des heures.

Entendez-vous la respiration fuyante
De l’asthmatique de l’existence ?
C’est un souffle de glaise qui encercle mon lit.
Si je m'adresse au plafond c’est pour ne plus penser
Au regard de la terre,
J’ai pendu l’aquarium des instants asséchés,
Le lustre n’est plus là,
La solitude jubile.

Pas question de bouger,
Ici le geste est prohibé.
Le gouffre de l’épuisement vient de coudre ses paupières
Du fil de l’improbable.

Tic tac tic tac, s’écrie le cierge mort.
La consommation de l’air est fortement déconseillée
Mais fumer est obligatoire,
Demain on ira voter.
L’isoloir est ouvert aux moulins,
Le candidat du doute prône la voie des muets,
Le suffrage est enroué, les crachats prolifèrent.
Ma ville est un château de cartes,
Dans ma chambre, un tapis vert.

J’ai composé la symphonie des trois mots clos une nuit d’imposture.

Quand un rêve s'éteint, une étoile se noie.
Flotte comme un parfum d’illusions de bougeoirs.
Il est midi moins deux, trois heures moins le quart plus exactement,
Le musée du clair-obscur vient d’ouvrir ses portes.
Comment suis-je parvenu à m’extirper de mon arbre léthargique ?

Je ne me l’explique pas.

Les tableaux se superposent,
On épluche les murs à la recherche du beau.
Certains s’extasient de longues minutes
Devant la reproduction de leur chagrin.
Moi je ne regarde pas vraiment,
Les couleurs m'indiffèrent,
Je fixe le gardien gris qui fixe le néant.
Une sculpture d’améthyste retient mon attention.
C’est un ange déformé, une sorte de blatte séraphique
Qui tient entre ses élytres la solution du monde.
L’œuvre est signée Picabio.

Il fait plus froid que d’habitude
Dans l’hémisphère des conclusions désespérées.
Le chapiteau de l’art défiguratif soutient
Le ruissellement de paroles et de barques,
Les premières d’érable, les secondes d'absence.
Le bois devient conscience, le ciseau obsession.
Je déambule dans des couloirs éclairés de regrets et de sueur,
Les lanternes de mon âme se parent d'insomnie.

Tandis que l’irréel tapisse mon visage du miel pollué
Des fleurs du bitume,
J’entrevois
Sur les lattes du parquet
Une toile cirée
Posée là ce matin
Pour recueillir un corps.

Il est midi moins deux, trois heures moins le quart plus exactement



Et tombent de mes cils les fruits d’un long silence.


 
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   Brume   
16/10/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour,

Dès la première ligne j'ai été happée par vos images folles.
De l'humour, du dépit, la mort du narrateur, tout cela exprimés d'une façon déjantée et originale, et du visuel, du visuel étrange, ça explose sous mes yeux. Des vers géniaux:

- "Un rictus de folie brune décore l’abandon,"
- "Je m’ennuie tellement que le temps découpe ma peau"
- "Il est midi moins deux, trois heures mois le quart plus exactement"

Et bien sûr il y en a plein d'autres. J'aime moins, mais c'est le seul: "De l’asthmatique de l’existence" l'inversement serait mieux non?

Petit bémol sur ce passage:

- "L’œuvre est signée Picabio."

Mon ami gougueul ne connait pas Picabio mais connais l'artiste Picabia (Francis Picabia), est-ce une erreur ou une invention de l'auteur(e)?

Un plaisir à lire, je ne me suis pas ennuyée un instant. En plus d'être belles et puissantes, les images ne sont pas juste déjantées pour être déjantées, elles sont servies par un décor, des émotions et une ambiance.

Bravo.

   Robot   
11/11/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
De ce texte j'ai ressenti l'errance de la pensée qui chemine au cours d'une nuit blanche, je ne crois pas que ce soit un texte surréaliste, au contraire, il est très proche des instants de torpeur nocturne qui passent d'une idée à l'autre, s'attachent un moment ici, passent rapidement sur d'autres.
Ce sont ces soubresauts qui rendent ce récit poétique.

"Le musée du clair obscur vient d’ouvrir ses portes."
"Il fait plus froid que d’habitude
Dans l’hémisphère des conclusions désespérées."
Je trouve ces vers exceptionnellement évocateurs.

EDIT: je n'avais pas perçu l'aspect veillée funèbre que je découvre à la relecture. Ce qui donne un sens particulier au texte et explicite la nuit blanche.

   MonsieurF   
21/10/2016
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
En général j'aime bien tout ce qui est suréaliste, tout ce qui fonctionne par image que l'on s'approprie ou non. Mais ici il y a une lourdeur dans le propos qui m'a rebuté.

Le début par exemple avec ses incessants "un" "une", ou vers la fin la strophe avec les "le" "les", c'est lourd, c'est pénible à lire. je n'ai pas non plus aimé les "je" et "moi" qui émaillent le texte et l'alourdissent tout autant.

Reste tout de même une très belle plumes, et des images de qualité:

"On épluche les murs à la recherche de l’art.
Certains s’extasient de longues minutes
Devant la reproduction de leur chagrin.
Moi je ne regarde pas vraiment,"

par exemple.

Un sentiment très mitigé donc à la lecture de ce texte.

   Proseuse   
25/10/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Votre univers est ici, assez surréaliste, qu' on ne sait pas vraiment où on en est , mais à se laisser aller dans vos mots j' en suis restée comme captive ! du début à la fin de votre poème j' ai cherché où m' agripper pour tenir ... je ne sais pas quoi ! .. j' ai rien tenu, mais je me suis dit voilà un poème qui l' air de rien, sans qu' on en saisisse tout à fait le sens .... tient, tout seul, bien debout !!
Merci, pour ce très beau moment de poésie !

   madawaza   
11/11/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Pouet
Bienvenue chez moi.
"Quand un rêve s'éteint, une étoile se noie"
Sauvez l'étoile !
"Il est midi moins deux, trois heures moins le quart plus exactement"
L'heure juste n'est jamais exacte
"Dans l'hémisphère des conclusions désespérées"
De l'autre côté, pas de conclusion, que des espoirs...

Inutile de vous dire que j'ai beaucoup aimé.

   Pimpette   
11/11/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
""J’entrevois
Sur les lattes du parquet
Une toile cirée
Posée là ce matin
Pour recueillir un corps.

Il est midi moins deux, trois heures moins le quart plus exactement



Et tombent de mes cils les fruits d’un long silence."""

Il s'agit donc d'une rêverie très triste auprès d'un cadavre posé à terre sur une toile cirée?
ET d'une crise de larmes longuement contenue??

J'attends pour mieux lire et mieux comprendre le reste!
Sacré Pouet!

   MissNeko   
11/11/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J ai adoré le surréalisme de tes vers qui nous happe et nous emmène dans un pays étrange. J ai pensé à un chien andalou à la lecture.
Picabio:est cele croisement entre Picabia et Picasso ? TOus les deux ont fait parti du mouvement surréaliste.
Aimant beaucoup le dadaïsme et le surréalisme henné peux qu aimer ton texte. On ressent l ennui, le désarroi du temps qui passe

Merci cher Pouet

   Ora   
11/11/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
J'ai été tenue jusqu'au bout par votre écriture qui ne nous laisse pas filer! Les changements d'image et de ton m'ont fait flirter avec la lassitude d'un sentiment d'égarement pour toujours me ramener finalement à un sens, une image, un fil conducteur dignes d'intérêt. Je reste incertaine à l'issue de ma lecture sur le message de fond de votre poème, un éclairage sera bienvenu: dépression? prise de psychotropes? esprit torturé d'un artiste? personne hospitalisée, paralysée? Quel est cet étau depuis lequel nous parle le narrateur?
Merci pour cet univers étonnant, ce foisonnement de perceptions où s'entrechoquent le monde du narrateur et celui tout autour.

   papipoete   
11/11/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
bonjour Pouet,
Je vois fermant les yeux, un scénario que l'esprit qui ne se repose jamais, projette telle la pellicule d'un film, dans un sommeil aussi tranquille que l'eau d'un torrent ! On y rencontre le peintre Picabio, voit le cierge mort crier tic tac, pousser des fleurs de bitume ! A la pendule, " il est midi moins deux, trois heures moins le quart exactement " !
NB où donc cette boîte à méninges trouve-t-elle au dodo, son inspiration ?
Je relève pourtant une image crédible " le suffrage est enroué, les crachats prolifèrent " ( je me trump' peut-être )

   Anonyme   
11/11/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
Merci à la modération de ne pas effacer ce commentaire. Il n'a rien de constructif, car il exprime le silence, et c'est la seule manière que j'ai trouvé pour exprimer ce que j'éprouve envers l'Auteur ; un respect incommensurable.

   Sodapop   
11/11/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
Je trouve ce poème magnifique, il m'a transporté dans des images irréelles, faites de sens et de sons. On sent un certain surréalisme car pour moi, ce texte a était écrit en totale liberté de la pensée, loin de la raison et de ses contraintes. C'est tout ce que j'aime dans la poésie, pouvoir reproduire l'inconscient, les chimères d'un état d'âme posées sur papier. Avoir la possibilité de faire rejoindre le réve et la réalité, c'est ce que vous êtes parfaitement arrivé à faire ici. Bravo Pouet.

   Damy   
11/11/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Univers fermé propre à l'état dépressif, je suppose.
Seul le concerné sait ce que veut dire exactement l'agencement des mots qu'il écrit. Et encore, le sait-il vraiment ?
Je n'y comprends donc rien, mais j'aime beaucoup. J'aime beaucoup toutes les tentatives d'expressions poétiques de cet état. Beaucoup de vers ont retenu mon attention, comme si je les pénétrais un peu malgré tout. Je retiens notamment l'image que vous donnez de l'ennui, un compagnon qui m'envahit depuis quelques temps:
"Je m’ennuie tellement que le temps découpe ma peau
Comme un quartier de bœuf de la rue de Gergovie."
C'est cela l'ennui, pour vous. L'image est désopilante, mais quelle force de caractère !
Il me reste à trouver la mienne et d'abord à retrouver l'envie d'écrire qui a comblé ma solitude. Vous lire m'en donne envie et je vous remercie

   Cristale   
11/11/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Pouet,

Je vais essayer de vous exposer mon point de vue du mieux possible, la tâche ne m'est pas facile mais ça vous le savez.
Je découvre votre texte non pas comme un écrit complètement déjanté mais comme une forme poétique bien particulière nommée fatras ou fatrasie qui ressemble effectivement à l'ambiance parfois fantasmagorique des pensées lors des nuits blanches, entre la veille et le sommeil, ainsi que des visions entre la vie et la mort à l'heure de l'agonie.
Ici, les règles de la forme fixe en vigueur au Moyen Âge sont totalement ignorées pour laisser la place à des vers irréguliers et sans rimes comme le fit Prévert.

Un mélange d'association d'images et de situations dramatiques ou/et drôles qui me donne l'impression de voir surgir des murs et du plafond d'une chambre des visages grimaçants jetant chacun une phrase, tour à tour ou concomitamment, vers le lit d'un malade ou d'un mourant qui, en proie au délire, essaie de les attraper désespérément pour les retranscrire sur son bloc-note.

Je ne sais pas si Prévert est le précurseur du fatras libre mais vous, (je m'avance) en êtes le successeur avec plus de volubilité, un peu à la façon de Pierre Dac, auteur de célèbres fatras.

Poésie libre, d'accord, cette forme, par mon inculture en la matière, n'est pas ma tasse de cidre ni mon kouign-amann préférés mais voici une poésie dotée d'une écriture particulière digne d’intérêt qui a demandé un certain travail à l'auteur, je dirais même : un travail certain. La mise en page est soignée, ce qui permet une lecture aérée pour un texte complexe qui mériterait une auscultation plus complète d'un expert.
Des choses sont dites sous couvert de mots pince-sans-rire mais la gravité sous-jacente ne laisse pas la moindre place à mon indifférence. Je ne sais pas (moi non plus) comment évaluer mais : « original » ou/et « très intéressant » pour la forme et pour le fond, me sembleraient convenir. Je vais donc essayer d'appliquer l'appréciation adéquate.

Merci Pouet pour cette étonnante découverte.
Cristale

   framato   
11/11/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Comme toujours des images incroyables (pouet possède un talent quasi pro)
et comme toujours trop de mots pour que j'y trouve mon compte.

Et pendant que ma compagne nous éternalise Léonard, je m'arrange pour trouver notre pouet moins fort qu'il ne l'a été ! (pas bien fra !)

Deux reproches : d'une part, trop de mots, d'autre part, encore trop de mots....

Mais même s'il y en a trop, les mots qui sont là, pfff sont pas si mal !

   Anonyme   
12/11/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Un gros travail d'écriture parfaitement maîtrisée, une fois encore. Les images foisonnent de toute part, plus ou moins complexes, toujours subtiles et justes.

Un grand bravo !

Wall-E

   letho   
13/11/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour Pouet
J'adore la première partie de ce poème. Je le trouve pétillant de trouvailles toutes plus poétiques les unes que les autres ( "un rictus de folie brune", "le temps découpe ma peau", "coudre ses paupières au fil de l'improbable" ) et riche de vérités existentielles dites légèrement ( "j'écoute l'enlisement de mon esprit de plomb" et " je m'adresse au plafond pour ne plus penser"...).
J'aurais bien vu qu'il s'arrête à " Dans ma chambre, un tapis vert".
l'ensemble est très cohérent. D'ailleurs, je n'ai pas réussi à saisir le lien entre les deux parties...
Les deux derniers vers, très beaux, auraient pu conclure cette partie que j'aime beaucoup
merci...votre esprit n'est pas si "enlisé" que ça

   Lylah   
20/11/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonsoir,

J'arrive un peu tard pour ajouter quelque chose de nouveau dans les commentaires, peu importe, je suis toujours sous le charme de vos images-chocs d'une originalité indéniable, telles que :

" Je m’ennuie tellement que le temps découpe ma peau"
"C’est un souffle de glaise qui encercle mon lit."

et encore :

"Le candidat du doute prône la voie des muets,
Le suffrage est enroué, les crachats prolifèrent."

Puis le très beau :

"Quand un rêve s'éteint, une étoile se noie."

auquel vient faire écho le magnifique dernier vers qui tombe là comme un couperet...

Cette heure de nuit est bien sombre, certes, mais en trois mots : je suis fan !


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