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Poésie libre
Provencao : Le souffle sur la toile
 Publié le 13/05/26  -  12 commentaires  -  752 caractères  -  122 lectures    Autres textes du même auteur

« Le langage est la peinture de nos idées… »
Antoine de Rivarol


Le souffle sur la toile



Il est une toile où crisse mon couteau
Libre, sous le frisson de l'empreinte matinale
S'égayant au jeu d'ombre et de lumière.

Elle se fait esquisse, s'inspirant sans limite
Elle est d'une facture tout-à-fait libre
Et les coups de couteau sont feutrés.

Elle est oscillation du pardon en pigments,
Le camaïeu y est enjôlant, la pensée illusionne
Le reflet vrai, en touches pures, étincelantes.

Elle est aplats horizontaux, en médium irisé
Qui avive en sa sincérité le faisceau coloré
De l'affirmation et de la permission.

Elle est cette ligne d'horizon entre sursis et jeu
De tons chauds puis froids, aux flots ouatés,

Litanies bleutées en éclisse.


 
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   Ornicar   
3/5/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime bien
L'incipit sert de prétexte au poète et donne la clé au lecteur.
Tout n'est que peinture. Surtout l'écriture.
Dans ce libre, la plume se fait pinceau et la métaphore pictorale, tenue d'un bout à l'autre du texte, lui donne sa cohérence. L'ensemble est imagé sans que la compréhension soit mise à mal. Au contraire. Elle est immédiate, donnant à voir parfois les éclats de couleur, parfois le geste du peintre.

Dommage toutefois la répétition des mots "couteau" au vers 1 et 6, "libre" aux vers 2 et 4. Quant à l'anaphore "elle est", je ne sais qu'en penser : selon les lectures que je fais, tantôt je la trouve un peu insistante, tantôt je n'y prête pas attention. C'est étrange ce phénomène. C'est bien la première fois qu'une telle chose m'arrive ici...
Mais dans l'ensemble, j'ai bien aimé les couleurs de ce texte qui repose mes neurones entre deux lectures, disons... plus exigeantes.

Ornicar

   Passant75   
3/5/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime bien
Le poème propose une méditation sur la création picturale. « La toile » devient un espace vivant, presque animé par un « souffle » créateur. Le vocabulaire technique de la peinture donne une certaine cohérence thématique et traduit une sensibilité à la matière et à la couleur. Toutefois, cette richesse lexicale s’accompagne d’une accumulation d’images souvent très abstraites, comme « oscillation du pardon ».

Même en identifiant la toile comme fil conducteur, les métaphores s’enchaînent sans réelle progression logique, ce qui peut donner une impression de flou. La syntaxe parfois fragmentée et certaines formulations obscures renforcent cette difficulté de lecture et limitent la fluidité qu’on pouvait attendre d’une poésie.

Néanmoins, le poème parvient à créer une atmosphère contemplative et traduit une volonté de rendre la liberté du geste artistique. Au final, le texte paraît tout de même osciller entre une richesse de l’expression et un manque de clarté.

   Vincent   
13/5/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Provencao

Litanies bleutée en éclisses , magnifique

Moi qui peint, j'aimerais comme vous

Ecrire sur le gestuel de la peinture

Mais le couteau ne convient pas à mon pointillisme

Merci pour ce moment

   Donaldo75   
13/5/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
J’ai plutôt bien aimé ce poème. Un univers pictural cohérent, délicat. Une réelle sensibilité pour la matière, la lumière et le geste créateur. Des images soignées, nombreuses (attention quand même à ne pas en inonder la page). Un regard attentif porté à la peinture et à son symbolisme. De la musicalité. L’ensemble s’avère très aérien, méditatif. Il expose une volonté d’explorer la toile comme un espace intime, un lieu où se déposent pardon, oscillation et permission. Cette cohérence thématique, alliée à une écriture fluide, donne au texte une atmosphère apaisée et lumineuse. C’est plutôt réussi dans le genre.

   Cristale   
13/5/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Provencao,

Bienheureuse la toile caressée, habillée, colorée par l'artiste dont le couteau à la main n'est que douceur et sensualité.

Pleins et déliés de mots et de couleurs, "Le souffle sur la toile" laisse une délicate empreinte poétique.

Aurons-nous un jour le plaisir de découvrir dans le "diaponiris" une oeuvre de vos créations ?

   LeChevalier   
13/5/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
« Pas d'Etc. dans la nature, qui est une énumération totale et impitoyable. » dit Paul Valéry. Votre texte m'invite à voyager dans cette toile où les mêmes coups de couteau produisent pourtant des effets si variés. J'ai beaucoup aimé la musique de ce trimètre :

« Le reflet vrai, en touches pures, étincelantes »

où les membres du vers se terminent par des voyelles très variées.

Merci de nous avoir permis de voir les couleurs à travers les yeux du peintre.

   Chlo   
13/5/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Un poème d'une remarquable délicatesse sur le geste créateur. On entend ici le crissement, là les coups de couteau découpant presque la toile en douceur, judicieux paradoxe de l'objet. Chaque mot sonne juste, rythmé. J'ai du mal à ne pas voir dans cette toile la page de l'écrivain, une plume dans ce couteau, qui dessine en silence en même temps que le poème s'écrit, acte performatif d'une vérité rafraîchissante qui m'évoque la grâce subtile et contemplative de certains Jaccottet. Merci pour ce beau moment de lecture.

   Marite   
13/5/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Ce poème m'a fait entrer, silencieusement et discrètement dans l'atelier du peintre composant une toile au gré de ses inspirations. Dès le premier vers, l'outil utilisé suscite la curiosité et nous suivons la composition de la toile à la fois par les gestes l'effleurant en toute liberté et la diversité des formes et couleurs associées. Une composition toute en légèreté et harmonie entre le peintre et sa création.

   Boutet   
13/5/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Un joli poème libre sur la peinture et tout ce qu'elle peut inspirer.
Les coups de couteau sont feutrés, belle image. J'aime, peut-être un peu moins la répétition de tout ces Elle de début de vers mais ce n'est qu'une impression.

   Yakamoz   
13/5/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
J’ai apprécié ce poème, l’immersion dans le geste de la peinture au couteau qui permet des effets de textures et des reliefs particuliers.
On sent le souffle de la création, on voit la couleur qui se pose sur la toile, on éprouve la liberté du peintre tout entier plongé dans son univers.

   Myndie   
14/5/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Provencao,

Votre poème est l'illustration parfaite de la citation d'Antoine de Rivarol.
Si son vocabulaire nous évoque de façon directe la technicité du geste, il nous entraîne aussi sur des sentiers un peu plus spirituels (les « litanies bleutés »), et sur un questionnement : la peinture (ou l'art en général) serait-elle un mensonge ?
C'est ce que semblent suggérer ces vers :
« ... la pensée illusionne
Le reflet vrai »
« Qui avive en sa sincérité le faisceau coloré
De l'affirmation et de la permission. »
Par ses sonorités très évocatrices, le geste de l'artiste qui peint au couteau est très bien décrit :
le couteau « crisse » ou se fait « feutré »
et d'une manière générale, les allitérations en ss et f donnent au poème une belle harmonie sonore.

Je dirais qu'il y a dans ce « souffle sur la toile » plus de tension que d'émotion, une énergie pure.
Merci pour cette jolie lecture.

   EtienneNorvins   
14/5/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Belle méditation poétique sur l’acte de peindre qui, à travers un vocabulaire technique et une écriture très sensorielle, transforme la création plastique en expérience intérieure, presque spirituelle.

Le poème ne suit pas de structure régulière stricte. Cette liberté formelle reflète le sujet même du texte : une création spontanée et intuitive. Les phrases sont souvent fluides, parfois proches de la prose poétique. Les images dominent sur le récit ou la logique explicative. Cela rappelle la démarche impressionniste : suggérer des sensations plutôt que décrire précisément.

Par un emprunt très large à la technique (couteau, esquisse, facture, camaïeu, aplats, pigments, touches…) et au jeu des couleurs et de la lumière (jeu d’ombre et de lumière, faisceau coloré, tons chauds puis froids...), le lecteur a l’impression d’assister matériellement à la naissance du tableau. Cela crée une grande dynamique visuelle et émotionnelle.

Mais au-delà, il y a une dimension physique, presque organique – dès le crissement initial qui annonce quelque chose de plus, de l’ordre du chant. Au lieu de trancher, couper, séparer, ce couteau unit et abouche. Et en effet, la sensation est omniprésente (frisson , souffle … jusqu’à aviver). La toile devient un lieu autonome, animé d’une vie propre, ce que souligne l’anaphore « Elle est ».

C’est alors que le tableau-poème évoque une quête intime. Les formes et les couleurs se transforment en émotions. Certaines expressions donnent une profondeur psychologique de l’ordre d’un dialogue entre créateur et créature : oscillation du pardon en pigments, affirmation et permission, ligne d’horizon entre sursis et jeu… La création artistique apparaît comme un espace de réconciliation et de liberté intérieure. A cet égard, le dernier vers introduit une tonalité plus mystérieuse et méditative puisque "litanies" évoque une répétition sacrée, tandis que le bleu ouvre bien sûr vers un azur où semble s’apaiser un sentiment mélancolique.


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