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Poésie en prose
Radetzky : Eurydice
 Publié le 01/07/18  -  5 commentaires  -  2171 caractères  -  97 lectures    Autres textes du même auteur

Les seuls amours éternels sont ceux que la mort a fauchés avant même qu’ils n’éclosent.


Eurydice



Écrire pour te revoir. Écrire pour te retrouver. Écrire pour te créer de mes propres mains et pour qu’enfin, à force d’obstination et d’amour, nous nous confondions toi et moi, la mort et la vie, l’absence et la présence, unis dans un même soupir, un même destin, une même éternité.

Mais qu’est-ce cela ? Quelle force me pousse à écrire ces lignes obscures ? Est-ce l’angoisse tapie dans l’âme qui mord et se retranche ? Ou peut-être est-ce la nostalgie, fille de l’amour et mère de toutes les révoltes ? Ou bien est-ce tout simplement ce ciel bleu comme l’enfance, ce soleil déclinant, cette lumière posée sur le monde, qui font naître en moi mille impressions, mille sensations, comme si quelque chose d’extraordinaire pouvait encore survenir… comme si l’impossible était à portée de main ?

Voilà ! j’y suis… C’est d’absolu dont il est question ici.

Te revoir avant de mourir, te revoir et savoir, savoir une seule fois mais à jamais !
Voilà ma foi et mon espérance !
C’est cela que j’appelle l’impossible, c’est cela que je veux conquérir.

Je suis prêt maintenant…
Je vois au-delà des mers, des plaines et des collines !
Je vois les antres de Thrace, l’ombre de la montagne, les tréfonds de la mine.

Il faut pour te retrouver longer les précipices.
Il faut pour te retrouver plonger dans l’abîme.
Tout cela je le peux.

Mais il faut aussi de l’art, beaucoup d’art pour t’arracher à Hadès.
Il faut encore du génie pour te créer de toutes pièces.
Déjà je doute et je recule !

Ai-je parlé d’impossible ?

Hélas ! Ma voix plaintive n’attendrit pas les pierres. Elle n’adoucit ni le lion du désert ni le chien de l'Enfer, et au-dessus de moi aucun chêne ne s’émeut ni ne s’incline. Je ne suis qu’un Orphée dissonant. Un Orphée médiocre à la lyre disloquée.

Mais je t’en conjure, toi qui m’as si souvent consolé, toi mon soleil noir, mon étoile morte, si un jour tu m’as aimé une seule fois, alors pardonne mes infirmités et reçois avec bienveillance ces quelques lignes indignes de toi, de mon amour et de ma passion.


 
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   papipoete   
1/7/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
bonjour Radetzky
Vous ne m'entendez pas, mais en même temps que je vous lis, je fredonne dans ma tête la " Marche de Radetzky " ...
Votre plume manie la prose à la baguette, pour évoquer cet Orphée qui est en l'auteur, qui voudrait faire tout son possible, pour sauver son Eurydice, au péril de sa vie, mais les abysses le font reculer, et cède devant Hadès sa lyre désaccordée !
NB je pense que l'Eurydice du poème est bien actuelle, s'appelle Michèle ou Françoise, et que la lyre du héros est une Fender ou une Gibson ! Soit il y manque des cordes, ou bien le musicien joue si faux !
Ceci est mon interprétation de cette prose, dont l'écriture rutile et lui offre des lettres de noblesse !
Les 2 dernières strophes sont ma partie préférée .

   Lulu   
1/7/2018
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour Radetzky,

J'ai lu attentivement votre texte et mon sentiment demeure celui éprouvé à la première lecture. Je trouve qu'il est trop explicatif au début, trop dans la réflexion, trop tâtonnant. Ainsi, ai-je trouvé certaines formules un peu lourdes, comme "Ou bien est-ce tout simplement ce ciel bleu comme l'enfance". Le "tout simplement" ne fait pas très poétique, ici, à mon sens. Cela fait trop réflexion type dissertation, je trouve… De même avec : "C'est cela que j'appelle l'impossible, c'est cela que je veux conquérir." Peut-être que cette phrase serait plus efficace si elle était plus concise ? Peut-être aurais-je écrit "mon impossible et ma quête"... pour que cela soit plus léger.

Puis, je n'ai pas réussi à trouver vraiment d'intérêt à cette première partie trop longue. Je trouve que le texte décolle vraiment sur le plan poétique à partir de "Je suis prêt maintenant…" A partir de là, oui, j'ai le sentiment qu'on entre vraiment dans votre univers poétique et un peu plus dans le thème.

Je ne vois pas trop l'intérêt de "Ai-je parlé d'impossible ?"... Pour ma part, je l'aurais supprimé, sans que cela ne nuise au passage.

Bonne continuation et tous mes encouragements.

   PIZZICATO   
1/7/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Cet amour, cette " Eurydice " me semble être une chimère, une personne que l'auteur se crée, pour y croire, pour l'aimer et, obnubilé par la légende d'Orphée, tenter l'impossible pour " l'arracher à Hadès ".
" Il faut encore du génie pour te créer de toutes pièces."

C'est ma façon de percevoir ce texte.

   jfmoods   
2/7/2018
Les mythes fondent notre relation au monde. C'est dans l'imaginaire qu'ils suscitent que se reflète notre condition.

Orphée commit l'irréparable erreur de se retourner au moment où sa promise, ramenée des enfers, allait lui être restituée. Négligence fatale.

Dans une apostrophe à l'Aimée, le poète réinvestit le mythe, l'utopie amoureuse (adjectif qualificatif : "impossible" × 3, question ouverte : "Quelle force me pousse", hypothèses diverses : "Est-ce l’angoisse", "Est-ce la nostalgie", "est-ce ce ciel bleu comme l’enfance"). Par le truchement du langage (anaphore : "Écrire" × 3, "écrire ces lignes obscures"), il entend bien ramener à la vie la disparue (gradation hyperbolique : "te revoir", "te retrouver", "te créer"), femme trop tôt partie (jeu de dichotomies à rythme ternaire : "toi et moi, la mort et la vie, l’absence et la présence", oxymores : "mon soleil noir, mon étoile morte"), femme dont l'existence ne fit qu'une avec la sienne (gradation anaphorique : "un même soupir, un même destin, une même éternité").

Cependant, un constat brutal s'impose bientôt : mener à son terme une telle entreprise exige des qualités supérieures (anaphore : "Il faut" × 3, gradation : "de l’art, beaucoup d’art", vocable à visée élective : "du génie pour te créer de toutes pièces") et notre homme éprouve les limites de son pouvoir (métonymie : "Ma voix plaintive n’attendrit pas les pierres. Elle n’adoucit ni le lion du désert ni le chien de l'Enfer, et au-dessus de moi aucun chêne ne s’émeut ni ne s’incline", antonomase : "Je ne suis qu’un Orphée dissonant. Un Orphée médiocre à la lyre disloquée").

Aussi le poète ne peut-il qu'implorer l'Aimée ("je t’en conjure") de ne pas lui tenir rigueur de cette impuissance ("pardonne mes infirmités", "reçois avec bienveillance ces quelques lignes indignes") et de ne considérer que la profondeur de l'attachement qu'il lui porte et continuera à lui porter ("mon amour", "ma passion").

Merci pour ce partage !

   Robot   
3/7/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Eurydice serait-elle une métaphore de l'inspiration perdue ? Si je lis ce texte avec cette vision je lui trouve un sens et une poétique assez présente. Je regrette le côté un peu mélodramatique, mais Eurydice n'est-ce pas, c'est la tragédie grecque.


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