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Poésie contemporaine
Ramana : De quoi donc as-tu peur ?
 Publié le 05/08/26  -  6 commentaires  -  1069 caractères  -  86 lectures    Autres textes du même auteur


De quoi donc as-tu peur ?



Depuis mille ans déjà, le fleuve nonchalant
Déroule ses lacets sur la plaine repue.
Sur ses rives les joncs, témoins de son allant,
Se plaisent en ses eaux, manne ininterrompue.

Sous le dôme des cieux, des oiseaux au long cours,
Ivres du bleu d’azur, portent dans leurs sillages
Les écumes des mers, et du vent les amours
Quand il fait ondoyer l’infini des herbages.

Dans la douce chaleur immobile du soir,
L’expansion des sens ouvre soudain l’espace
À des flots de silence où viennent s’émouvoir
Les rêveurs éperdus dans le jour qui s’efface.

Lorsque la nuit tombée invite le regard
À se noyer au cœur des astres innombrables,
L’âme y voit son reflet sans voiles et sans fard
Et connaît un instant ses causes ineffables.

Hommes, bêtes et dieux, gloire des soleils morts,
Tout n’est qu’impermanent, mais sans fin recommence,
Car l’orchestre majeur intime ses accords
Au jeu sempiternel des êtres en cadence.

De quoi donc as-tu peur ?


 
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   Polza   
16/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Juste après avoir lu ce superbe poème, j’ai aussitôt pensé à ce passage de Rabindranath Tagore dans « L’offrande lyrique »


« Mort, ta servante, est à ma porte. Elle a franchi la mer inconnue ; elle m’apporte ton appel.

La nuit est sombre et mon cœur est peureux —
pourtant je saisirai la lampe ; j’ouvrirai les vantaux et j’inclinerai mon accueil. Car c’est ta messagère qui se tient devant ma porte.

Mains jointes, je l’honorerai de mes larmes. Je répandrai le trésor de mon cœur à ses pieds.

Et elle s’en retournera, son message accompli,
laissant sur mon matin son ombre sombre ; et dans la maison désolée rien ne restera plus, mon Seigneur, que moi-même à t’offrir en suprême don. »

Ça commence comme un poème agreste et ça se termine presque comme un poème panthéiste… le narrateur s’adresse aux hommes, aux bêtes et aux dieux comme si lui-même semblait ne pas en faire partie, comme si c’était la voix du narrateur qui, subitement (« De quoi donc as-tu peur ? »), m’interpellait directement, ou comme s’il s’agissait d’une conscience universelle dépassant les hommes, les bêtes et les dieux…

Les images sont d’une grande force poétique et l’écriture d’une grande maîtrise… on me dirait là maintenant tout de suite que ce poème est de LeChevalier que je n’en serais pas vraiment surpris, mais s’il est d’un ou d’une autre onirienne, j’ai vraiment hâte de découvrir lequel ou laquelle…

Je pense également à Maître Eckhart

« Si tu as peur de la mort, si tu te cramponnes trop tu vois des démons qui t’arrachent à la vie, mais si tu as fait la paix en toi, alors ces démons deviennent des anges qui t’affranchissent du poids de la terre… Tout dépend de la façon dont tu vois les choses »…

ou à Angelus Silesius

« Je ne crois à nulle mort : que je meure à toute heure du jour,
Chaque fois j’ai trouvé vie meilleure. »

Je ne vais pas écrire tout ce que votre poème m’évoque, sinon, il faudrait que je parle des « Pensées » de Pascal et je ne sais combien d’autres philosophes encore ! allez, puisque vous insistez, une petite citation pour la route !

« Par l’espace, l’univers me comprend et m’engloutit comme un point, par la pensée je le comprends. »

Désolé de vous commenter davantage par citations que par mes propres réflexions, ce n’est vraiment pas pour faire mon intéressant (d'ailleurs ce n'est peut-être pas si intéressant que cela), mais comme je dis toujours, quand je trouve un poème aussi abouti et poétique, j’ai tendance à m’effacer devant lui, je ne sais plus trop quoi dire, d’ailleurs je ne dis plus rien…

   Passant75   
18/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime un peu
J’ai d’abord été séduit par la beauté des images et la fluidité de l’écriture, ce qui a pour effet d’installer une atmosphère propice à la méditation. Un détail de musicalité m’a toutefois heurté ; le vers « Sous le dôme des cieux, des oiseaux au long cours » produit, à mon oreille, une sorte de zézaiement par l’enchaînement des sonorités en « zo » (« des zou a zo zo… »), ce qui alourdit légèrement la diction et rompt momentanément la fluidité recherchée. Cette réserve m'est apparue cependant mineure au regard de la qualité générale de l’écriture.

En revanche, le raisonnement qui conduit à la conclusion m’a laissé plus réservé. En effet, si la nature baigne dans l’harmonie et que tout est merveilleusement cyclique, il n’y aurait donc aucune raison d’avoir peur. La démonstration m’est apparue incomplète, voire un peu rapide.

La nature est idéalisée, tout y est calme et équilibré. Cette accumulation d’images positives me semble quelque peu biaisée, car la violence, les catastrophes et le chaos sont totalement absents de cette vision contemplative. Or, la vie c’est aussi le lieu de la destruction, de la souffrance et de la mort. En faisant abstraction de cette réalité, le poème propose une harmonie davantage affirmée que véritablement démontrée. Dès lors, la question finale, « De quoi donc as-tu peur ? », me paraît perdre une partie de sa force. Elle me semble davantage relever d’une évidence énoncée, presque d’une injonction que de l’aboutissement logique d’un cheminement poétique. J’aurais trouvé la conclusion plus convaincante si le texte avait d’abord reconnu qu’il existe des motifs légitimes de peur, avant d’inviter à les dépasser.

   Boutet   
5/8/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime un peu
Le texte est très bien écrit, c'est une certitude mais il me manque, personnellement, une compréhension.
Pour moi qui aime que la poésie délivre un message, et bien ce message s'il existe je ne l'ai ni reçu, ni compris et c'est dommage. Peut-être l'éternité incarné par ce fleuve nonchalant ?

   Provencao   
5/8/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Bonjour Ramana,

J'aime ce titre qui à mon sens, me laisse supposer qu'il reste et que cela présage des journées et des nuits qui ne sont pas rien, et que nous sommes : tout est vie, tout invite à, tout émeut... il y a quelque chose, c’est ce que nous pourrions appeler l’âme du devenir, et qui nous protège de la négation.

Ne subsiste -t-elle que pour et par une moralité ou conscience? où doit-on estimer qu’il y a un temps fidèle dans la nature, qui pourrait ou pas féconder la peur ?

Au plaisir de vous lire,
Cordialement

   rendu   
5/8/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime bien
Un très bel écrit où les vers s'enchainent dans une grande fluidité et une belle description. Par contre, je ne vois pas bien le rapport entre le titre et le poème. Peur de la mort inévitable ? Je ne saisis pas.
Un très beau poème dans son écriture mais moins dans sa compréhension, du moins en ce qui me concerne. Peut-être qu'un exergue m'aurait aiguillé ? L'auteur nous en dira plus en forum.

   Pussicat   
5/8/2026
Le premier quatrain installe le décor, le date, et décris une nature dont éléments se réjouissent de sa source nourricière. J’ai commencé à tiquer sur la suite, que je trouve chargé «  dôme des cieux / écumes des mers / vent les amours / ondoyer l’infini des herbages. (j’entends que le vol des oiseaux est si bas et si puissant qu’il modèle les herbes… j’apprécie : « portent dans leurs sillages / Les écumes des mers », bien trouvé ! « mais « et du vent les amours » qu’est-il ? Sont-ce les oiseaux « Ivres du bleu d’azur / et du vent les amours »?), j’avoue ne pas avoir saisi les vers 6, 7 et 8 dans leur continuité.

Une « chaleur immobile » intéressant, mais « L’expansion des sens » me trouble d’autant que le vers semble claudiquer – voilà que je fais l’exégète… (je te tiens à l’œil Pussicat !) à moinsse que l’ex-pan-si-ion.

En vérité, plus je lis votre texte et plus je m’égare, je vais m’arrêter là. Je ne saisis pas le propos, sinon le tableau d’une nature - Maître des lieux si ce n'est Maître en Tout - devant laquelle chacun, chacune, ne cessera de s’émouvoir, son pouvoir est si puissant et inspirant, mais le titre m’intrigue tant qu’il ne semble pas correspondre au contenu. J’ai cherché mais n’ai pas trouvé les correspondances.

à bientôt de vous lire,


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