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Poésie contemporaine
Ramana : Les eaux plurielles
 Publié le 09/03/26  -  9 commentaires  -  2486 caractères  -  77 lectures    Autres textes du même auteur

Rêve chamanique.


Les eaux plurielles



Sa bouche, sans un mot, m’invitant au voyage,
Cette nuit j’ai glissé, là, tout au fond du puits,
Pénétré dans ses eaux transparentes, et puis,
Dans le creux d’un rocher, j’ai trouvé le passage.

Tout de suite à pied sec, un boyau minéral
Me conduisit au seuil d’un étroit belvédère,
Vertigineux perchoir d’où l’on pouvait – mystère ! –
Contempler l’infini d’un monde virginal.

Impuissant, isolé devant ce précipice,
J’aperçus, émergeant de l’espace béant,
Le vol majestueux d’un rapace géant
Dont je sus qu’il allait se révéler propice.

L’aigle – c’en était un –, lorsqu’il se fut posé,
M’invita par un bref mouvement de ses plumes
À chevaucher son dos ; ainsi liés, nous fûmes
En un pas suspendus au cœur de l’alizé.

Sous nos yeux s’étirait, sans aucune limite,
Une verte forêt ondoyante, et je fus,
Face à cette livrée, envoûté mais confus,
Ne sachant démêler le réel et le mythe.

Après un vif plongeon, nous touchâmes le sol
Sur une ample clairière au sein d’arbres immenses.
Leurs branches recelaient d’invisibles présences
Appelant à l’oubli. L’oiseau reprit son vol.

Passager débarqué, seul en cette contrée,
J’entrevis, au détour des troncs monumentaux,
Une louve menant ses quatre louveteaux
Qui, vers moi, s’avançait d’une marche assurée.

Comme elle saluait mon être fort surpris,
Car j’ouïs qu’elle usait du don de la parole,
Nous fûmes bons amis sans autre protocole
Que trois mots échangés en ce vert paradis.

« Homme, quel désarroi ! La transe de ton rêve
T’a mené par les eaux sur la terre d’en bas.
C’est le monde racine, et le tien, tout là-bas,
Ne saurait subsister privé de cette sève.

Je suis l’esprit du loup qui veille sur ces lieux,
M’a-t-elle dit, dressant ses oreilles alertes.
Il t’est donné de voir ce que peu d’êtres – certes ! –
Ont jamais contemplé depuis l’aube des dieux.

Mais déjà le temps presse, et le fil qui te lie
À ton autre revers, sur la face des eaux,
Est tout près de céder ; va, prononce les mots
Par quoi l’aigle viendra, pour peu qu’il ne t’oublie. »

Par la route des vents, nous gagnâmes le ciel
Et l’éperon de roche au-dessus de la plaine.
Je retrouvai le puits, ses eaux claires, sa chaîne…
Puis le réveil me fut un supplice cruel !


 
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   LeChevalier   
9/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Poème très curieux, dans le sens positif du terme. J'ai assez rapidement pensé à Dante, avec ce voyage sous la terre et ces animaux symboliques et très romains que sont l'aigle et la louve. Je ne sais pas si ce texte aura une suite, mais en tout cas il a l'allure d'un fragment de quelque chose de plus grand. On reconnaît des allusions à d'autres mythologies dans cette représentation du cosmos comme un arbre.

Sur le plan formel, je pense que la narration exigeait des alexandrins à rimes plates ou, à la rigueur, la terza rima (pour faire vraiment dantesque). Mais celle-ci nécessite des rimes triples et on voit qu'ici même les rimes simples ont posé certains problèmes (comme ce « sans autre protocole » qui ne colle vraiment pas stylistiquement). Les rimes plates auraient permis plus de fluidité ; il aurait été possible de développer à des degrés divers les éléments du récit. Les quatrains embrassés ont forcé l'auteur au remplissage, même si parfois il en a tiré de beaux effets, comme « L'oiseau reprit son vol » à la fin de la 6e strophe.

Ajout après publication :
Comme d'autres, je ne vois rien de contraire aux règles de la versification classique. Il y a cette rime « en bas - là-bas » mais je ne suis pas sûr qu ce soit une raison suffisante pour ranger en « contemporain ». Ou peut-être la césure entre « bref » et « mouvement » ? Je trouve qu'elle met l'adjectif en relief, tout comme l'aurait fait Hugo, de même que pour « une verte forêt // ondoyante » ! Je patienterai pour connaître la raison réelle.

   A2L9   
22/2/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Voici donc le puits et le loup, un aigle se portant volontaire. Ce rêve m'embarque irrésistiblement, du haut vers le bas puis du bas vers le haut lorsque pourtant le haut est le fond du puits. Et le loup reste sur la crête touchant alors les ailes d'un oiseau. Splendide récit.

   Passant75   
27/2/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Alice tombe dans un terrier, l’auteur, lui, tombe dans un puits. Au lieu d’un lapin blanc, c’est un aigle puis un loup qui communiquent avec lui.

Il y aurait les eaux sur la terre d’en bas qui s’opposeraient aux eaux sur la terre d’en haut. Peut-être une allusion à la Genèse lorsque Dieu sépara les eaux qui sont au-dessous de la voûte des eaux qui sont au-dessus de la voûte, celle-ci étant le ciel. Mais qu’importe, puisque tout cela n’est qu’un rêve !

Des images multiples, un rêve initiatique, l’ensemble est coloré et très parlant. Certaines expressions m’ont surpris ; imagine-t-on Alice parler d’elle en disant « mon être » dans un des deux vers qui ont fait grincer mon oreille, « Comme elle saluait mon être fort surpris, / Car j’ouïs qu’elle usait du don de la parole ».

Alice avait rêvé. Son rêve plus qu’étrange était de nature à lui faire quitter le monde de l’enfance pour celui de l’adolescence. Je ne sais quel monde l’auteur est ici censé quitter et pour quel autre monde passer, mais le fait que ce rêve-passage le conduise à « un supplice cruel » a été de nature à me faire m’interroger. Encore que rêver peut permettre de s’abstraire d’un réel pas toujours rassurant !

Au final, un poème qui se laisse lire, des images qu’on pourrait qualifier d’enchanteresses, des références littéraires voire aussi religieuses. En quelques mots, de quoi intéresser le lecteur !

   papipoete   
9/3/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
bonjour Ramana
C'est trop injuste, je faisais un rêve merveilleux dont je ne voulais point sortir...non pas comme cet horrible cauchemar qui me traque régulièrement, me prend dans ses pattes velues, et me retient prisonnier de moi-même !
Maudit réveil-matin, ne pourrais-tu user d'un peu de discernement, et ne pas sonner intempestivement ?
NB ce film au scénario tissé au point de perfection, m'emmène dans celui d'Avatar et ses Navis de Pandora si pacifistes ; il me transporte aussi dans le Dernier Mohican, avec sa cascade derrière laquelle, on peut se réfugier loin des sanguinaires hurons.
Ce texte fort long ( ce n'est pas reproche ) nous prend par la main, par le coeur et l'on sourit devant tant d'allégresse ! Put-on le lire dans les écoles d'Iran...
la 10e strophe est ma préférée
Techniquement, je ne vois pas ce qui s'oppose au Classique ? une paille coincée quelque part à mon avis ? cela doit chagriner notre poète, qui dut fort oeuvrer pour cette construction !

   Boutet   
9/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Un bon texte qui eût pu être classique sans quelques désagréments par-ci, par-là. Je n'ai pas bien compris le but ultime de ce poème mais malgré sa longueur, il se lit avec plaisir. Le livre de Lewis Carroll peut être évoqué mais bon, là, ça part un peu dans tous les sens Ce qui me fait revenir à la longueur du poème.

   Provencao   
9/3/2026
trouve l'écriture
perfectible
et
aime un peu
Bonjour Ramana.

J'ai trouvé votre poésie très très longue. Et de ce fait, certaines allégations de la réalité du soi en rêve, les " impuissant, isolé..." ne révèlent peut-être rien de plus que l'impression de vécu en ce " Je" qui est propre au rêve, et non une distinction à soi possible de créer une insinuation.

Au plaisir de vous lire,
Cordialement

   Polza   
10/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Quand je lis chamanique, je pense souvent peyotl et mescaline !

Je n’ai pas compris pourquoi, pour plus de force poétique à mon sens, vous n’avez pas commencé votre récit directement au passé simple puisque vous l’utilisez ensuite.

« Sa bouche, sans un mot, m’invitant au voyage,
Cette nuit j’ai glissé, là, tout au fond du puits,
Pénétré dans ses eaux transparentes, et puis,
Dans le creux d’un rocher, j’ai trouvé le passage. »

se transformerait en (par exemple) :

« Sa bouche, sans un mot, m’invitant au voyage.
Cette nuit je glissai, là, tout au fond du puits,
Pénétrai dans ses eaux transparentes, et puis,
Dans le creux d’un rocher, je trouvai le passage. »

En plus, ça vous éviterait ce fameux « j’ai glissé » qui me fait plutôt penser à ce fameux épisode de la 7e compagnie avec Jean Lefebvre « j’ai glissé chef ! ».
Je dis cela le plus sérieusement du monde. Ce n’est pas une chose à laquelle je prêtais attention auparavant, mais depuis un certain temps, j’essaye de ressentir l’impact que pourrait avoir telle ou telle tournure dans la tête du lecteur (de la lectrice) en fonction des nombreuses références de la culture populaire.
Je pourrais vous donner un exemple précis d’un mot que j’ai banni de l’un de mes poèmes, mais là n’est vraiment pas le but de ce commentaire…

« Tout de suite à pied sec, un boyau minéral » sans réellement pouvoir vous expliquer pourquoi, je ne suis pas fan de l’expression « à pied sec » dans ce contexte.

« Vertigineux perchoir d’où l’on pouvait – mystère ! –
Contempler l’infini d’un monde virginal. » j’ai bien aimé ce passage (entre autres).

« L’aigle – c’en était un –, lorsqu’il se fut posé, » en ce qui me concerne, « c’en était un » est de trop, j’aurais essayé de trouver une autre formule ; vous écrivez « rapace géant » 2 vers en amont, le lecteur (ou la lectrice) s’imagine bien (je pense) que si vous écrivez ensuite « L’aigle » c’en était forcément un…


« Une verte forêt ondoyante, et je fus, » j’ai personnellement trouvé l’adjectif « verte » un peu trop convenu avec « forêt ».

« Comme elle saluait mon être fort surpris,
Car j’ouïs qu’elle usait du don de la parole, » j’ai un peu eu de mal avec ce passage. Je me suis dit si c’est l’être qui est fort surpris alors c’est lui qui ouït et non le narrateur (moi). « Car il ouït » je ne sais pas quoi et non « Car j’ouïs… ». Je comprends bien ce que vous avez voulu décrire, mais je ne suis pas entièrement convaincu par la manière de le faire.

« Que trois mots échangés en ce vert paradis. » 14 vers les séparent, mais j’ai tout de même tiqué devant « verte forêt »/« vert paradis ».

idem pour « Comme elle saluait mon être fort surpris, »/« Il t’est donné de voir ce que peu d’êtres – certes ! – ».

« « Il t’est donné de voir ce que peu d’êtres – certes ! –
Ont jamais contemplé depuis l’aube des dieux » à vérifier, mais j’aurais plutôt écrit « N’ont jamais contemplé depuis l’aube des dieux. »

« À ton autre revers, sur la face des eaux, » reureu peu élégant et difficile à prononcer à mon avis.

Concernant le récit à proprement parlé, je le trouve intéressant, mais trop propre et lisse à mon goût dans le cadre d’un rêve chamanique. J’aurais aimé plus d’audace et de folie, mais si le rêve était ainsi, je ne me permettrais pas d’intervenir dans les rêves de qui que ce soit, ou alors vraiment sans faire exprès !

Peut-être ce genre de récit irait mieux dans la catégorie récit poétique, en oubliant la forme et en se concentrant uniquement sur le fond (tout en y ajoutant les mêmes touches de poésie qu’il y a dans votre poème). C’est juste une possibilité que j’émets, si vous avez voulu opter pour cette catégorie, vous aviez sûrement vos propres raisons !


Édition en guise d'explication...


LeChevalier

« Ajout après publication :
Comme d'autres, je ne vois rien de contraire aux règles de la versification classique. »

papipoete

« Techniquement, je ne vois pas ce qui s'oppose au Classique ? »

Ramana

« Bonjour Marimay,

Merci pour ce rappel en ce qui concerne les rimes en "oui (s). En bref, j'ai encore bâclé ma prosodie ! Si cela est encore possible, pourrait-on modifier de la sorte le dernier vers de la huitième strophe : au lieu de "sous les cieux inouïs", écrire "en ce vert paradis".

Bonne journée, avec mes excuses pour le dérangement,

Ramana. »

marimay

« Bonjour Ramana,

J'ai fait le changement dans le vers (mais pas celui de catégorie). »

Polza

« De rien… »

   Cristale   
10/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
S'envoler sur le dos d'un aigle dans le monde des racines, il n'y a bien qu'un rêve pour voir faire croire à l'impensable.
Quelle aventure au fond de ce puits !
Et quel travail pour dérouler cette histoire en vers réguliers.
Rimes trop pauvres : "surpris" "paradis", un seul phonème. Dommage.
Un poème qui se lit comme un conte au pays d'"Absurdie" et je compatis quant à la cruauté du réveil du narrateur.
Les rêves sont un monde à part, et secret, que personne ne peut ni plagier, ni voler, ni interdire.
Bravo !

   Mangrove   
10/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
La vision et l'univers me rappellent le Dante de la Divine Comédie (au moins le peu que j'en ai lu), qui n'est pas un médiocre prédécesseur... Évidemment, avec une telle comparaison en tête, le poème pâlit par certains détails. Mais c'est quand même pas mal du tout !


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