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Poésie contemporaine
Raoul : Pages arrachées
 Publié le 18/09/16  -  28 commentaires  -  4287 caractères  -  380 lectures    Autres textes du même auteur

Journal.


Pages arrachées



Le polochon à plume m'écrit pendant la nuit
Des rêves de lunaire aussi sots que grenus.


[Hier]

Mon chef de sévisse fait pipi dans l'évier
Puis d'élégants plongeons.
Tous les gens que je croise me disent brêle et
aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaacorniaud.
Ils refoulent du goulot.


[Cette nuit]

On me fauche des doigts pour me piquer des pieds
Et c'est pourquoi je boite
Vers les huit seins gonflés de la souriante louve
Vêtue de dents, d'écume…


[Le 21 Frimaire – Érable sucré –]

Il n'y a rien, nulle part.
Rien d'immobile ou de mouvant, l'obscurité partout.
Pas de soleil, pas de planètes ou d'étoiles, pas de lune, pas plus de jour que de nuit, pas de bruit, pas d'odeur,
Pas de forme, pas de directions, rien qui me travaille l'esprit ou les sens…
Il n'y a rien, nulle part, pas d'évolution, seulement la réalité, la certitude pure
d'être une toupie.


[L'autre nuit]

Toi, la voisine du pavillon des sirènes,
À l'évier tu épluches,
Je t'entends qui chantonnes.
L'eau sur tes mains glapit
La Maritza et ses la-las.


[15 h 20]

En passant, le métro fait tinter
Les verres du buffet
Le clown triste à son clou
Dans la chambre s'incline


[Saint Clémence]

À ton ventre et son coquillage
Je viens coller l'oreille
Je l'entends qui malaxe
Et la mer du sang de mon crâne.


[Demi raisin]

Des fleurs de meringue poussent entre les allées
Et la langue du vent s'en parfume l'haleine
Pour mieux faire oublier qu'elle fait tomber les feuilles.


[L'autre nuit]

Nous sommes deux au bar :
L'iguane de la nuit respire.
Je bois des petits verres ou des paroles qui
Et travaille à l'oubli de ton oubli.


[Le 7 Aprilis de Romulus]

À l'agent verbalisateur :
Bêchepim, lugrenelle, chepieron & harpé !
Bauganfâ, ridedine & cheugourse !
Rongrepin, chelunelle, bêche & harpépie !
Fâganse, gourcheudine & ridebau !
Piechegre, lupéron, harpim & bêchenelle !
Cheusefâ, degangour & bauridine !
Grenelle, pinronlu, harchebêche & pépie !
Fâcheuse, ribaude & gourgandine !
Harpie, greluche, pimbêche & péronnelle !


[Le treize avant minuit]

Ça me zézaye et bourdonne
Entre les deux oreilles
Et derrière les trois yeux,
La langue se repaît
De mes heures grinçantes
Comme une hippopodame broute sous la surface…


[Chaud]

L'eau passe. Grande lenteur.
Tu es la rupestre,
Mercure de mer.

Tu passes en sueur, fièvre,
Bue par les insectes :
C'est cette nuit qu'un jaune acuponcteur te clouera
de mille grelots d'étoiles.


[Le seize et demi]

Elle parle et à son cou
Perle un collier de nuages.
Je ne sais pas si c'est pur
Mais c'est dur comme un couteau.



[Hier soir]

Je suis dans ma poubelle
Tout autant qu'à l'étage
Pelures sachets boîtes
Morceaux d'entiers froissés


[Un dix-huit]

Le chien courant dans la neige est la matière qui me dit que je vois


[Saint Eugène]

Bientôt le printemps :
Je perds mes poils


[Aux Matines]

Mes pinceaux n'ayant pas d'odeur
Je ne pourrai peindre les fleurs


[14 h 11]

Des mots comptent leurs pieds en bons
aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaacruciverbistes
Cela rime-t-il encore à quelque chose


[troisième heure du sixième jour des…]

Depuis que j'ai perdu ma langue frontale
mon vieil auto radote :
des petits nuages chaussant fillette (du trente-huit)
me marchent sur l'horizon
que j'ai tordu comme un serpent
ils cacabent sur ma dépouille.
Je mal fais.


[Entre le A4 et le A3]

Café noir amer
dans la vie mes pas,
café noir amour.


 
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Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   bolderire   
3/9/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour, truculentes pages arrachées, un post-it que l'on effeuille, malicieusement il est vrai, de la description, du surréalisme des moments-impressions.
Hirsute comme la vie, des trouvailles" Mes pinceaux n'ayant pas d'odeur Je ne pourrai peindre les fleurs " , de l'humour...Que demande le peuple!Bref , j'adore!

   dom1   
5/9/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Pourquoi autant de talents ici ? Cela fait des lustres que je n'avais pas lu une telle richesse et que mon cerveau ne fut titiller par de tels traits de caractères. Il y a tant d'expérience vitale dans cet écrit qu'on se demande quel est le personnage capable d'écrire ainsi. Un ov'homme ( ou femme ) ?
De l'ambition des quatre jeudis devrait vous inciter à nous pondre d'autres œuvres de ce type. Merci d'avance !

domi

   jamesbebeart   
7/9/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Texte jubilatoire que j'applaudis sans aucune réserve, qui ose tout et fait énormément de bien !

   Proseuse   
18/9/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
Par derrière de la tête, j' ai tout lu !
Depuis, je mâche doux l' art de dire les rêves et de la paume demain, les mots dits tout à fait plumaires d'hier s' éclatent en boules de rire et je bouffe mon oreiller !
Un très grand plaisir à vous lire Raoul ! et la journée commence bien ! j' ai adoré, Merci !

   Anonyme   
18/9/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
Des pages arrachées du livre d'une vie, comme si l'auteur les refusait ne voulant garder pour lui que celles que nous ne lirons pas et sans doute plus gratifiantes pour lui-même. Nous reste donc ces feuillets épars aux impressions troubles et troublantes.
L'écriture, son non-sens prononcé, rend compte de de la solitude , de l’inadaptation, de la folie du monde, de l'incongruité des choses et des êtres sous les auspices du ciel, dans cette urbanité effarante. L'ensemble est d'une force incroyable et d'une compassion (dans la presque démence) remarquable.
Mais que raconte l'autre partie du livre, ces pages non-arrachées et que conserve le personnage ?
Souhaite-t-il être l'unique lecteur ou non du livre purifié et rectifié de sa vie ?
Le mystère reste entier .
Bel et bien une écriture libre.
Bravo!

   Pimpette   
18/9/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
J'aime et j'admire...et je jalouse...

Quelle écriture riche et jubilatoire que je note très haut bien entendu!
TU t'es surpassé" Raoul...

je fais une biopsie:

Je suis dans ma poubelle
Tout autant qu'à l'étage
Pelures sachets boîtes
Morceaux d'entiers froissés'

Trouvailles, sonorités, drôleries, inventions langagières, une poésie de notre temps inonde tout ce texte...

ce pelochon à plumes me régale ce matin...

   Anonyme   
18/9/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
Alors là bravo !
Beaucoup aimé ces séquences / tranches de vies notées puis arrachées.
Malgré son air zinzin ce texte est plutôt amer dans ce qu'il évoque avec son petit coté - Journal d'un fou -
J'ai adoré le passage du [21 Frimaire - Érable sucré]
Mais bon de toute façon rien n'est a jeter dans ces "pages arrachées".

   leni   
18/9/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
oui RAOUL
Il faut tirer la langue aux conventions de dire Il faut chercher les coquillages qui collés à l'oreille font entendre la mer et qui chantent
pour plaire à tous les vents marins Et il faut zézayer et bourdonner aussi en astiquant les mots Et puis tant pis pour toi si Dieu te patafiole Oui il faut zézayer avant minuit tapant
MERCI INFINIMENT
LENI

   Vincente   
18/9/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Bonjour Raoul,

A partir de la première phrase/strophe/feuille, j'ai sauté sans réserve d'une page à l'autre ravi par l'une, réjoui par l'autre, séduit par la suivante et ainsi de suite. Pas de réserve, pas de temps mort, c'était passionnant. Bon dans le fond, bon dans l'imagination, sobre et efficace dans la forme. Tous les points sont à relever, je ne les déclinerais pas ici, mais ils sont bien là et ils m'ont fait passer un très bon moment. Merci.

   Alcirion   
18/9/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Que dire ? Un florilège intéressant parce que les images, les métaphores et les jeux de mots ne recourent à aucune facilité.

Traduire les idées, et particulièrement les délirantes, par des formules originales et évocatrices, inspirées, c'est la substance du truc après quoi nous courrons tous...

Ici, c'est particulièrement réussi !

   Robot   
19/9/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ces pages arrachées sont comme des ruptures qui conduisent à des janotismes absurdes et des pataquès loufoques pour lesquels je crois inutile de rechercher un véritable sens. La construction est faite pour écarteler le propos.
J'ai eu du mal à accrocher au début, mais au final la persévérance est récompensée.

EDIT:
Si vous m'avez compris, c'est que je me suis mal exprimé
(Alan Greenspan)

   MissNeko   
18/9/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Très étrange au départ, j ai persévèré dans la lecture de ces pensées durealistes qui se suivent et ne se ressemblent pas. chaque strophe est un petit bijou
Un atypique moment de lecture !

   Rain   
18/9/2016
 a aimé ce texte 
Vraiment pas
J'ai lu, relu et compris... qu'il n'y a rien à comprendre.
Sciemment l'auteur aligne des mots, familiers, argotiques, dénués de sens. Il doit se tordre de rire en lisant les éloges de ses fans-à- tics.
Reconnaître l'œuvre par l'originalité, pourquoi pas si l'originalité n'est pas qu'inepties ?
J'essaie de ne plus commenter ce type de textes, mais je "craque" car je crois encore, par instants, me trouver sur un site de poésie.
Evitez Raouliens , de vous offusquer de mon commentaire, car aucun sarcasme dans mes propos; de l'étonnement, c'est tout.

   Vincendix   
19/9/2016
 a aimé ce texte 
Vraiment pas
Je lis ce texte à l’endroit, à l’envers, en diagonale, en pointillé mais ses « qualités » m’échappent, probablement qu’il me manque une clé ?

Je ne trouve aucun jeu de mots subtils, pas même le chef de sévisse !
Quand à la strophe abracadabrantesque du verbalisateur, c’est le bouquet !

!

   Luz   
18/9/2016
 a aimé ce texte 
Un peu
J'ai cherché des passages poétiques dans ce long texte mais sans succès. J'aime bien les jeux de mots, mais là c'est un peu trop et trop faible. Pourtant avec de la recherche poétique, en élaguant et en trouvant de la cohérence entre les différents passages, on pourrait sans doute obtenir un texte très original.
Luz

   Anonyme   
18/9/2016
Ouf! Je ne suis pas le seul.

Car je dois vous avouer que j'ai eu très peur, vu les commentaires qui sont dithyrambiques.
Je me suis dit, tu ne comprends pas, donc tais-toi.
Raoul, vous pourrez vous vanter de m'avoir fait lire au moins 50 fois votre poème, cherchant désespérément un mode d'emploi pour pouvoir dire Alleluia ! Euréka ! J'ai trouvé, quelle merveille.
Et plus je relisais, plus je me disais, mais qu'est-ce que ça raconte ?
Pour le 7 aprilis de Romulus, j'ai même failli prendre un miroir, pour voir si le reflet me renverrait un code, un message, et éclairerai ma naïveté qui ne se voudrait pourtant pas si excessive.
Bon bah du coup, je me sens moins seul avec Vincendix et Rain.
Cependant je ne noterai pas, car j'avoue avoir lâchement attendu un autre son de cloche que celui de ceux qui apparemment vous ont complètement compris.
J'ai lu quelques uns de vos écrits, et comprend un peu mieux le pourquoi du parce que. Ou vice-versa.
Mais à vous relire quand même.

   Anonyme   
18/9/2016
Bonsoir Raoul... Si je ne me trompe pas vous nous proposez sous le titre "Pages arrachées" tout bonnement ce qu'on appelle un amphigouri... L'amphigouri (substantif masculin) est une figure de style consistant en un discours, texte ou dessin volontairement obscur ou inintelligible à visée burlesque... dixit Wikipédia.
Si oui c'est tout à fait dans le style, sinon je ne comprends pas...

   Anonyme   
19/9/2016
Voici que je ne me sens plus seul à n’apprécier que le jeu de mots et encore le détournement des mots. C’est cocasse, mais ça ne va pas plus loin. Il existe de superbes poésies libres et contemporaines, mais là désolé, en long en large, de haut en bas, c’est toujours la même rengaine comme sur tant de sites où des auteurs prétendent qu’il faut vivre avec son temps (sous-entendu qu’il faut tordre le cou à la luxure). Je crois que l’on peut jouer avec les mots sans les déformer ainsi.
Je ne commentais plus ce style d’écrits, je me croyais trop ringard pour les comprendre. Ouf !!! Je redeviens normal en lisant les commentaires précédents.

   Brume   
19/9/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Raoul,

Du beau délire faut le dire. J'ai passé un agréable moment à vous lire. Il y a du drôle, du touchant, certaines strophes sont visuelles, il y a de belles trouvailles. Chaque strophe est surprenante, c'est clair je ne me suis pas ennuyée.

J'aime cette strophe pour son côté mélancolique:

"Nous sommes deux au bar :
L'iguane de la nuit respire.
Je bois des petits verres ou des paroles qui
Et travaille à l'oubli de ton oubli."

J'aime cette strophe pour les sensations qu'elle me procure:

"Des fleurs de meringue poussent entre les allées
Et la langue du vent s'en parfume l'haleine
Pour mieux faire oublier qu'elle fait tomber les feuilles."

j'aime ces vers pour le sourire:

"Le chien courant dans la neige est la matière qui me dit que je vois"

Je ne vais pas tout relever, mais il y a plein de pépites, vos vers sont trop jolis, une vraie pochette surprise saupoudrée de divers émotions.

   Johannes   
19/9/2016
Ce texte a provoqué les commentaires les plus divers, du "passionnément" à "vraiment pas";
Pour ma part, j'ai lu et relu ce texte, sans plaisir, et je ne vois absolument pas où l'auteur veut en venir. Les idées ne m'ont pas frappées, le style non plus.
J'ai le sentiment de me trouver dans une brocante où des objets bon marché sont empilés les uns à côté des autres, sans lien entre eux.
Désolé.

   Donaldo75   
19/9/2016
 a aimé ce texte 
Vraiment pas
Bonjour Raoul,

J'ai lu ce poème à plusieurs reprises, me suis déconnecté, suis revenu dessus ce matin, avant de pouvoir me faire une idée.

Je ne vais pas livrer un commentaire détaillé, mais, comme le poème lui même, poster des impressions à la volée:
* Pas vraiment lunaire, le polochon;
* De l'humour, école Almanach Vermot;
* Les images font penser aux tableaux cubistes de Braque;
* On sent quand même une forte autosatisfaction de pondre des formules sublimes, forcément sublimes;
* Décousu ne rime pas toujours avec original;
* Freud aurait pu s'intéresser à certaines parties de ce texte, lui.

Je ne peux pas dire que j'ai une impression négative sur ce texte; la mention "je n'ai vraiment pas aimé" est la meilleure que j'ai trouvé pour exprimer mon manque d'empathie pour cet amalgame de mots quelquefois adroit, souvent lourd et majoritairement auto-satisfait. Plusieurs lectures, à des moments différents, n'ont pas changé grand chose à l'impression générale.

Une autre fois, peut-être,

Donald

   Pepito   
19/9/2016
Hello Raoul,

Je ne viens, dans cet obscur coté d'Oniris, que par amitié ou retour.
Et la plupart du temps je reste coi, grenouille déconcertée observant son bœuf.
Alors quand ça me parle, j'en éclate de joie !

Plus visuel que [15 h 20] tu meurs !
Les insultes du [Le 7 Aprilis de Romulus], une merveille !
L'olfactif [Aux Matines] et ses fleurs à l'odeur de chaussette, snif ! ;=)
Perdu [Entre le A4 et le A3] ?

Un délice de jeux de mots et merveilles.

J'ai adoru le tout !

Pepito

   Pouet   
19/9/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Slt,

De sacrées pages arrachées...

Mes deux préférées sont: "Demi-raisin" et "Aux matines", trésors de poésies à mon sens.
"L'agent verbalisateur" est une femme est s'appelle Rrose Sélavy, j'en suis sûr... ;)

Mais l'ensemble me cause franchement. Quoi moi je pense à Desnos quand je lis ça et j'adore Desnos.

Le "aussi sots que grenus" du départ m'a fait un peu peur (comment vas-tu yau de poêle?) mais quel régal, on est dans l'Oulipo-po et c'est ca-carrément sympa.

Bravo!

   David   
19/9/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Raoul,

Prévert n'était pas bulgare et je ne crois pas qu'il se trouverait super, super, super bien imité dans ce poème-ci. je dis bulgare parce que j'aime bien les nouveaux mots, ceux qui me font aller dans le dictionnaire, mais là c'était un peu trop sobre quand même. j'ai cherché "grenu" qui peut servir à expliquer qu'on a fait une pâte à crêpe pas terrible, terrible. J'ai cherché "acuponcteur", c'est pas un acupuncteur ponctuel, c'est une réforme de l'orthographe. Et puis il y avait aussi "Maritza", pour en revenir au bulgarisme. Dans le contexte, je comprend bien que ça doit être une chanson. Ça ressemble un peu à Mazurka, sauf que c'est polonais, et comme je suis français, on me passera ces rapprochements géographiques qui jettent un peu des grands mères dans les mauvaises herbes. Sauf que j'apprenais que c'est un fleuve, naissant en Bulgarie et faisant frontière avec la Grèce, ce qui fait lien avec l'eau qui glapit au dessus de l'évier, mais ça ne contrarie pas ma compréhension qui élargit facilement la chanson aux fleuves en général, d'autant plus d'un fleuve bulgare. Ce qui est étrange c'est qu'un général turc y a livré bataille qui se prénommait Lala, Lala Şâhin Pacha et merde, les turcs ont des S à cédille, ça en jette du feu de dieu ! Et donc la-las le chant de l'eau et Lala le général, c'est ce que je trouvais étrange. Il y a deux éviers chantant aussi, celui qu'on pourrait nommer "la-las" donc, et l'autre "pipi", on fait des noms de pierres précieuses avec guère plus que cela.

Il y a plusieurs formulations qui correspondent à la construction rhétorique du genre "j'étais à la gare et en retard", dans "Hier", dans "Saint Clémence", dans "L'autre nuit", dans "Hier soir". C'est quand même pas assez pour dire beaucoup. Il y a d'autres formulations étranges comme "Je bois des petits verres ou des paroles qui" et ce n'est pas une sorte de pancarte contre la proliférations des trois petits points en poésie, d'autant plus qu'on ne ponctue pas, vu que le texte en use dans "Cette nuit", dans [le 21 frimaire... ] et [troisième heure... ]. C'est pas assez pour dire beaucoup, mais il n'y en a pas après ce "qui" en suspend. Il y a un "Je mal fait" aussi qui m'a un peu surpris, un peu comme le "si j'aurais su... " de la Guerre des boutons. Il y a le "hippopodame" aussi, un chouette néologisme qui, encore étrangement, et pas seulement pour laisser moi aussi un "qui" en suspend, participe à une espèce de métaphore sensuelle qui semble planer dans le poème. Pas une métaphore didactique comme celle du chêne et du roseau, c'est pas très sensuel, presque par définition, plutôt une métaphore à la Van Gogh, ou tout autre impressionniste disponible à cette heure de la journée, une métaphore floue, mais plus sensuelle du coup.

De toute façon, le poème commence par "Le polochon" et finit sur "amour" alors pas besoin d'avoir inventé l'eau tiède pour savoir de quoi ça parle.

Je voulais aussi parlé d'une autre étrange impression pour le passage du [Le 7 Aprilis de Romulus] en m'excusant pour cette syntaxe de procès verbal. J'ai senti les mots qui sont dévoilés à la fin du morceau en lisant ce qui précède, qui semble en être la forme éclatée, recomposée à la Marie Shelley pour son Frankenstein. J'ai vraiment eu l'impression de les sentir venir, sans vraiment les deviner pour autant. je crois que j'ai senti les consonnes, sans vouloir trop cruciverber, ou verbicrucer peut-être en l'occurence. Bref, c'est mon passage préféré !

C'est une lecture qui tient tout juste sa longueur tout de même, il n'a pas un rythme que j'ai perçu pour soutenir sans aucun effort la promenade qu'il proposait. Je n'en garderais pas un souvenir inaliénable, ou peut-être par petit bout d'un "Comme une hippopodame broute sous la surface… " ou même "Depuis que j'ai perdu ma langue frontale", je n'ai pas développé ce dernier petit truc qui encourageait pourtant l'atmosphère dans une autre liste à la Prévert. C'était un peu mon guide de lecture, ou l'un d'eux, et c'est toujours un plaisir de les retrouver.

   OiseauLyre   
19/9/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonsoir Raoul,

j'apprécie beaucoup la forme de votre poème, en passages pris à la volée d'un journal intime. La mise en page est soignée ce qui vient, avec le côté "journal", renforcer le propos et embellir les images.

j'apprécie particulièrement qu'en tant que lecteur, nous avons l'opportunité de pénétrer la sensibilité du narrateur, de voir et sentir à travers ses yeux un monde qui se transforme par ce procédé.
Le vécu apparaît tel qu'il est: absurde, désordonné, insensé et poétique. Réussir ce tour de force en subtilité est, à mon sens, un point fort du poème. L'ambiance me rappelle "Maintenance des ours" que j'avais beaucoup apprécié.

Je regrette toutefois les néologismes qui font basculer certains passages dans l'excès (de procédé stylistique) et certaines strophes un peu trop sibyllines à mon goût. j'ai dû m'y prendre à plusieurs fois au tout début pour pénétrer sereinement la suite du texte, riche en images audacieuses et plaisantes.

Merci,
au plaisir de vous relire.

   Pussicat   
20/9/2016
Que dire, écrire devant tant de talent et de poésie pure qui vous en met plein la figure !
Bravo Raoul ! et merci pour ce moment de lecture
à bientôt de te lire,

   JulieM   
20/9/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
J'ai été littéralement (et littérairement) envoûtée par cette poésie, bercée par ses mots étranges, loufoques, souriants ou brumeux.

J'aimerais le 100ème de votre talent sur la feuille froissée et délaissée dans la poubelle...
Je peux y vivre ? Dans votre poubelle ou à côté du polochon, pour écouter les murmures de la plume ?

Merci.

   Lulu   
23/9/2016
 a aimé ce texte 
Pas ↓
Bonjour Raoul,

Entrer dans ce texte m'a été pénible. J'ai eu beaucoup de mal à m'accrocher à des mots comme :
"[Hier]

Mon chef de sévisse fait pipi dans l'évier
Puis d'élégants plongeons.
Tous les gens que je croise me disent brêle et
corniaud.
Ils refoulent du goulot."

J'ai, en effet, eu du mal à comprendre ce passage et pas du tout aimé ce que j'ai pu en saisir. "fait pipi dans l'évier"... Ma foi, cela ne me touche aucunement.

Comme c'est situé au début du texte, j'ai failli abandonner, mais j'ai lu l'ensemble par curiosité, et relu avant d'émettre mon avis.

Si j'ai été sensible à l'idée de faire un journal de ces petites choses de nos quotidiens qui nous passent par l'esprit, qu'elles soient marquées par le rêve ou non, je n'ai pas du tout ici été touchée par le contenu divers de l'ensemble du texte.

Je n'ai pas pu lire tous les mots adressés à "l'agent verbalisateur". J'ai trouvé cela trop long, inintéressant.

En définitive, seuls les derniers mots me touchent. Vous finissez par l'essentiel, même si c'est concis.

Une prochaine fois, peut-être ?


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