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Poésie contemporaine
Raoul : Paysage (5+3)
 Publié le 05/10/26  -  6 commentaires  -  1423 caractères  -  88 lectures    Autres textes du même auteur


Paysage (5+3)



Chaque minute ou tout comme
crépusculaire et rugissant
un avion passe vers Orly
son oreille est sur mon cœur
et son ombre effarante
et son ombre effrayante
et son ombre affolante
L'oracle orage est électrique
en consommé d'essence
Illuminés les culs rouges
des voitures sillonnent
les fermetures éclair
zébrures de cuivre et chrome
interrogeant le grand peut-être
la main sur une cuisse
et ce qui reste du langage

Le long du terrain vague
que longe notre artère
Monster 3000 s'abouche
aux auto-tamponneuses
tire la barbe à papa
en mangeant son chapeau
quand la femme aux serpents
risque la mort à chaque instant
toute en bikini chair
ridée l'odeur des pommes
d'amour à crans d'arrêt

Le tueur d'interrupteurs
à l'esprit d'escalier
grimpe et grince furtif
comme un chat qui a faim
dans la nuit aux yeux jaunes
et à langue fourchue
dormeur de soupirail
Derrière la porte étroite
de derrière les creux d'âme
s'enfument les chaleurs
– métronome tarifé
tel du lait qu'on lape –
à l'odorante buée
que vapotent quelques bouches
sinueuses et gluantes
du club où des tordus
libidinent en fuyant
dans les siphons repus

Et pas de rire avant midi


 
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   LeChevalier   
22/9/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime bien
Le texte m'a paru intéressant mais trop cryptique. Cette dernière impression vient des associations étranges de mots qui, pour moi du moins, ressemblent à des espèces de rébus qu'on comprendrait aisément à condition d'avoir la clé. Un exemple : « le tueur d'interrupteurs // à l'esprit d'escalier ». Cela semble désigner quelque chose de très concret mais dissimulé exprès, pour ne pas être compris par n'importe qui. Pour être honnête, cet aspect-là m'a déplu.

Ce qui m'a plu, en revanche, c'est la sensualité joueuse du premier bloc de texte. Je trouve qu'il y a là pas mal de tendresse, surtout dans cette oreille sur la poitrine, mais aussi dans les fermetures Éclair (attention, vous faites énormément de fautes d'orthographe, courage aux correcteurs !).

J'ai aimé aussi l'installation dans un espace précis au début (à proximité d'Orly). La dernière ligne est bien aussi, mais toujours un peu trop énigmatique. Bref, je pense qu'il y a pas mal de bonnes choses dans ce texte mais il y aussi bien des soins à y apporter.

   Pussicat   
22/9/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime bien
J'ai eu cette impression d'avoir besoin d'un décodeur pour lire et saisir ce texte, (comme le titre qui m'intrigue, j'ai calé longtemps, et je cale encore : serait-ce une clé pour la lecture ?) non pas qu'il manque de poésie, de charme, pour l'avoir lu à plusieurs reprises, mais l'absence de ponctuation à laquelle vient s'ajouter cette impression de chute dans le vide entre deux vers, comme ici :

Chaque minute ou tout comme
crépusculaire et rugissant
un avion passe vers Orly (étrange ce "passe vers" ?)
son oreille est sur mon coeur

me laissent sur le côté.

"Le tueur d'intérupteurs" / interrupteurs : j'ai pensé à un chat qui sauterait sans cesse sur la mécanique, mais non puisque plus loin : "grimpe et grince furtif comme un chat qui a faim", qu'est-il donc ?

"Derrière la porte étroite
de derrière les creux d'âme " : comme cette répétition trop maladroite pour être lue telle quelle. Il semble me manquer quelque chose, comme une formule pour lire bien.

Paysage urbain de la première strophe (mon radar vibre et clignote à : "Illuminés les culs rouges des voitures sillonnent les fermetures éclaires"), paysage de fête foraine dans la deuxième, paysage de rue, de nuit ou d'intérieur nuit dans la troisième et dernière strophe (?)

Je demeure perplexe, des indices s'allument comme autant de loupiotes dans ma petite tête pour me dire : tu aimes beaucoup, c'est trop trop bien éc... et puis je relis, encore et encore...

Commentaires EL

   Passant75   
23/9/2026
trouve l'écriture
perfectible
et
n'aime pas
Ce poème m’a davantage dérouté que séduit, il m’a même légèrement agacé. Sous des airs de collage surréaliste, il empile avions menaçants, fête foraine glauque, chair flétrie et sexualité poisseuse dans un joyeux capharnaüm où j’ai vainement cherché un fil conducteur.

Si l’ambition du texte était de restituer le chaos de la ville moderne, le pari est pour le moins réussi, l’ensemble est effectivement chaotique. Mais à force de vouloir faire exploser le langage, l’auteur a pris le risque de faire exploser la patience du lecteur que je suis. Néologismes, jeux de mots, répétitions et associations improbables semblent rivaliser pour attirer l’attention, sans toujours produire autre chose qu’un effet de manche. « Libidinent » en est un bon exemple, l’expression peut être amusante, mais je n’ai pas considéré qu’elle faisait avancer le schmilblick.

Si je reconnais une recherche au niveau des sonorités, elle n’ajoute malheureusement rien à la clarté du propos. À cet égard, le mystérieux « (5+3) » m’a semblé des plus opaques, je dois manquer d’imagination. À cela s’ajoutent des entorses volontaires ou non à l’orthographe, qui renforcent encore l’impression d’un langage malmené jusqu’à devenir parfois difficilement lisible. À force de chercher la fascination dans l’étrange, je ne sais pas si l’auteur s’est ou non perdu, mais le constat c’est qu’il m’a perdu

   Cyrill   
30/9/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime bien
Ambiance ambiance. La nuit, le bruit, la vitesse, les lumières. Ça démarre sur les chapeaux de roues ou plutôt sous le train d’un avion. Je monte à bord à la faveur de trois vers qui ronflent de toute la puissance de leurs chevaux-vapeur :
« et son ombre effarante
et son ombre effrayante
et son ombre affolante » 
… Je m’amuse de ce «grand peut-être » qui évoque pour moi autant le risque de faire un carton dans la circulation que la difficulté de se diriger et d’arriver à bon port. Voilà pourquoi je suppose on se retrouve au milieu d’une fête foraine, lieu de tous les dangers. La troisième strophe ou partie délire à plein tube, saute du coq à l’âne en passant par le chat. Un trop-plein de surréalisme qui frôle l’artifice, voilà mon impression. Les images ne s’affichent pas aussi naturellement que dans ce qui précède, je perds le fil.
Il y a de l’idée dans ce paysage, des d’idées qui s’enchaînent ou quelquefois se déchaînent.
n.b. « arthère », pour art-hère j’imagine.  

   jf2   
5/10/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
D’abord l’énigme du titre, et là le cinéphile et photographe va encore parler (je vais finir par me faire haïr sur ce site).

Paysage (5+3) désigne probablement un format panoramique en 5 :3 intermédiaire entre 4 :3 et 16 :9, ce qui éclaire la construction du poème qui apparaît comme un panoramique en travelling de la nuit.

Un peu plus difficile, mais pour les tueurs d'interrupteurs, je verrais bien les minuteries qui éteignent les lumières au bout d'un certain temps d'où l'esprit de l'escalier.

Les images sont très concrètes ce qui fait immédiatement entrer le lecteur dans l’ambiance.

Il y de très bonnes trouvailles comme :

L'oracle orage est électrique
En consommé d'essence
Illuminés les culs rouges
Des voitures sillonnent
Les fermetures éclair
Zébrures de cuivre et chrome

qui est à mon sens le meilleur passage.

J’aime bien aussi :

Interrogeant le grand peut-être
La main sur une cuisse
Et ce qui reste du langage

Avec le clin d’œil à Rabelais.

En revanche le poème pèche un peu par excès et accumulation, par exemple l’anaphore :

Et son ombre effarante
Et son ombre effrayante
Et son ombre affolante

est bien trouvée mais deux items auraient suffi.

Quelques expressions plus convenues également : les creux d’âme.

Mais les amateurs de mystère et de paysage (5+3) interlope seront conquis.

   Provencao   
5/10/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Bonjour Raoul,

Du paysage le plus hermétique, le plus abscons du monde, à condition que circulent, entre vos vers, une ombre effrayante, une ombre effarante ou l’irrévérence d’une liaison de mots, comme ce "pas de rire avant midi" et la distorsion obtenue font alors éclore, dans le hiatus de la réalité et de la chimère, le distinct, ce cartel du fondé et du décryptable qu’est la poésie.

C’est dire que ce Paysage (5+3) peut aléser les sillons de l’imperceptible et friser l'indicible....

Au plaisir de vous lire,
Cordialement


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